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vendredi 7 mars 2014

Légitimité willermozienne de la fonction de Grand Aumônier au sein du Régime écossais rectifié



Légitimité willermozienne de la fonction
de Grand Aumônier
au sein du Régime écossais rectifié

Je dois à l’obligeance de mon ami V. C. l’autorisation de publier en avant-première deux extraits d’un manuscrit inédit de Jean-Baptiste Willermoz, qui va jeter un jour nouveau sur les projets de réforme – de « rectification » - des structures du Régime écossais rectifié en suite du convent de Wilhelmsbad.

On oublie en effet souvent que le convent avait prévu une révision et même une réformation des textes qui organisaient jusque-là le Régime, à commencer par les deux codes de 1778.  Ce travail, Jean-Baptiste Willermoz l’avait pour sa part fortement avancé, et ce sont ces projets que V. C. a découverts ; personne ne l’avait fait avant lui.

Il m’a fourni deux extraits de ces projets qui permettent de trancher définitivement la question, si véhémentement controversée par certains, de l’existence d’un Grand Aumônier au sein du Régime rectifié.

Voici ces textes de la main même du fondateur du Régime :
  




  

Pour ceux qui  ne fréquenteraient pas les manuscrits du XVIIIe siècle, en voici la transcription (les passages cruciaux sont surlignés en jaune) :

« Dans les trois grands grades, il y aurait une Election relative aux différents ressorts de la [Loge]. Outre le grand maître des [Loges] du régime, il y aurait un président, un chancelier, un grand Aumônier, un directeur des Aspirans, un Inspecteur des [Loges] du ressort et un Secrétaire général : ces grands officiers formeraient un comité toujours permanent ; les autres réunis à eux formeraient le grand Synode. »

«(…) Le grand maître de l’ordre est connu sous son véritable nom dans les loges symboliques : le président du synode est le Préfet de chaque Province, le chancelier est le commandeur laïque de la 1ère commanderie, le grand Aumônier le commandeur Ecclésiastique (…)

Il n’y a plus lieu de polémiquer !

Le Grand Prieuré des Gaules, en créant en son sein une fonction de Grand Aumônier, a été fidèle, non seulement à l’esprit, mais aussi (à un point qu’il n’imaginait pas ) à la lettre de Jean-Baptiste Willermoz.

Reste maintenant à ses contempteurs à se montrer … plus willermoziens que Willermoz !


P.S. Pour prévenir les accusations de forgerie qui ne manqueront pas, je préviens que je ne révélerai pas, comme je m’en suis engagé envers mon ami V. C., la cote du manuscrit en question. Elle sera indiquée comme les autres lors de la publication du travail considérable qu’il est en train de mettre au point.

mardi 11 février 2014

Les dogmes dans le Régime écossais rectifié : Appendice à : Doctrine et dogme dans l'Eglise et en franc-maçonnerie

Appendice à mon billet du 1er janvier dernier sur "Doctrine et dogme"

L'école de pensée à laquelle je fais référence dans ce billet affirme avec une véhémence fiévreuse que les dogmes n'ont pas leur place dans la maçonnerie en général mais même et surtout dans la maçonnerie rectifiée, qu'ils polluent sa pureté ésotérique transcendante par des opinions humaines aléatoires, qu'ils attestent la mainmise sur l’initiation du despotisme clérical...


Mais voilà : qu'en pensaient les créateurs du Régime rectifié ? qu'ont décidé ses instances rectrices ? 

La dernière en date de ces instances fut le convent de Wilhelmsbad. Le compendium de ses décisions est le document intitulé "
Recès du convent général tenu à Wilhelmsbad en juillet et août 1782", " fait à Wilhelmsbad le 1er septembre 1782, signé par le Président et tous les députés présents au convent".  C'est un relevé de décisions qui fait toujours autorité, puisque rien n'est venu l'abroger.Qu'y lit-on ?

"Nous avons dressé un acte souscrit par nous tous et au nom de nos commettants, par lequel nous consacrons cette détermination sage (c'est-à-dire la renonciation  à la filiation templière) et protestons au nom de tout l'Ordre des Francs-maçons réunis et rectifiés devant Dieu et devant nos frères, que l'unique but de notre association est de rendre chacun de ses membres meilleur et plus utile à l'humanité par l'amour et l'étude de la vérité, l'attachement le plus sincère aux dogmes, devoirs et pratiques de notre sainte religion chrétienne, par une bienfaisance active, éclairée et universelle dans le sens le plus étendu et par notre soumission aux lois de nos patries respectives."

Recès, section II (in Les Cahiers verts, numéro hors série : Les convents du Régime Ecossais Rectifié, avril 2005).

(Les caractères gras sont de mon fait).

Eh bien ! la messe est dite ! 

Ceux qui excluent "l'attachement sincère aux dogmes...de notre sainte religion chrétienne" s'excluent eux-mêmes de "l'ordre des Francs-maçons réunis et rectifiés".  C.Q.F.D.





