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jeudi 17 juillet 2014

Anniversaire maçonnique du 16 juillet

16 juillet 1782 : ouverture du célèbre convent de Wilhelmsbad 


sous la présidence du duc Ferdinand de Brunswick, Eques a Victoria,
avec l'assistance du prince Charles de Hesse-Cassel, Eques a Leone Resurgente, de Jean-Baptiste Willermoz, Eques ab Eremo,
et de 32 autres délégués de toute l'Europe continentale.

(à suivre)



vendredi 29 juin 2012

Lettre à un CBCS


LETTRE A UN CHEVALIER BIENFAISANT DE LA CITE SAINTE

Très cher et Révérend Chevalier,
Je partage entièrement votre sentiment.  Mais je crois qu'il faut nuancer fortement 1'affirmation selon laquelle les rituels de 1808 pour l'Ordre Intérieur de Jean-Baptiste Willermoz, n'ont reçu l'agrément d'aucun convent. La lettre de Willermoz au Prince Charles de Hesse-Cassel du 10 septembre l810 nous permet d'y réfléchir. Elle se trouve imprimée en tête des Archives secrètes de Steel-Maret (que j'abrégerai en S.M.)
En fait, les frères d'Auvergne et par suite Jean-Baptiste Willermoz avaient-reçu une sorte de mandat du Couvent de Wilhelmsbad en général, et plus particulièrement de leurs frères d'Alsace, pour mener à son terme la rédaction des  rituels, ce qui semble bien avoir été fait pour les trois premiers grades et pour l'Ordre Intérieur avant la
Révolution.
C'est à la suite d'un curieux concours de circonstances que le quatrième grade ne fut vraiment rédigé qu'en 1809 par J.B. Willermoz qui a tenu à s'en expliquer' auprès du Prince de Hesse-Cassel (S.M. p. 6-7-8 ; 12-13). Les arguments qu'il donne en faveur de la légitimité de sa démarche (et non seulement sur la rédaction de ce rituel, mais aussi sur l'octroi de Patentes à divers organismes et en particulier à la Préfecture de Neustrie au sein du Centre des Amis (S.M. p. II) sont très forts et n'ont jamais été contestés, que je sache, en 1810, ou peu après, alors qu'il y avait tout de même encore des participants ou des contemporains de Wilhelmsbad (Charles de Hesse-Cassel lui-même et, par exemple, Bacon de la Chevalerie qui ne mourut qu'en l82l). Pourquoi, je vous le demande, le seraient-ils en 1977 par des hommes qui peut-être ignorent presque tout de l'histoire de notre Ordre ?
Le bilan de la question des rituels est, grâce à cette lettre de Willermoz, assez facile à faire.
Les rituels des trois grades bleus furent achevés en 1786-1787 (S.M. p. 7). J'ai eu 1a bonne fortune - et je revendique l'honneur de cette découverte - de retrouver leurs textes authentifiés aux Archives départementales de la Drôme, à Valence, provenant de la loge rectifiée L'Humanité à l'O.°. de Crest.
Le rituel du quatrième grade a été rédigé en 1809 par J.B. Willermoz, et à cette date lourdement chargé d'enseignements. Jusqu'alors le rituel de 1778 était resté en vigueur. On connaît ce dernier par le fonds de Valence (même remarque que ci-dessus) et par un Ms de la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris qu'il m'a été facile d'authentifier d'après le précédente. Ce grade s'appelait simplement Maître Ecossais, ne comportait pas de 4ème tableau et le bijou était sans revers, ce qui confirme le propos de J.B. Willermoz (S.M. p. 6).
Les rituels de l'Ordre Intérieur semblent avoir été rédigés assez rapidement après Wilhelmsbad (S. M. p, 8). Je ne me suis vraiment intéressé jusqu'ici qu'à la copie faite par J.B. Willermoz en 1808 pour la Préfecture de Neustrie, mais je vais m'attacher dès que possible à la comparer avec les états antérieurs. Celui de 1784 pour l’Armement des Chevaliers est très proche.
Que conclure de tout cela, sinon que la campagne de travail et de rédaction qui s'est étendue de 1782 à 1809, avec l’interruption de la Révolution, s'est bien faite dans le prolongement des pouvoirs donnés par le Convent de Wilhelmsbad, avec des retards sans doute dus aux circonstances - certaines vraiment exceptionnelles - mais sans aucune usurpation  ?
Un sentiment personnel maintenant :
Les fondateurs du Rectifié étaient des précurseurs, rituellement (par leur précision, sans équivalent, en 1782, en Europe continentale et en Angleterre) et spirituellement (par leur incroyable élévation). Après eux, il y a eu le creux de la vague.
