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jeudi 13 septembre 2012

Exaltation universelle de la vénérable et vivifiante Croix


Pourquoi le Fils de Dieu s'est-il fait homme ?

(Saint Irénée, Démonstration de la Prédication apostolique, § 31 à 34)

L'Eglise aujourd'hui célèbre une des deux fêtes de la Croix de notre Seigneur : la découverte, en latin l' "invention" en 320 par sainte Hélène de la croix qui avait été ensevelie avec l'ensemble du Golgotha lorsque l'empereur Trajan avait fait niveler Jérusalem et avait fait d'elle une ville païenne sous le nom d'Aelia Capitolina ; et en même temps la dédicace de la basilique Sainte-Croix à Jérusalem en 325. L'autre fête célèbre, le 3 mai, le retour à Jérusalem de la Croix conquise en 614 par le roi perse Chosroës et reconquise en 630 par l'empereur Héraclius.

Il m'a paru judicieux de publier en la présente occasion le passage que saint Irénée consacre à la Croix du Sauveur dans son traité Démonstration de la Prédication apostolique à cause de la dimension cosmique qu'il donne à son exégèse. En effet, tout en inscrivant comme d'ordinaire la Croix dans l'économie du salut, il la replace aussi dans l'économie de la création : c'est parce que la Croix est en quelque sorte la charpente de l'univers créé dans ses quatre dimensions, dimensions qui sont celles que l'apôtre Paul attribue à l'amour (divin), c'est pour cette raison même que le Christ devait être attaché à une croix. Ainsi l'action créatrice du Fils de Dieu et l'action salvatrice du Fils de l'Homme, nouvel Adam, se répondent-elles l'une l'autre par le moyen du même symbole. Et, comme il est dit dans une hymne liturgique, celui qui, comme Créateur porte sa créature, est porté par elle comme sauveur. Et cette Croix, à la fois symbole et réalité ô combien concrète, a les dimensions de l'amour.

Pour une parfaite compréhension du texte et pour en respecter la logique, je l'ai fait partir de l'origine : la création de l'homme et sa faute. Mais j'ai mis en caractères gras le passage, court mais dense, qui se rapporte à la Croix.



icône de Léonide Ouspensky


31 Le Fils a uni l'homme à Dieu, et de cette façon l'homme a reçu la communion avec Dieu. Le Fils s'est fait homme, et le monde entier l'a vu. En effet, nous ne pouvions pas participer à la vie avec Dieu pour toujours, sauf si cette vie venait parmi nous. Cette vie, c'est le Fils de Dieu fait homme, mort et ressuscité de la mort pour nous. Comme la vie qui ne finit pas était invisible, elle n'était d'aucun secours pour nous. C'est pourquoi elle est devenue visible. Il le fallait pour que, à tous points de vue, nous participions à la vie avec Dieu. Dans le premier homme, Adam, nous avons tous été enchaînés à la mort à cause de la désobéissance. Il a donc fallu que, par l'obéissance de celui qui se ferait homme pour nous, nous soyons libérés de la mort pour toujours. La mort a régné sur les humains. Il fallait donc qu'elle soit détruite par un homme, et que les êtres humains soient ainsi libérés de son pouvoir.

Le Verbe du Père s'est donc fait homme pour détruire, par sa vie d'homme, les mauvais désirs humains qui avaient dominé sur l'humanité. De cette façon, le péché n'a plus été en nous. Et c'est pourquoi le Seigneur a reçu un corps d'homme pour combattre pour ses ancêtres et vaincre en Adam celui qui nous avait vaincus en Adam.

32. C'est quand la terre était encore vierge que Dieu a pris de la boue de la terre et qu'il a modelé l'homme. Et cet homme devait être le point de départ de l'humanité. Le Seigneur a voulu récapituler en lui-même cet homme. C'est pourquoi il a reçu un corps formé d'une manière semblable à celui d'Adam, en naissant d'une Vierge par la volonté et la sagesse de Dieu. Ainsi le Seigneur a montré qu'il avait un corps formé d'une manière semblable à celle d'Adam. Il a montré qu'il est cet homme même que les Livres saints décrivent ainsi :  depuis le commencement, il est à l'image et à la ressemblance de Dieu.

