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jeudi 21 février 2013

MISE AU POINT, pour mettre fin aux controverses mal venues


La vivenzarchie, comme il était à prévoir après le dernier message du Grand Aumônier du Grand Prieuré des Gaules, a déchaîné contre lui une batterie de contre-vérités. Il importe de les corriger, afin que les esprits sains ne soient pas abusés.

1° Le Grand Aumônier  du Grand Prieuré des Gaules n’a pas la folle prétention de définir les critères de la regula fidei, de la règle de foi. Il laisse cela aux conciles sous l’inspiration du Saint-Esprit. Il n’a pas l’infaillibilité et la compétence universelle du prophète de Grenoble.

2° Les déclarations du Grand Aumônier du Grand Prieuré des Gaules, qui ne sont ni des consignes ni des directives, valent exclusivement pour l’obédience où il exerce sa fonction, c’est-à-dire le Grand Prieuré des Gaules. On rappelle que ce dernier s’intitule également Ordres des Chevaliers Chrétiens de France et Ordre des Francs-Maçons Chrétiens de France, ce qui indique clairement son caractère distinctif. Ce qui ne l’empêche pas d’entretenir avec les autres Grands Prieurés rectifiés qui ne partagent pas ce critère des relations fraternelles et cordiales.

3° Le profane qui est reçu dans le Régime rectifié au sein du Grand Prieuré des Gaules prête serment, sur le saint évangile ouvert au premier chapitre de l’évangile de saint Jean, de « fidélité à la sainte religion chrétienne ». Et non à on ne sait quelle « sainte doctrine » sortie on ne sait d’où.

4° La sainte religion chrétienne est issue des enseignements donnés par notre Seigneur Jésus-Christ, le Verbe incarné, durant son existence terrestre, et poursuivis par le Saint-Esprit à l’occasion des saints conciles où étaient représentés tous les chrétiens du monde, d’où leur appellation d’œcuméniques.

5° Cette sainte religion est clairement définie dans le Symbole de Nicée-Constantinople, que tout chrétien a l’occasion de réciter au moins une fois dans sa vie et, préférablement, tous les dimanches au culte dominical.

6° Ce symbole énonce tous les dogmes qui font qu’un chrétien est chrétien. Les dogmes ne sont pas, contrairement à une opinion trop répandue mais fausse, des opinions imposées de force. L’adhésion aux dogmes doit être librement consentie. Ce sont des références qui, comme les landmarks pour les maçons, servent à distinguer les chrétiens de ceux qui ne le sont pas.

7° Une maçonnerie chrétienne se conforme aux landmarks en ce qu’elle est maçonnique et aux dogmes du christianisme en ce qu’elle est chrétienne. La maçonnerie non chrétienne ne tient pas compte de ces dogmes. Tout cela coule de source.

8° Pas plus que nul n’est tenu d’adhérer au christianisme, nul n’est tenu d’adhérer à la maçonnerie chrétienne. Mais s’il y adhère, il est tenu d’en respecter les règles.

9° La maçonnerie, quelle qu’elle soit, obéit à un principe d’union. C’est ce que pratique le Grand Prieuré des Gaules à l’égard des Grands Prieurés frères. Les contempteurs du Grand Prieuré des Gaules obéissent à un principe de division. Ce sont des séparatistes, qui se sont volontairement mis à l’écart de l’ensemble de la communauté maçonnique.

samedi 29 décembre 2012

Pourquoi des aumôniers en maçonnerie ?


Pourquoi des aumôniers en maçonnerie ?

Une controverse va de jour en jour s’amplifiant sur une prétendue « cléricalisation » du Régime rectifié ; elle vise, et exclusivement lui, le Grand Prieuré des Gaules, et nommément son Grand Aumônier, c’est-à-dire moi-même. Elle ne s’en tient pas là, et s’en prend aussi à mon Eglise, qualifiée de fausse Eglise, de secte, etc. Ces derniers propos frisent à l’évidence la diffamation, car on ne peut légalement appeler secte qu’une organisation mentionnée dans le rapport parlementaire consacré à cette question. Mais l’impudence des sycophantes est sans limite car ils se doutent bien que nous n’allons pas gaspiller notre énergie, notre temps et notre argent pour les traîner devant la justice. Ils ont donc le champ libre, ils le savent et ils en profitent.