   

mercredi 1 janvier 2014

Doctrine et dogme... dans l'Eglise et en franc-maçonnerie

DOCTRINE ET DOGME

Il est des termes qui, chemin faisant, ont acquis une mauvaise réputation. Tel est le cas de « doctrine » et de « dogme », surtout dans leurs dérivés « doctrinaire » et « dogmatique »[1]. Les mentionner, c’est évoquer des gendarmes ou des gardes-chiourme de la pensée ! Et pourtant… Rien ne devrait être plus utile, plus précieux même, pour des maçons.

Comme toujours, appelons en renfort l’étymologie. A l’origine, il y a le radical indo-européen *dôk, à partir duquel ont été construits les verbes identiques quant à la forme (mais non quant au sens) dokeô en grec et doceo en latin et tous leurs nombreux dérivés : dogma (et les verbes construits sur ce substantif), dokeuô, dokimazô, doxa (et ses dérivés)… en grec ; et en latin : docilis, doctor, doctrix, doctrina, doctus, documentum, et…dogma (chez Cicéron, ce grand hellénophile et hellénophone).

Regardons-y de plus près.

Le dokeô grec a trois significations principales dont une nous intéresse directement : 1) sembler, paraître, avoir l’apparence. C’est à partir de ce sens qu’on a nommé « docétisme » l’hérésie qui professe que ce n’est qu’en apparence que le Christ est mort sur la croix mais nullement en réalité : à cet égard, le Coran est docétiste ; 2) penser, croire, imaginer (on voit là la relation par glissement de sens avec la première acception) ; 3) juger bon, décider.

Dogma est en rapport direct avec dokeô. Il a deux acceptions : 1) opinion, doctrine philosophique (en rapport avec la deuxième signification ; 2) décision, décret (en rapport avec la troisième signification). C’est ainsi que l’expression latine senatus consultum, décret du sénat (romain) est rendue chez l’historien Polybe par dogma tês sunklêtou

Le doceo latin a une signification différente de celle du dokeô grec mais elles ne sont pas sans relation l’une avec l’autre. Cette signification est : enseigner, instruire, montrer, faire voir. Elle est donc en rapport évident avec les sens 1) et 2) du verbe grec, avec une nuance d’importance : ce qu’on pense, ce qu’on croit, ce qu’on imagine, cette fois on le transmet. C’est à retenir.

De là on passe à doctrina qui a deux acceptions principales : 1) enseignement, formation théorique, éducation, culture – acception qui découle directement du verbe doceo ; 2) art, science, théorie, méthode, doctrine.

Nous pourrions à la rigueur en rester là ; cependant il nous faut voir si l’évolution sémantique constatée entre le grec et le latin s’est poursuivie avec le français.

La principauté des Dombes, dont Trévoux était la capitale, resta indépendante de la France jusqu’en 1762. La censure royale ne s’y exerçait donc pas. De nombreux imprimeurs et éditeurs profitèrent de cette exterritorialité pour s’y installer ; les jésuites aussi, qui y publièrent des mémoires sur des sujets divers sous le titre de Journal de Trévoux et le fameux Dictionnaire de Trévoux. Ce Dictionnaire universel françois et latin (tel était son titre) fut le premier dictionnaire véritablement encyclopédique en langue française, en concurrence directe avec l’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot. Il connut 5 éditions de 1704 à 1771. Je citerai l’édition de 1738-1742 publiée à Nancy, capitale du duché de Lorraine, lui aussi indépendant du royaume sous la souveraineté de Stanislas Leczinski, de 1737 à 1766. Pourquoi citer ce dictionnaire ? Parce qu’il donne l’état exact de la langue en usage au XVIIIe siècle, donc au moment de la création du Régime rectifié. Qu’y lit-on ?

Doctrine : 1) savoir, érudition ; 2) ce qui est contenu dans les livres ; 3) sentiments particuliers des auteurs, ou des sociétés. Dogme : 1) maxime, axiome, principe ou proposition en quoi consistent les sciences ; 2) se dit particulièrement des points de religion.

Ces deux définitions sont passablement courtes et peu satisfaisantes ; on voit cependant que « dogme » commence à se différencier de « doctrine » par un caractère plus absolu, une autorité plus forte.

Si maintenant nous enjambons le XIXe siècle, nous parvenons au Nouveau Larousse illustré, Dictionnaire universel encyclopédique, publié en 8 volumes aux environs de 1905. C’est là que j’ai trouvé les meilleures définitions et les plus complètes des deux termes en cause dans les acceptions qu’ils ont de nos jours, du moins quand ces acceptions ne sont pas défigurées par l’ignorance et les passions (qui marchent souvent ensemble). Citons donc :

Doctrine : «Ensemble de connaissances possédées par quelqu’un. On donne ordinairement le nom de « système » aux solutions raisonnées que les philosophes ou les savants apportent des problèmes théoriques de la philosophie ou des sciences (…) On réserve le nom de « doctrine » à tout ensemble d’enseignement ayant pour but de résoudre les questions relatives à la nature et à la destinée morales de l’homme. Or les solutions de ces questions peuvent être, ou présentées au nom de la raison, ou inspirées au nom de la Révélation. Dans le premier cas, elles donnent naissance aux doctrines philosophiques ; dans le second, elles constituent les doctrines religieuses. »
Dogme : « Article de croyance religieuse enseignée avec autorité et donnée comme étant d’une certitude absolue.
Par extension : opinion, doctrine quelconque donnée comme étant d’une certitude absolue : dogmes politiques, littéraires. »
Puis, après une longe analyse des dogmes de l’Eglise catholique : «Les premiers écrivains protestants appelaient de ce nom les vérités sur lesquelles tous les chrétiens paraissent d’accord ».

