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lundi 26 mai 2014

Quelques réflexions sur la Trinité et sur l'homme

1) Le Père est innommable parce que non engendré. Et l'homme ne peut être à l'image et à la ressemblance du non engendré.

2) L'homme ne peut être à l'image d'une seule Hypostase : il est à l'image de la Trinité.

3) Cependant, comme tel, il est aussi à l'image du Père ; mais cela est rendu possible parce que Dieu se manifeste dans le création comme Père, Fils et Saint-Esprit.
Dans cette manifestation, il n'y a pas diminution de Dieu, mais bénédiction par la kénose.

4) En ce sens, l'incarnation est immanentisation du Père, Verbe et Saint-Esprit en le Fils de l'Homme, prenant le nom de Jésus, chair et Verbe. 
Les deux natures préexistent au sein de la Trinité avant l'incarnation, signifiant que la nature humaine est présente de toute éternité dans la pensée divine, dans sa capacité de déification. Si nous sommes nés... c'est que nous étions.
Dieu ne peut permettre que l'homme tiré de son sein ne retrouve sa dimension originelle, son intimité, si celle-ci n'est pas prévue dès l'origine. Cette prévision rend possible la rédemption intégrale. La dialectique du Créateur et de la créature l'exige.
Cela implique que l'incarnation n'est pas seulement la réparation de la chute. Elle est aussi cela, mais pas uniquement.

5) Prenons garde, dans les spéculations humaines, à ne pas amoindrir la nature des Hypostases, tout en marquant bien la diversité des modes d'action (économie) de chacune d'elles. 

6) "La grâce de l'adoption divine est indigène, incorporée à l'homme, tel un germe, dès sa naissance dans le temps, germe enfoui dans la fange par le péché d'Adam, merveilleusement retrouvé, fécondé à nouveau par l'incarnation, qui l'a rendu, avec le Christ, cohéritier de sa gloire."(Myrrha Lot-Borodine).

7) Tout cela montre que la certitude de confiance dans la nature humaine et ses potentialités héritées s'oppose à l'augustinisme sur la nature humaine et donc sur anthropologie trinitaire. 


jeudi 26 juillet 2012

Théologie mystique ou secrète


Théologie mystique ou secrète

Jean Romanides




Par mysticisme, on entend la tentative de contourner ou de dépasser l'aspect matériel de la réalité par la contemplation des archétypes immatériels dans une intelligence divine, comme si Dieu était comme un architecte qui exécute ses plans mentaux. La forme néo-platonicienne de cette tradition a fait son chemin dans la tradition franco-latine par le biais d'Augustin. C'est devenu la fondation du monachisme augustinien, qui a supplanté la tradition du monachisme orthodoxe, représentée par les saints Patrick, Jean Cassien et Benoît,  basée sur la purification et l'illumination du cœur et sur la glorification et qui n'était pas seulement pour les moines, mais pour tous les laïcs aussi.

De ce point de vue il n'y a pas de réelle différence entre les protestants et les latins [id est catholiques romains] puisque ni les uns ni les autres ne connaissent la tradition de la purification et de l'illumination du cœur et de la glorification ou déification. La véritable différence entre ces enfants d'Augustin, c'est que Luther a rejeté le mysticisme d'Augustin et le monachisme qui en découle. De cette position découle la distinction latine entre vie contemplative et vie active. Les protestants choisissent la vie active et dans l'ensemble laissent la vie de la contemplation aux latins.

Parce qu'ils sont des enfants d'Augustin, les latins et les protestants ont été coupés de la glorification et, avec eux, les orthodoxes victimes de Pierre le Grand[i].

Tous les Latins que je connais présentent le mysticisme comme partie intégrante des Pères grecs  parce qu'ils les ont lus avec leurs lunettes augustiniennes. En raison de cela le chapitre grec de saint Denys l'Aréopagite sur la Mystika Theologia est à tort traduit par "Théologie mystique" au lieu de "Théologie secrète". Il appelle "Théologie secrète » cette étude parce que la gloire incréée de Dieu dans la glorification ne peut pas être décrite par des mots ni comprise avec des concepts. C'est à partir de la glorification des saints que nous savons il n'existe aucune similitude entre le créé et l'incréé et qu’il est impossible d'exprimer Dieu et encore plus impossible de concevoir Dieu (saint Grégoire le Théologien). Aussi Vladimir Lossky, avec le titre de son livre Théologie mystique de l'Église d'Orient [ii]a quelque peu ajouté à la confusion.

D’après la version française de Claude Lopez-Ginisty
Sources :
et








[i] Allusion à la réforme opérée par Pierre le Grand de l’Eglise de Russie sur le modèle luthérien.
[ii] Titre choisi par l’éditeur contre le gré de l’auteur.

