Affichage des articles dont le libellé est Eglise russe. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Eglise russe. Afficher tous les articles

samedi 1 février 2014

La primauté dans l'Eglise du Christ

Pour comprendre le contexte du présent texte, il faut se reporter à mon billet du 13 janvier dernier : 
Une autocéphalie est-elle conditionnelle ? ... ou : l'impérialisme du Phanar.

Le patriarcat dit de Constantinople, alias du Phanar, banlieue d'Istanbul où est sis son siège, tente de compenser sa fragilité numérique, donc politique, par un autoritarisme grandissant qui, si l'on n'y faisait obstacle, dégénérerait en un papisme orthodoxe - ce qui est une contradiction dans les termes, puisqu'un des fondements de l'ecclésiologie orthodoxe est l'absolue égalité entre toutes les Eglises sœurs.

L'Eglise orthodoxe russe a toujours fait obstacle à cette prétention. Il est intéressant de voir qu'elle est contestée même au sein de l'Eglise de Grèce.


Sous le titre "Le Christ est le seul Primus sine Paribus", l'agence d'informations ecclésiastiques grecque "Romfea" a publié hier un texte de la Sainte Métropole du Pirée où celle-ci, par son Bureau chargé de la lutte contre les hérésies, répond à la prise de position du Métropolite de Prousse du Patriarcat de Constantinople contre la Résolution-Déclaration du Saint Synode de l'Eglise de Russie sur la primauté dans l'Eglise Orthodoxe. 

Pour donner en bref les éléments principaux de cette réponse du Bureau antihérétique de la Métropole du Pirée:

La primauté sur toute l'Eglise appartient au Christ, seul véritable "Premier sans égal". De cette première et unique source d'autorité découle toute autre autorité dans l'Eglise, comme le montre Eph 4,11: "C'est Lui qui a donné aux uns d'être apôtres" etc. C'est Lui aussi qui a institué le régime synodal dans Son Eglise. Ainsi, en-dessous du Christ, il y a la primauté du Concile Œcuménique et non pas celui de quelque évêque individuel. Ce sont les Saints Conciles Œcuméniques qui constituent la source des primautés d'honneur (ou plus exactement: "privilèges d'honneur", en grec:"τα πρεσβεία τιμής"), autant au niveau des éparchies qu'au niveau universel. Ces primautés sont donc des primautés de troisième ordre, après celle du Christ et celle du Concile œcuménique, puisqu'elles ont été instituées, comme on sait, par les Saints Conciles Œcuméniques II (canon 3), IV (canon 28) et VI (canon 36), confirmées historiquement tout au long des siècles par la vie ecclésiale. Ainsi est réfuté l'affirmation du métropolite de Brousse comme quoi la primauté du Patriarche œcuménique aurait sa source en lui-même ! Il n'est pas source, mais réceptacle des privilèges d'honneur, souligne la réponse du Bureau antihérétique de la Métropole du Pirée. Quant à l'affirmation du Métropolite de Brousse que le Patriarche œcuménique serait, en tant que tel, "premier sans égal", elle est "entièrement arbitraire", disent les auteurs de cette réponse, sans aucune base dans les saints canons et dans les témoignages des Saints Pères.

Concernant "le glissement plus grave encore" que constitue la tentative du Métropolite de Brousse de fonder cette primauté du Patriarche œcuménique sur les relations entre les Personnes de la Sainte Trinité, accusant le Saint Synode Russe d'ignorer "la monarchie" du Père, les auteurs montrent d'abord que le texte de St Grégoire le Théologien , sur lequel le Métropolite de Brousse prétend fonder cette thèse, dit en réalité tout le contraire. Ils expriment ensuite leur affliction devant "cette déformation des paroles du Saint, affliction d'autant plus grande qu'elle provient d'un universitaire et même professeur à l'Université!" Ils signalent ensuite que des thèses du Métropolite de Brousse en cette matière, il découle qu'il faut considérer le Fils comme un Dieu second et donc inférieur au Père, ce qui aboutit aux théories hérétiques d'Origène, lesquelles ont été condamnées par le 5e Concile Œcuménique.

Enfin, le Bureau antihérétique de la Métropole du Pirée examine la question de la teneur concrète de la primauté de Constantinople et notamment sa prétention au privilège d'accorder et de révoquer l'autocéphalie.

