Affichage des articles dont le libellé est saint Séraphin de Sarov. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est saint Séraphin de Sarov. Afficher tous les articles

samedi 13 octobre 2012

THÉOLOGIENS SANS DIPLÔMES



Ce que je publie ci-dessous déplaira à beaucoup et encolérera quelques-uns, je pense notamment à un de mes amis intimes (il se reconnaîtra) qui est chaud partisan de l'oecuménisme. Or si celui-ci est souhaitable avec l'aide du Saint-Esprit, il n'en reste pas moins que l'écart théologique, sans parler de l'ecclésiologie, reste abyssal. Les deux méthodes, j'emploie ce terme à dessein, de la théologie dans les deux traditions, occidentale et orientale, ou, disons mieux, catholique romaine et orthodoxe, sont inconciliables. La théologie latine, formatée par la scolastique et par le thomisme (doctrine officielle de l'Eglise de Rome depuis Léon XIII), est dans l'incapacité d'appréhender la "théologie mystique de l'Eglise d'Orient" (Lossky) - il serait plus exact de dire "des Eglises orthodoxes", maintenant qu'il y en a partout dans le monde. Les seuls théologiens latins qui ont exprimé une vraie compréhension de la théologie orthodoxe, sont ceux qui se sont soustraits au carcan thomiste et ont fréquenté les Pères grecs : le cardinal Daniélou, le père Louis Boyer, le père Urs von Balthasar, de nos jours le père François Brune, et j'en oublie. Et aussi, notons-le, le pape Jean-Paul II. Mais de la part de la majorité, incompréhension complète.
Je n'adhère donc pas entièrement aux jugements abrupts que le métropolite Ephraïm porte sur les théologiens latins en bloc. Il n'empêche que la triste réalité qu'il décrit a bel et bien existé : une
colonisation de l'enseignement théologiques en pays orthodoxe par la pensée théologique latine, le plus souvent exposée en latin par des enseignants catholiques romains. Ainsi, en Russie, c'est seulement le métropolite Philarète de Moscou, de sainte mémoire , métropolite de 1826 à 1867, qui mit fin à cet enseignement en latin.
Face à cette colonisation théologique , les réactions des décolonisés n'ont pas toujours été bienveillantes, ce qui explique la rudesse de propos comme ceux du métropolite Ephraïm. Il n'en reste pas moins que l'immense majorité des chrétiens d'Occident n'imaginent même pas cette situation inqualifiable où la pensée et la langue de certaines Eglises ont été vampirisées par celles d'une autre Eglise. Avec la complicité coupable des hiérarques desdites Eglises, il faut bien le reconnaître. Néanmoins de tels comportements furent en totale contradiction, et avec l'évangile, et avec les conciles, qui ont tous interdit qu'une Eglise domine sur une autre.


THÉOLOGIENS SANS DIPLÔMES

Métropolite Ephraïm de Boston


Le peloton d'exécution.
Il y a une cinquantaine d'années, alors que j'étais étudiant à l'académie de théologie, notre professeur de dogmatique, le père Ioannis Romanides, nous raconta une histoire de ses années d'étude à l'Académie Théologique de l'université d'Athènes. Afin d'obtenir son doctorat de l'université, père Ioannis, nouvellement ordonné prêtre à l'époque (années 50), avait à défendre sa dissertation devant un panel de professeurs de théologie. Le sujet de la dissertation était "Le péché des origines" (c-à-d le péché de nos ancêtres, Adam et Eve, terme que l'on traduit souvent mal par "péché originel"). Comme les questions fusaient de tous ces professeurs qui avaient tous reçu leurs titres et diplômes dans des universités catholiques-romaines ou protestantes en Europe occidentale, le père Ioannis répondait du mieux qu'il pouvait, avec tout son talent bien connu. Pour finir, le doyen du département de théologie, le grand ponte en personne, le professeur Panayiotes Trembelas, pointa du doigt le p. Ioannis, qui était habitué à ces interrogations et se tenait debout devant ce panel de professeurs assis :

"Dans votre mémoire, vous avez nombre de citations des écrits de Syméon le Nouveau Théologien," dit le prof. Trembelas.

"C'est exact, monsieur le professeur," répondit le père Ioannis, avec la déférence requise.