Je précise que le texte ci-dessus n'est pas de moi....mais d'un théologien réputé de l'Eglise de Grèce, le père Jean Sawas Romanidès (1927-2001).
Il n'est pas de moi, mais évidemment j'y adhère.

jeudi 28 juin 2012

Sur saint Irénée


Sur saint Irénée de Lyon,
Père de l’Eglise,
Fêté le 28 juin

(extraits d’une homélie)




Selon la tradition, les premiers qui apportèrent sur le sol de Gaule la lumière de l’Evangile furent les amis les plus proches de Notre Seigneur, ses familiers, à savoir les saintes femmes que l’on vénère sous le nom des « Saintes Marie de la Mer » : sainte Marie Madeleine, sainte Marthe et leur servante sainte Sarah, ainsi que leur frère saint Lazare, le ressuscité de Béthanie ; on leur attribue d’avoir évangélisé la Provence, de Marseille à Tarascon jusqu’à la Sainte-Baume.

Libre à chacun d’ajouter foi, ou non, à cette très antique tradition, que l’histoire ne confirme ni n’infirme ; ce qu’elle nous dit, c’est qu’il y a des traces de communautés chrétiennes (au pluriel) à Marseille dès le IIe siècle. Ce qu’il faut retenir de cela, c’est un caractère que le christianisme gaulois a toujours revendiqué : la familiarité avec la personne même du Christ Jésus.

Si maintenant on quitte le terrain de la tradition pour celui de l’histoire, elle nous montre à Lyon, en plein cœur du IIe siècle, non seulement une communauté chrétienne, mais une Eglise pleinement constituée, avec à sa tête un évêque, saint Pothin, martyrisé en 177 alors qu’il était nonagénaire, en même temps que ceux que l’on appelle les « martyrs de Lyon », parmi lesquels saint Eléazar, saint Minerve, saint Alexandre, saint Epipode, le diacre saint Sanctus et sainte Blandine, qui avait alors 15 ans.

Les épisodes de leur exécution sont connus de source sûre, ils ne relèvent pas de l’hagiographie imaginative, puisqu’ils firent l’objet d’un rapport officiel – le deuxième connu dans l’histoire après celui sur le martyre de saint Polycarpe dont je reparlerai – rapport adressé par l’Eglise de Lyon à toutes les autres Eglises, dont celle de Rome.

Irénée, alors prêtre, n’avait pas été enveloppé dans cette persécution parce qu’il se trouvait justement en mission à Rome, porteur auprès de l’évêque de cette Eglise, la plus glorieuse d’Occident parce que fondée par les apôtres Pierre et Paul, d’un rapport exposant les sentiments de sa propre Eglise sur un mouvement en pleine expansion et qui devait plus tard dégénérer en hérésie, le montanisme - qui était une sorte de prophétisme charismatique enseignant un ascétisme rigoriste hostile à la chair et refusant la hiérarchie ecclésiastique : comme tel, un ancêtre lointain du catharisme.

De retour de Rome, Irénée succéda à saint Pothin comme évêque de Lyon, en 177, et le demeura jusqu’à son propre martyre, dont le jour calendaire est certain : le 28 juin, mais dont l’année oscille entre 202 et 208.

Qui était Irénée ? Un Grec, originaire de Smyrne. Comme lui-même le rapporte, il a été un disciple intime du grand évêque saint Polycarpe de Smyrne, auprès de qui il a passé son adolescence – saint Polycarpe, illustre figure de l’épiscopat, par son action, par son enseignement (il a écrit de nombreuses épîtres dont la plupart sont, hélas, perdues) et aussi par son martyre, à l’âge de 86 ans, martyre qui est lui aussi connu de source sûre, puisque lui aussi a fait l’objet d’un rapport officiel, celui dont je vous parlais, le premier qui nous reste avant celui des martyrs de Lyon.

Or Polycarpe avait été lui-même un disciple proche de saint Jean l’Evangéliste qui, comme vous le savez, finit sa longue vie à Ephèse. Ainsi donc, saint Irénée fut le fils spirituel de saint Polycarpe, lui-même fils spirituel de saint Jean – raison pour laquelle, dans les litanies que nous chanterons tout à l’heure en son honneur, il est nommé « petit-fils spirituel du disciple bien-aimé ».

Nous touchons ici à une réalité ineffable mais tout à fait consistante, celle de la « filiation spirituelle ». De même qu’il y a, dans l’ordre matériel, des filiations par le sang qui transmettent un certain héritage qu’on appelle le patrimoine génétique, de même il y a, dans l’ordre immatériel, des filiations par l’esprit qui transmettent un héritage spirituel, un patrimoine génétique spirituel. C’est à ce phénomène mystérieux que fait allusion le Christ lorsqu’il dit de Jean Baptiste que « l’esprit d’Elie reposait sur lui. » Ce qui est à l’œuvre là, c’est ce que saint Paul appelle l’ « esprit d’adoption » et qui est un mode d’opération du Saint-Esprit. Celui qui devient par l’esprit d’adoption fils d’un « ancien », reçoit par là-même une part, ou la totalité, de la capacité de compréhension intérieure, par l’esprit et par le cœur, de son père spirituel. Tout en demeurant lui-même il devient en esprit ressemblant à son père.

Ce double mouvement de la paternité et de la filiation spirituelles est porteur de ce qu’on appelle dans l’Eglise la Tradition. Il n’y a pas d’autre moyen de transmettre la tradition vraie que la paternité et la filiation, parce que c’est le rapport que Dieu entretient avec son Fils, le Verbe-Logos, de même qu’avec l’homme, créé à son image.

