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jeudi 28 juin 2012

Sur saint Irénée


Sur saint Irénée de Lyon,
Père de l’Eglise,
Fêté le 28 juin

(extraits d’une homélie)




Selon la tradition, les premiers qui apportèrent sur le sol de Gaule la lumière de l’Evangile furent les amis les plus proches de Notre Seigneur, ses familiers, à savoir les saintes femmes que l’on vénère sous le nom des « Saintes Marie de la Mer » : sainte Marie Madeleine, sainte Marthe et leur servante sainte Sarah, ainsi que leur frère saint Lazare, le ressuscité de Béthanie ; on leur attribue d’avoir évangélisé la Provence, de Marseille à Tarascon jusqu’à la Sainte-Baume.

Libre à chacun d’ajouter foi, ou non, à cette très antique tradition, que l’histoire ne confirme ni n’infirme ; ce qu’elle nous dit, c’est qu’il y a des traces de communautés chrétiennes (au pluriel) à Marseille dès le IIe siècle. Ce qu’il faut retenir de cela, c’est un caractère que le christianisme gaulois a toujours revendiqué : la familiarité avec la personne même du Christ Jésus.

Si maintenant on quitte le terrain de la tradition pour celui de l’histoire, elle nous montre à Lyon, en plein cœur du IIe siècle, non seulement une communauté chrétienne, mais une Eglise pleinement constituée, avec à sa tête un évêque, saint Pothin, martyrisé en 177 alors qu’il était nonagénaire, en même temps que ceux que l’on appelle les « martyrs de Lyon », parmi lesquels saint Eléazar, saint Minerve, saint Alexandre, saint Epipode, le diacre saint Sanctus et sainte Blandine, qui avait alors 15 ans.

Les épisodes de leur exécution sont connus de source sûre, ils ne relèvent pas de l’hagiographie imaginative, puisqu’ils firent l’objet d’un rapport officiel – le deuxième connu dans l’histoire après celui sur le martyre de saint Polycarpe dont je reparlerai – rapport adressé par l’Eglise de Lyon à toutes les autres Eglises, dont celle de Rome.

Irénée, alors prêtre, n’avait pas été enveloppé dans cette persécution parce qu’il se trouvait justement en mission à Rome, porteur auprès de l’évêque de cette Eglise, la plus glorieuse d’Occident parce que fondée par les apôtres Pierre et Paul, d’un rapport exposant les sentiments de sa propre Eglise sur un mouvement en pleine expansion et qui devait plus tard dégénérer en hérésie, le montanisme - qui était une sorte de prophétisme charismatique enseignant un ascétisme rigoriste hostile à la chair et refusant la hiérarchie ecclésiastique : comme tel, un ancêtre lointain du catharisme.

De retour de Rome, Irénée succéda à saint Pothin comme évêque de Lyon, en 177, et le demeura jusqu’à son propre martyre, dont le jour calendaire est certain : le 28 juin, mais dont l’année oscille entre 202 et 208.

Qui était Irénée ? Un Grec, originaire de Smyrne. Comme lui-même le rapporte, il a été un disciple intime du grand évêque saint Polycarpe de Smyrne, auprès de qui il a passé son adolescence – saint Polycarpe, illustre figure de l’épiscopat, par son action, par son enseignement (il a écrit de nombreuses épîtres dont la plupart sont, hélas, perdues) et aussi par son martyre, à l’âge de 86 ans, martyre qui est lui aussi connu de source sûre, puisque lui aussi a fait l’objet d’un rapport officiel, celui dont je vous parlais, le premier qui nous reste avant celui des martyrs de Lyon.

Or Polycarpe avait été lui-même un disciple proche de saint Jean l’Evangéliste qui, comme vous le savez, finit sa longue vie à Ephèse. Ainsi donc, saint Irénée fut le fils spirituel de saint Polycarpe, lui-même fils spirituel de saint Jean – raison pour laquelle, dans les litanies que nous chanterons tout à l’heure en son honneur, il est nommé « petit-fils spirituel du disciple bien-aimé ».