"Vous devez les supprimer toutes," continua le prof. Trembelas. "Syméon ne peut pas être cité comme source dans votre travail, car il n'a jamais reçu de diplôme théologique."

(Oui, vous avez bien lu!)

Sans sourciller face à l'incroyable remarque de Trembelas, le père Ioannis répondit calmement "Fort bien, ce que vous dites, monsieur le professeur. Voudriez-vous aussi que je supprime toutes mes références à Matthieu, Marc, Luc et Jean les Évangélistes, car eux non plus n'ont pas reçu de diplôme de théologie? Eux aussi n'étaient pas des théologiens diplômés."

Un léger murmure amusé se fit entendre parmi les distingués professeurs...


La captivité latine
C'est triste à dire, mais la remarque malheureuse de Trembelas était une preuve solide de la maladie qui a longtemps affligé les écoles théologiques "orthodoxes", et en frappe encore aujourd'hui. Cette maladie est appelée "la captivité latine." C'est l'histoire de quelque 200 ans pendant lesquels la théologie académique, scolastique et pédante (ou plus précisément du rationalisme) de l'Occident a été au coeur des académies théologiques orthodoxes, imprégnant tout de fond en comble. Le métropolite Anthony Khrapovitsky [Antoine de Kiev], père George Florovsky et père Ioannis Romanides se sont longuement plaints dans leurs écrits, de cette peste spirituelle. En certains endroits de Russie et d'Ukraine, cette "captivité" était si forte que même les cours théologiques dans certains séminaires orthodoxes étaient donnés en latin. A l'occasion, en ces terres, les séminaristes étaient obligés de prêcher en latin dans les paroisses avoisinantes! Imaginez un peu la pauvre babushka qui devait s'en tirer avec ça....
En ayant cela à l'esprit, on comprend plus facilement pourquoi les grands dirigeants religieux orthodoxes sont si empressés de s'unir aux non-orthodoxes dans le mouvement oecuménique. Pensez-y un instant : si vous avez toujours cru que l'Église Orthodoxe était si appauvrie théologiquement qu'elle n'avait pas même une théologie du Saint Esprit, ou avait des saints qui n'avaient pas leur diplôme de théologie et n'étaient pas des "docteurs en théologie", alors vous aussi vous auriez été attiré par d'autres appartenances religieuses.
L'Église a sa méthode traditionnelle pour préparer son clergé, et cette méthode a bien fonctionné pendant des siècles, bien avant que les séminaires ne furent inventés au 17ème siècle. Comme nous l'avons mentionné en d'autres occasions, le père George Florovsky, un des plus éminents théologiens orthodoxes du 20ème siècle, n'a jamais été étudiant dans la moindre académie théologique.
Son éducation théologique, il ne l'a tirée que des offices sacrés. Et si vous voulez être sérieusement étudiant en théologie, alors vous pouvez entamer des études théologiques telles que celles du tropaire final pour les saints moines : "par le jeûne, les vigiles et la prière, tu as obtenu les dons célestes," comme saint Syméon le Nouveau Théologien - malgré le fait que, selon le prof. Panayiotes Tremblas, ce saint n'était pas un "théologien diplômé".
Hélas, la "captivité latine" est toujours très présente. Un séminaire orthodoxe en Amérique avait un prêtre catholique-romain y enseignant la patristique, jusque récemment. Un autre séminaire orthodoxe en Amérique a plusieurs catholiques-romains dans son comité de direction. Dès lors, on comprend mieux pourquoi cette orthodoxie mondaine est si avide de s'impliquer dans le mouvement oecuménique. Un problème mène inexorablement à l'autre.

