Affichage des articles dont le libellé est saint Augustin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est saint Augustin. Afficher tous les articles

samedi 28 juillet 2012

Une parenthèse augustinienne...

Une parenthèse augustinienne (eh oui, ça m'arrive !) entre deux saint Irénée... mais sur le même sujet.





Il n’y a pas de mauvaise nature…

Saint Augustin, Cité de Dieu, XII, ix, 1





Quand on déchoit en effet, le mal n’est pas dans l’objet, mais dans la manière d’agir ; car il n’y a pas de mauvaise nature, mais l’agir est désordonné parce qu’on se détache, contrairement à l’ordre naturel, de l’Etre souverain, pour aller vers ce qui a moins d’être. Ainsi l’avarice n’est pas la disposition vicieuse de l’or, mais de l’homme qui aime l’or d’un amour dépravé et délaisse la justice incomparablement préférable à l’or. La luxure non plus n’est pas le vice des corps, mais d’une âme qui aime d’une façon pervertie les voluptés corporelles et délaisse la tempérance qui nous accorde avec des choses bien plus belles dans leur spiritualité et, dans leur incorruptibilité plus gracieuses. Ni la jactance n’est le vice de la louange humaine, mais de l’âme qui, dans un amour pervers de cette louange, méprise le témoignage de la conscience. Ni l’orgueil n’est le vice de celui qui donne la puissance ou de cette puissance même, mais celui de l’âme, quand l’amour dépravé de son autorité propre lui fait mépriser l’autorité plus juste d’un plus puissant. C’est pourquoi celui qui aime vicieusement un bien  de n’importe quelle nature, même s’il l’obtient, devient mauvais dans ce bien même, et misérable par la privation d’un meilleur bien.



jeudi 26 juillet 2012

Théologie mystique ou secrète


Théologie mystique ou secrète

Jean Romanides




Par mysticisme, on entend la tentative de contourner ou de dépasser l'aspect matériel de la réalité par la contemplation des archétypes immatériels dans une intelligence divine, comme si Dieu était comme un architecte qui exécute ses plans mentaux. La forme néo-platonicienne de cette tradition a fait son chemin dans la tradition franco-latine par le biais d'Augustin. C'est devenu la fondation du monachisme augustinien, qui a supplanté la tradition du monachisme orthodoxe, représentée par les saints Patrick, Jean Cassien et Benoît,  basée sur la purification et l'illumination du cœur et sur la glorification et qui n'était pas seulement pour les moines, mais pour tous les laïcs aussi.

De ce point de vue il n'y a pas de réelle différence entre les protestants et les latins [id est catholiques romains] puisque ni les uns ni les autres ne connaissent la tradition de la purification et de l'illumination du cœur et de la glorification ou déification. La véritable différence entre ces enfants d'Augustin, c'est que Luther a rejeté le mysticisme d'Augustin et le monachisme qui en découle. De cette position découle la distinction latine entre vie contemplative et vie active. Les protestants choisissent la vie active et dans l'ensemble laissent la vie de la contemplation aux latins.

Parce qu'ils sont des enfants d'Augustin, les latins et les protestants ont été coupés de la glorification et, avec eux, les orthodoxes victimes de Pierre le Grand[i].

Tous les Latins que je connais présentent le mysticisme comme partie intégrante des Pères grecs  parce qu'ils les ont lus avec leurs lunettes augustiniennes. En raison de cela le chapitre grec de saint Denys l'Aréopagite sur la Mystika Theologia est à tort traduit par "Théologie mystique" au lieu de "Théologie secrète". Il appelle "Théologie secrète » cette étude parce que la gloire incréée de Dieu dans la glorification ne peut pas être décrite par des mots ni comprise avec des concepts. C'est à partir de la glorification des saints que nous savons il n'existe aucune similitude entre le créé et l'incréé et qu’il est impossible d'exprimer Dieu et encore plus impossible de concevoir Dieu (saint Grégoire le Théologien). Aussi Vladimir Lossky, avec le titre de son livre Théologie mystique de l'Église d'Orient [ii]a quelque peu ajouté à la confusion.

D’après la version française de Claude Lopez-Ginisty
Sources :
et








[i] Allusion à la réforme opérée par Pierre le Grand de l’Eglise de Russie sur le modèle luthérien.
[ii] Titre choisi par l’éditeur contre le gré de l’auteur.