Nous touchons ici à une réalité ineffable mais tout à fait consistante, celle de la « filiation spirituelle ». De même qu’il y a, dans l’ordre matériel, des filiations par le sang qui transmettent un certain héritage qu’on appelle le patrimoine génétique, de même il y a, dans l’ordre immatériel, des filiations par l’esprit qui transmettent un héritage spirituel, un patrimoine génétique spirituel. C’est à ce phénomène mystérieux que fait allusion le Christ lorsqu’il dit de Jean Baptiste que « l’esprit d’Elie reposait sur lui. » Ce qui est à l’œuvre là, c’est ce que saint Paul appelle l’ « esprit d’adoption » et qui est un mode d’opération du Saint-Esprit. Celui qui devient par l’esprit d’adoption fils d’un « ancien », reçoit par là-même une part, ou la totalité, de la capacité de compréhension intérieure, par l’esprit et par le cœur, de son père spirituel. Tout en demeurant lui-même il devient en esprit ressemblant à son père.

Ce double mouvement de la paternité et de la filiation spirituelles est porteur de ce qu’on appelle dans l’Eglise la Tradition. Il n’y a pas d’autre moyen de transmettre la tradition vraie que la paternité et la filiation, parce que c’est le rapport que Dieu entretient avec son Fils, le Verbe-Logos, de même qu’avec l’homme, créé à son image.

On peut donc dire d’Irénée que l’esprit de Jean le Bien-Aimé reposait sur lui, et en effet toute sa théologie est issue en droite ligne de celui que la tradition orthodoxe nomme « Jean le Théologien » - c’est-à-dire le théologien par excellence, parce que, selon la même tradition, en reposant à la Sainte Cène sur le cœur de son divin Maître, il a été initié, par transmission directe, par l’effet de la filiation spirituelle dont je viens de parler, à la connaissance des mystères les plus sublimes : la Divinité du Logos et son Incarnation, proclamées par lui dans le Prologue de son Evangile ; et l’essence divine, ou plus exactement la manifestation de l’essence divine, également proclamée par lui dans ses épîtres, et qui est l’amour : « Dieu est amour ».

L’Eglise de Lyon que dirigea saint Irénée pendant un quart de siècle était donc, très expressément, johannite. Et il est bon de noter que cette caractéristique johannite, en même temps que celle que j’ai signalée au départ, à savoir la familiarité avec le Christ, se retrouvent toutes deux dans le rite ancien des Gaules, qui a été en vigueur dans presque tout l’Occident, de l’Espagne à la Germanie inférieure, jusqu’à la réforme carolingienne – et qui a été restauré dans l’Eglise dont je suis le ministre. Sa liturgie est extrêmement proche dans sa structure de la liturgie jérusalémite, en usage dans la première Eglise chrétienne, celle de Jérusalem, dont le premier évêque fut « Jacques, frère du Seigneur », c’est-à-dire son cousin. En outre, tous les textes de la liturgie des Gaules sont entièrement imprégnés de l’Apocalypse, ils sont tissés de motifs empruntés aux visions de l’Aigle de Patmos ; deux caractéristiques qui ne sont pas du tout partagés par les liturgies orientales : de saint Jean Chrysostome, de saint Basile ou de saint Marc. Au demeurant, ces caractéristiques ne se sont jamais vraiment perdues en Occident – indépendamment de la restauration dont je parlais. En effet, lorsque Charlemagne qui, en tant que militaire, aimait ce qui est uniforme, imposa à tout son Empire le rite romain, en réalité ce qui fut mis en œuvre, notamment grâce au grand Alcuin, fut un rite gallo-romain où subsistaient une bonne part des richesses du rite ancien des Gaules, ainsi préservées jusqu’au concile de Vatican II.