On peut donc dire d’Irénée que l’esprit de Jean le Bien-Aimé reposait sur lui, et en effet toute sa théologie est issue en droite ligne de celui que la tradition orthodoxe nomme « Jean le Théologien » - c’est-à-dire le théologien par excellence, parce que, selon la même tradition, en reposant à la Sainte Cène sur le cœur de son divin Maître, il a été initié, par transmission directe, par l’effet de la filiation spirituelle dont je viens de parler, à la connaissance des mystères les plus sublimes : la Divinité du Logos et son Incarnation, proclamées par lui dans le Prologue de son Evangile ; et l’essence divine, ou plus exactement la manifestation de l’essence divine, également proclamée par lui dans ses épîtres, et qui est l’amour : « Dieu est amour ».

L’Eglise de Lyon que dirigea saint Irénée pendant un quart de siècle était donc, très expressément, johannite. Et il est bon de noter que cette caractéristique johannite, en même temps que celle que j’ai signalée au départ, à savoir la familiarité avec le Christ, se retrouvent toutes deux dans le rite ancien des Gaules, qui a été en vigueur dans presque tout l’Occident, de l’Espagne à la Germanie inférieure, jusqu’à la réforme carolingienne – et qui a été restauré dans l’Eglise dont je suis le ministre. Sa liturgie est extrêmement proche dans sa structure de la liturgie jérusalémite, en usage dans la première Eglise chrétienne, celle de Jérusalem, dont le premier évêque fut « Jacques, frère du Seigneur », c’est-à-dire son cousin. En outre, tous les textes de la liturgie des Gaules sont entièrement imprégnés de l’Apocalypse, ils sont tissés de motifs empruntés aux visions de l’Aigle de Patmos ; deux caractéristiques qui ne sont pas du tout partagés par les liturgies orientales : de saint Jean Chrysostome, de saint Basile ou de saint Marc. Au demeurant, ces caractéristiques ne se sont jamais vraiment perdues en Occident – indépendamment de la restauration dont je parlais. En effet, lorsque Charlemagne qui, en tant que militaire, aimait ce qui est uniforme, imposa à tout son Empire le rite romain, en réalité ce qui fut mis en œuvre, notamment grâce au grand Alcuin, fut un rite gallo-romain où subsistaient une bonne part des richesses du rite ancien des Gaules, ainsi préservées jusqu’au concile de Vatican II.

Revenons à saint Irénée. Deux choses font sa gloire : ses écrits, et d’avoir rétabli la paix dans l’Eglise. En effet, un dissentiment sérieux opposait les Eglises entre elles à propos de la date de Pâques. Les Eglises d’Asie mineure, interprétant à la lettre l’évangile de saint Jean et s’appuyant en cela sur l’autorité de saint Polycarpe, célébraient la Pâque le 14 du mois hébreu de Nisan. Partout ailleurs, on la célébrait le dimanche suivant. (On sait que, depuis, les chrétiens ont fait beaucoup mieux en matière de désunion et que, si les dates de Pâques selon le calendrier occidental et selon le calendrier oriental peuvent parfois, mais rarement, coïncider, comme ce fut le cas en cette année 2001, l’écart entre elles peut atteindre jusqu’à cinq semaines !). Les papes successifs de Rome ayant échoué à établir par la persuasion l’unité de célébration, le pape Victor décida d’agir par voie d’autorité et menaça d’excommunication les Eglises d’Asie. Bien que saint Irénée fût lui-même, comme je l’ai dit, originaire d’Asie et disciple de saint Polycarpe, l’Eglise de Lyon avait adopté l’usage général. Cependant, il se rendit à Rome pour dissuader le pape Victor de briser la paix de l’Eglise en agissant par la force, surtout contre des Eglises aussi anciennes et aussi vénérables, qui avaient été fondées par d’aussi glorieux apôtres que saint Jean et saint Paul. Il réussit pleinement. En cela, il se conforma à son nom, qui signifie « pacifique » ou « pacificateur », réalisant ainsi la cinquième béatitude : « Bienheureux les pacificateurs, car ils seront appelés fils de Dieu ».

Son autre titre de gloire, toujours actuel, ce sont ses écrits. Beaucoup sont perdus, mais peut-être certains se retrouveront-ils : c’est ce qui s’est produit avec la Démonstration de la prédication apostolique, découverte en 1904 seulement dans une traduction arménienne au fin fond des archives du patriarcat d’Arménie, à Erevan. Lisez cette Démonstration, c’est un exposé catéchétique simple et lumineux.

Mais lisez surtout le grand traité de saint Irénée en cinq volumes – dont l’original grec ne subsiste qu’en partie mais qui est connu par une traduction latine très fidèle, traité intitulé en latin Contre les Hérésies et, plus explicitement en grec, Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur, de la fausse gnose. Ces deux œuvres sont disponibles dans la collection des « Sources chrétiennes » - dont le siège, et ce n’est pas un hasard, se trouve à Lyon.