Le tour de la question est fait, et tout est dit. « Ensemble d’enseignement ayant pour but de résoudre les questions relatives à la nature et à la destinée morales de l’homme » : n’est-ce pas très exactement ce que dispense à ses membres le Régime écossais rectifié ? Nous sommes donc parfaitement fondés, moi parmi d’autres, à parler de « la doctrine rectifiée », laquelle existe dans le Régime, et lui seul. En effet, si toutes les branches de la maçonnerie enseignent des leçons morales, ces leçons ne portent pas, ailleurs que dans la maçonnerie rectifiée, sur la nature et à la destinée morales de l’homme. C’est le cas ou jamais de rappeler la formule fameuse de Joseph de Maistre (dans son Mémoire au duc de Brunswick) : « Le grand but de la maçonnerie sera la science de l’homme ».

Mais cette doctrine est de nature philosophique¸ « métaphysique », ai-je dit souvent, elle n’est pas de nature religieuse, même si elle est éclairée par la religion. Elle n’a donc pas le caractère dogmatique qui est réservé aux vérités religieuses, qui sont, et elles seules,  « enseignées avec autorité et données comme étant d’une certitude absolue ». Qu’on croie ou ne croie pas à ces « vérités » ne change strictement rien à leur caractère propre.

C’est donc par un détournement sémantique qui est une véritable perversion, que d’aucuns s’ingénient à donner un tour absolu, donc dogmatique, à la doctrine rectifiée. Celle-ci est fille de la raison, même si cette raison est chrétienne ; et tout ce qui est de l’ordre de la raison est susceptible de contestation, cette fois au nom d’une autre raison qui n’est pas chrétienne. La doctrine rectifiée constitue, si j’ose dire, un absolu relatif : elle constitue un absolu pour celui qui y donne en toute liberté et conscience son adhésion. Mais pour lui seul.

Il n’y a pas de religion maçonnique, il n’y a donc pas de dogme maçonnique.

En revanche, un maçon, pour se dire chrétien, doit adhérer à un certain nombre de dogmes que lui impose, non la maçonnerie, mais sa religion. Et pour ces dogmes, je reprendrai à mon compte la définition des « premiers écrivains protestants » :   « les vérités sur lesquelles tous les chrétiens paraissent d’accord ». Car la maçonnerie rectifiée, si elle est chrétienne, n’est pas confessionnelle, elle est œcuménique (pour employer un terme anachronique par rapport au temps de sa naissance).

Ces vérités, faut-il le rappeler ? sont au nombre de trois, pas davantage, mais trois nécessairement : 1) la Divine Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit ; 2) la double nature du Christ, vrai Dieu et vrai Homme ; 3) la résurrection des morts. 

Tout le reste est spéculation, licite sans doute, mais pas en maçonnerie.

A Tribus Liliis
14 novembre 2013
En la fête de saint Grégoire Palamas

P.S. Une école philosophique récente inverse les termes de la proposition. La doctrine, réputée supra-humaine, serait absolue, inconditionnée, donc incontestable, elle exigerait une adhésion sans réserve ni restriction, car elle émanerait d'un christianisme an-historique, informel, ésotérique, en un mot transcendant ; et par conséquent réservé à quelques élus proches de la perfection. Elus par qui ? la question n'est pas tranchée.
En revanche, les dogmes, de fabrication humaine et où l'inspiration divine n'aurait aucune part, seraient réservés à l'enseignement subalterne du troupeau des fidèles, du vulgum pecus, de façon qu'il se laisse conduire à l'aveuglette par de soi-disant bergers, les "clercs", tous mus par de sordides motifs humains. Les "élus" ne sauraient en être dupes. Raison pour laquelle lesdits "élus" rejettent farouchement les Eglises instituées avec toutes leurs simagrées : le culte cérémoniel, les sacrements.

Ces "élus" se déclarent donc les membres spirituels et libres d'une Eglise libre et spirituelle entrant librement en relations spirituelles avec un Dieu qui ne se plierait à aucune forme.

Libre à eux de le croire ! Toutes les opinions sont libres, si toutes ne sont pas équivalentes. Je ne jette pas l'anathème sur eux - même si la réciproque n'est pas vraie.

Néanmoins, qui ne voit que ceux qui professent de telles idées ne peuvent en aucune façon prétendre au nom de chrétien ? Contrairement à ce qu'ils affirment, les dogmes ne sont pas des opinions contraintes. Ce sont des références, des signes distinctifs à quoi on discerne que quelqu'un est chrétien ou qu'il ne l'est pas.

C'est du simple bon sens. Pour prendre une comparaison un peu vulgaire, les règles du football ne sont pas celles du rugby. On ne peut pas prétendre transposer les règles du rugby au football au nom d'un football qu'on déclarerait plus pur, plus authentique que celui qui est en usage partout.