Les auteurs se réfèrent au canon 9 du IVe Concile Œcuménique: "... Au cas où un clerc a un différend avec son propre évêque ou avec une autre évêque, qu'il soit décidé par le Synode de la province. Et si un évêque ou un clerc a un différend avec le Métropolite de la province, qu'il ait recours à l'Exarque du Diocèse ou au trône de la ville impériale de Constantinople et que l'affaire soit décidée par celui-ci." Puis ils citent le commentaire de ce canon par Saint Nicodème du Mont Athos: "Que le (patriarche) de Constantinople n'ait pas l'autorité d'agir dans les diocèses et paroisses des autres Patriarcats et que le présent canon ne l'élève pas non plus en instance d'appel pour l'ensemble de l'Eglise..., c'est évident." St Nicodème cite pour cela deux éléments qui confirment sa position:
1. "Les lois civiles et impériales ne stipulent pas que seul le jugement et la décision du (patriarche) de Constantinople soient sans appel, mais que ceux de chaque Patriarche et des Patriarches tous ensemble le sont, sans restriction.
2. Le cas du patriarche de Constantinople Anatolios, lequel "ayant agi au-delà de ses frontières .... fut réprimandé pour cela aussi bien par les autorités d'Etat que par le Concile (le IVe Œcuménique)".

"Et en ce qui concerne enfin le droit d'accorder ou de retirer l'autocéphalie", soulignent les auteurs de cette réponse, "nous notons que le Patriarcat œcuménique, dans la marche historique de l'Eglise, a en effet accordé l'autocéphalie et même la dignité de patriarcat à diverses Eglises locales, comme par exemple l'Eglise de Grèce, l'Eglise de Serbie, de Bulgarie, de Russie etc. Cependant, toutes ces périphéries ecclésiastiques locales avaient appartenu auparavant à la juridiction du Patriarcat œcuménique lui-même et non pas à un autre patriarcat. Il n'a jamais existé de cas où l'autocéphalie ou la dignité de patriarcat ait été octroyée par le Patriarcat œcuménique à une juridiction ecclésiastique d'un autre patriarcat. De plus, toutes ces décisions d'octroi de l'autocéphalie étaient des décisions synodales et non pas des décisions d'une seule personne, du (patriarche) œcuménique."

Le texte du Bureau pour la lutte contre les hérésies de la Métropole du Pirée conclut en rappelant l'exhortation du Seigneur à Ses disciples de ne pas suivre l'exemple des potentats de ce monde (cf Mc 10,42-44).


Il rappelle aussi que le fait que "les désirs pour les premières places et les disputes pour celles-ci ont trop souvent été la cause de nombreux schismes et scissions, dont le principal fut le grand schisme entre Est et Ouest, provoqué, comme on sait, tout d'abord et surtout par la prétention des papes à la domination ecclésiastique universelle. Il est particulièrement regrettable que les tendances hégémonistes au niveau universel qu'on observe ces derniers temps, démontrent de la manière la plus claire qu'on tente de construire une primauté analogue à celle du papisme, c'est à dire une primauté "de droit divin", fondée cette fois-ci non pas sur le "dogme Pétrinien" du papisme, mais sur le dogme de la Sainte Trinité. 

Source : http://www.egliserusse.eu/  forum : Parlons d'orthodoxie

samedi 19 mai 2012

La réunion des Eglises...russes


LE MESSAGE DU PATRIARCHE CYRILLE DE MOSCOU ET DE TOUTE LA RUSSIE, À L’OCCASION DU 5ÈME ANNIVERSAIRE DE LA SIGNATURE DE L’ACTE CANONIQUE RÉTABLISSANT LA COMMUNION ENTRE LE PATRIARCAT DE MOSCOU ET L’ÉGLISE RUSSE HORS FRONTIÈRES