Ces critiques, il faut le savoir, proviennent d’un certain nombre d’individus qui ont fait sécession du Grand Prieuré des Gaules à la suite de trois ex-Grands Dignitaires et qui ont été rejoints par quelques autres en provenance d’autres juridictions. Ils s’imaginent nuire au Grand Prieuré des Gaules en nuisant à ma personne, mais ils se trompent doublement.

Laissons cela et consacrons-nous à la seule question qui importe, celle des principes. Selon ces procureurs, je me serais rendu coupable d’avoir transgressé les principes édictés par Jean-Baptiste Willermoz en constituant au sein du Grand Prieuré des Gaules une « Aumônerie », structure particulièrement haïssable à leurs yeux.

Je ferai d’abord observer que cette Aumônerie ne date pas d’hier, qu’elle figure depuis l’origine dans la Constitution du Grand Prieuré des Gaules, c’est-à-dire depuis 2005, et qu’elle n’a jamais été contestée, ni à l’époque, ni à l’occasion des cinq révisions statutaires qui ont suivi, dont la dernière est tout récente puisqu’elle date du 29 septembre dernier. A cette date, deux des trois Grands Dignitaires précités participaient aux assemblées délibérantes et aucun d’eux n’a élevé la voix. Ceci pour la forme. 

Les mêmes procureurs invoquent à l’appui de leurs accusations ce qu’ils présentent comme l’opinion vraie de Willermoz. Ils citent des extraits de sa correspondance. Ainsi :

« Du moment qu'on mêlera la religion à la maçonnerie dans l’O. symbolique on opérera sa ruine ; je la vois même se préparer en plusieurs endroits par la multiplicité peu sévère [...] et par le zèle imprudent qui en vue du bien du prochain se livre a l'esprit de prosélytisme ; pour faire préférer notre régime nous mettons à découvert ses principes et son but particulier, nos discours oratoires deviennent des sermons, bientôt nos Loges deviendront des églises ou des assemblées de piété religieuse....
[...]
Ce danger mon ami qui peut paraître chimérique est bien plus prochain qu'on ne pense, si on n'y met promptement ordre.... »

(Lettre de Willermoz à Bernard de Türckheim (1752-1831), du 3 février 1783,  in Renaissance Traditionnelle n°35, juillet 1978, p. 179).

Autre citation :
« (…) Je vous observe aussi que l'acquisition d'un bon Prêtre est toujours précieuse pour une Loge, mais il faut se garder d’y faire abonder cette classe d'hommes, parce que tôt ou tard la Robe fait son métier ; et on a malheureusement presque toujours remarqué que là où elle abonde trop elle travaille à acquérir de l'influence, à y jouer un rôle, devient intolérante, et presque toujours, si elle le peut, dominatrice ; voilà pourquoi à Lyon on recevait dans le symbolique tout ceux qui méritaient d'être estimés, mais on ne portait aux derniers grades que ceux qui étaient plus longtemps et plus rigoureusement éprouvés. »

(Jean-Baptiste Willermoz, Lettre à Achard, Lyon, le 23 Pluviose An 13, finie le 8 Ventose(17 au 27 février 1805), B.M. Lyon, MS 5456.)

Est-ce donc que la messe est dite, si j’ose m’exprimer ainsi ?

Remarquons tout d’abord que ces affirmations proviennent de correspondances privées de Willermoz et que ces correspondances sont toujours circonstancielles, car elles se rapportent à des événements que seul le contexte fait connaître et qui donnent aux lettres en question leur portée exacte. Deuxième remarque : ces lettres privées, qui expriment les sentiments de Willermoz en une circonstance précise, n’énoncent en aucun cas les principes et les règles auxquels il entend que le Régime obéisse. Un exemple : Willermoz a eu avec Bernard de Turkheim ci-dessus nommé des échanges épistolaires assez vifs sur, d’une part, le papisme, que Willermoz défendait non sans âpreté et d’autre part, la Réforme, dont Turkheim, président du synode luthérien de Strasbourg, était un fervent partisan. Esh en a donné des extraits significatifs dans le post en date du 4 décembre 2012 de son blog Réconciliation universelle (http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/). Quel écho y a–t-il de cela dans les textes doctrinaux du Régime ? Aucun, absolument aucun ! Ce qui fait que les luthériens et les réformés y sont tout à fait à l’aise. (Les orthodoxes aussi, car rien non plus dans ces textes ne contredit leur foi).