En particulier, j'ai acquis la forte présomption que, sous l'influence notamment de l'ordre néo-templier de Fabré-Palaprat, un retour s'est fait à Genève aux conceptions néo-templières de la Stricte Observance. A mes yeux, c'est une régression qui n'a fait que s'accentuer par les campagnes de "modernisation" qui ont sévi depuis la fin du XIXe siècle jusqu'à nos jours.
Comme vous 1e dites si pertinemment il ne servirait à rien de patauger dans ces "tripatouillages". II faut étudier très sérieusement les textes de 1782 à l809, adopter des états de cette période selon des critères à déterminer et y revenir sans phrases en laissant froidement les amateurs d'ersatz se délecter de leur saccharine. C'est une affaire où il faut bien sûr respecter la courtoisie et les usages fraternels, mais son enjeu spirituel est si important que le moment arrivera assez rapidement de briser là.
Une dernière considération. Les lectures que je fais à longueur d'année pour Renaissance Traditionnelle m'ont amené à survoler les problèmes du christianisme et de la maçonnerie. Il apparaît que dans les pays maçonniquement très importants, une branche chrétienne de la maçonnerie a persisté, mais que, ô ironie, c'est rarement la même. Le caractère chrétien des Maçonneries Scandinaves, dérivées du système suédois du XVIIIe siècle, est bien connu et il n'est pas sans humour de noter, incidemment, qu'en 1976 la Grande Loge de Suède ne reconnaissait pas encore celle d'Israël.
En Allemagne ce type de maçonnerie est représenté par le Freimaurer Orden. [1]En -Suisse, le Grand Prieuré d'Helvétie s'inspire évidemment de la tradition chrétienne, même si c'est avec modération.
En Angleterre, le Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et. Accepté, appliquant une logique qu'on aurait du mal à trouver .sollicitée, n'admet que des chrétiens au l8ème grade et, par suite, au delà.
En Amérique, la vocation chrétienne est représentée par le Rite d'York qui culmine avec des Chevaliers Templiers (Knights Templar) restés eux aussi cohérents avec eux-mêmes.
Tout cela représente un secteur maçonnique, curieusement disparate certes, dans la forme sinon dans le fond, mais important quantitativement et qualitativement.
J'aimerais que l'on me dise ce qu'il y aurait de scandaleux à ce qu'en France - terre chrétienne parmi les toutes premières - non pas tout le Rectifié, mais une partie de celui-ci (quelle incroyable concession déjà à la tolérance…) en toute fraternité, maintienne avec netteté une tradition ésotérique chrétienne, étant bien entendu qu'un ésotérisme valable ne va pas sans l'exotérisme correspondant ?
L'idée viendrait-elle à un chrétien de demander à entrer dans les B'naî-Berith ? Y serait-il admis ? et s'il l'était, demanderait-il à ce que tout soit modifié pour que .sa conscience ne soit pas heurtée ?
Et quelles sont dans le monde les sociétés ésotériques non chrétiennes où un chrétien est admis ? Et si cela se trouve en effet, dans lesquelles accepterait-on de modifier radicalement les enseignements fondamentaux pour ne pas aller contre son exotérisme ?
Je ne pense pas qu'il soit besoin de plaider cette cause bien longtemps, elle est excellente et se soutient aisément par toutes ses données propres, traditionnelles et historiques. Le réveil de 1911, mal préparé et mal dirigé, a abouti en France a une regrettable déviation et tout C.B.B.S. régulièrement armé selon la filiation helvétique, qui est aussi celle de Lyon, a le droit imprescriptible de revenir aux sources de la Province d'Auvergne. Simplement, s'il est vraiment un Chevalier Bienfaisant, il doit le faire avec douceur et fraternité, ce qui n'exclut pas pour autant la fermeté et la détermination.
Croyez, -très cher et Révérend Chevalier, à mes sentiments d'affection fraternelle
Eques a Latomia Universa




[1]  Voir R.T. n°29 La Franc-Maçonnerie en République Fédérale d’Allemagne aujourd’hui par Fritz Bolle. Le titre de Freimaurer Orden désigne communément l’organisation n°2 de notre liste (. 54-56 : la G.L. Nationale des Francs-Maçons d’Allemagne dont le siège est à Berlin.