« Que la paix et l’amour avec la foi soient donnés aux frères de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus-Christ ! Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus-Christ d’un amour inaltérable ! » (Eph. VI, 23-24)
L’Église orthodoxe russe commémore maintenant le cinquième anniversaire de la signature de l’acte canonique de communion. Ce document a mis fin à la séparation qui a duré de nombreuses années entre le Patriarcat de Moscou et l’Église orthodoxe russe à l’étranger. Nous nous souvenons de cet événement d’une grande importance historique, qui marque le dépassement de l’une des conséquences tragiques de la catastrophe politique et spirituelle que la Russie a connue au XXème siècle. Au cours du siècle passé, notre patrie et notre Église sont passées par les épreuves les plus difficiles. Les églises ont été détruites, les objets sacrés ont été profanés, la liberté donnée par Dieu a l’homme a été violée grossièrement, les ennemis internes et externes de l’Église ont déchiré la tunique ecclésiale. Les luttes fratricides ont fait périr des millions de nos concitoyens, et la férocité des persécuteurs athées a mené au trépas, au nom du Christ, de la grande foule des néomartyrs et confesseurs de Russie. La révolution et la guerre civile qui s’en est suivie sont devenues la cause de l’exode massif de Russie de nos compatriotes. Des millions d’entre eux se sont trouvés dispersés dans le monde entier. La foi orthodoxe a uni les réfugiés, qui ont conservé soigneusement la flamme de la foi, la transmettant de génération en génération. Mais les circonstances historiques dramatiques ont provoqué la division au sein de la diaspora orthodoxe russe.
En montant sur la Croix, la Russie orthodoxe croyait en sa résurrection. Les enfants de l’Église, tant dans la patrie qu’en dehors de ses frontières, élevèrent des prières au Seigneur et notre Sauveur, avec une ardeur particulière, pour l’abolition de la douloureuse division. Dans cette attente, nous nous sommes adressés à l’intercession céleste et puissante des néomartyrs.  Par la miséricorde de Dieu, la situation a changé radicalement dans notre pays. Les chrétiens orthodoxes ont perçu cela comme un don du ciel. L’Église orthodoxe russe a trouvé une liberté totale, notamment en ce qui concerne les relations entre l’Église et l’État. La séparation constituait la douleur de toute l’Église, l’affliction du peuple tout entier. Et ce n’est pas une exagération : il suffit de se souvenir avec quelle attention notre société suivait le rapprochement qui commençait. Nous avons agi au cours du processus du dialogue de telle façon à ne pas porter atteinte l’un à l’autre et à ne pas produire de nouvelles blessures. Sur cette voie, il ne pouvait y avoir ni vainqueurs ni vaincus. Il en résulta que l’Église russe avec ses millions de fidèles remporta la victoire, son unité étant rétablie.
En ces jours, nous commémorons dans la prière le patriarche Alexis de Moscou et de toute la Russie, ainsi que le métropolite Laur de New York et d’Amérique orientale. En la fête de l’Ascension du Seigneur, le 4/17 mai 2007, ils apposèrent leurs signatures, sur l’ambon de la cathédrale du Christ Sauveur, au bas de l’acte canonique de communion, et célébrèrent ensuite ensemble la sainte liturgie. Nous remercions également tous ceux qui ont travaillé à cette unité et l’ont rapprochée. Maintenant, lorsque notre communion est rétablie et que nous communions à un seul calice, rendons grâce au Dieu très-miséricordieux, qui nous a acheminés par sa droite toute-puissante à l’unité désirée, pour la gloire de son saint nom et pour le bien de sa sainte Église.
Aujourd’hui, nous pouvons dire avec hardiesse que nous avons réalisé en acte le testament du saint hiérarque Tikhon, patriarche de toute la Russie : « C’est précisément dans l’unité, l’action harmonieuse et l’amour fraternel que se trouve la force ». Nous pouvons témoigner avec joie que « les portes de l’hadès » (Matth. 16,18) n’ont pas prévalu contre l’Église russe. Elle accomplit désormais fructueusement son ministère salvateur tant dans la Patrie qu’en dehors de ses frontières. Les cinq années qui se sont passées depuis le moment de la signature de l’acte canonique de communion ont été riches en bons exemples d’action commune. Le temps manque pour donner les exemples de collaboration quotidienne sur le terrain, qui témoignent que notre Église n’est pas seulement proclamée « une », mais qu’elle est telle en pratique. Il est même étonnant à quel point les murs de séparation de tant d’années soient tombés si rapidement et si facilement. Cela est devenu possible, précisément parce que nous étions et sommes restés les porteurs d’une et même tradition orthodoxe russe, nous avons les mêmes valeurs spirituelles et morales que nous apportons au monde.   
Gardons avec gratitude et soin le grand don de l’unité de l’Église, de l’unité du peuple de Dieu. Opposons-nous à toute tentative d’introduire le trouble et la division dans la vie de l’Église, d’ébranler les fondements de son existence canonique. Prions aussi avec ardeur pour ceux qui, pour des raisons différentes, se trouvent en dehors de l’unité avec l’Église orthodoxe russe. Nous les invitons encore et à nouveau à la communion dans l’amour du Christ qui « ne cherche point son intérêt, ne s’irrite point, ne soupçonne point le mal, ne se réjouit point de l’injustice, mais se réjouit de la vérité ; il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout » (I Cor. XIII, 5-7). Que le Seigneur abaisse ses yeux miséricordieux sur nos prières et nos labeurs et qu’Il bénisse son peuple en lui donnant la paix (Ps. XXVIII, 11), au sujet de laquelle Il a dit à ses apôtres avant sa passion : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix » (Jn. XIV, 27). Amen.
+Cyrille, Patriarche de Moscou et de toute la Russie "
Source: Patriarcat de Moscou (traduit du russe pour Orthodoxie.com)
Comme quoi, dans l'Eglise, le schisme n'est pas une fatalité !