Je précise que le texte ci-dessus n'est pas de moi....mais d'un théologien réputé de l'Eglise de Grèce, le père Jean Sawas Romanidès (1927-2001).
Il n'est pas de moi, mais évidemment j'y adhère.

mercredi 27 juin 2012

Willermoz théologien


 J.-B. Willermoz


Mon ami A Valle Sancta a naguère publié sur le blog qui porte son nom une succession d’articles (29 octobre 2010, 31 octobre 2010, 4 novembre 2010, 11 décembre 2010) sur un sujet d’un vif intérêt : Rite écossais rectifié et Christianisme primitif. Certains seront peut-être perplexes à cette lecture : quel rapport entre les deux ? Le rapport ? c’est évidemment Martines de Pasqually, qui ressortit d’une manière flagrante, comme l’a montré Robert Amadou, du christianisme primitif, ou du judéo-christianisme – les deux s’étant confondus pendant un peu plus d’un siècle. Or le christianisme primitif est fort peu connu et même ignoré des milieux ésotérisants (à part une marge peu représentative). Pourtant, on ne peut étudier convenablement Martines sans se référer à ce courant, qui, dans l’histoire, a irrigué aussi bien les milieux orthodoxes que les milieux hétérodoxes. Ensuite de quoi, on pourra rapporter ces notions à celles du XVIIIe siècle chrétien (très précisément catholiques romaines et luthériennes) qui ont pris corps dans le Régime écossais rectifié. D’où la grande utilité du travail d’A Valle Sancta lorsqu’il sera achevé.

La quatrième de ces études http://blog.avallesancta.com/2010/12/rite-ecossais-rectifie-et-christianisme.html  avait donné lieu de ma part à un commentaire (14 décembre 2010) qu’il me paraît utile de remettre au jour. Le voici :