Quant à la lettre à Achard, on lui donne en l’amputant un caractère absolu qu’elle n’a pas dans la réalité. Que dit-elle au vrai ? Qu’il ne faut pas trop de prêtres dans une même loge – on m’avouera que ce risque n’est guère à courir de nos jours… En revanche, « l'acquisition d'un bon Prêtre est toujours précieuse pour une Loge » : on n’est pas plus clair ! Et la recette, Willermoz la donne ainsi : « à Lyon on recevait dans le symbolique tout ceux qui méritaient d'être estimés, mais on ne portait aux derniers grades que ceux qui étaient plus longtemps et plus rigoureusement éprouvés. » Il ne s’agit en aucun cas d’exclusion mais de discernement.

Curieux, cet anticléricalisme, de la part de gens qui affirment professer le christianisme le plus épuré, qu’ils appellent « transcendant » ; à moins que cela ne signifie « hors l’Eglise », ce qui n’est pas impossible…

On vient de voir que leur position n’est pas conforme aux sentiments intimes de Willermoz. S’accorde-t-elle mieux avec les textes constitutifs du Régime rectifié, dont eux-mêmes se réclament, c’est-à-dire les deux Codes de 1778 ? Pas davantage ! Citons le Code Général des Règlements de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, arrêté au Convent National des Gaules tenu en novembre 465/1778,  on y lit au Titre I, Article I :
« Les Chevaliers réguliers, c’est-à-dire ceux qui ont reçu les Ordres sacrés d’une communion chrétienne, recommandent en particulier l’amour des bonnes moeurs et d’une religion douce, bienfaisante et tolérante, remplissent les fonctions ecclésiastiques dans les cérémonies de l’Ordre, et veillent à l’observation du culte divin et d’une Sainte discipline dans les asiles, hôpitaux d’orphelins et autres hospices fondés par l’Ordre. ».

Mieux encore : chaque « Chapitre Préfectoral » doit compter un Prieur du clergé (Titre VIII, Chapitre I, Article I) qui a une responsabilité essentielle pour veiller au bon recrutement des Chevaliers :
« C’est le Prieur du clergé qui est chargé des informations sur les qualités morales du candidat ; il fait les enquêtes les plus sévères pour s’assurer de ses principes religieux, de ses mœurs et de son caractère. Il s’informera s’il respecte la religion, base du bonheur public, s’il n’attaque jamais les principes et surtout les sentiments religieux par ses sarcasmes, et s’il est pénétré de cette tolérance douce et éclairée, de cette charité que la loi chrétienne prescrit. » (Titre I, Article II).

Et ailleurs :
« Le Prieur ecclésiastique, Inspecteur des Chevaliers réguliers, est préposé à toutes les cérémonies religieuses et à la direction spirituelle des fondations bienfaisantes de l’Ordre.
« Il est chargé particulièrement de la conservation des règles et des mœurs. Par cette raison, il est préposé aux enquêtes sévères qu’on fait avant de recevoir un candidat au noviciat et donne par écrit sa permission au Commandeur qui la fait enregistrer. » (Titre VIII, Chapitre I, Article IV, paragraphes 1 et 2).   

Si ce n’est pas là du cléricalisme, c’est que ce terme n’a plus de sens !  Si jamais je m’étais avisé de tenter d’appliquer ces dispositions jamais révoquées donc toujours valables…grand Dieu ! quel hourvari !

Quant à l’Eléemosynaire, il en est dit :
« Il est élu en Chapitre à la pluralité des suffrages, de préférence dans la classe des Chevaliers réguliers. » (Titre VIII, Chapitre I, Article VIII).

[Ajoutons, pour l’histoire, que Willermoz avait recruté en particulier plusieurs chanoines-comtes du chapitre de la cathédrale de Lyon ; ainsi Guillaume de Castellas (Guillelmus a Lumine), Marie-Agathange de Bernard de Montessus de Rully, Henry de Cordon (Enricus a Griffone alato), César de Clugny, Anne-Hérard de la Magdeleine de Ragny… (J. Beyssac, Les chanoines de l’Eglise de Lyon, Lyon, P. Grange & Cie, 1914).]

Ce sont les mêmes fonctions, les mêmes missions que, dans des termes presque parallèles, la Constitution de 2005 du Grand Prieuré des Gaules a conféré aux « Aumôniers des Ordres », mais « modifiées selon l’état actuel de l’Ordre, le génie et les besoins du siècle ».