Pas davantage ne peut-on s'ériger en juge du christianisme commun à tous les chrétiens (c'est de lui seul qu'il est question ici) au nom d'un christianisme prétendu plus pur, plus authentique, plus parfait même, inconnu de tous.

Et qui donc sanctionnerait cette pureté, cette authenticité, cette perfection ? Quelle autorité ? Qui se pose en réformateur doit pouvoir se réclamer d'une autorité autre que soi-même. Ce fut le cas des Réformateurs du XVIe siècle : leur autorité, c'était l'Ecriture,
"sola scritura". Est-ce le cas aussi de nos modernes réformateurs ? Que non pas : ils choisissent, ils font un tri dans les Ecritures en ne retenant que ce qui sert leur cause. De même d'ailleurs dans les textes doctrinaux de la maçonnerie. Leur dogmatisme - il faut bien l'appeler par son nom - et partiel, donc partial.

Cela n'évoque-t-il rien ? Les grands maîtres du gnosticisme des premiers siècles, Basilide, Marcion, Valentin, lesquels - surtout Marcion - faisaient eux aussi un tri parmi les Ecritures saintes, eux aussi sanctifiaient des écritures de leur façon, eux aussi érigeaient des contre-églises.

Tout cela n'a rien à voir, essentiellement, avec la franc-maçonnerie : j'en conviens volontiers. Mais  circonstanciellement, si. Car il s'ensuit, pour ce qui est de la conception même de la franc-maçonnerie, une contamination déviante et déplorable.

1er janvier 2014
en la fête du Saint Nom de Jésus















[1] Et aussi « charité ». « Faire la charité » est devenu extrêmement dépréciatif.  Pourtant la charité est le summum des « dons spirituels », la « voie par excellence » (Paul, 1ère aux Corinthiens, chapitre 13).

samedi 15 juin 2013

L'Ordre et la Bienfaisance

Sur le blog du Grand Prieuré des Gaules vient d'être publiée une très précise étude intitulée "La nature de l'Ordre maçonnique" où l'accent est mis à juste titre sur la notion si importante dans le Régime rectifié de Bienfaisance.( http://www.gpdg.org/la-nature-de-lordre-maconnique/)

Il m'a paru judicieux de publier une allocution sur ce thème prononcée par le Grand Aumônier dudit Grand Prieuré des Gaules à l'occasion de la fête annuelle de la Saint-Michel en 2001.




L’Ordre et la Bienfaisance


La Divine Providence, qui gouverne toutes choses et fait concourir à l’accomplissement de ses desseins même les entreprises des impies, a, l’année passée[1], précisément de cette façon, rendu au Régime Ecossais Rectifié sa liberté et, par conséquent, son intégrité, son authenticité et sa dignité d’Ordre.

Cependant, le retour du Régime à ses origines ne peut pas, ne doit pas être seulement de nature institutionnelle et structurelle. Ce doit être un retour à son inspiration première, à son esprit primitif ; et il est désormais de sa pleine et entière responsabilité qu’il en soit ainsi. Nous, et nous seuls, serons responsables, et comptables devant Dieu, de ce que nous, et nous seuls, ferons de l’Ordre.

Quel est cet esprit primitif ? Le titre même choisi pour l’Ordre par ses fondateurs l’indique de la façon la plus nette. Ce titre, en vérité, est double : Ordre Bienfaisant des Chevaliers Maçons de la Cité Sainte, et Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.

L’Ordre est bienfaisant, ses Chevaliers sont bienfaisants. C’est leur titre distinctif. Et c’est aussi celui des Francs-Maçons, membres de la classe symbolique de l’Ordre. Dans le Catéchisme ou instruction par demandes et réponses pour le grade d’apprenti Franc-Maçon on lit :

« Comment un Franc-Maçon doit-il se distinguer des autres hommes ?

-    Par une bienfaisance active et éclairée, par une façon de penser noble et élevée, par des mœurs douces et une conduite irréprochable[2]. »

Et à peine est-il besoin de rappeler que la Règle Maçonnique consacre à la bienfaisance les cinq paragraphes de son article V.

L’Ordre est bienfaisant, disais-je. Il l’est par nature. C’est, est-il dit au Chevalier nouvellement armé, un « Ordre de bienfaisance et de lumière ». Pour l’Ordre, ne pas pratiquer la bienfaisance, c’est se dénaturer, s’enfoncer dans la voie ténébreuse du reniement de soi-même.

Le Chevalier, lui, est bienfaisant par état. Pour lui, ne pas pratiquer la bienfaisance, c’est déroger, c’est perdre la noblesse d’âme qui qualifie son état.

Le Franc-Maçon, enfin, est bienfaisant par devoir d’apprentissage : il apprend la bienfaisance comme le reste. Pour lui, ne pas le faire, c’est comme redevenir profane.

Mais qu’est-ce donc que la bienfaisance, pour être à ce point essentielle à l’Ordre et à ses membres ?