La mise en miroir de différents textes de Jean-Baptiste Willermoz consacrés à un même sujet se révèle une fois encore fructueuse et instructive, ce que j’avais constaté et appliqué pour mon compte sur un autre sujet il y a un certain nombre d’années. Avec le travail précis d’A Valle Sancta, nous est une fois de plus confirmé à quel point Willermoz était un esprit exceptionnel : il montre dans ses analyses une justesse et une précision qui ne sont pas sans étonner en un siècle où la théologie, non moins que la métaphysique, étaient décriées et moquées par l’ « esprit de l’Encyclopédie », la « philosophie des Lumières ».
Justesse, précision et finesse aussi, car il trouve le moyen de « rectifier » l’enseignement de Martines dans le double sens du terme : « corriger » et « enrichir ».
Jean-Marc Vivenza a écrit quelques lignes sur « Willermoz lecteur de saint Augustin ». La manière dont ce dernier « rectifie » l’opinion erronée, parlons clair : hérétique, de Martines sur la Trinité sort en effet en droite ligne de saint Augustin, revu par saint Thomas d’Aquin.
En bref : la théologie trinitaire latine est ascendante : elle part des catégories de l’âme humaine pour élaborer une compréhension de la réalité intime de la Trinité. Cette doctrine a été énoncée d’abord par saint Augustin (IVe-Ve siècles), perfectionnée par saint Anselme de Cantorbéry (XIe siècle) et parachevée par saint Thomas d’Aquin (XIIIe siècle). Elle met en relation les catégories de l’âme intellectuelle que sont la pensée, la volonté et l’action avec les trois Personnes du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Dans sa formulation technique, elle est indissociable de la théorie du Filioque en vertu de laquelle le Saint-Esprit procède du Père « et du Fils ».
Au contraire la théologie trinitaire orientale, dite « orthodoxe » est descendante. Elle part des réalités premières et principielles que sont les Hypostases divines – celle du Saint-Esprit procédant « du Père seul » (ek monou tou patros) pour expliquer par analogie la constitution de l’homme, et non pas seulement celle de son âme.
Pour résumer à grands traits, dans la théologie latine Dieu est expliqué par l’homme, dans la théologie orthodoxe l’homme est expliqué par Dieu (pour tout cela voir l’étude IV de l’essai de Vladimir Lossky « A l’image et à la ressemblance de Dieu », étude intitulée « La Procession du Saint-Esprit dans la doctrine trinitaire orthodoxe »).
Avec ces notions apportées par la théologie latine, Willermoz se trouvait en terrain solide pour aligner les propositions de Martines sur la foi catholique.
Très subtil est le commentaire que Willermoz donne du quatrième élément constitutif du « quaternaire divin », quaternaire qui, si l’on n’y prenait pas garde, pourrait se transmuer en une « quaternité ». En faisant de l’ « opération » le résultat de l’activité des trois « puissances » divines, Willermoz distingue formellement son plan de celui de ces trois autres. Cette présentation ingénieuse écarte le risque dont je parlais (même si, ailleurs, « opération » et « action » sont assimilées) ; je l’avais remarqué jadis à l’époque où j’étudiais les Conférences des Elus Coëns de Lyon dans édition procurée en 1974 par Antoine Faivre.
Assimiler à cette opération l’homme « appelé à participer à la triple essence qui devient ainsi quatriple » est une supputation qui mérite intérêt. J’avoue qu’elle ne me convainc pas absolument, et, selon moi, les « êtres spirituels qu’elle [l’essence divine une] contient en elle de toute éternité » sont, non seulement les humains, mais aussi les anges.
Au passage, je noterai un détail. L’expression « triple essence… du Père, du Fils et du Saint-Esprit », me choquait, je l’avoue, dans la Profession de foi des chevaliers. Or je dois reconnaître que le commentaire que Willermoz en donne : « C’est pourquoi nous parlons souvent d’une triple essence en Dieu, et ne disons jamais trois essences, parce qu’il n’y a pas trois Dieux. C’est par l’action et le concours simultané de ces trois puissances créatrices que l’unité se manifeste hors d’elle-même dans toutes ses productions divines… », ce commentaire me donne entière satisfaction. Il eût certes été encore meilleur de parler d’une « essence trine et unique », mais à l’impossible nul n’est tenu !
Lecteur de saint Augustin, Willermoz l’est aussi, assidûment, de saint Paul. Les citations explicites ou implicites de l’apôtre des nations sont légion dans ses écrits. Le membre de phrase : « Aussitôt la sagesse incréée, le Verbe de Dieu, qui est Dieu, le fils unique, l’image et la splendeur du père Tout-puissant… » est du saint Paul presque mot pour mot ; cet autre membre de phrase : « …puisque c’était l’homme qui par son crime avait fait entrer la mort dans le monde… » est une reprise de ce passage de l’épître aux Romains (5,12) qui a fait couler tant d’encre au sujet du « péché originel ».
Willermoz s’inscrit donc d’une manière parfaitement juste dans la « théologie de la rédemption » qui prédomine en Occident, en particulier depuis saint Anselme qui l’a théorisée, et qui, mettant l’accent sur le rachat, plante la croix au sommet de toute l’œuvre accomplie par le Christ. Au contraire, la théologie orthodoxe ne sépare pas la rédemption de l’homme par le Christ de sa déification par le Saint-Esprit. « La Passion ne peut être séparée de la Résurrection, et le corps glorieux du Christ assis à la droite du Père, de la vie des chrétiens ici-bas. » Et : « Le mystère de la Pentecôte est aussi important que celui de la Rédemption. L’œuvre rédemptrice du Christ est une condition indispensable de l’œuvre déificatrice du Saint-Esprit ». Ces quelques lignes sont extraites du chapitre V de l’ouvrage de Lossky déjà cité, intitulé « Rédemption et déification ». Pour cette théologie-là, la résurrection du Christ, prémices de la résurrection universelle, est l’accomplissement du salut des hommes, la restauration de la nature humaine, et la remise en marche de la race humaine vers ce qui est sa vocation : la déification de l’être créé par la grâce incréée.
On ne saurait faire grief à Willermoz de l’avoir ignorée. En revanche on ne saurait assez louer son œuvre de purification du martinésisme, sans quoi celui-ci serait resté un avatar tardif du judéo-christianisme