Si vous lisez – ou parcourez, car c’est assez fastidieux – l’examen détaillé des diverses hérésies à l’œuvre au temps de saint Irénée, et dont, souvent, nous ne connaissons plus l’économie exacte que par lui, ainsi que par son disciple saint Hippolyte de Rome, qui écrivit une vingtaine d’années plus tard, vous verrez que les mêmes sont toujours à l’œuvre de nos jours, quoique masquées sous des noms nouveaux et s’exprimant en termes différents. Toutes ces hérésies sans exception reviennent à nier ou à vider de leur substance les trois dogmes de la foi chrétienne, dogmes dont le refus fait que la foi ne peut plus être dite chrétienne :

1)    Dieu est à la fois Un et Trine. Comme il est confessé dans le Symbole dit de saint Athanase :

« La foi catholique consiste à adorer un seul Dieu en trois Personnes et trois Personnes en un seul Dieu, sans confondre les Personnes ni séparer la Substance. Car autre est la Personne de Dieu, autre est celle du Fils, autre est celle du Saint-Esprit. Mais la divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit est une, leur gloire égale, leur majesté coéternelle. »

2)    Le Verbe, deuxième Personne de la Divine Trinité, est vrai Dieu et vrai homme. Toujours selon le même Symbole :

« La pureté de la foi consiste à croire et à confesser que notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme. Il est Dieu, étant engendré de la substance du Père avant tous les temps, et il est homme, étant né dans le temps de la substance de sa Mère. Dieu parfait et homme parfait, ayant une âme raisonnable et une chair humaine. Egal au Père selon la divinité, et moindre que le Père selon l’humanité. Et quoiqu’Il soit Dieu et homme, Il n’est pas, néanmoins, deux personnes mais un seul Jésus-Christ. Il est un, non que la divinité ait été changée en humanité, mais parce que Dieu a pris l’humanité et l’a unie à sa divinité. Un enfin, non par confusion de nature, mais par unité de Personne ».

3)    Dieu est amour. La caractéristique qui manifeste la vie divine ad intra et ad extra, c’est-à-dire les rapports des Personnes divines entre elles et les rapports de Dieu avec sa création, c’est l’amour, l’amour total, sans restriction ni réserve, qui est don et donation.

Les hérésies, toutes sans exception, reviennent à nier tout ou partie de ces dogmes, et tout particulièrement la réalité de l’Incarnation du Verbe, car si le Verbe ne s’est pas incarné, il n’y a plus de salut possible pour l’homme. Et l’ennemi du genre humain, ne pouvant empêcher que le salut de l’homme s’opère, qu’il s’est déjà opéré, s’efforce au moins – et réussit souvent – de faire que tel ou tel homme pris individuellement n’y croie pas, ce qui empêche en effet le salut de s’opérer pour lui.

Donc elles nient, ou la réalité de l’humanité du Christ, ou la réalité de sa divinité – et donc dans les deux cas la réalité de sa double nature ; ou bien elles nient qu’il y ait un abîme absolu entre Dieu Créateur et sa créature, ce qui ferait par conséquent que cette dernière pourrait par ses propres efforts se diviniser elle-même – ce qui est le processus orgueilleux de Babel ; ou bien au contraire elles affirment que cet abîme est infranchissable et que Dieu est un Dieu souverainement indifférent à sa création, un Dieu lointain dénué d’amour ; ce Dieu pouvant même être tellement lointain qu’il sombre dans le néant, qu’il est totalement absent – alors pourtant que cet abîme absolu a été franchi par Dieu qui nous aime et parce qu’Il nous aime.

Cherchez autour de vous, vous reconnaîtrez des silhouettes ô combien familières !

Saint Irénée ne se contente pas de démonter les mécanismes pervers de l’esprit de l’homme déréglé par les insinuations du Malin, il affirme en contrepartie l’axiome lumineux du christianisme, qui est : « Dieu s’est fait homme pour l’homme devienne Dieu ».

La doctrine de saint Irénée est résolument optimiste parce qu’il sait, par cette connaissance intérieure reçue, je l’ai dit, du disciple bien-aimé, que Dieu est amour, qu’il est mû par ce que les Pères grecs appellent la philanthropie, c’est-à-dire l’amour pour l’homme, et qu’Il ne retire jamais ce qu’une fois il a donné.

Cette doctrine est celle-ci. L’homme a été créé originellement dans un état glorieux, il jouissait de l’immortalité et de la joie parfaite de la familiarité avec la présence de Dieu. Il a donc été créé dans un état de perfection – mais dans un état de perfection relative, car cet état était un état d’enfance ; et le programme prévu pour lui était de devenir adulte à la mesure parfaite de Dieu. En d’autres termes, il a été créé à l’image et selon la ressemblance de Dieu, c’est-à-dire qu’il lui fallait compléter la ressemblance de manière à la rendre complète, parfaite, jusqu’à l’identité. Ce qui était proposé à l’homme – et ce qui lui reste toujours proposé – c’est de devenir par grâce ce que Dieu est par nature : divin.

Ce pourquoi il était prévu de toute éternité que le Fils de Dieu s’incarnerait afin d’unir en Lui la divinité à l’humanité, pour qu’en retour l’homme unisse en lui l’humanité à la divinité : réversibilité totale !