Le rédacteur en chef de Renaissance Traditionnelle, Pierre Mollier,  m'a fraternellement autorisé à reproduire cette lettre parue dans le numéro 30, avril 1977, de la revue. Elle m'a paru en effet utile pour rappeler, 35 ans plus tard, quelques vérités méconnues, si j'en juge par certains propos. Premièrement au sujet des rituels (rappelons que cette question a fait l'objet dans cette même revues d'études définitives, d'une part par René Désaguliers, et d'autre part par Roger Dachez). Secondement au sujet du travail opéré postérieurement à Wilhelmsbad (que Jean Granger avait jadis critiqué). Et enfin au sujet du caractère chrétien de la maçonnerie rectifiée, question toujours débattue. Essentielle à cet égard est l'affirmation selon laquelle l'ésotérisme chrétien, pour être "valable", doit aller de pair avec l'exotérisme correspondant...
Dernier point : on va m'accuser de nouveau de dévoiler un incognito, mais n'importe, d'autant que c'est là un secret de Polichinelle : l'Eques a Latomia Universa, c'était le fondateur de la Loge nationale Française et de la revue Renaissance Traditionnelle, à savoir René Guilly, alias René Désaguliers.

vendredi 30 mars 2012

Une citation frauduleuse (suite...et j'espère, fin)

Naguère (le 27 janvier dernier) j'ai consacré un billet 
à démontrer l'inanité, pour ne pas dire le caractère mensonger, de la citation que voici : “La vraie tendance du Régime Rectifié est et doit rester une ardente aspiration à l’établissement de la cité des hommes spiritualistes, pratiquant la morale du Christianisme primitif, dégagée de tout dogmatisme et de toute liaison avec une Eglise quelle qu’elle soit.” J'ai prouvé qu'elle n'avait pas du tout sa place à la date qui lui était assignée, à savoir à la séance d'ouverture du convent de Wilhelmsbad, le 16 juillet 1782.

Plus récemment, dans un travail que j'ai découvert sur "Les Fondamentaux du rite écossais rectifié" signé C.B. (avec remerciements à P.N. et R.B., ce qui en situe l'origine), j'ai trouvé mieux : cette phrase, dont le style dénote, selon l'auteur, qu'elle serait "bien évidemment" de la plume de Willermoz, figurerait dans le Recès du convent de Wilhelmsbad.

Il faut vraiment n'avoir pas fréquenté Willermoz pour lui attribuer cette phrase en style helvète de basse époque, dont au surplus l'inspiration jure avec tout ce que le fondateur du Rectifié a toujours pensé et cru.

En outre, je mets au défi qui que ce soit de la trouver où que ce soit dans le texte du Recès, lequel a été publié dans le numéro hors série des "Cahiers verts" intitulé "Les convents du Régime écossais rectifié" (avril 2005), qu'on peut aisément se procurer en écrivant au secrétariat du GPDG, Cour de Bretagne, 4-6 rue du Buisson Saint Louis, 75010 Paris. Avis aux amateurs...

Il est une formule célèbre selon laquelle "la fausse monnaie chasse la bonne". Il en va de même pour les fausses citations, erronées voire mensongères : elles pullulent, c'est une véritable inflation quasi impossible à endiguer.

Libérons en tout cas la mémoire de Willermoz d'une pensée aussi inutile que fausse tant dans son fond que dans sa forme.


vendredi 27 janvier 2012

A propos du Régime écossais rectifié : une citation apocryphe

Au sujet du Régime écossais rectifié, on voit se répandre une affirmation censée provenir des Actes du convent de Wilhelmsbad. On l’entend dans des discours, on la lit dans des études, on la voit même sur des sites de loges ou même sur des convocations. Cette phrase, la voici : “La vraie tendance du Régime Rectifié est et doit rester une ardente aspiration à l’établissement de la cité des hommes spiritualistes, pratiquant la morale du Christianisme primitif, dégagée de tout dogmatisme et de toute liaison avec une Eglise quelle qu’elle soit.” Quelquefois même, on l'attribue à Willermoz lui-même.
 
D’emblée, elle m’a paru suspecte. Pour peu qu’on fréquente avec quelque assiduité les écrits du XVIIIe siècle, publics ou privés, il est clair qu’aucune plume de l’époque ne peut l’avoir tracée : la phraséologie, les idées, sont à l’évidence du XIXe finissant ou du XXe siècle commençant. Quant au fond, vu les sentiments profondément chrétiens du catholique Jean-Baptiste Willermoz et du luthérien Ferdinand de Brunswick, qu’ils eussent pu approuver pareille déclaration était pour moi d’une totale invraisemblance. Charles de Hesse, peut-être ; mais eux, sûrement pas.