dimanche 29 août 2010

Saint Augustin

Nous fêtions hier saint Augustin, évêque d'Hippone. Un géant de la pensée, laquelle a prédominé dans l'Occident chrétien pendant mille ans, obnubilant celles, pourtant lumineuses de saint Hilaire de Poitiers et de saint Ambroise de Milan (pourtant son professeur). Comme l'écrivit le savantissime historien Henri-Irénée Marrou, "Augustin a été l'instituteur de tout le Moyen-Age". On me permettra d'ajouter : hélas !
Augustin ? L'homme ne peut que susciter l'amitié et l'attachement, ne serait-ce que par le fait qu'il ne cache rien des désordres de sa vie passée, qui le font si proche de nous...Il n'est pas comme ces saints que décrivent les hagiographes, qui le sont dès leur conception et qui, probablement, se tenaient déjà à genoux les mains jointes dans le sein de leur mère ! Il fut aussi un évêque modèle, remplissant avec acharnement toutes les missions attachées à sa charge, et d'autres en plus à cette époque où les invasions des Vandales faisaient s'écrouler l'administration impériale. Mais il fut aussi théologien, ce qui, pour un évêque, paraît naturel. Sauf que sa théologie causa des dégâts immenses et immensément durables. La raison ? C'est qu'Augustin avait été professeur de rhétorique et de philosophie, et que les philosophes font toujours de piètres théologiens. Pourquoi ? Parce qu'ils s'efforcent d'enfermer Dieu dans leurs concepts alors que Dieu est par nature inconcevable et insaisissable. Ils font, au mieux, de la philosophie religieuse. Or celle-ci raisonne et parle à propos de Dieu, qui devient donc objet - l'extrême caricatural de cela est la tentative de "prouver Dieu". Mais Dieu n'est pas objet, il est sujet. Dans la théologie vraie, Il parle de Lui, Il se révèle aux esprits aptes à recevoir cette révélation par l'ascèse et la prière. D'où l'axiome: celui qui prie vraiment est vraiment théologien.
Augustin avait sûrement cette aptitude, mais son armature intellectuelle fit obstacle à la réception de cette révélation. Chez lui, le Logos fit ombrage au Noûs.
D'où une série d'erreurs graves qui ont empoisonné pendant des siècles la pensée occidentale. L'inventeur du Filioque, c'est lui. C'est lui aussi qui a inventé que le Saint-Esprit était le lien d'amour entre le Père et le Fils, en établissant une distiction rhétorique parfaitement arbitraire entre l'Aimant (le Père), l'Aimé (le Fils) et l'Amour (le Saint-Esprit). Outre le fait que le Fils est aussi l'Aimant et le Père l'Aimé, si le Saint-Esprit n'est qu'un sentiment, même divin, Il n'est plus une Personne, une Hypostase. C'est à saint Augustin que l'on doit le presque total effacement du Saint-Esprit dans la théologie occidentale. Ce qui a eu de graves conséquences, en particulier de faire jouer à la Vierge Marie, en partie, le rôle incombant normalement au Saint-Esprit.
Autre fait. Saint Augustin ne s'est jamais vraiment consolé de sa vie de débauche dans sa jeunesse, et cette permanente culpabilité a encore été aggravée par le fait qu'avant d'être chrétien il avait été manichéen. D'où un discrédit confinant au rejet, à la fois conceptuel et pénitentiel de la chair et de ses oeuvres, qui ne pouvaient qu'être pécheresses. Cette condamnation a pesé pendant un millénaire et demi sur la conscience européenne, qu'on s'y soumette ou qu'on la combatte.
Enfin, dans sa lutte contre les pélagiens qui poussaient à l'extrême la capacité de l'homme à se sauver par ses propres moyens, il versa dans l'extrême opposé en niant totalement cette capacité. C'est en vertu de cette conception extrémiste que le grand saint Jean Cassien, qui établissait une synergie entre la volonté de Dieu et celle de l'homme, fut classé dans une catégorie spéciale d'hérétiques : les semi-pélagiens. On trouve ce qualificatif encore dans les années 50.
Conclusion : certains orthodoxes fanatiques, ne pouvant dénier toute sainteté à Augustin mais ne voulant pas la lui reconnaître entière, l'appellent "le bienheureux Augustin". C'est à la fois stupide et discourtois. Mais s'il y a un conseil à donner, lisons et relisons les Confessions. Comme le disait l'évêque Jean de Saint-Denis de bienheureuse mémoire, ce qui différencie saint Augustin et Rousseau, c'est que Rousseau se confesse devant les hommes et que saint Augustin se confesse devant Dieu.