Revenons à saint Irénée. Deux choses font sa gloire : ses écrits, et d’avoir rétabli la paix dans l’Eglise. En effet, un dissentiment sérieux opposait les Eglises entre elles à propos de la date de Pâques. Les Eglises d’Asie mineure, interprétant à la lettre l’évangile de saint Jean et s’appuyant en cela sur l’autorité de saint Polycarpe, célébraient la Pâque le 14 du mois hébreu de Nisan. Partout ailleurs, on la célébrait le dimanche suivant. (On sait que, depuis, les chrétiens ont fait beaucoup mieux en matière de désunion et que, si les dates de Pâques selon le calendrier occidental et selon le calendrier oriental peuvent parfois, mais rarement, coïncider, comme ce fut le cas en cette année 2001, l’écart entre elles peut atteindre jusqu’à cinq semaines !). Les papes successifs de Rome ayant échoué à établir par la persuasion l’unité de célébration, le pape Victor décida d’agir par voie d’autorité et menaça d’excommunication les Eglises d’Asie. Bien que saint Irénée fût lui-même, comme je l’ai dit, originaire d’Asie et disciple de saint Polycarpe, l’Eglise de Lyon avait adopté l’usage général. Cependant, il se rendit à Rome pour dissuader le pape Victor de briser la paix de l’Eglise en agissant par la force, surtout contre des Eglises aussi anciennes et aussi vénérables, qui avaient été fondées par d’aussi glorieux apôtres que saint Jean et saint Paul. Il réussit pleinement. En cela, il se conforma à son nom, qui signifie « pacifique » ou « pacificateur », réalisant ainsi la cinquième béatitude : « Bienheureux les pacificateurs, car ils seront appelés fils de Dieu ».

Son autre titre de gloire, toujours actuel, ce sont ses écrits. Beaucoup sont perdus, mais peut-être certains se retrouveront-ils : c’est ce qui s’est produit avec la Démonstration de la prédication apostolique, découverte en 1904 seulement dans une traduction arménienne au fin fond des archives du patriarcat d’Arménie, à Erevan. Lisez cette Démonstration, c’est un exposé catéchétique simple et lumineux.

Mais lisez surtout le grand traité de saint Irénée en cinq volumes – dont l’original grec ne subsiste qu’en partie mais qui est connu par une traduction latine très fidèle, traité intitulé en latin Contre les Hérésies et, plus explicitement en grec, Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur, de la fausse gnose. Ces deux œuvres sont disponibles dans la collection des « Sources chrétiennes » - dont le siège, et ce n’est pas un hasard, se trouve à Lyon.

Si vous lisez – ou parcourez, car c’est assez fastidieux – l’examen détaillé des diverses hérésies à l’œuvre au temps de saint Irénée, et dont, souvent, nous ne connaissons plus l’économie exacte que par lui, ainsi que par son disciple saint Hippolyte de Rome, qui écrivit une vingtaine d’années plus tard, vous verrez que les mêmes sont toujours à l’œuvre de nos jours, quoique masquées sous des noms nouveaux et s’exprimant en termes différents. Toutes ces hérésies sans exception reviennent à nier ou à vider de leur substance les trois dogmes de la foi chrétienne, dogmes dont le refus fait que la foi ne peut plus être dite chrétienne :

1)    Dieu est à la fois Un et Trine. Comme il est confessé dans le Symbole dit de saint Athanase :

« La foi catholique consiste à adorer un seul Dieu en trois Personnes et trois Personnes en un seul Dieu, sans confondre les Personnes ni séparer la Substance. Car autre est la Personne de Dieu, autre est celle du Fils, autre est celle du Saint-Esprit. Mais la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit est une, leur gloire égale, leur majesté coéternelle. »

2)    Le Verbe, deuxième Personne de la Divine Trinité, est vrai Dieu et vrai homme. Toujours selon le même Symbole :

« La pureté de la foi consiste à croire et à confesser que notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme. Il est Dieu, étant engendré de la substance du Père avant tous les temps, et il est homme, étant né dans le temps de la substance de sa Mère. Dieu parfait et homme parfait, ayant une âme raisonnable et une chair humaine. Egal au Père selon la divinité, et moindre que le Père selon l’humanité. Et quoiqu’Il soit Dieu et homme, Il n’est pas, néanmoins, deux personnes mais un seul Jésus-Christ. Il est un, non que la divinité ait été changée en humanité, mais parce que Dieu a pris l’humanité et l’a unie à sa divinité. Un enfin, non par confusion de nature, mais par unité de Personne ».