L’Incarnation du Verbe n’a donc pas été nécessitée par la chute ; ce que la chute a en revanche rendu nécessaire, à cause de son amour totalement gratuit pour l’homme, c’est sa Passion et sa Mort sur la Croix ; Croix qui devient du même coup l’instrument du triomphe sur la mort, et sur le maître de la mort : Satan, puisqu’elle ouvre les portes de la Résurrection.

Ainsi, le plan divin, qui est la déification de l’homme et la transfiguration universelle, en d’autres termes l’avènement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle, de la nouvelle Jérusalem venue d’en haut d’auprès du Père, ce plan s’accomplit-il de nouveau. Et il s’accomplit au sein de l’Eglise « catholique » au sens propre, c’est-à-dire universelle ; car l’Eglise est le milieu, le creuset, l’athanor, dans lequel, par l’action du Christ et du Saint-Esprit - « ces deux mains du Père à l’œuvre », comme les décrit saint Irénée - l’univers entier est en marche vers la transfiguration et l’homme vers la déification. L’Eglise sera accomplie en plénitude lorsque la totalité de la nature créée sera réunie dans la Nouvelle Jérusalem par et dans l’Agneau Emmanuel, « Dieu-avec-nous ».

Autre point : ce qui, en l’homme, est porteur de la ressemblance divine, c’est son esprit, cependant que son corps et son âme participent de la nature matérielle créée. Ainsi donc il unit originellement en lui les cieux et la terre. Les cieux nouveaux et la terre nouvelle annoncés par saint Jean dans son Apocalypse, ce sera l’Homme Nouveau, à la mesure parfaite du Christ, le Premier Adam renouvelé, redevenu nouveau, par sa similitude et son union avec le Nouvel Adam, Jésus-Christ.

Telle est la théologie fulgurante de saint Irénée – et pourtant exposée avec une simplicité et une limpidité saisissantes, qui sont la marque de la vérité. La vérité est évidence !

A notre Dieu qui nous a aimés d’un tel amour qu’Il nous a donné son propre Fils pour nous communiquer et partager avec nous son amour, et qui nous a donné de tels apôtres pour nous réunir dans le lieu de son amour qui est l’Eglise, au Dieu Tri-Unique, soient honneur, gloire et adoration aux siècles des siècles.

mardi 19 juin 2012

Quelques propos sur les anges









DIEU n’est pas seul !

N’est-il pas paradoxal de affirmer cela, alors que, nous, chrétiens, quand nous confessons notre foi dans Credo, le « Symbole de la foi », nous proclamons : « Je crois en un seul Dieu… » ? Oui : un seul Dieu, mais pas un Dieu seul !

Dieu n’est pas seul.

a) Il ne l’est pas en soi, il ne l’est pas personnellement : Il est Trinité de Personnes, Il est Tri-Unique.

b) En outre, Il est toujours accompagné et environné d’anges. Les anges sont la cour divine, la « céleste cour ». Ils sont « le plérôme du monde spirituel » (Jean Daniélou). Le pl»rwma, le plérôme, c’est ce qui est rempli à ras bord : c’est la plénitude sans faille, sans vide, du monde de l’esprit. L’esprit en effet est plein, et il n’y a pas place pour autre chose ; la matière au contraire est vide, elle est faite d’une succession de vides.

Une façon de décrire cette plénitude, ce plérôme, c’est la formule bien connue : « tout est plein d’anges ». On trouve dans les psaumes, les prophètes et, à leur suite, dans la liturgie chrétienne, cette autre formule, que nous reverrons : « Pleni sunt caeli et terra gloria tua ».


*
*    *


Les anges sont, disions-nous, la cour de Dieu.

Que sont les courtisans ?

Ils sont :             
-         adulateurs ;
-         soumis.

Que sont, a contrario, les anges ?
-         adorateurs ;
-         obéissants.
-          
Ou encore :
-         liturges ;
-         serviteurs.

A – Les anges sont serviteurs :
« Il fait des souffles ses anges, des flammes de feu ses serviteurs » (psaume 104).

1.     Ils sont humbles et obéissants.

Ils ne sont pas « musulmans », c’est-à-dire soumis. Ils sont humbles par « crainte de Dieu », laquelle est tout autre chose que la peur ou la terreur : c’est le sentiment contemplatif de l’immensité de la majesté divine, qui engendre, non la terreur, mais l’amour jubilant.

Ils sont donc obéissants par amour. Ils n’ont pas une mentalité d’esclaves, mais de fils. Dans la Septante, l’équivalence est fréquente entre « anges de Dieu » et « fils de Dieu » : cf. les psaumes et, par exemple, le début du Livre de Job.

2.     Ils sont lumineux et illuminants, à cause de leur humilité.

N’ayant pas en eux la moindre ombre d’égoïsme, ils s’effacent devant Celui qu’ils aiment. Raison pourquoi, dans l’iconographie, saint Jean Baptiste le Précurseur est souvent représenté sous forme d’ange, à cause de sa caractéristique spirituelle : il s’efface (« il faut qu’Il croisse et que je diminue »).