33. Par la désobéissance d'une vierge, Ève, l'homme a fait une faute et il est mort. Pareillement, par l'obéissance de la Vierge Marie à la parole de Dieu, l'homme a vraiment retrouvé la vie. Car le Seigneur est venu chercher la brebis qui était perdue, et cette brebis, c'est l'homme. C'est pourquoi il n'y a pas un nouvel homme modelé par Dieu. Mais parce que le Seigneur est né de Marie qui descend d'Adam, il descend du premier homme, Adam, qui a été modelé à la ressemblance de Dieu. En effet, il fallait qu'Adam soit récapitulé dans le Christ. Alors ce qui était mort pourrait être rendu vivant par ce qui ne meurt pas. Il fallait aussi qu'Ève soit récapitulée en Marie. Alors Marie, en défendant Ève, pourrait détruire la désobéissance d'une vierge par l'obéissance d'une Vierge.

Et la faute qui a été commise par le moyen du bois a été détruite par l'obéissance qui s'est accomplie aussi par le moyen du bois. Cette obéissance, c'est l'obéissance du Fils de l'homme à Dieu quand il a été cloué sur le bois de la croix. De cette façon, le Fils a détruit ce qui conduit à faire le mal. Et il a offert ce qui conduit à faire le bien. Car le mal, c'est de désobéir à Dieu, de même que le bien, c'est de lui obéir.

34 Le prophète Isaïe a fait connaître à l'avance les choses à venir. C'est, en effet, le rôle des prophètes de faire connaître les choses à venir. C'est pourquoi le Verbe de Dieu dit par l'intermédiaire du prophète Isaïe : « Je ne désobéis pas et je ne discute pas. J'ai présenté mon dos aux fouets et mes joues aux coups et je n'ai pas détourné mon visage quand ils ont craché dessus (Isaïe 50, 5-6). 

Donc l'obéissance a conduit le Fils jusqu'à la mort, cloué sur le bois de la croix. Ainsi il a détruit la vieille désobéissance qui avait été commise par le moyen du bois.

Et le Fils est le Verbe du Père tout-puissant. Ce Verbe, par lequel le Père a créé le monde, s'étend aussi loin que la création tout entière. Il la soutient dans sa longueur et sa largeur et dans sa hauteur et sa profondeur (cf. Éphésiens 3, 18). En effet, c'est le Verbe du Père qui domine sur l'univers. C'est à cause de cela que le Fils de Dieu a été cloué sur le bois de la croix selon ces quatre dimensions. En effet, il se trouvait déjà comme imprimé en forme de croix dans l'univers. Car il fallait que le Fils de Dieu, en devenant visible, se montre au grand jour comme imprimé en forme de croix dans l'univers. De cette façon, par sa place visible d'homme cloué sur une croix, il a révélé son action sur le monde invisible.

Voici ce qu'on peut comprendre. C'est lui qui illumine les hauteurs, c'est-à-dire les choses qui sont dans les cieux. C'est lui qui soutient les profondeurs, c'est-à-dire les choses qui sont sous la terre. C'est lui aussi qui étend la longueur depuis le levant jusqu'au couchant. C'est encore lui qui dirige comme un pilote la longueur du pôle au midi. C'est lui enfin qui appelle de partout les dispersés pour leur faire connaître le Père.

dimanche 5 août 2012

Homélie de saint Léon le Grand sur la Transfiguration


Homélie de saint Léon le Grand sur la Transfiguration

Sermon 51, 3-4

L'Eglise fête aujourd'hui la Transfiguration du Seigneur à laquelle sont associés trois dans le ciel : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, trois sur la hauteur: Moïse, Elie et le Fils de l'Homme, et trois sur la terre : Pierre, Jacques et Jean.