L'école du Saint Esprit
Mais, Dieu merci, l'Orthodoxie prévaut encore dans notre hymnologie et dans les divins offices, et dans le coeur de nombre de clercs et de fidèles.
Que nous enseigne par exemple le tropaire final de la Pentecôte?
Tu es béni, Ô Christ notre Dieu,
Toi qui fit descendre sur tes apôtres le Saint Esprit,
transformant par Ta sagesse de simples pêcheurs en pêcheurs d'hommes

Oooh, nous y voilà, c'est là que Matthieu, Marc, Luc et Jean ont obtenu leurs diplômes théologiques! De l'école du Saint Esprit. Je savais que la grâce divine devait avoir quelque chose à faire dans cette histoire. Rien d'étonnant que nous appelions nos saints "inspirés de Dieu" et "théophores!" Rien d'étonnant que nous les invoquions pour la guérison de l'âme et du corps! rien d'étonnant que nous vénérions leurs saintes reliques, et célébrions leur mémoire, et sollicitions leur intercession! Rien d'étonnant que nous vénérions des gens tels que saint Jean de Cronstadt, et saint Nectaire d'Égine, et le prophète Élie, et saint Seraphim de Sarov, et même ce saint Syméon le Nouveau Théologien qui n'avait pourtant pas de diplôme universitaire!

Anecdote
Il y a quelques années, avant mon ordination, je marchais en compagnie d'un des pères dans notre monastère à Brookline, Massachussets.
"Alors, tu es diplômé en théologie à présent?" me demanda-t'il.
"Je n''en sais trop rien. C'est ce qu'ils m'ont dit, en tout cas."
"Et alors, que va-tu faire avec ton diplôme?"
J'ai un peu réfléchi, et pour finir j'ai répondu "Eh bien je vais veiller à toujours le porter autour du cou lorsque je sortirai. Comme ça au moins, je suis sûr que je ne serai pas embarqué par la fourrière..."


Nb
Les académies théologiques ont leur place dans l'Église Orthodoxe. Cependant, elles doivent être convenablement dirigées, dans la prière et avec beaucoup de discrétion. Il n'existe pas de système éducatif parfait. Mais si on suit convenablement des règles bien précises, telles que celles des "Trois niveaux d'éducation chrétienne" qui ont été inspirés par Joseph l'Hésychaste de la sainte Montagne, alors on a un guide de très bonne qualité pour un tel système.

+ Ephraim

Riche site internet consacré au père Romanides :
http://www.romanity.org/

mercredi 1 août 2012

Saint Séraphim de Sarov

L'Eglise orthodoxe fête aujourd'hui un des plus grands saints de l'époque contemporaine, saint Séraphim de Sarov (1759-1833). Sa célébrité a rapidement débordé les frontières de la Russie pour s'étendre à tout le monde orthodoxe, et ensuite bien au-delà, grâce à l’émigration russe provoquée par la révolution bolchevique. 
Ce qui a puissamment contribué à son rayonnement, c'est son "Entretien avec Motovilov" , redécouvert bien après la mort de l'un et de l'autre, entretien au cours duquel il fait partager à son interlocuteur l’expérience de la transfiguration par et dans le Saint-Esprit, et où il prononce cette parole mémorable : "Le but de la vie chrétienne, c'est l’acquisition du Saint Esprit de Dieu. Ces pages sont un exemple parmi les plus éblouissants de cette "théologie mystique "qui est propre à l’Église orthodoxe. 
Il faut à tout prix se pénétrer de cet écrit rempli d'un souffle miraculeux et d'une lumière pénétrante par delà les signes d'écriture. Et il faut lire aussi sa vie, miracle (elle aussi) d'ascèse héroïque et d'amour sans limites. Pour cela, un opuscule indispensable : Séraphim de Sarov, Sa vie, Entretien avec Motovilov et Instructions spirituelles (Bégrolles-en-Mauge, Abbaye de Bellefontaine, "Spiritualité orientale n°11, n. éd. 2004).
Anecdote qui n'est pas sans intérêt : c'est à Sarov où le Saint-Esprit avait manifesté sa puissance, que les soviétiques implantèrent un arsenal de recherches sur l'arme atomique, cette puissance diabolique.
Autre anecdote : les reliques de saint Séraphim, qui avaient disparu durant toute l'ère soviétique, furent retrouvées après la chute du communisme, et transférées solennellement à Moscou.  
Saint Séraphim est fêté deux fois : le 15 janvier (2 janvier selon le calendrier julien), date de sa "naissance au ciel" (selon la belle expression des orthodoxes) et le 1er août (19 juillet), date de sa canonisation en 1903 et du transfert de ses reliques.
Je reproduit ci-dessous la relation d'un de ses miracles opéré en Alsace (source orthodoxologie).