D’où vient qu’ils sont translucides : transparents à la Lumière divine. Plus encore, ils sont photophores : ils portent et rayonnent la Lumière divine.


3.     Ils sont puissants parce que remplis de la Puissance divine
-  qu’ils portent,
-  qu’ils exécutent,
-  qu’ils communiquent.

4.     Ils sont remplis de la Sainteté, qui est la caractéristique propre de Dieu  (« Un seul est Saint »).

5.     Ces trois :
- Lumière,
- Puissance,
- Sainteté,
sont une même réalité, désignée par un nom : Gloire (כבד KaBoD).

Les anges sont donc porteurs de la Gloire divine :
-         « ils sont le rayonnement de la Gloire divine » (Daniélou) ;
-         « ils sont la gloire créée de la Gloire incréée » (Boulgakov).
Autrement dit : Ils sont le rayonnement créé de cette Gloire incréée :

Or la Gloire est la Présence divine dans sa manifestation tangible, concrète, expérimentable. Les anges sont donc porteurs, vecteurs, véhicules des énergies divines incréées, ces énergies qui sont puissances, ou vertus au sens premier (les vertus n’ayant pris un sens moral que par dévitalisation et affadissement).

6.         Les anges sont par là porteurs des caractéristiques divines,
même s’ils ne les possèdent pas en propre.

C’est pourquoi ils sont à bon droit appelés divins, car ils sont déiformes et ils se communiquent l’un à l’autre et aux hommes la déiformité (St Denys l’Aréopagite), c’est-à-dire la déification.

C’est aussi la double raison pour laquelle le Logos est « l’Ange du Grand Conseil » :
a) les anges portent la figure de Dieu,
b) et le Verbe-Logos a une figure d’ange.

7.     Enfin ils sont à la fois totalement stables et totalement dynamiques.
L’échelle de Jacob, constitué par les hiérarchies célestes, du ciel à la terre et de la terre au ciel, est une « échelle mobile ».


Elle l’est :
- en elle-même : elle est les anges qui montent et descendent, tout en restant chacun à sa place dans son ordre ;
- dans son usage, que nous verrons.

B - Les anges sont également serviteurs dans un sens plus particulier :
ils sont liturges ; ils accomplissent un service ministériel : la liturgie.

En tant que serviteurs de la liturgie, ils sont diacres. Di£konoi veut dire « serviteurs » ; raison pourquoi l’iconographie traditionnelle revêt les anges d’ornements diaconaux.

Ils sont les co-célébrants de la liturgie divine sous ses divers aspects :
a)    la liturgie céleste, dans le monde spirituel créé,
liturgie qui ne s’interrompt jamais ;

b)    la liturgie cosmique, dans le monde matériel créé,
liturgie qui ne s’interrompt jamais non plus, car les éléments du monde : animaux, végétaux, minéraux même, louent incessamment leur Créateur ;
c)     la liturgie ecclésiale, dans cette société divino-humaine, incréée-créée, qu’est l’Eglise,
liturgie qui, à cause de notre faiblesse, s’interrompt parfois.

Ainsi, les anges :
-         concélèbrent avec les hommes la liturgie ecclésiale ;
-         concélèbrent avec les hommes (là où il y en a) et aussi avec les animaux, végétaux, minéraux… la liturgie cosmique ;
-         ont admis des hommes à concélébrer leur propre liturgie céleste, depuis qu’il y a des hommes aux cieux (et même lorsqu’ils sont encore physiquement sur cette terre !), et ces hommes, ce sont les saints ;
-         concélèbrent aussi avec chaque homme (c’est un des rôles de son ange gardien, « ange bon compagnon »)sa propre liturgie intérieure.

La liturgie céleste, nous en connaissons quelques éléments, mais essentiels, par les prophètes Ezéchiel et Isaïe (cf. St Denys l’Aréopagite, Hiérarchies Célestes  202 A-B [1]). C’est une liturgie de louange, centrée sur la Gloire dont il été question plus haut, savoir la Présence réelle de Dieu :

Ezéchiel (III, 2) : « Bénie soit la Gloire du Seigneur au lieu de son séjour ».
Isaïe (VI,3) : « Saint, Saint, Saint, le Seigneur (Dieu) Sabaoth (= des Armées angéliques), sa Gloire remplit toute la terre » - c’est le Trisagion (« trois fois Saint ») de la liturgie céleste et ecclésiale.

Les psaumes y font très directement écho, qui disent :
« Caeli enarrant Gloriam Dei » (psaume 19 : « les cieux racontent la Gloire de Dieu ») ; « Béni soit à jamais son Nom glorieux, que toute la terre soit remplie de sa Gloire » (ps. 72) ; « Elève-toi au-dessus des cieux, ô Dieu, que ta Gloire brille sur toute la terre » (ps. 57) ; « sa Gloire est au-dessus des cieux » (ps. 113), etc.

La liturgie ecclésiale combine le tout :
« Saint, Saint, Saint (ou : Agios, Sanctus, Saint) le Seigneur Dieu Sabaoth, les cieux et la terre sont remplis de sa Gloire » - («  Sanctus, Sanctus, Sanctus Dominus Deus Sabaoth, pleni sunt caeli et terra Gloria sua »).