Toutefois, puisqu’une date était mentionnée : le 16 juillet 1782, autant y aller voir. Il se trouve que j’ai à ma disposition l’intégralité des Actes du convent, minutes (procès-verbaux) et pièces annexes. La vérification fut donc aisée, quoiqu’un peu longue. Résultat : rien au 16 juillet, où se tint la séance d’ouverture, rien non plus dans les séances suivantes jusqu’au terme officiel du convent, le 29 septembre, ni jusqu’à son terme réel le 1er septembre.
 
Passons rapidement en revue la teneur des séances. Du 16 juillet au 23 juillet : examen des pouvoirs et « ordonnance des travaux ». Du 18 juillet au 24 juillet : lecture des résumés des (nombreuses : 30) réponses à la circulaire du Magnus Superior Ordinis, le duc Ferdinand de Brunswick. Début des discussions sur la filiation templière. Du 25 juillet au 26 juillet : suite des discussions sur la base d’une motion de Willermoz. Le 29 juillet : lecture et approbation du mémoire de Virieu sur la bienfaisance ; lecture par Willermoz de son « préavis ». Du 30 juillet au 2 août : poursuite des discussions sur la filiation templière ; lecture des résumés de différents membres ; votes. Le 3 août : constitution d’un « comité de la législation » et d’un « comité des rituels des grades ». Du 14 août au 29 août : présentation des travaux des comités et votes ; le 15 août : adoption de la règle maçonnique ; 16 août : lecture et approbation du catéchisme et de l’instruction morale du grade d’apprenti ; 17 août : confirmation de Ferdinand de Brunswick en sa qualité de Grand Maître des Loges et des Loges écossaises réunies et de Grand Supérieur de l’Ordre ; 19 août : suite de la lecture du nouveau Code ; 21 août : début de la discussion sur l’existence d’un grade de Maître écossais ; discussion et vote sur le maintien du Noviciat ; 22 août : vote sur le grade de Maître écossais ; lecture et adoption du rituel de compagnon ; 23 août et 24 août : discussion et vote sur le nombre maximum de membres d’une loge ; suite de la lecture du Code des loges ; 25 août : suite de cette lecture ; lecture et approbation du rituel de maître ; lecture de la règle en latin des Chevaliers de l’Ordre ; 26 août : décision d’ajouter des prières au début des travaux de loge et de banquet ; lecture du catéchisme du grade de maître ; adoption définitive des rituels des rituels des trois premier grades ; vote sur la dénomination des chevaliers : Chevaliers Bienfaisants (les provinces françaises continuent de pouvoir ajouter : de la Cité Sainte) ; début des discussions sur la matricule (i.e. dénomination, répartition et numérotation des provinces). 27 août : suite de ces discussions ; discussion sur les titulatures. 28 août : remise solennelle à Ferdinand de Brunswick de l’acte lui conférant la dignité de Grand Maître Général ; suite des discussions sur la matricule ; examen, discussion et approbation de l’ « esquisse » du rituel de Maître écossais ; lecture de la planche à tracer de la loge d’apprenti tenue la veille pour la réception selon le nouveau rituel du prince Frédéric de Hesse-Hombourg ; examen d’une lettre de la Grande Loge Ecossaise de Berlin ; lecture de la première partie du rituel de noviciat. 29 août : organisation de la rédaction du Code ; lecture de la suite du rituel de noviciat, approbation dudit ; lecture de l’esquisse du rituel de Chevalier, approbation de ladite, Jean de Turckheim désigné pour sa rédaction finale. Clôture officielle du convent.
Prorogation du 30 août au 1er septembre : affaires diverses.
 
Comme on voit, le convent n’a pas chômé, malgré quoi il n’a pas pu achever l’examen de tous les points de son ordre du jour, par exemple le Code. La question du christianisme primitif ou transcendant, puisque c’est de cela qu’il s’agit, christianisme réputé non confessionnel, n’a pas été abordée ni même posée. De même, notons-le en passant que celle de la Profession.
 
Donc il est patent que cette citation est apocryphe, c’est un faux. D’où vient-elle ? Mon sentiment est que sa source est l’Helvétie car sa teneur cadre bien avec les sentiments des Helvètes. Mais c’est pure conjecture.