Que stipule-t-elle, cette Constitution, en son Titre VII ?
« L’Aumônerie est un organisme national dont la mission est de se mettre au service du soulagement matériel, moral et spirituel de l’humanité auquel les Ordres constituant le Grand Prieuré des Gaules sont spécialement voués.
« Les champs d’action de l’Aumônerie sont : 
les cérémonies religieuses des Ordres de Chevalerie ;
la bienfaisance et la charité chrétienne au sein et à l’extérieur du Grand Prieuré des Gaules ;
l’enseignement des principes spirituels des Ordres, en particulier la doctrine de la religion et de l’initiation chrétiennes." (Livre VII, Titre 1)

Au Titre 2,  il est énoncé :
« Le Grand Aumônier choisit, en accord avec le Grand Maître National, les Chevaliers ecclésiastiques qu’il estime aptes à agir au sein de l’Aumônerie. Il peut également faire appel à des Chevaliers qui ont reçu les ordres mineurs dans une confession chrétienne ou appartenant à un tiers-ordre, ou encore à des Chevaliers recommandables par leurs sentiments religieux et leur bienfaisance.   
« Les membres de l’Aumônerie ainsi nommés porteront le titre d’Aumôniers des Ordres. »

Ces Aumôniers devaient donc être, soit des clercs, soit des laïcs ; les circonstances ont fait qu’ils sont tous laïcs à une exception près.

On observera que leurs prérogatives sont infiniment moins étendues que celles de leurs devanciers, les Prieurs du clergé ou Prieurs ecclésiastiques.

Tout cela étant posé, quel chevalier chrétien, quel maçon chrétien de bonne foi et correctement informé peut s’en offusquer ?

Les Aumôniers  présentement en fonction remplissent leur office avec modestie, sans ostentation, avec charité et amour du prochain, à la satisfaction de tous. 

Je voudrais terminer cette notice en forme de mise au point par des propos que j’emprunterai à celui qui était Grand Maître National au moment de l’approbation de la Constitution et de la mise en place des structures qu’elle comporte, en particulier l’Aumônerie. 

Marcus, i. O. Eques ab Insula Alba, GCCS, Grand Maître National du Grand Prieuré des Gaules, Ordres des Chevaliers Maçons Chrétiens de France, dans son discours solennel de la Saint-Michel, déclarait :
« …J’ai tenu, avant de procéder à […] l’installation – de nature chevaleresque – du Grand Maître Adjoint, à immédiatement opérer une sorte de « réincrudation », de retour aux premiers principes, de la transmission propre au Grand Aumônier, pour le plus grand bénéfice de l’Ordre et singulièrement des Frères qui devaient être installés. »

Et d’ajouter en note - je cite intégralement, et quelle meilleure conclusion que celle-là ?

« A ce sujet, je tiens à rappeler que le fait d’avoir au service de la communauté un ecclésiastique dévoué à l’Ordre est une excellente chose. Il me semble que certains Frères n’en ont que faiblement conscience. Pour tout dire, j’ai l’impression que certains Frères craignent un peu notre Aumônier, non en tant que Frère, mais és-qualité sacerdotale.
« Il ne le faut pas. Il ne le faut pas pour plusieurs raisons dont celles-ci :
- Il est notre aumônier, c’est-à-dire à notre service, il n’est pas avec nous pour lui, mais pour nous. C’est un « Frère à talent » particulier ; il n’est pas là pour « convertir », diriger, convaincre, d’ailleurs qui serait concerné ? nous sommes un Ordre chrétien.
- Il est nommé par le Grand Maître, dont il dépend, et son action dans l’ordre est toute de service et de dévouement, j’en suis à la fois le témoin et, devant l’Ordre, le garant.
- Enfin, m’adressant plus précisément aux Chevaliers, je demande : qui n’a pas un souvenir poignant des veillées d’Armes qu’il préside ? »

Le 29 décembre 2012

Joannes Franciscus,
Eques a Tribus Liliis
Grand Aumônier des Ordres
du
Grand Prieuré des Gaules