Apparition de saint Séraphin de Sarov en Alsace



Un de mes amis m'a envoyé une lettre en français, dans laquelle une dame d'Alsace lui demandait de lui envoyer quelque chose sur l'Église orthodoxe russe: un livre de prières, ou quelque chose de similaire. En réponse, ils ont envoyé quelque chose, et l'affaire s'est terminée.

Ensuite, je suis allé en Alsace et j'ai rendu visite à cette femme pour faire connaissance, mais à ce moment-là elle n'était pas là. J'ai rencontré sa belle-mère, femme âgée et chrétienne au cœur pur d'une grande miséricorde.

Elle m'a dit ce qui suit... Leur famille était d'une ancienne lignée noble d'Alsace, de confession protestante. Il faut dire que dans cette région d'Alsace les habitants sont divisés selon les deux fois: il y a une moitié catholique, et une moitié protestante. Ils ont en commun l'église, où ils célèbrent les offices à tour de rôle. Au fond de cette église, il y a un autel romain, avec toutes les statues et les choses nécessaires, mais, quand les protestants officient, ils tirent un rideau devant tout cela, ils mettent leur table au milieu et ils prient.

Récemment, des protestants d'Alsace ont lancé un mouvement en faveur de la vénération des saints. Cela s'est produit après la lecture du livre de Sabatier[1] à propos du saint catholique François d'Assise. Etant pasteur protestant lui-même, l'auteur a été impressionné par le mode de vie de ce juste lors de sa visite à Assise. La famille de mes amis  fut également sous l'influence de ce livre. Bien que restant protestants, ils ressentaient encore un certaine insatisfaction. Ils souhaitaient vénérer les saints et participer aux sacrements. Quand le pasteur les a enseignés, ils lui ont demandé de ne pas fermer le rideau sur l'autel catholique, afin qu'ils puissent au moins voir les statues des saints. Leurs pensées étaient à la recherche de la véritable Église.

Et ainsi, un jour, cette jeune femme, qui était malade, était assise dans le jardin et lisait la vie de François d'Assise. Le jardin était tout en fleurs. Il y avait un grand silence dans la campagne ... Toujours lisant, elle s'est légèrement endormie. "Je ne sais pas comment c'est arrivé", dit-elle ensuite. "François lui-même s'est approché de moi, avec un un homme âgé voûté et lumineux, comme un patriarche. Il était tout en blanc. J'ai eu peur. Mais François s'est approché de moi et m'a dit: "Ma fille! Tu es à la recherche de la véritable Église - elle est là, où il est lui! "[...]

Le vieil homme blanc garda le silence et il sourit en acquiesçant aux paroles de François. La vision s'est terminée. Elle se réveilla. Et pour une raison quelconque, sa pensée lui suggéra: "Ceci est lié à l'Église russe". Et la paix descendit sur son âme.

C'est après cette vision, qu'elle a écrit la lettre, mentionnée au début de cette histoire. Deux mois plus tard, je leur ai à nouveau rendu visite, et alors elle m'a dit elle-même ce qui suit. Ils ont embauché un travailleur russe. Voulant savoir s'il était bien installé, l'hôtesse est venue dans sa chambre et a vu une icône dans le coin, sur le mur, et elle a reconnu la même personne âgée, qu'elle avait vue dans la vision de François. Surprise et effrayée, elle a demandé: "Qui est ce vieillard? "- "C'est saint Séraphim, notre saint orthodoxe," a déclaré le travailleur. Et puis elle s'est rendu compte seulement alors du sens des paroles de François disant que la vérité est dans l'Église Orthodoxe.