3)    Dieu est amour. La caractéristique qui manifeste la vie divine ad intra et ad extra, c’est-à-dire les rapports des Personnes divines entre elles et les rapports de Dieu avec sa création, c’est l’amour, l’amour total, sans restriction ni réserve, qui est don et donation.

Les hérésies, toutes sans exception, reviennent à nier tout ou partie de ces dogmes, et tout particulièrement la réalité de l’Incarnation du Verbe, car si le Verbe ne s’est pas incarné, il n’y a plus de salut possible pour l’homme. Et l’ennemi du genre humain, ne pouvant empêcher que le salut de l’homme s’opère, qu’il s’est déjà opéré, s’efforce au moins – et réussit souvent – de faire que tel ou tel homme pris individuellement n’y croie pas, ce qui empêche en effet le salut de s’opérer pour lui.

Donc elles nient, ou la réalité de l’humanité du Christ, ou la réalité de sa divinité – et donc dans les deux cas la réalité de sa double nature ; ou bien elles nient qu’il y ait un abîme absolu entre Dieu Créateur et sa créature, ce qui ferait par conséquent que cette dernière pourrait par ses propres efforts se diviniser elle-même – ce qui est le processus orgueilleux de Babel ; ou bien au contraire elles affirment que cet abîme est infranchissable et que Dieu est un Dieu souverainement indifférent à sa création, un Dieu lointain dénué d’amour ; ce Dieu pouvant même être tellement lointain qu’il sombre dans le néant, qu’il est totalement absent – alors pourtant que cet abîme absolu a été franchi par Dieu qui nous aime et parce qu’Il nous aime.

Cherchez autour de vous, vous reconnaîtrez des silhouettes ô combien familières !

Saint Irénée ne se contente pas de démonter les mécanismes pervers de l’esprit de l’homme déréglé par les insinuations du Malin, il affirme en contrepartie l’axiome lumineux du christianisme, qui est : « Dieu s’est fait homme pour l’homme devienne Dieu ».

La doctrine de saint Irénée est résolument optimiste parce qu’il sait, par cette connaissance intérieure reçue, je l’ai dit, du disciple bien-aimé, que Dieu est amour, qu’il est mû par ce que les Pères grecs appellent la philanthropie, c’est-à-dire l’amour pour l’homme, et qu’Il ne retire jamais ce qu’une fois il a donné.

Cette doctrine est celle-ci. L’homme a été créé originellement dans un état glorieux, il jouissait de l’immortalité et de la joie parfaite de la familiarité avec la présence de Dieu. Il a donc été créé dans un état de perfection – mais dans un état de perfection relative, car cet état était un état d’enfance ; et le programme prévu pour lui était de devenir adulte à la mesure parfaite de Dieu. En d’autres termes, il a été créé à l’image et selon la ressemblance de Dieu, c’est-à-dire qu’il lui fallait compléter la ressemblance de manière à la rendre complète, parfaite, jusqu’à l’identité. Ce qui était proposé à l’homme – et ce qui lui reste toujours proposé – c’est de devenir par grâce ce que Dieu est par nature : divin.

Ce pourquoi il était prévu de toute éternité que le Fils de Dieu s’incarnerait afin d’unir en Lui la divinité à l’humanité, pour qu’en retour l’homme unisse en lui l’humanité à la divinité : réversibilité totale !

L’Incarnation du Verbe n’a donc pas été nécessitée par la chute ; ce que la chute a en revanche rendu nécessaire, à cause de son amour totalement gratuit pour l’homme, c’est sa Passion et sa Mort sur la Croix ; Croix qui devient du même coup l’instrument du triomphe sur la mort, et sur le maître de la mort : Satan, puisqu’elle ouvre les portes de la Résurrection.