Le Christ manifeste ainsi sa nature humaine glorifié, qui fut celle d'Adam aux origines et qui sera celle que le Nouvel Adam communiquera à la fin des temps à tous ceux des humains qui auront accepté son salut.

Un détail non négligeable à relever : Satan, qui parodie sacrilègement tout ce que Dieu fait, a choisi cette même date du 6 août pour inciter l'homme à faire exploser à Hiroshima la bombe atomique, cette gloire luciférienne.  


Transfiguration monastère sainte Catherine du Sinaï (VIe siècle)


Le Seigneur découvre sa gloire devant les témoins qu'il a choisis, et il éclaire d'une telle splendeur cette forme corporelle qu'il a en commun avec les autres hommes que son visage a l'éclat du soleil et que ses vêtements sont aussi blancs que la neige.

Par cette transfiguration il voulait avant tout prémunir ses disciples contre le scandale de la croix et, en leur révélant toute la splendeur de sa dignité cachée, empêcher que les abaissements de sa Passion volontaire ne bouleversent leur foi.

Mais, il ne prévoyait pas moins de fonder l'espérance de l'Église, en faisant découvrir à tout le Corps du Christ quelle transformation lui serait accordée ; ses membres se promettraient de partager l'honneur qui avait resplendi dans leur chef.

Le Seigneur lui-même avait déclaré à ce sujet, lorsqu'il parlait de la majesté de son avènement: « Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père » (Matthieu 13,43). Et l'apôtre saint Paul atteste lui aussi: « J'estime qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que le Seigneur va bientôt révéler en nous » (Romains  8,18). Et encore: « Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ qui est votre vie, alors, vous aussi vous paraîtrez avec lui en pleine gloire » (Colossiens 3,3-4).

Cependant, pour confirmer les apôtres et les introduire dans une complète connaissance, un autre enseignement s'est ajouté à ce miracle. En effet, Moïse et Élie, c'est-à-dire la Loi et les Prophètes, apparurent en train de s'entretenir avec le Seigneur. Ainsi, par la réunion de ces cinq hommes s'accomplirait de façon certaine la prescription: « Toute parole est garantie par la présence de deux ou trois témoins » (Deutéronome 19,15).

Qu'y a-t-il donc de mieux établi, de plus solide que cette parole? La trompette de l'Ancien Testament et celle du Nouveau s'accordent à la proclamer; et tout ce qui en a témoigné jadis s'accorde avec l'enseignement de l'Évangile.

Les écrits de l'une et l'autre Alliance, en effet, se garantissent mutuellement ; celui que les signes préfiguratifs avaient promis sous le voile des mystères est montré comme manifeste et évident par la splendeur de la gloire présente. Comme l'a dit saint Jean, en effet: « Après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » (Jean 1,17). En lui s'est accomplie la promesse des figures prophétiques comme la valeur des préceptes de la Loi, puisque sa présence enseigne la vérité de la prophétie, et que sa grâce rend praticables les commandements.

Que la foi de tous s'affermisse avec la prédication de l'Évangile, et que personne n'ait honte de la croix du Christ, par laquelle le monde a été racheté.

Que personne donc ne craigne de souffrir pour la justice, ni ne mette en doute la récompense promise ; car c'est par le labeur qu'on parvient au repos, par la mort qu'on parvient à la vie. Puisque le Christ a accepté toute la faiblesse de notre pauvreté, si nous persévérons à le confesser et à l'aimer, nous sommes vainqueurs de ce qu'il a vaincu et nous recevons ce qu'il a promis. Qu'il s'agisse de pratiquer les commandements ou de supporter l'adversité, la voix du Père que nous avons entendue tout à l'heure doit retentir sans cesse à nos oreilles: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute ma dilection ; écoutez-le ! » (Matthieu 17, 5)

samedi 14 juillet 2012

Saint Paul : Contre les doctrines purement humaines


Contre les doctrines purement humaines
Saint Paul Epître aux Colossiens 2, 6 à 23




(Π) Ὡς οὖν παρελάβετε τὸν χριστὸν Ἰησοῦν τὸν κύριον, ἐν αὐτῷ περιπατεῖτε,
Ainsi donc, comme vous avez reçu le Seigneur Jésus Christ, marchez en lui,

ἐρριζωμένοι καὶ ἐποικοδομούμενοι ἐν αὐτῷ, καὶ βεβαιούμενοι ἐν τῇ πίστει, καθὼς ἐδιδάχθητε, περισσεύοντες ἐν αὐτῇ ἐν εὐχαριστίᾳ.
étant enracinés et fondés en lui, et affermis par la foi, d'après les instructions qui vous ont été données, et abondez en actions de grâces.