Sabaoth, ce sont les « armées » célestes, le plérôme angélique.

Pleni, remplis : nous retrouvons la notion de plénitude. « Tout est plein d’anges ».  La Gloire de Dieu emplit « le ciel et la terre », c’est-à-dire les mondes spirituel et matériel : elle emplit TOUT.

C – La présence de la Gloire, la Gloire qui est Présence, appelle la glorification. Glorifier Dieu, rendre gloire à Dieu, c’est « rendre à Dieu la gloire qui est sienne et dont Il nous a remplis » (Daniélou)

Remplis de la Gloire de Dieu (par laquelle ils sont devenus, chacun à sa mesure, divins ) les anges ne cessent de la Lui rendre par une louange incessante.
« Rendez au Seigneur, fils de Dieu, rendez au Seigneur gloire et honneur » (psaume 29).

I.        Les anges sont des contemplateurs et des adorateurs.

a.            Les plus proches de la fournaise trinitaire (Séraphins, Chérubins, Trônes) contemplent la Face de Dieu, et cette contemplation les rend éblouissants (cf. la face de Moïse) ;

b.           Les inférieurs contemplent leurs supérieurs lumineux, et ainsi de suite tout au long de l’échelle hiérarchique : c’est une cascade de lumières.


c.             Cette contemplation les remplit d’amour et de jubilation, d’où jaillissent adoration et action de grâces.

II.     Chez les anges, contemplation et action sont inséparables.

Ils sont les ministres, les coopérateurs du Dieu tout-puissant :

a.            dans le bel ordonnancement du monde, qui est œuvre de beauté - à quoi renvoie son nom κόσμος, cosmos, qui veut dire « ordonné bellement »  (d’où l’exclamation dont le Créateur ponctue les différentes étapes de la Genèse  טוֹב -כִּי KeToV, c’est-à-dire « que beau ! ») ;
b.           dans l’accomplissement des destinées de l’homme, qui est œuvre de vérité.

Dans ces deux tâches, « ils sont les instruments des œuvres divines » (Daniélou) ; « ils réalisent et révèlent les pensées divines » (Mgr Jean de Saint-Denis).

Ils le font de deux façons :
a.            ils ont une fonction de sauvegarde et de gouvernement ;
b.           ils sont médiateurs et révélateurs : en un mot messagers.

A.         Ils président aux « éléments du monde » : ils sont les lois du monde, les lois naturelles.
Ces lois, établies par Dieu Créateur, sont portées, maintenues et mises en œuvre par les anges.

Axiome : tout ce qui existe dans le monde créé, matériel ou immatériel, a son ange.

Cela veut dire que non seulement tous les éléments de la matière, mais aussi les idées (celles selon Platon et les autres aussi), les pensées, les sentiments, bons ou mauvais, les passions, nobles ou ignobles, tout est véhiculé et distingué par des anges, bons ou mauvais, des esprits de Dieu ou des démons (cf. le psaume de saint Bède le Vénérable : « les sept démons…s’opposent aux sept esprits de Dieu »).

« Tout est plein d’anges » ! Newton, l’inventeur de la mécanique céleste, expliquait l’« attraction » (qu’on ne parvient encore maintenant qu’à constater et mesurer, sans plus) par l’amour mutuel que se portent les anges véhicules des astres…

Autre axiome : les anges sont les principes d’identité de tous les existants.

B.          Ils le sont aussi des communautés humaines.
Ils sont les « archontes des nations » (Origène), comme aussi des Eglises (cf. les anges des sept Eglises dans l’Apocalypse), des villes, des familles, des loges, de l’Ordre de Josué…

Ils président, ils sauvegardent, ils protègent, ils secourent.

C.          Chaque homme a son ange « bon compagnon » qui lui est expressément affecté par Dieu, et qui a partie liée avec lui dans sa destinée spirituelle. Il est, dit Boulgakov, son « moi céleste ».

D.         Autre fonction :
a.            Non seulement ils mettent en œuvre les lois naturelles, mais ils les révèlent. Le fait que des découvertes scientifiques aient lieu simultanément en des lieux distants sans relation entre eux n’a pas d’autre explication : pour des motifs qui nous échappent, les anges ont fait concurremment en plusieurs endroits des révélations identiques.
b.           Ils révèlent aussi la Loi : saint Paul dit expressément que la Loi a été révélée sur le mont Sinaï à Moïse par un ministère angélique (Galates 3/19 ; cf. aussi Actes 7/36 et 53).

En revanche le Christ révèle Lui-même la Loi nouvelle.

c.             Ils révèlent enfin aux hommes non seulement les commandements divins mais aussi les desseins divins : c’est la fonction des anges qui apparaissent, en songe ou non, aux patriarches et aux prophètes – et qui quelquefois sont indiscernables de Dieu lui-même pour la raison qu’ils sont « divins ».

Tout cela relève de la fonction inhérente à leur mission de messagers : leur fonction révélatrice.