Ainsi, le plan divin, qui est la déification de l’homme et la transfiguration universelle, en d’autres termes l’avènement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle, de la nouvelle Jérusalem venue d’en haut d’auprès du Père, ce plan s’accomplit-il de nouveau. Et il s’accomplit au sein de l’Eglise « catholique » au sens propre, c’est-à-dire universelle ; car l’Eglise est le milieu, le creuset, l’athanor, dans lequel, par l’action du Christ et du Saint-Esprit - « ces deux mains du Père à l’œuvre », comme les décrit saint Irénée - l’univers entier est en marche vers la transfiguration et l’homme vers la déification. L’Eglise sera accomplie en plénitude lorsque la totalité de la nature créée sera réunie dans la Nouvelle Jérusalem par et dans l’Agneau Emmanuel, « Dieu-avec-nous ».

Autre point : ce qui, en l’homme, est porteur de la ressemblance divine, c’est son esprit, cependant que son corps et son âme participent de la nature matérielle créée. Ainsi donc il unit originellement en lui les cieux et la terre. Les cieux nouveaux et la terre nouvelle annoncés par saint Jean dans son Apocalypse, ce sera l’Homme Nouveau, à la mesure parfaite du Christ, le Premier Adam renouvelé, redevenu nouveau, par sa similitude et son union avec le Nouvel Adam, Jésus-Christ.

Telle est la théologie fulgurante de saint Irénée – et pourtant exposée avec une simplicité et une limpidité saisissantes, qui sont la marque de la vérité. La vérité est évidence !

A notre Dieu qui nous a aimés d’un tel amour qu’Il nous a donné son propre Fils pour nous communiquer et partager avec nous son amour, et qui nous a donné de tels apôtres pour nous réunir dans le lieu de son amour qui est l’Eglise, au Dieu Tri-Unique, soient honneur, gloire et adoration aux siècles des siècles.

samedi 24 décembre 2011

Christ est né !



Glorifions-le avec les anges !


Glorifions-le avec les bergers aux cœurs simples !


Glorifions-le avec les mages épris de la Sagesse !





Mosaïque, Santa Maria in Trastevere (Rome)

Aujourd'hui est un jour décisif dans l'histoire de l'humanité.


Aujourd'hui les cieux s'inclinent jusqu'à terre et la grotte devient le ciel.

Aujourd'hui la créature vierge devient féconde du Créateur.

Aujourd'hui le dessein divin interrompu par la chute et le péché reprend son cours.

Aujourd'hui le Saint, béni soit-il, foule aux pieds notre misère pour libérer l'homme de la mort.

Aujourd'hui le Verbe de Dieu « vient ressaisir cet Adam qu'il avait modelé à l'origine et qui s'était échappé des mains du Père et il le ressaisit d'une étreinte si forte qu'il ne lui échappera plus jamais ».

Aujourd'hui est le jour prédit par le prophète Isaïe (54/5) des noces du Créateur avec sa créature.

Aujourd'hui, comme nous le chantons, le Verbe « participe à la chair coupable pour lui communiquer la nature divine ; né homme il demeure Dieu, et l'univers par lui retrouve la Trinité ».

Oui, jour décisif, jour unique, car plus rien après n'est comme avant !

La résurrection elle-même est contenue en germe dans ce moment décisif de l'incarnation du Verbe. Certes, aucun événement n'est plus important que la résurrection, qui fait exploser tous les conditionnements, est en particulier ce conditionnement absolu et absolument dominateur qu'est la mort.

Mais la résurrection n'est possible que parce que le Fils de Dieu pré-éternel s'est fait fils de la femme dans le temps ; que lui, sans péché, s'est chargé du poids de notre nature blessée et rendue infirme par le péché et que lui, Dieu, a engagé en tant qu'homme, nouvel Adam, la lutte contre la mort introduite par le premier Adam et qu'il a remporté la victoire sur la mort par sa propre mort. Et nous avec lui, puisque, partageant notre propre nature, il nous appelle à partager la sienne : c'est cela le dessein de Dieu dont le cours a repris.