Version française de Claude Lopez-Ginisty
d'après
http://www.fatheralexander.org/booklets/english/chudesa_e.htm


[1] Paul SABATIER. Vie de saint François d'Assise, édition définitive. Paris, Fischbacher 1931.(1ère version 1894). Ouvrage remarquable, et remarqué.


jeudi 11 novembre 2010

La perfection du premier Adam selon S. Séraphim de Sarov


Sur la condition du premier Adam, l’Homme paradisiaque, beaucoup d’approximations et d’incertitudes sont proférées, tant nos facultés intellectuelles sont inaptes à appréhender réellement ce qu’elle fut. En effet, ce n’est qu’en apparence que notre intellect est illimité. Il le paraît relativement à nos facultés corporelles ; néanmoins il est tributaire de conditionnements tels le temps et l’espace, qui sont hérités de la chute. Non que le temps ni l’espace n’existassent point dans l’existence paradisiaque, mais ce n’étaient ni notre espace géographiquement borné ni notre temps chronologiquement mesuré. C’étaient un méta-espace et un méta-temps (ce dernier probablement analogue au « temps des anges ») dont on peut seulement dire qu’ils étaient, sans plus, puisqu’ils nous sont, au sens propre, inconcevables.  
La raison est donc impuissante à nous dire là-dessus quoi que ce soit d’assuré. La raison, oui ; mais la sagesse venue de Dieu, l’illumination du Saint-Esprit ? Le Saint-Esprit, selon la promesse du Christ, « [nous] enseignera toutes choses » (Jn, 14, 26).
Ecoutons donc ceux dont l’esprit illuminé par l’Esprit a eu la révélation des mystères cachés aux intelligents. Ceux-là sont les saints, dont la parole n’est pas verbiage mais est inspirée en-haut.
Ecoutons ce que le Saint-Esprit nous révèle à travers les propos de saint Séraphim de Sarov.

Entretien avec Motovilov

« Le Seigneur Dieu a créé Adam de la glaise du sol dans l’état dont parle l’apôtre Paul quand il affirme : ‘‘Que votre esprit, votre âme et votre corps soient parfaits à l’avènement du Seigneur Jésus-Christ’’ (1 Th 5, 23).
« Toutes ces trois parties de notre être furent créées de la glaise du sol. Adam ne fut pas créé mort, mais créature animale agissante, semblable aux autres créatures vivant sur terre et animées par Dieu. Mais voilà qui est important. Si Dieu n’avait pas insufflé ensuite dans la face d’Adam ce souffle de vie, c’est-à-dire la grâce du Saint-Esprit procédant du Père et reposant sur le Fils et envoyé dans le monde à cause de lui, tout parfait qu’il était et supérieur aux autres créatures, Adam serait resté privé de l’Esprit déifiant et serait semblable à toutes les créatures ayant chair, âme et esprit conformément à leur espèce, mais privées à l’intérieur de l’Esprit-Saint qui apparente à Dieu. A partir du moment où Dieu lui donna un souffle de vie, Adam devint, d’après Moïse, une âme vivante¸c’est-à-dire en tout semblable à Dieu, éternellement immortel. Adam avait été créé invulnérable. Aucun des éléments n’avait pouvoir sur lui. L’eau ne pouvait pas le noyer, le feu ne pouvait pas le brûler, la terre ne pouvait pas l’engloutir et l’air ne pouvait pas lui nuire. Tout lui était soumis comme au préféré de Dieu, comme au propriétaire et roi des créatures. Il était la perfection même, la couronne des œuvres de Dieu et admiré comme tel.
« Le souffle de vie qu’Adam reçut du Créateur le remplit de sagesse au point que jamais il n’y eut sur terre et que probablement jamais il n’y aura un homme aussi rempli de connaissance et de savoir que lui. Quand Dieu lui ordonna de donner des noms à toutes les créatures, il les nomma selon les qualités, les forces et les propriétés de chacune conférées par Dieu.
« Ce don de la grâce divine supranaturelle, venant du souffle de vie qu’il avait reçu, permettait à Adam de voir Dieu se promener dans le paradis et de comprendre ses paroles, ainsi que la conversation des saints anges et le langage de toutes les créatures, des oiseaux, des reptiles vivant sur la terre, tout ce qui est nous dissimulé, à nous, pécheurs, depuis la chute mais qui, avant la chute, était tout à fait clair pour Adam.
« La même sagesse, la même force et le même pouvoir, ainsi que toute autre sainte et bonne qualité, avaient été conférés par Dieu à Eve, au moment de sa création, non de la glaise du sol, mais de la côte d’Adam dans l’Eden des délices, au paradis éclos au milieu de la terre.
« Afin qu’Adam et Eve puissent toujours commodément entretenir en eux leurs propriétés immortelles, parfaites et divines venant du souffle de vie, Dieu planta au milieu du paradis l’arbre de vie, dans les fruits duquel il enferma toute la substance et la plénitude des dons de son divin souffle. Si Adam et Eve n’avaient pas péché, ils auraient pu, eux et leurs descendants, en mangeant des fruits de cet arbre, entretenir en eux la force vivifiante de la grâce divine, ainsi qu’une plénitude immortelle, éternellement renouvelée, des forces corporelles, psychiques et spirituelles, un non-vieillissement perpétuel, un état de béatitude qu’actuellement notre imagination a de la peine à se représenter.
« Mais ayant goûté au fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal avant l’heure et contrairement aux commandements de Dieu, ils connurent la différence entre le bien et le mal et devinrent la proie des désastres qui s’abattirent sur eux après qu’ils eurent enfreint le commandement divin. Ils perdirent le don précieux de la grâce du Saint-Esprit et, jusqu’à la venue sur terre de Jésus-Christ, Dieu-Homme, ‘‘ l’Esprit n’était pas dans le monde, car Jésus n’était pas encore glorifié’’ (Jn 7, 39). »
[…]
« Lorsque notre Seigneur Jésus-Christ acheva son œuvre de salut, ressuscité des morts il souffla sur les apôtres, renouvelant le souffle de vie dont jouissait Adam et leur redonnant la même grâce qu’Adam avait perdue […] »