E.               Cette fonction fait elle-même partie de leur fonction plus générale de médiateurs. Leur raison d’être, en effet, ou plutôt une de leurs raisons d’être, par rapport aux hommes, est d’être médiateurs entre Dieu et eux.

Ici, il faut apporter une distinction importante :

a.                Sous l’Ancienne Loi, toute médiation et révélation de Dieu aux hommes se fait par les anges.
b.               Depuis l’Incarnation, Dieu est entré en contact direct avec l’homme et l’homme avec Dieu en la personne du Christ.
c.                 Toutefois, le Christ n’a en rien « aboli » ni rendu obsolète les fonctions et les missions des anges. Lui-même, en tant qu’homme, s’est soumis aux anges (cf. St Denys, Hiérarchie céleste IV C [2]), de même qu’Il s’est soumis aux éléments du monde que gouvernent les anges :
 α le dessein suprême de Dieu pour l’homme : l’Incarnation, a été annoncé par l’Ange ;
 β  des anges accompagnent le Christ tout au long de sa vie publique, depuis le début (le Christ tenté au désert) jusqu’à la fin (l’agonie à Gethsémani).
d.               L’accomplissement du dessein divin, la déification, se fait par l’entremise des anges : ils communiquent et transmettent les énergies divines du Saint-Esprit, la grâce déifiante,  par  condescendance, le long de la seule et unique hiérarchie à la fois céleste et humaine qu’est l’échelle de Jacob. « Transmission » ou « tradition » se disent Παράδοσις, Paradosis, qui signifie proprement transmission de dons. Cette Tradition est transmission de grâce en grâce et de lumière en lumière, elle est transmission des actions successives de « purification », d’« illumination »  et de « perfection-union » qui permettent l’élévation jusqu’aux cieux.

Précisons :
e.                Si cette communication est « tradition », c’est parce que Dieu Créateur respecte sa propre création et ses lois ;
f.                  La communication peut parfaitement être, et est parfois, directe, sans intermédiaire : de Dieu à l’homme.
g.                N’oublions jamais, enfin, que :
« Jésus est le principe et la fin de toute hiérarchie » (St Denys l’Aréopagite, Hiérarchie ecclésiastique I 373 C)

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*     *

Pour ce qui nous concerne :

A.              Célébrons consciemment nos liturgies
-         cosmique
-         ecclésiale
-         intérieure

avec les anges,

Et participons aussi à leur liturgie céleste.

Dans toutes, ils sont nos co-célébrants.
Ils adorent avec nous, ne les adorons pas (voir dans l’Apocalypse la parole de l’Ange à Jean qui veut se prosterner devant lui : « Moi aussi je suis serviteur, je suis ton compagnon de service ». Ap 19/9 et 22/9).

B.               En effet :
« L’idolâtrie provient de ce qu’avec la chute, l’homme a perdu le contact direct avec Dieu mais a conservé le contact avec les anges » (Mgr Germain de Saint-Denis).

Ce contact direct a été rétabli par le Christ, ne faisons pas comme si le Verbe ne s’était pas incarné, comme si le Réparateur n’avait pas œuvré.

C.              Ne séparons donc jamais les anges                 de Jésus,
         les serviteurs               de leur Seigneur,
         la cour                          de son Roi.

Soyons leurs « compagnons de service »,

                   au service d’El Shaddaï, le Pantocrator,  le Tout-Puissant,                                   qui est aussi Emmanuel, « Dieu avec nous ».




[1] « C’est pourquoi la Parole de Dieu a transmis aux habitants de la terre certains hymnes que chante cette première hiérarchie (i.e. les Séraphins) et dans lesquels se manifeste saintement l’éminence de l’illumination, la plus haute de toute, qui lui appartient. Les uns, en effet, traduisant cette illumination en termes sensibles, dans une clameur qui ressemble au mugissement des grandes eaux, s’écrient : Bénie soit la gloire du Seigneur au lieu de son séjour ! ; les autres annoncent cette très célèbre et auguste Parole divine : Saint, saint, saint est le Seigneur Sabaot, sa gloire remplit toute la terre. »
[2] « Car je constate que Jésus lui-même, cause suressentielle des essences supra-célestes, venu jusqu’à notre niveau sans perdre son immutabilité, ne s’écarte pas non plus de la belle ordonnance,instituée et choisie par lui  selon les convenances humaines, mais se soumet docilement aux desseins de Dieu son Père que lui transmettent des Anges – que, par leur entremise, sont également annoncés à Joseph la retraite d’Egypte en Judée, - et que c’est par la médiation d’un Ange que nous le voyons se soumettre aux saintes décisions paternelles. Car je passe sous silence, puisque tu sais ce qui nous aété exposé par nos traditions sacerdotales, ce qui concerne cet Ange qui réconforta Jésus ou le fait que Jésus lui-même, en raison de l’œuvre bienfaisante qu’il accomplit pour notre salut, ayant pris place, lui aussi, dans l’ordre révélateur, fut appelé Ange du grand conseil. Et,en effet, comme il le dit lui-même,usant des termes qui désignent un messager, tout ce qu’il entendit du Père, il nous l’annonça ».