Que la mort et la résurrection du Christ soient contenues en germe dans sa nativité, cela est montré par l'icône où l'Enfant Dieu est emmailloté de langes dans la crèche comme l'Homme Dieu sera emmailloté du linceul dans le tombeau.


Gloire à ton abnégation, ô Christ !

Car toi qui es la Vie illimitée, tu nous libèreras, par toi et avec toi, des liens de notre condition mortelle et pécheresse qui nous retiennent captifs et dans lesquels tu es venu volontairement t'emprisonner !

Oui, rien n'est plus important dans la totalité de l'histoire universelle que le Verbe de Dieu fait homme, que l'habitation corporelle sur terre en la personne du Christ de la plénitude de la Divine Trinité. C'est pourquoi l'apôtre Paul parle à ce sujet de « la plénitude des temps ».

Voici en effet l'accomplissement de l'histoire que Dieu a préparée pour l'homme sa créature aimée. Tout ce qui précède est la préparation et tout ce qui suit est le déploiement de cet événement foudroyant :

« Dieu s'est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ».


Nativité de notre Seigneur, A.D. 2011




lundi 28 novembre 2011

L'incarnation, la croix, la résurrection



Le mystère de l’incarnation du Verbe contient en soi la signification de tous les symboles et énigmes de l’Ecriture, ainsi que le sens caché de toute la création sensible et intelligible. Mais celui qui connaît le mystère de la croix et du tombeau, connaît aussi les raisons essentielles de toutes ces choses. Enfin celui qui pénètre plus loin encore et se trouve initié au mystère de la résurrection, apprend la fin pour laquelle Dieu a créé toutes ces choses au commencement.


Saint Maxime le Confesseur, Centuries gnostiques, I, 66.


jeudi 11 août 2011

Quel est le but de l'Incarnation du Verbe ?

Quel est le but de l’incarnation de Dieu Logos, proclamé dans toute l’Ecriture divine, connu par la lecture mais non reconnu par nous, sinon en somme après avoir participé à ce qui est nôtre de nous communiquer ce qui est à lui. Car le Fils de Dieu est devenu Fils de l’homme pour ceci : nous rendre nous, hommes, fils de Dieu, élevant par la grâce à ce qu’il est précisément, lui, par nature et nous engendrant d’en-haut en l’Esprit-Saint et nous introduisant aussitôt dans le royaume des cieux ; ou plutôt il nous accorde la grâce de posséder en nous le royaume, de sorte que nous ne restons pas sur l’espoir d’y entrer mais que nous pouvons proclamer en le tenant réellement en mains : « Notre vie est cachée avec le Christ en Dieu. »

Saint Syméon le Nouveau Théologien, Chapitres théologiques, gnostiques et pratiques, centurie 3, chapitre 88 (Editions du Cerf, collection « Sources chrétiennes » n° 51 bis, 1980).



mardi 26 avril 2011

CHRIST EST RESSUSCITE !

Christ est ressuscité !


Oui, il est ressuscité, vraiment !


De même qu'il est né, véritablement, dans notre humanité soumise à la mort, de même il est ressuscité, véritablement, dans notre humanité libérée de la mort.


Contemplons ce double mystère :


La naissance dans le temps, du sein de la Vierge, du Fils pré-éternel engendré avant tous les temps par le Père sans commencement, « l'Ancien des jours » (comme dit l'Ecriture), a été un événement capital, unique, qui a totalement changé le cours de l'Histoire en lui donnant un sens nouveau : l'Histoire de la chute est devenue l'Histoire du salut.