Au Convent de Wilhelmsbad, en sa deuxième séance, celle du 29 juillet 1782, Henri de Virieu présenta, sur l’ordre du prince Ferdinand de Brunswick, un Mémoire sur les idées que l’Ordre doit attacher au terme de bienfaisance. On sait qu’Henri de Virieu, en dépit de son jeune âge (28 ans à l’époque), était un des collaborateurs les plus actifs et les plus dévoués de Willermoz et un de ses hommes de confiance.

Son mémoire reçut le meilleur accueil du Convent, qui l’adopta, ordonna qu’il fût joint aux Actes, en même temps que le Projet de Chapitre pour le nouveau Code maçonnique qui en reprenait la substance. Ces deux documents constituent les pièces 95 et 96 des Actes du Convent.

Ecoutons donc Virieu :

« Il s’agit de fixer invariablement le véritable sens que l’Ordre doit attacher au terme de bienfaisance, qui est le cri universel et le point de ralliement de tous les Francs-Maçons. Tous en effet s’en servent également, tous en font la base de leurs systèmes, tous veulent qu’elle dirige également et les formes et les actes de notre institution. Mais faute de s’être entendu sur la véritable signification de cette expression, quoique tous aient en apparence le même objet, tous varient dans les applications, et presque tous, se bornant à des points de vue particuliers d’une chose qui ne devait être considérée que dans son ensemble le plus vaste, se sont renfermés dans des sphères trop rétrécies, d’où il est résulté une multitude de systèmes différents sur la manière dont l’Ordre doit diriger ses travaux. Tous ces systèmes, occupés uniquement à propager les branches particulières de la bienfaisance qu’ils prennent pour son véritable tronc, sont susceptibles d’être conciliés facilement lorsqu’on cessera de particulariser ce qui doit être général, lorsqu’on ne bornera plus le sens d’un mot destiné à exprimer une vertu dont l’essence est d’être sans bornes, comme l’amour de l’Etre éternel pour toutes les créatures, qui en est le principe. [3]»

Retenons d’emblée ceci : la bienfaisance est illimitée, parce qu’elle procède de l’amour divin, qui est lui-même illimité.

Poursuivons :

« Ce n’est point dans des discussions académiques ni grammaticales que nous devons chercher la solution qui nous occupe. C’est au fond du cœur que doit exister l’image qu’il s’agit d’exprimer. Lui seul doit juger si le tableau est conforme au modèle, et si, après avoir entendu ce mémoire, le cœur, satisfait des idées qu’il renferme, se sent entraîné, leur donne son approbation, il ne faut pas aller plus loin : la question est décidée, et un Ordre aussi complètement voué à faire le bien ne peut hésiter à adopter un sens qui lui ouvre la carrière la plus vaste pour remplir de la manière la plus étendue qu’on puisse concevoir son objet sacré. »

Retenons encore ceci : la vocation de l’Ordre est de faire le bien, et cette vocation est sacrée.

Poursuivons encore :

« La vertu qu’on nomme bienfaisance est cette disposition de l’âme qui fait opérer sans relâche en faveur des autres le bien, de quelque nature qu’il puisse être. Cette vertu embrasse donc nécessairement un champ immense, car son essence étant d’opérer le bien en général, tout ce que l’esprit peut concevoir de bien dans l’univers est de son ressort et doit être soumis à son action. C’est de cette manière que l’homme doit envisager et pratiquer la vertu par laquelle il se rend le plus semblable à son principe infini dont il est l’image, à ce Principe de bonté qui, voulant sans cesse le bonheur de toutes ses productions sans exception, agissant sans cesse pour le procurer, est ainsi éternellement et infiniment bienfaisant.

« Telle est donc l’idée que l’on doit se former de la bienfaisance, qu’elle doit s’étendre sans exception à tout ce qui peut être véritablement bon et utile aux autres, qu’elle ne doit négliger aucun des moyens possibles de l’opérer. Celui qui se borne à donner des secours pécuniaires à l’indigence fait à la vérité un acte de bienfaisance, mais ne peut légitimement obtenir le titre de bienfaisant ; non plus que celui qui croit avoir satisfait à tout en protégeant l’innocence, ou celui qui se réduit à soulager ses Frères souffrants, ou même celui qui dans un ordre bien supérieur ferait consister toute sa bienfaisance à éclairer et instruire ses semblables.

« Car tous ces biens pris séparément ne sont que des rameaux divers du même arbre, qu’on ne peut isoler sans les priver de leur vie. Mais celui-là seul mérite véritablement le titre de bienfaisant, qui, pénétré de la sublimité de son essence, considérant la grandeur de sa nature formée à l’image et à la ressemblance du principe éternel de toute perfection, l’œil fixé sur cette source infinie de toute lumière, de tout bien, pour l’imiter et accomplir ainsi les devoirs sacrés qui lui sont imposés par sa nature, sent que, de même que la bonté éternelle embrasse tous les êtres, tous les temps, tous les lieux, de même la bienfaisance, qui n’est que la manifestation de la bonté, doit être sans bornes ; que créé à l’image et à la ressemblance divine, il viole sa propre loi lorsqu’il oublie le devoir d’imiter sans relâche son modèle et qu’il ne manifeste son existence à tous les êtres que par ses bienfaits. »

Voilà. L’essentiel est dit, cet essentiel qui est l’essence de notre Ordre parce qu’elle est l’essence de notre être.