(Π) Βλέπετε μή τις ὑμᾶς ἔσται ὁ συλαγωγῶν διὰ τῆς φιλοσοφίας καὶ κενῆς ἀπάτης, κατὰ τὴν παράδοσιν τῶν ἀνθρώπων, κατὰ τὰ στοιχεῖα τοῦ κόσμου, καὶ οὐ κατὰ χριστόν:
Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par une vaine tromperie, s'appuyant sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde, et non sur le Christ.

ὅτι ἐν αὐτῷ κατοικεῖ πᾶν τὸ πλήρωμα τῆς θεότητος σωματικῶς,
Car en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité.

καί ἐστε ἐν αὐτῷ πεπληρωμένοι, ὅς ἐστιν ἡ κεφαλὴ πάσης ἀρχῆς καὶ ἐξουσίας:
Vous avez tout pleinement en lui, qui est le chef de toute domination et de toute autorité.

ἐν ᾧ καὶ περιετμήθητε περιτομῇ ἀχειροποιήτῳ, ἐν τῇ ἀπεκδύσει τοῦ σώματος τῶν ἁμαρτιῶν τῆς σαρκός, ἐν τῇ περιτομῇ τοῦ χριστοῦ,
Et c'est en lui que vous avez été circoncis d'une circoncision que la main n'a pas faite, mais de la circoncision du Christ, qui consiste dans le dépouillement du corps [des péchés] de la chair :

συνταφέντες αὐτῷ ἐν τῷ βαπτίσματι,  ἐν ᾧ καὶ συνηγέρθητε διὰ τῆς πίστεως τῆς ἐνεργείας τοῦ θεοῦ, τοῦ ἐγείραντος αὐτὸν ἐκ τῶν νεκρῶν.
ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu, qui l'a ressuscité des morts.

Καὶ ὑμᾶς, νεκροὺς ὄντας ἐν τοῖς παραπτώμασιν καὶ τῇ ἀκροβυστίᾳ τῆς σαρκὸς ὑμῶν, συνεζῳοποίησεν ὑμᾶς σὺν αὐτῷ, χαρισάμενος ἡμῖν πάντα τὰ παραπτώματα,
Vous qui étiez morts par vos offenses et par l'incirconcision de votre chair, il vous a rendus à la vie avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos offenses ;

ἐξαλείψας τὸ καθ’ ἡμῶν χειρόγραφον τοῖς δόγμασιν, ὃ ἦν ὑπεναντίον ἡμῖν: καὶ αὐτὸ ἦρκεν ἐκ τοῦ μέσου, προσηλώσας αὐτὸ τῷ σταυρῷ:
il a effacé l'acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et il l'a détruit en le clouant à la croix ;

ἀπεκδυσάμενος τὰς ἀρχὰς καὶ τὰς ἐξουσίας, ἐδειγμάτισεν ἐν παρρησίᾳ, θριαμβεύσας αὐτοὺς ἐν αὐτῷ.
il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d'elles par la croix.

 (Π) Μὴ οὖν τις ὑμᾶς κρινέτω ἐν βρώσει ἢ ἐν πόσει, ἢ ἐν μέρει ἑορτῆς ἢ νουμηνίας  ἢ σαββάτων:
Que personne donc ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou au sujet d'une fête, d'une nouvelle lune, ou des sabbats :

ἅ ἐστιν σκιὰ τῶν μελλόντων, τὸ δὲ σῶμα χριστοῦ. 
c'était l'ombre des choses à venir, mais le corps est en Christ.