vendredi 29 juin 2012

Lettre à un CBCS


LETTRE A UN CHEVALIER BIENFAISANT DE LA CITE SAINTE

Très cher et Révérend Chevalier,
Je partage entièrement votre sentiment.  Mais je crois qu'il faut nuancer fortement 1'affirmation selon laquelle les rituels de 1808 pour l'Ordre Intérieur de Jean-Baptiste Willermoz, n'ont reçu l'agrément d'aucun convent. La lettre de Willermoz au Prince Charles de Hesse-Cassel du 10 septembre l810 nous permet d'y réfléchir. Elle se trouve imprimée en tête des Archives secrètes de Steel-Maret (que j'abrégerai en S.M.)
En fait, les frères d'Auvergne et par suite Jean-Baptiste Willermoz avaient-reçu une sorte de mandat du Couvent de Wilhelmsbad en général, et plus particulièrement de leurs frères d'Alsace, pour mener à son terme la rédaction des  rituels, ce qui semble bien avoir été fait pour les trois premiers grades et pour l'Ordre Intérieur avant la
Révolution.
C'est à la suite d'un curieux concours de circonstances que le quatrième grade ne fut vraiment rédigé qu'en 1809 par J.B. Willermoz qui a tenu à s'en expliquer' auprès du Prince de Hesse-Cassel (S.M. p. 6-7-8 ; 12-13). Les arguments qu'il donne en faveur de la légitimité de sa démarche (et non seulement sur la rédaction de ce rituel, mais aussi sur l'octroi de Patentes à divers organismes et en particulier à la Préfecture de Neustrie au sein du Centre des Amis (S.M. p. II) sont très forts et n'ont jamais été contestés, que je sache, en 1810, ou peu après, alors qu'il y avait tout de même encore des participants ou des contemporains de Wilhelmsbad (Charles de Hesse-Cassel lui-même et, par exemple, Bacon de la Chevalerie qui ne mourut qu'en l82l). Pourquoi, je vous le demande, le seraient-ils en 1977 par des hommes qui peut-être ignorent presque tout de l'histoire de notre Ordre ?
Le bilan de la question des rituels est, grâce à cette lettre de Willermoz, assez facile à faire.
Les rituels des trois grades bleus furent achevés en 1786-1787 (S.M. p. 7). J'ai eu 1a bonne fortune - et je revendique l'honneur de cette découverte - de retrouver leurs textes authentifiés aux Archives départementales de la Drôme, à Valence, provenant de la loge rectifiée L'Humanité à l'O.°. de Crest.
Le rituel du quatrième grade a été rédigé en 1809 par J.B. Willermoz, et à cette date lourdement chargé d'enseignements. Jusqu'alors le rituel de 1778 était resté en vigueur. On connaît ce dernier par le fonds de Valence (même remarque que ci-dessus) et par un Ms de la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris qu'il m'a été facile d'authentifier d'après le précédente. Ce grade s'appelait simplement Maître Ecossais, ne comportait pas de 4ème tableau et le bijou était sans revers, ce qui confirme le propos de J.B. Willermoz (S.M. p. 6).
Les rituels de l'Ordre Intérieur semblent avoir été rédigés assez rapidement après Wilhelmsbad (S. M. p, 8). Je ne me suis vraiment intéressé jusqu'ici qu'à la copie faite par J.B. Willermoz en 1808 pour la Préfecture de Neustrie, mais je vais m'attacher dès que possible à la comparer avec les états antérieurs. Celui de 1784 pour l’Armement des Chevaliers est très proche.
Que conclure de tout cela, sinon que la campagne de travail et de rédaction qui s'est étendue de 1782 à 1809, avec l’interruption de la Révolution, s'est bien faite dans le prolongement des pouvoirs donnés par le Convent de Wilhelmsbad, avec des retards sans doute dus aux circonstances - certaines vraiment exceptionnelles - mais sans aucune usurpation  ?
Un sentiment personnel maintenant :
Les fondateurs du Rectifié étaient des précurseurs, rituellement (par leur précision, sans équivalent, en 1782, en Europe continentale et en Angleterre) et spirituellement (par leur incroyable élévation). Après eux, il y a eu le creux de la vague.
En particulier, j'ai acquis la forte présomption que, sous l'influence notamment de l'ordre néo-templier de Fabré-Palaprat, un retour s'est fait à Genève aux conceptions néo-templières de la Stricte Observance. A mes yeux, c'est une régression qui n'a fait que s'accentuer par les campagnes de "modernisation" qui ont sévi depuis la fin du XIXe siècle jusqu'à nos jours.
Comme vous 1e dites si pertinemment il ne servirait à rien de patauger dans ces "tripatouillages". II faut étudier très sérieusement les textes de 1782 à l809, adopter des états de cette période selon des critères à déterminer et y revenir sans phrases en laissant froidement les amateurs d'ersatz se délecter de leur saccharine. C'est une affaire où il faut bien sûr respecter la courtoisie et les usages fraternels, mais son enjeu spirituel est si important que le moment arrivera assez rapidement de briser là.
Une dernière considération. Les lectures que je fais à longueur d'année pour Renaissance Traditionnelle m'ont amené à survoler les problèmes du christianisme et de la maçonnerie. Il apparaît que dans les pays maçonniquement très importants, une branche chrétienne de la maçonnerie a persisté, mais que, ô ironie, c'est rarement la même. Le caractère chrétien des Maçonneries Scandinaves, dérivées du système suédois du XVIIIe siècle, est bien connu et il n'est pas sans humour de noter, incidemment, qu'en 1976 la Grande Loge de Suède ne reconnaissait pas encore celle d'Israël.
En Allemagne ce type de maçonnerie est représenté par le Freimaurer Orden. [1]En -Suisse, le Grand Prieuré d'Helvétie s'inspire évidemment de la tradition chrétienne, même si c'est avec modération.
En Angleterre, le Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et. Accepté, appliquant une logique qu'on aurait du mal à trouver .sollicitée, n'admet que des chrétiens au l8ème grade et, par suite, au delà.
En Amérique, la vocation chrétienne est représentée par le Rite d'York qui culmine avec des Chevaliers Templiers (Knights Templar) restés eux aussi cohérents avec eux-mêmes.
Tout cela représente un secteur maçonnique, curieusement disparate certes, dans la forme sinon dans le fond, mais important quantitativement et qualitativement.
J'aimerais que l'on me dise ce qu'il y aurait de scandaleux à ce qu'en France - terre chrétienne parmi les toutes premières - non pas tout le Rectifié, mais une partie de celui-ci (quelle incroyable concession déjà à la tolérance…) en toute fraternité, maintienne avec netteté une tradition ésotérique chrétienne, étant bien entendu qu'un ésotérisme valable ne va pas sans l'exotérisme correspondant ?
L'idée viendrait-elle à un chrétien de demander à entrer dans les B'naî-Berith ? Y serait-il admis ? et s'il l'était, demanderait-il à ce que tout soit modifié pour que .sa conscience ne soit pas heurtée ?
Et quelles sont dans le monde les sociétés ésotériques non chrétiennes où un chrétien est admis ? Et si cela se trouve en effet, dans lesquelles accepterait-on de modifier radicalement les enseignements fondamentaux pour ne pas aller contre son exotérisme ?
Je ne pense pas qu'il soit besoin de plaider cette cause bien longtemps, elle est excellente et se soutient aisément par toutes ses données propres, traditionnelles et historiques. Le réveil de 1911, mal préparé et mal dirigé, a abouti en France a une regrettable déviation et tout C.B.B.S. régulièrement armé selon la filiation helvétique, qui est aussi celle de Lyon, a le droit imprescriptible de revenir aux sources de la Province d'Auvergne. Simplement, s'il est vraiment un Chevalier Bienfaisant, il doit le faire avec douceur et fraternité, ce qui n'exclut pas pour autant la fermeté et la détermination.
Croyez, -très cher et Révérend Chevalier, à mes sentiments d'affection fraternelle
Eques a Latomia Universa




