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vendredi 20 janvier 2012

Chevalerie & christianisme

Chevalerie & christianisme aux XIIe et XIIIe siècles

sous la direction de Martin Aurell et Catalina Gîrbea
Presses universitaires de Rennes , Rennes, collection Histoire
(Parution : décembre 2011)
20,90 € à la Procure


[Quatrième de couverture]
Chevalerie et christianisme

La chevalerie présente deux acceptions, l'une sociale et l'autre idéologique. D'une part, le groupe aristocratique des combattants à cheval, et d'autre part les valeurs qui lui imposent des comportements spécifiques. Devons-nous la mêler inextricablement au christianisme ? Les penseurs des XIIe et XIIIe siècles justifient la prépondérance sociale des chevaliers par le péché d'Adam et la rupture de l'harmonie originelle qu'il entraîne. Ils considèrent que les miles - « élu parmi mille », selon l'étymologie d'Isidore de Séville - ont pour vocation divine de défendre le faible et de faire régner la justice, instaurant par les armes la paix. Cette théologie politique marque l'évolution de l'adoubement, qui emprunte alors à l'onction royale et aux sacrements chrétiens bien des éléments de son rituel. En recevant l'épée, dûment bénie, et la collée, le nouveau chevalier intègre un ordre, tout comme le clerc est ordonné. La prédication lui rappelle les devoirs spécifiques de l'état qu'il vient d'adopter, en particulier de mitiger sa violence et d'exercer sa puissance avec droiture et modération. Elle l'encourage à partir en croisade pour défendre la Chrétienté.

Jusqu'aux années 1990, dans leurs analyses sur la chevalerie, les historiens ont repris la trame du discours normatif des clercs, que nous venons brièvement de présenter. Ils ont tenu pour vraisemblable l'influence extérieure de l'Église dans la mitigation de la violence nobiliaire, grâce à l'influence sur le code chevaleresque de la Paix de Dieu et plus largement du message évangélique. Depuis les vingt dernières années, d'autres spécialistes remettent en cause ce modèle, remarquant la nature idéale des discours des clercs médiévaux sur la chevalerie, qu'il conviendrait de déconstruire. Ils adoptent l'anthropologie culturelle pour méthode afin de conclure que, tout au long du Moyen Âge et de façon endogène, la société guerrière produit ses propres codes de conduite pour épargner les vies de ses membres dans les combats, pour augmenter son honneur et pour affirmer sa domination sur la paysannerie. Toute superficielle, la religiosité des chevaliers ne serait donc pour rien dans l'autocontrôle de leur violence. Le débat apparaît en toile de fond du présent ouvrage, où les meilleurs spécialistes de la question se penchent sur les rapports complexes et paradoxaux entre le christianisme et les guerriers nobiliaires. Ils analysent ainsi autant la piété chevaleresque que la part de l'Église dans la guerre menée par l'aristocratie au cours d'une période charnière, où les normes, mentalités et conduites connaissent de profonds bouleversements.

Je n'ai pas encore lu l'ouvrage que je présente ici, mais la matière est trop importante pour retarder le moment de le signaler.

Je formulerai mon avis en son temps. Toutefois si un de mes lecteurs me devance, j'en serai heureux !






mercredi 17 août 2011

L'Epée


L’épée n’est pas une arme de soudard, contrairement à la hache, à la masse d’arme, à la hallebarde, voire au sabre (que les cavaliers et les artilleurs me pardonnent…).

L’épée est une arme noble pour les nobles. Ce n’est pas pour rien qu’elle était jadis réservée aux chevaliers, puis aux aristocrates, lesquels étaient censés se comporter comme des gentilshommes dans la pleine acception de ce terme. Sous l’Ancien Régime, en France, la barrière entre noblesse d’épée et noblesse de robe était infrangible : jamais celle-ci ne put se parer de ce qui distinguait celle- là : l’épée.

En résumé, qu’est-ce avant tout que l’épée ? un symbole.

Sur ce thème, une exposition exceptionnelle se tient au musée de Cluny jusqu’au 26 septembre.


Courez-y !

Y sont montrés des spécimens d’épée remarquables, soit par leur antiquité, soit par leur usage sortant de l’ordinaire (épées de sacre, épées de justice), soit par la perfection de leur réalisation. Certaines combinent les trois : ainsi Joyeuse, l’épée de Charlemagne (selon la tradition), portée par tous les rois de France lors de leur sacre ainsi que dans les grandes occasions solennelles.