Μηδεὶς ὑμᾶς καταβραβευέτω θέλων ἐν ταπεινοφροσύνῃ καὶ θρησκείᾳ τῶν ἀγγέλων, ἃ μὴ ἑώρακεν ἐμβατεύων, εἰκῇ φυσιούμενος ὑπὸ τοῦ νοὸς τῆς σαρκὸς αὐτοῦ,
Qu'aucun homme, sous une apparence d'humilité et par un culte des anges, ne vous ravisse à son gré le prix de la course, tandis qu'il s'abandonne à ses visions et qu'il est enflé d'un vain orgueil par ses pensées charnelles,

καὶ οὐ κρατῶν τὴν κεφαλήν, ἐξ οὗ πᾶν τὸ σῶμα, διὰ τῶν ἁφῶν καὶ συνδέσμων ἐπιχορηγούμενον καὶ συμβιβαζόμενον, αὔξει τὴν αὔξησιν τοῦ θεοῦ.
sans s'attacher au chef, dont tout le corps, assisté et solidement assemblé par des jointures et des liens, tire l'accroissement que Dieu donne.

(Π) Εἰ ἀπεθάνετε σὺν χριστῷ, ἀπὸ τῶν στοιχείων τοῦ κόσμου, τί ὡς ζῶντες ἐν κόσμῳ δογματίζεσθε,
Si vous êtes morts avec le Christ aux rudiments du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous impose-t-on ces préceptes :

Μὴ ἅψῃ, μηδὲ γεύσῃ, μηδὲ θίγῃς –
Ne prends pas ! ne goûte pas ! ne touche pas !

ἅ ἐστιν πάντα εἰς φθορὰν τῇ ἀποχρήσει – κατὰ τὰ ἐντάλματα καὶ διδασκαλίας τῶν ἀνθρώπων;
préceptes qui tous deviennent pernicieux par l'abus, et qui ne sont fondés que sur les ordonnances et les doctrines des hommes ?

Ἅτινά ἐστιν λόγον μὲν ἔχοντα σοφίας ἐν ἐθελοθρησκείᾳ καὶ ταπεινοφροσύνῃ καὶ ἀφειδίᾳ σώματος, οὐκ ἐν τιμῇ τινὶ πρὸς πλησμονὴν τῆς σαρκός.
Ils ont, à la vérité, une apparence de sagesse, en ce qu'ils indiquent un culte volontaire, de l'humilité, et le mépris du corps, mais ils sont sans aucun mérite et contribuent à la satisfaction de la chair.

Demain, la suite de saint Irénée, avec de nouveaux textes tout aussi percutants que les précédents.

samedi 19 mai 2012

La réunion des Eglises...russes


LE MESSAGE DU PATRIARCHE CYRILLE DE MOSCOU ET DE TOUTE LA RUSSIE, À L’OCCASION DU 5ÈME ANNIVERSAIRE DE LA SIGNATURE DE L’ACTE CANONIQUE RÉTABLISSANT LA COMMUNION ENTRE LE PATRIARCAT DE MOSCOU ET L’ÉGLISE RUSSE HORS FRONTIÈRES