Nous sommes, tout un chacun, créés à l’image et à la ressemblance divine. L’image perdure en chacun de nous en dépit de la chute, mais nous avons à ré-acquérir, à reconquérir la ressemblance à l’image, la déiconformité. Tel est l’objet et le but que l’Ordre s’assigne : nous en procurer, le Christ aidant, et en coopération avec son Eglise, les moyens, par les secours que la Divine Providence nous a elle-même ménagés : l’initiation maçonnique chrétienne, l’action chevaleresque chrétienne.

Dieu est amour. La bienfaisance est la modalité pratique de la charité, cette vertu divine, la plus sublime de toutes, et qui subsisterait seule si toutes les autres disparaissaient – comme nous l’enseigne l’apôtre Paul (au chapitre 13 de la première épître aux Corinthiens). La charité est le canal de toutes les grâces, pour celui qui la pratique comme pour ceux envers qui il la pratique. Oui, la charité, cette disposition du cœur spirituel, et la bienfaisance, qui en est le bras armé, sont le vrai moyen de nous faire les imitateurs de notre Divin Maître et Seigneur, auteur de toutes grâces. Elle est un moyen de déification. Voilà pourquoi la bienfaisance restaure notre nature essentielle, et que ne pas la pratiquer est un crime contre nous-mêmes.

« Charité bien ordonnée commence par soi-même ». Je dirai que l’Ordre, dans son action, doit être cette charité bien ordonnée qui commence par soi-même, se répand abondamment sur autrui, et retourne à Dieu qui en est la source, en nous amenant – ou nous ramenant – dans son intimité dont nous nous sommes nous-mêmes chassés.

La bienfaisance ne doit donc pas être désordonnée, « particularisée », comme dit Virieu, ni circonstancielle, elle doit être générale, permanente et coordonnée. Elle doit être conduite en ordre, dans l’Ordre et par l’Ordre. C’est ce qu’exprime Virieu avec une grande fermeté :

« C’est donc s’abuser profondément que d’accorder le titre général de bienfaisance à des actes particuliers de cette vertu dont l’essence est d’embrasser sans exception tous ceux qui peuvent tendre à faire le bien de l’humanité.

« Notre Ordre respectable ayant pour objet la manifestation de cette vertu, n’en doit pas plus borner les applications que le sens : rien de ce qui peut être utile à l’humanité, sans en excepter ses propres membres, qui sont les premiers appelés à recueillir les fruits précieux de l’institution qui les unit, ne doit lui être étranger, et sa devise générale devrait être : Boni nihil a me alienum puto (« j’estime que rien de ce qui est bien ne m’est étranger »).

« Cessant donc de morceler la bienfaisance, ainsi qu’on l’a presque toujours fait, de la diviser en une infinité de branches isolées, et par conséquent de l’affaiblir, de la dégrader, réunissons au contraire toutes celles qu’il est possible de concevoir pour en former la bienfaisance générale de l’Ordre. Répandu ou destiné à se répandre sur toute la surface de la terre, possédant dans son sein des membres de tous les rangs, de tous les états, de tous les pays, réunissant ainsi ou susceptible de réunir au plus haut degré tous les genres de connaissances, de talents et de moyens, gardons-nous d’atténuer les résultats qu’on doit attendre d’une si grande combinaison de forces ; que la bienfaisance universelle de l’Ordre, uniforme dans son principe, c’est-à-dire active, éclairée et fondée sur l’amour le plus ardent de l’humanité et le respect le plus profond pour les lois du Grand Architecte de l’Univers, soit dans ses applications aussi variée que les besoins de l’humanité. Que toutes les parties de l’Ordre et tous ses membres s’accordent simplement à donner sans cesse l’exemple pratique de la vertu, de l’attachement et du respect pour la divinité et ses lois, du patriotisme, de la soumission au Souverain et aux lois, en un mot : de toutes les vertus religieuses, morales et civiles, parce que cette manière d’être utile à l’humanité, en même temps qu’elle est la plus efficace, est universelle et n’admet aucune exception ni pour les temps, ni pour les lieux, ni pour les circonstances. Quant aux biens particuliers que notre institution peut répandre sur la famille humaine, qu’ils dépendent des moyens, des facultés, des circonstances, des localités de chaque établissement et de chaque individu.

« Que dans un lieu nos établissements fondent des moyens de soulager les pauvres et les malades, que dans un autre ils ouvrent des asiles à l’indigence et à la vieillesse, qu’ici l’on élève des orphelins, que là on établisse des écoles où chacun puisse apprendre ce qu’il doit à Dieu, à son Souverain, à sa patrie, à ses frères, à lui-même ; où l’on puisse cultiver et favoriser tous les genres de connaissances utiles au bonheur de l’humanité et capables de porter les hommes au bien et à la vertu ; que chaque établissement, chaque individu soit certain d’avoir rempli les vues de l’Ordre lorsque, suivant sa situation et ses moyens, il aura accompli dans sa sphère le genre de bien qui aura pu y être de la plus grande utilité. En un mot, je le répète, qu’aucun genre de bienfaisance ne nous soit étranger, que ce soit là le lien commun qui réunisse toutes les parties de l’Ordre, que quels que soient les systèmes que l’on pourra adopter ailleurs, ils aient tous ces principes pour base immuable, et pour objet premier fondamental inaltérable de faire à l’humanité le plus de bien possible, dans le sens le plus étendu que l’esprit peut concevoir. »

Beau programme, me dira-t-on, mais comment faire, démunis comme nous sommes ?