Ce qu’il y a d’exceptionnel dans cette exposition, c’est que les aspects historiques, sociologiques et esthétiques ne sont pas seuls mis en valeur, mais aussi, et non moins, les aspects symboliques et mythiques (preuve que l’Université s’extrait progressivement de la gangue du rationalisme matérialiste).

A preuve ces extraits du catalogue (lequel est de tout premier ordre) :

« Le roi Alphonse X le Sage, dans sa somme juridique des Sept Parties, établit une correspondance entre les vertus principales des hommes – la sagesse, le courage, la force et la justice – et les quatre parties de l’épée – la poignée, le pommeau, la lame et la garde :

« Les Anciens […] firent faire quatre types d’armes pour les chevaliers. Les unes qu’ils revêtent et chaussent. Les autres qu’ils ceignent. Les autres qu’ils mettent devant eux. Les autres avec lesquelles ils blessent. Toutefois, bien que les armes soient de diverses sortes, il y a deux types principaux. Les unes défendent le corps et sont appelées armures. Les autres servent à frapper. Dans la mesure où les défenseurs ne pouvaient pas avoir toutes ces armes et, même s’ils les avaient, ne pouvaient pas toutes les emporter avec eux, les Anciens jugèrent d’en faire une où toutes ces choses apparaîtraient par ressemblance. Et celle-ci fut l’épée. Car de même que les armes que l’homme revêt pour se défendre montrent la sagesse, qui est la vertu qui protège de tous les maux qui pourraient advenir par sa propre faute, de même la poignée de l’épée que l’homme tient dans son poing montre cela, car quand il tient ainsi son épée, peut la lever ou la baisser, ou frapper avec elle, ou la laisser. Et de même que les armes que l’homme met devant lui pour se défendre montrent le courage, qui est la vertu qui rend l’homme ferme face aux dangers qui surviennent, de même dans le pommeau de l’épée réside toute la force de l’épée, car c’est lui qui supporte et la poignée et la garde et la lame. Et de même que les armes que l’homme ceint sont intermédiaires entre les armures qu’il revêt et les armes avec lesquelles il frappe, et renvoient ainsi à la vertu de mesure entre les choses que l’on fait de manière excessive et les choses que l’on fait de manière insuffisante par rapport à ce que l’on doit, de même la garde est placée entre la poignée et la lame. Et de même que les armes dont l’homme se sert pour blesser là où il convient renvoient à la justice qui renferme en elle-même droit et égalité, de même la lame de l’épée montre cela, car elle est droite et pointue, et tranche de manière égale des deux côtés. Et pour toutes ces raisons, les Anciens établirent que les nobles défenseurs devraient toujours porter l’épée, et aussi qu’ils devraient recevoir avec elle l’honneur de chevalerie, et non avec une autre arme, afin qu’ils gardassent toujours présentes à l’esprit les quatre vertus qu’ils doivent cultiver en eux-mêmes. »

Le rédacteur de cette Introduction (Michel Huynh, conservateur en chef du musée de Cluny, qui mérite d’être nommément cité pour la qualité de ses notices) ajoute :

« [..] Cette arme se trouve au centre d’un système moral et juridique, mais également religieux. Elle porte tant de sens, occupe une telle place dans la société médiévale qu’une approche purement archéologique ne permettrait d’en cerner que la triviale matérialité. En considérant ses usages « réels » et ses usages symboliques se dévoile une infinie richesse de significations, que la si simple apparence de l’objet ne laisse pas soupçonner. »

Dans l’étude suivante, intitulée « L’objet épée », le même auteur écrit cette phrase frappante :

« L’épée est née parfaite, comme quelques autres objets qui matérialisent directement un concept aussi fort qu’intemporel. »

Tout le reste est de la même veine, et je ne vais pas me consacrer à recopier le catalogue. Ce catalogue, qu’on visite ou qu’on ne visite pas (ce qui serait grand dommage) l‘exposition, il faut, à tout prix (lequel est raisonnable : 28€) se le procurer, car sa lecture, d’une part instruit, et d’autre part fait réfléchir (ce qui est appréciable). De plus les illustrations sont de première qualité.

En conclusion, je vous invite instamment à suivre mes conseils.

Et je serais heureux d’avoir vos réactions !

P.S. Les membres des systèmes chevaleresques contemporains, j'entends : authentiques, comme celui des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (CBCS), et non pas seulement figuratifs, comme bien des grades chevaleresques maçonniques, seraient bien inspirés de lire et méditer ces lignes d'Alphonse le Sage.