« Que la paix et l’amour avec la foi soient donnés aux frères de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus-Christ ! Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus-Christ d’un amour inaltérable ! » (Eph. VI, 23-24)
L’Église orthodoxe russe commémore maintenant le cinquième anniversaire de la signature de l’acte canonique de communion. Ce document a mis fin à la séparation qui a duré de nombreuses années entre le Patriarcat de Moscou et l’Église orthodoxe russe à l’étranger. Nous nous souvenons de cet événement d’une grande importance historique, qui marque le dépassement de l’une des conséquences tragiques de la catastrophe politique et spirituelle que la Russie a connue au XXème siècle. Au cours du siècle passé, notre patrie et notre Église sont passées par les épreuves les plus difficiles. Les églises ont été détruites, les objets sacrés ont été profanés, la liberté donnée par Dieu a l’homme a été violée grossièrement, les ennemis internes et externes de l’Église ont déchiré la tunique ecclésiale. Les luttes fratricides ont fait périr des millions de nos concitoyens, et la férocité des persécuteurs athées a mené au trépas, au nom du Christ, de la grande foule des néomartyrs et confesseurs de Russie. La révolution et la guerre civile qui s’en est suivie sont devenues la cause de l’exode massif de Russie de nos compatriotes. Des millions d’entre eux se sont trouvés dispersés dans le monde entier. La foi orthodoxe a uni les réfugiés, qui ont conservé soigneusement la flamme de la foi, la transmettant de génération en génération. Mais les circonstances historiques dramatiques ont provoqué la division au sein de la diaspora orthodoxe russe.
En montant sur la Croix, la Russie orthodoxe croyait en sa résurrection. Les enfants de l’Église, tant dans la patrie qu’en dehors de ses frontières, élevèrent des prières au Seigneur et notre Sauveur, avec une ardeur particulière, pour l’abolition de la douloureuse division. Dans cette attente, nous nous sommes adressés à l’intercession céleste et puissante des néomartyrs.  Par la miséricorde de Dieu, la situation a changé radicalement dans notre pays. Les chrétiens orthodoxes ont perçu cela comme un don du ciel. L’Église orthodoxe russe a trouvé une liberté totale, notamment en ce qui concerne les relations entre l’Église et l’État. La séparation constituait la douleur de toute l’Église, l’affliction du peuple tout entier. Et ce n’est pas une exagération : il suffit de se souvenir avec quelle attention notre société suivait le rapprochement qui commençait. Nous avons agi au cours du processus du dialogue de telle façon à ne pas porter atteinte l’un à l’autre et à ne pas produire de nouvelles blessures. Sur cette voie, il ne pouvait y avoir ni vainqueurs ni vaincus. Il en résulta que l’Église russe avec ses millions de fidèles remporta la victoire, son unité étant rétablie.
En ces jours, nous commémorons dans la prière le patriarche Alexis de Moscou et de toute la Russie, ainsi que le métropolite Laur de New York et d’Amérique orientale. En la fête de l’Ascension du Seigneur, le 4/17 mai 2007, ils apposèrent leurs signatures, sur l’ambon de la cathédrale du Christ Sauveur, au bas de l’acte canonique de communion, et célébrèrent ensuite ensemble la sainte liturgie. Nous remercions également tous ceux qui ont travaillé à cette unité et l’ont rapprochée. Maintenant, lorsque notre communion est rétablie et que nous communions à un seul calice, rendons grâce au Dieu très-miséricordieux, qui nous a acheminés par sa droite toute-puissante à l’unité désirée, pour la gloire de son saint nom et pour le bien de sa sainte Église.
Aujourd’hui, nous pouvons dire avec hardiesse que nous avons réalisé en acte le testament du saint hiérarque Tikhon, patriarche de toute la Russie : « C’est précisément dans l’unité, l’action harmonieuse et l’amour fraternel que se trouve la force ». Nous pouvons témoigner avec joie que « les portes de l’hadès » (Matth. 16,18) n’ont pas prévalu contre l’Église russe. Elle accomplit désormais fructueusement son ministère salvateur tant dans la Patrie qu’en dehors de ses frontières. Les cinq années qui se sont passées depuis le moment de la signature de l’acte canonique de communion ont été riches en bons exemples d’action commune. Le temps manque pour donner les exemples de collaboration quotidienne sur le terrain, qui témoignent que notre Église n’est pas seulement proclamée « une », mais qu’elle est telle en pratique. Il est même étonnant à quel point les murs de séparation de tant d’années soient tombés si rapidement et si facilement. Cela est devenu possible, précisément parce que nous étions et sommes restés les porteurs d’une et même tradition orthodoxe russe, nous avons les mêmes valeurs spirituelles et morales que nous apportons au monde.   
Gardons avec gratitude et soin le grand don de l’unité de l’Église, de l’unité du peuple de Dieu. Opposons-nous à toute tentative d’introduire le trouble et la division dans la vie de l’Église, d’ébranler les fondements de son existence canonique. Prions aussi avec ardeur pour ceux qui, pour des raisons différentes, se trouvent en dehors de l’unité avec l’Église orthodoxe russe. Nous les invitons encore et à nouveau à la communion dans l’amour du Christ qui « ne cherche point son intérêt, ne s’irrite point, ne soupçonne point le mal, ne se réjouit point de l’injustice, mais se réjouit de la vérité ; il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout » (I Cor. XIII, 5-7). Que le Seigneur abaisse ses yeux miséricordieux sur nos prières et nos labeurs et qu’Il bénisse son peuple en lui donnant la paix (Ps. XXVIII, 11), au sujet de laquelle Il a dit à ses apôtres avant sa passion : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix » (Jn. XIV, 27). Amen.
+Cyrille, Patriarche de Moscou et de toute la Russie "
Source: Patriarcat de Moscou (traduit du russe pour Orthodoxie.com)
Comme quoi, dans l'Eglise, le schisme n'est pas une fatalité !