[1]  Voir R.T. n°29 La Franc-Maçonnerie en République Fédérale d’Allemagne aujourd’hui par Fritz Bolle. Le titre de Freimaurer Orden désigne communément l’organisation n°2 de notre liste (. 54-56 : la G.L. Nationale des Francs-Maçons d’Allemagne dont le siège est à Berlin.



Le rédacteur en chef de Renaissance Traditionnelle, Pierre Mollier,  m'a fraternellement autorisé à reproduire cette lettre parue dans le numéro 30, avril 1977, de la revue. Elle m'a paru en effet utile pour rappeler, 35 ans plus tard, quelques vérités méconnues, si j'en juge par certains propos. Premièrement au sujet des rituels (rappelons que cette question a fait l'objet dans cette même revues d'études définitives, d'une part par René Désaguliers, et d'autre part par Roger Dachez). Secondement au sujet du travail opéré postérieurement à Wilhelmsbad (que Jean Granger avait jadis critiqué). Et enfin au sujet du caractère chrétien de la maçonnerie rectifiée, question toujours débattue. Essentielle à cet égard est l'affirmation selon laquelle l'ésotérisme chrétien, pour être "valable", doit aller de pair avec l'exotérisme correspondant...
Dernier point : on va m'accuser de nouveau de dévoiler un incognito, mais n'importe, d'autant que c'est là un secret de Polichinelle : l'Eques a Latomia Universa, c'était le fondateur de la Loge nationale Française et de la revue Renaissance Traditionnelle, à savoir René Guilly, alias René Désaguliers.