La chute d'Adam, de l'Homme premier – chute volontaire, même si elle n'était pas entièrement consciente, car la conscience de l'homme n'était pas complètement éveillée, c'était en quelque sorte celle d'un enfant, disent les Pères, qui parlent de l'enfantillage du péché – cette chute avait précipité la race humaine dans la prison du péché et de la mort. Et le temps était devenu en quelque sorte la muraille infranchissable de cette prison dans laquelle l'homme tournait en rond, entraîné par la roue de la destinée, courbé sous le joug de la fatalité de la destruction inexorable, sous ses deux aspects de la mort corporelle et de la mort spirituelle, c'est-à-dire le péché.


L'incarnation du Verbe a fait éclater cette roue, elle a renversé cette muraille. Comme l'écrit notre Père saint Irénée :


« Afin de nous procurer la vie, le Verbe de Dieu se fit chair selon l'économie de la Vierge afin de détruire la mort et de vivifier l'homme : car c'est dans la prison du péché que nous nous trouvions, pour avoir cédé au péché et être tombé ainsi sous le pouvoir de la mort. Riche en miséricorde, Dieu le Père nous envoya donc son Verbe industrieux. Celui-ci, venant pour nous sauver, descendit jusque dans les endroits et les lieux mêmes où nous nous trouvions, et il brisa de la sorte les chaînes de notre prison ».


Le Verbe descend « dans les endroits et les lieux mêmes où nous nous trouvons » : cela veut dire qu'il endosse notre humanité pécheresse, tombée sous la loi du péché ; qu'il endosse notre « corps de mort », comme dit l'apôtre Paul, c'est-à-dire condamné à la mort et porteur de mort. Comme nous le disons à chaque liturgie dans le Canon eucharistique : « il est descendu des cieux, a pris la forme d'esclave (esclaves du péché et de la mort, c'est ce que nous sommes), acceptant de plein gré de souffrir pour libérer son œuvre et la reformer à l'image de sa gloire ».


Oui, il a pris sur lui toutes les souffrances du monde : souffrances physiques, morales et spirituelles ; c'est ce que nous avons récapitulé tout au long de la Semaine sainte.


Lui, le Juste, l'Immaculé, il a pris, et il prend, sur lui tous nos péchés, tous nos crimes, tous ceux de tous les pécheurs de tous les temps passés, présents et à venir.


Lui, l'Innocent, il se soumet aux insultes, aux humiliations, aux tortures, celles de toutes les victimes de tous les temps : et c'est la comparution devant Pilate, la flagellation, le couronnement d'épines, le chemin de croix...


Lui, l'Immortel, il se soumet à la mort sur le gibet dans les agonies de tous les condamnés, innocents ou coupables, de tous les temps.


Sur la croix, il expérimente l'abandon de tous : ses disciples ont fui, seule sa Mère reste, avec quelques femmes (et aussi Jean) à l'écart.


Et cet abandon va jusqu'à une limite inconcevable : l'abandon de Dieu ! D'où ce cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ! » Lui, Dieu, abandonné par Dieu ! Quel abîme de mystère ! En quelque sorte, il accepte l'occultation de sa propre divinité afin de descendre au fond du désespoir humain.


Or, de sa part, pas un cri de refus, de révolte... Seulement acceptation totale, abandon à la volonté du Père, et pardon.


Et don, également. Car il nous lègue, en la personne de Jean, qui nous représente tous (car nous sommes tous le disciple bien aimé), ce qu'il a de plus cher : sa Mère. Et il nous lègue , en la personne de sa Mère, cette humanité qu'il a reçue d'elle, qui est la nôtre, qu'il a sanctifiée et qu'il va glorifier.


Car voici : événement foudroyant ! « il brise les chaînes de la mort et sort victorieux des enfers ténébreux » : il ressuscite par sa propre puissance, non pas Dieu seulement, mais Dieu et homme.


Il est né, comme nous, homme mortel ; il nous fait,comme lui, hommes immortels.


Il nous ressuscite personnellement aussi avec lui, « lui, Adam nouveau, père d'une nouvelle humanité, Premier-né d'entre les morts », et cela parce que nous sommes un avec lui comme lui est un avec son Père.