samedi 9 octobre 2010

La Croix

Avant de passer, comme annoncé, à Raimon Panikkar, j'ai jugé utile d'ajouter une post-face au dernier chapitre de l'ouvrage du P. Daniélou référencé précédemment. Cet ajout est de S. Irénée et porte sur le symbolisme (au sens fort et vital) de la Croix. Le voici :


"Auteur du monde, c'est en toute vérité le Verbe de Dieu. C'est lui notre Seigneur : lui-même, dans les derniers temps, s'est fait homme, alors qu'il était déjà dans le monde et qu'au plan invisible il soutenait toutes les choses créées et se trouvait imprimé dans la création entière, en tant gouvernant et disposant toutes choses[...]" (Adversus Haereses V, 18, 3).


Et surtout :


"Par l'obéissance par laquelle il a obéi jusqu'à la mort en pendant au bois, il a détruit l'antique désobéissance perpétrée par le bois" (càd par l'arbre de la connaissance du bien et du mal auquel Adam, sur l'instigation du Malin, a goûté). "Et parce que lui-même est le Verbe du Dieu tout-puissant, Verbe qui, au plan invisible, s'étend à la création entière et soutient sa longueur et sa largeur et sa hauteur et sa profondeur - car c'est par le Verbe de Dieu que l'univers est régi - il a été crucifié aussi en ces quatre dimensions, lui, le Fils de Dieu qui se trouvait déjà imprimé en forme de croix dans l'univers ; il fallait en effet que le Fils de Dieu, en devenant visible, produisît au jour son impression en forme de croix dans l'univers, afin de révéler, par sa posture visible de crucifié, son action au plan invisible, à savoir que c'est lui qui illumine la "hauteur", c'est-à-dire les choses qui sont dans les cieux, qui soutient la profondeur, c'est-à-dire les choses qui sont dans les régions de dessous la terre, qui étend la "longueur" depuis le Levant jusqu'au Couchant, qui dirige à la manière d'un pilote la "largeur" du Pôle au Midi, et qui appelle de toutes parts les dispersés à la connaissance du Père." (Démonstration de la prédication apostolique, 34).


Il ne me semble pas qu'on lise beaucoup S. Irénée dans les milieux ésotérisants, et pourtant c'est le meilleur antidote  contre "la philosophie et (...) une vaine tromperie s'appuyant sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde et non sur le Christ" (Colossiens 2, 8), c'est-à-dire, généralement parlant, contre toutes les antiques hérésies qui se présentent à nouveau sous le couvert de vêtements neufs mais sont toujours les mêmes, car c'est par un nombre limité d'amorces que le père du mensonge attrappe l'homme oublieux et négligent. En tout cas, la fréquentation assidue de S. Irénée, qui a connu et démonté en détail tous les systèmes pseudo-gnostiques, est un talisman (pardon !) efficace contre toutes les billevesées occulto-ésotériques.