Extrait de :
Séraphim de Sarov, Sa vie par Irina Goraïnov, Entretien avec Motovilov & Instructions spirituelles, traduit du russe  par Irina Goraïnov (Ed. Abbaye de Bellefontaine , coll. Spiritualité orientale n° 11, 1ère éd. 1973, rééd. 2004), pp. 158 à 160).

PS Je venais d'insérer ce billet lorsque j'ai constaté que l'excellent site "Les Amis de Martines de Pasqually" a fait paraître hier un autre extrait du même entretien. Heureux concours de circonstance !


lundi 23 août 2010

humanisation et déshumanisation

Ce blog étant tout récent, cela m'oblige à revenir un peu en arrière.
Le mois d'août, mois "auguste", est riche en célébrations glorieuses, qu'on pourrait dire solaires. Mais bornons-nous à ce qu'elles nous enseignent, qui n'est pas méprisable.
Le 6 août, nous avons célébré la transfiguration de Notre Seigneur. Cette fête, mal comprise généralement, est une fête de la glorification de l'Homme, de l'humanité, car ce que les trois apôtres Pierre, Jacques et Jean, contemplent - et ils ne peuvent pas soutenir cette contemplation - ce n'est pas Jésus Dieu, mais Jésus Homme, dans l'humanité déifiée qui est sienne en tant que nouvel Adam, qui était celle dont Adam avait les prémices avant la chute, et qui sera celle de tout homme christifié. Bref, répétons-le, c'est la fête de l'Homme en gloire.
Or que se passe-t-il le 6 août 1945 ? La bombe atomique, première de l'Histoire, lancée par les Américains sur Hiroshima, provoque par une fulguration létale la mort de quelque 170 000 personnes. Une véritable transfiguration inversée, grimace satanique de la vraie;
Autre "signal". Tout orthodoxe - les catholiques romains moins, mais les choses changent - connaît saint Séraphin de Sarov, qui fit expérimenter à son disciple Motovilov la réalité concrète de la transfiguration de l'homme (nous pourrons plus tard présenter à nos lecteurs, s'ils le souhaitent, saint Séraphin de Sarov). Or qu'y a-t-il à Sarov ? Le principal site russe de mise au point de la bombe atomique, qu'il a fallu évacuer d'urgence à cause des incendies qui viennent de ravager toute la Russie. Nous sommes dans la même inversion. 
Et on pourrait continuer longtemps comme cela.
Conclusion. Il faut être attentifs aux signes des temps car ils portent la trace du combat du Grimaçant contre notre Dieu. Il est vaincu d'avance, nous le savons, mais non sans combats dans lesquels nous avons notre place, sans faiblesse et sans découragement. En effet, Xristos Nika : Christ est vainqueur. Mais nous ne sommes vainqueurs avec Lui que si nous combattons avec Lui. Amen.