Eh bien, démunis, nous ne le sommes que relativement à notre société qui, même si, hélas, elle compte un nombre croissant de pauvres, dans son ensemble est riche.

Mais je rentre d’un voyage en Afrique, et là on est témoin de ce qu’est la misère totale. Or la différence de niveau de vie est telle que 10 de nos euros produisent là-bas un effet équivalent à 1.000 euros, que leur capacité est centuplée, ce qui nous met à même d’agir avec une efficacité réelle.

Je veux donc vous donner une consigne : tous ceux qui en ont la possibilité, qu’ils recensent les établissements tenus (ceci est important) par des congrégations religieuses, de quelque confession qu’elles soient : dispensaires, écoles, maternités, orphelinats, etc., qu’ils communiquent ces adresses à l   a Grande Chancellerie ainsi qu’à moi-même, afin qu’ensuite, en Conseil national, nous fassions une sélection de ceux que nous pourrions aider d’une façon permanente[4].

J’ai ici le programme d’action d’une Grande Loge étrangère qui vient en aide de cette façon permanente à quatre institutions : un centre de soins pour enfants et adolescents souffrant de maladies chroniques graves ; un foyer d’enfants victimes de maltraitance ; un service hospitalier d’oncologie pédiatrique (c’est-à-dire pour enfants cancéreux) ; enfin un home d’enfants dont la santé et la moralité sont en danger à la suite de carences parentales. Je vous l’avoue, lorsque j’ai reçu ce prospectus, j’ai admiré – et j’ai eu honte ! Nous devons agir ; il est temps, il est grand temps !

Autre chose : je ne pense pas être désavoué par le Grand Maître et le Député Maître Général en vous donnant consigne d’appliquer effectivement et à la lettre ce que dit le rituel de banquet concernant la dîme, c’est-à-dire que la dixième partie des frais de banquet doit être mise de côté pour les pauvres. Je sais que des Loges le font déjà, mais désormais toutes doivent le faire. Et nous les solliciterons pour aider à financer les actions dont j’ai parlé plus haut.

Bien entendu, il y a aussi les quêtes lors des tenues et des chapitres recueillies dans ce qu’on appelle, justement, le « tronc de bienfaisance ». Toutes additionnées, elles peuvent constituer un moyen d’action efficace : les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Enfin – et ceci est de l’ordre du symbole, mais j’y tiens – je demande aux chefs de l’Ordre d’accepter que, dans le Livre d’Or de notre Ordre qui sera constitué à partir du Code des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte et du Code Maçonnique, soit inclus en annexe, conformément à la décision du Convent de Wilhelmsbad, ce chapitre supplémentaire sur la bienfaisance approuvé par lui – décision que les malheurs des temps ne permirent pas d’exécuter. Je souhaite aussi que ce chapitre soit lu une fois l’an dans les Loges et fasse l’objet des réflexions des Frères – et les incite à agir.

Comme l’apôtre Paul aux Corinthiens, j’ai envie de vous dire :

« De même que vous excellez en toutes choses, en foi, en parole, en connaissance, en zèle à tous égards, et dans votre amour pour nous, faites en sorte d’exceller aussi dans cette œuvre de bienfaisance. Je ne dis pas cela pour donner un ordre, mais pour éprouver, par l’exemple du zèle des autres, la sincérité de votre charité ». (2 Corinthiens 8, 7-8)

Quant à ma conclusion, je l’emprunterai elle aussi à Henri de Virieu, Eques a Circulis :

« C’est ainsi que l’Ordre doit envisager le sens du terme de bienfaisance. C’est ainsi qu’en l’adoptant dans la plus grande étendue dont il soit susceptible, cet Ordre si répandu, si éclairé doit se tracer une carrière de bienfaisance, aussi vaste que le principe vivant dans lequel cette vertu prend sa source, principe qui n’est, je le répète, que cette bonté, cet amour infini du Grand Architecte de l’Univers pour toutes ses créatures, que tout homme, né à l’image et ressemblance divine, est tenu d’imiter, et dont il trouve au fond de son cœur de si délicieuses récompenses lorsqu’il est fidèle à cette loi imprimée si profondément dans tout son être. »


Très Révérend Eques a Tribus Liliis, Grand Aumônier des Ordres



ANNEXE :

Projet de Chapitre pour le nouveau Code Maçonnique
déposé aux Actes par ordre du Convent

L’Ordre étant spécialement voué à la bienfaisance, et voyant combien l’on a en général d’idées vagues et peu uniformes sur le sens de cette expression, croit devoir fixer invariablement celui qu’il y attache et le développer dans toute son étendue, pour servir à jamais de base et de règles à tous ses travaux et pour que chacun de ses membres puisse s’instruire clairement et positivement des devoirs qu’il contracte en y entrant.