Et où et comment sommes-nous un avec lui ? Où ? Dans l'Eglise, qui est son corps et dont il est la tête. Comment ? Par les mystères que l'Eglise célèbre et pour lesquels elle a été instituée.


Oui, l'Eglise est porteuse de la Résurrection. Non seulement elle l'annonce, elle en témoigne, elle la proclame à la face du monde, mais plus encore : elle actualise, elle rend présente, effective et réelle cette résurrection du Christ et de nous tous, dans la célébration du mystère eucharistique et en particulier chaque dimanche, « jour du Seigneur », qui est à chaque fois la Pâque renouvelée.


Soyons conscients de cela : dans le mystère eucharistique, si nous le vivons dans la plénitude de la foi, nous accomplissons notre propre résurrection en même temps que celle du Christ, dans celle du Christ ; nous sommes libérés de la prison du péché et de la mort, nous sommes sauvés !


En tant que nous sommes dans le monde, nous sommes assujettis au péché et à la mort ; mais en tant que nous ne sommes plus du monde, nous ne sommes plus esclaves du péché ni de la mort. Nous pouvons les dominer avec et dans le Christ. Nous sommes pécheurs, mais justifiés, nous sommes mortels, mais immortels : féconde antinomie... si nous savons tenir ensemble ces deux bouts de la chaîne.


Pour nous, chrétiens, nous qui sommes du Christ, nous qui sommes le Christ (c'est le sens du mot « chrétien »), la Résurrection est le seul motif de notre vie. Sans la Résurrection, comme dit l'apôtre Paul, « vaine est notre foi, vaine est notre prédication, et nous sommes de faux témoins devant la Face de Dieu ». Mais si la Résurrection est le motif de notre vie, il faut la vivre concrètement et effectivement chaque jour. Chaque jour nous devons vivre concurremment et notre mort et notre résurrection : pas l'une sans l'autre, les deux ensemble.


Vivre la Résurrection et vivre en Christ sont deux choses rigoureusement synonymes. Le Christ n'a-t-il pas proclamé : je suis la Résurrection et la Vie ?


Notre seule occupation doit donc être de faire croître en nous le Christ ressuscité.


Comment y parvenir ? Il y a maintes méthodes, mais deux sont parfaitement éprouvées, que le Christ lui-même a enseignées par la parole et par l'exemple : le don et le pardon.


Le don de soi : « il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » - étant entendu que, selon l'enseignement du Christ, nos ennemis sont aussi nos amis. Le don de soi ne requiert pas de grands actes héroïques, ce peut être simplement donner du temps, de l'attention, de l'écoute, du respect, de la bienveillance, un sourire : comme on peut, chacun à sa mesure, mais avec constance, pas par éclipses.


Le pardon : c'est le moyen le plus sûr de nous rendre conformes au Christ. « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font » : telle est la prière de notre Seigneur au moment même où on le crucifie, telle sera aussi la prière de saint Etienne, le protomartyr, le premier martyr. Le pardon est libérateur : c'est un moyen efficace de nous libérer de la loi du péché, qui est la loi de la haine.


Les deux ensemble, don et pardon, peuvent se dire autrement : charité et amour.


« Là où est la charité et l'amour, là est Dieu. C'est l'amour du Christ qui nous rassemble et nous unit [...] Et qu'au milieu de nous demeure le Christ notre Dieu » : voilà ce que nous chantons le Jeudi saint. Et à Pâques : « C'est la joie de la résurrection ; pardonnons tout à cause de la résurrection ! » Le pardon prolonge pour nous et en nous la réalité de la résurrection.


Laissons-nous inonder et transporter de joie devant la beauté du Christ ressuscité, le plus beau des fils de l'Homme, notre Beau Dieu.


Et ensuite partageons cette joie avec la terre entière. Annonçons-la à toute la création : aux hommes, aux animaux, aux arbres, aux plantes, aux pierres du chemin, aux rivières et aux océans, en clamant, le cœur empli d'allégresse et d'action de grâce :


Christ est ressuscité !