On entendra par bienfaisance cette vertu qui fait opérer pour le bien de l’humanité tout le bien possible dans le sens le plus étendu que l’esprit puisse concevoir. Il n’est aucune manière de faire le bien de l’humanité qui n’entre dans le plan que l’Ordre se propose. Dans ce sens, l’exemple pratique du respect pour la divinité, du patriotisme, de la soumission aux Souverains et aux lois, des mœurs, d’une modération sage qui ne permet point à un Ordre uniquement voué à la bienfaisance et à la paix de s’ingérer dans des discussions intolérantes capables de troubler les sociétés, en un mot de toutes les vertus religieuses, morales et sociales, l’occupation à répandre à propos les conseils de la sagesse, à faire régner la paix entre les hommes, à les soulager, les soutenir, les éclairer, les instruire, les éduquer, leur inspirer l’amour de la vertu, rien en un mot de tout ce qu’il est possible de concevoir et d’opérer en faveur de l’humanité n’est étranger à cette bienfaisance active, éclairée et universelle que l’Ordre se propose et exige de tous ses membres.

Si les bornes des facultés et des moyens, soit généraux, soit particuliers, ne permettent pas de se livrer à la fois dans tous les moments et dans tous les lieux à tous les actes qu’un plan aussi vaste comprend, tous les établissements et tous les individus doivent au moins embrasser sans cesse par leur volonté et leurs désirs tous les moyens imaginables de répandre des bienfaits, et tous les êtres auxquels ils peuvent les étendre. Ils n’entreprendront aucun acte de bienfaisance sans se souvenir qu’il en reste un nombre infini auxquels ils ne peuvent se livrer encore, et sans former le projet d’en recommencer un autre dès que celui qui les occupe sera accompli, tellement que, dans aucun cas et dans aucun temps, ils ne puissent cesser un seul instant de travailler au bonheur de la famille humaine.

Qu’ils sachent que l’Ordre demande compte à tous en général et en particulier, sans exception, de l’inaction à cet égard, ainsi que de l’emploi faux et de l’abus des moyens qu’on aura eus entre les mains, parce que si la multitude infinie des besoins de l’humanité ne permet pas de subvenir à tous en même temps, rien ne peut dispenser de s’occuper sans relâche de satisfaire au plus grand nombre possible.

Chaque établissement et chaque individu sera certain de remplir sa tâche dans l’œuvre générale de l’Ordre et de satisfaire à tous ses devoirs, toutes les fois qu’il sera livré et occupé actuellement et efficacement, dans sa sphère, de l’espèce de bien la plus utile dont ses moyens et sa situation lui auront permis de s’occuper.

L’Ordre, sentant l’impossibilité de prescrire en détail tous les genres particuliers de bienfaisance qui composent sa bienfaisance générale et que chaque établissement, chaque individu, doit opérer suivant la mesure de ses moyens et sa situation, se borne à tracer les points généraux qui doivent être communs à tous, les divisions principales et l’ordre qu’il faudra observer entre elles autant que les circonstances le permettront, circonstances dont chaque établissement sera juge.

I° - L’on aura la plus scrupuleuse attention à donner sans relâche l’exemple du respect pour le Grand Architecte de l’Univers et ses lois, du patriotisme, de l’obéissance au Souverain et aux lois, des mœurs, de la bienfaisance, de la modestie, de la modération et de l’amour de la paix, en un mot de toutes les vertus religieuses, morales et civiles, parce que ce sont là les seuls points dans lesquels on puisse être tous utiles à l’humanité en commun, sans exception, dans tous les temps et dans tous les lieux, et que tous les biens qu’on peut lui faire sont sans prix et seront toujours stériles s’ils ne sont accompagnés de ceux-là.

II° - L’on envisagera que, l’instruction générale et particulière renfermant seule les vrais moyens d’attacher solidement les hommes à leurs devoirs et à la vertu, ce qui est le plus précieux bienfait que l’homme puisse répandre sur ses semblables, les établissements qui pourront tendre à la perfectionner paraissent devoir obtenir le premier rang parmi ceux dont on s’occupera.

III° - Ceux qui auront pour objet de soustraire à la misère et au vice les enfants orphelins ou abandonnés par leurs parents, pourront marcher de pair avec les précédents.

IV° - Les établissements destinés au soulagement des misères locales, des maladies, de la pauvreté et au soutien de la vieillesse, viendront ensuite.

V° - Enfin ceux qui peuvent tendre à détruire l’oisiveté, à répandre les lumières, l’industrie, l’activité ne seront pas négligés parce que rien de ce qui peut être utile ne doit l’être.






[1] Très exactement le 13 juin 2000, date à laquelle la Grande Loge Nationale Française a dénoncé irrégulièrement son accord du 13 juin 1958 avec le Grand Prieuré des Gaules.
[2] Rituel d’apprenti….
[3] Cahier vert n° hors série, 2005, pp. 101-104
[4] Etant précisé que  le Grand Prieuré des Gaules a passé un accord avec l’association Cœur Monde pour les actions humanitaires, et que ces nouvelles actions pourraient lui être  déléguées avec son accord.