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mercredi 11 décembre 2013

S'il n'y avait la vie éternelle...

S'il n'y avait la vie éternelle, notre chagrin serait sans limite

Sans limite et sans consolation serait notre chagrin lors de la perte d'êtres chers, si le Seigneur ne nous avait donné la vie éternelle. Notre vie serait sans but si elle se terminait par la mort. Quel bénéfice y aurait-il alors à la vertu et aux bonnes œuvres ? Alors il serait plus approprié de dire : « Buvons et mangeons, car demain nous mourrons ! »

Mais l'homme a été créé pour l'immortalité, et par sa résurrection le Christ a ouvert les portes du royaume céleste, de la béatitude éternelle pour ceux qui auront cru en Lui et auront vécu dans la droiture. Notre vie terrestre est une préparation pour la vie future, et cette préparation s'achève avec notre mort. "Les hommes ne meurent qu’une fois, après quoi il y a un jugement" (Héb. 9,27). 

Alors l'homme quitte tous ses soucis terrestres ; le corps se désagrège, afin de se relever à la résurrection universelle. Souvent cette vision spirituelle commence chez les mourants même avant leur mort, et tout en voyant encore ceux qui les entourent et même en parlant avec eux, ils voient ce que les autres ne peuvent voir.

Saint Jean de San Francisco (Maximovitch)


Repris (avec modifications) de http://stmaterne.blogspot.fr


mardi 15 janvier 2013

A la pieuse mémoire...

A la pieuse mémoire de…
            Jean, acolyte de la paroisse de l’Exaltation de la Croix à Bordeaux
            Né au ciel le 8 janvier 2013 à l'âge de 82 ans


(extraits de la liturgie de ses funérailles célébrée en la paroisse de Bordeaux le 14 janvier 2013)


Lecture de la première épître du bienheureux apôtre Paul aux Corinthiens.

Ce que je dis, frères, c'est que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n'hérite pas l'incorruptibilité.
Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d'œil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles et nous, nous serons changés. Car il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité.
Lorsque ce corps corruptible aura revêtu l'incorruptibilité, et que ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite :
            La mort a été engloutie dans la victoire.
            O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ?
L'aiguillon de la mort, c'est le péché ; et la puissance du péché, c'est la loi. Mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ !
Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur.

Lecture du saint Evangile selon saint Jean.

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples, ne murmurez pas entre vous. Nul ne peut venir à Moi, si le Père qui M'a envoyé ne l'attire ; et Je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes :
            Ils seront tous enseignés de Dieu.
Ainsi quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à Moi. C'est que nul n'a vu le Père, sinon Celui qui vient de Dieu ; Celui-là a vu le Père.  Amen, amen, Je vous le dis, celui qui croit en Moi a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. C'est ici le pain qui descend du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que Je donnerai, c'est ma chair, que je donnerais pour la vie du monde.

Collecte

Dieu des esprits et de toute chair, qui vainquis la mort, terrassas le diable et donnas la vie au monde, accorde le repos à l'âme de ton serviteur Jean dans un lieu verdoyant, dans un lieu de lumière et de paix, là où il n'y a ni maux, ni tristesse, ni soupirs. Pardonne-lui ses péchés commis en actions, en paroles, en intentions, car il n'y a point d'homme qui vive et ne pèche pas, Toi seul es hors du péché ; ta justice est éternelle et ta parole est véridique, car Tu es la Résurrection, la Vie et le Repos de ton serviteur), ô Christ notre Dieu, et nous Te rendons gloire avec ton Père co-éternel, ton saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et aux siècles des siècles.

Préface

Bien-aimés frères, prions notre Seigneur Jésus-Christ, le Roi de gloire, de délivrer l'âme du serviteur défunt Jean des peines de l'enfer et des marécages sans fond : qu'Il le délivre de la gueule du lion, qu'il ne soit pas englouti par l'abîme, qu'il ne chute pas dans la nuit, mais que saint Michel avec son étendard l'introduise dans la lumière divine et que le Seigneur le fasse passer de la mort à la vie, selon la promesse qu'Il fit à Abraham et à sa postérité. […]

Collecte

Seigneur Jésus-Christ, Dieu tout-puissant, Tu as rappelé ton serviteur Jean de la grande tribulation ; lave sa robe et blanchis son âme par ton Sang très précieux, qu'il Te serve jour et nuit dans ton temple saint ; place-le où il n'y a ni mort, ni pleurs, ni cris, ni afflictions d'aucune sorte, ni faim, ni soif, ni ardeur du soleil, ni souffle brûlant, mais où les âmes s'abreuvent à la source de vie de ta Divinité. Car Tu es le Pasteur essuyant toute larme, le Sauveur du monde, Ami de l'homme, co-éternel au Père et au Paraclet.
A Toi louange, bénédiction, sagesse, honneur, puissance, force et actions de grâces, aux siècles des siècles.

Collecte post-communion

Bien-aimés frères, ayant communié aux redoutables et immortels mystères, demandons au Seigneur la béatitude pour l'âme du défunt. Prions le Seigneur.
Nous Te louons Seigneur, de ce que ta sagesse miséricordieuse, qui amena ton enfant au portail de la naissance sur la terre, l'ait maintenant appelé par la porte de la mort à la connaissance de tes lois, afin que rejetant toute crainte, il croisse de grâce en grâce. Par ton Fils notre Seigneur, qui vit, règne et triomphe avec Toi et l'Esprit-Saint aux siècles des siècles. 

Inhumation

Une fois le cercueil descendu dans la tombe, le célébrant dit :

Tu es terre et tu retourneras dans la terre.

Puis, jetant une fleur sur le cercueil, il dit :

Que le parfum de la grâce du Saint-Esprit, t’enveloppe jusqu’à la consommation des temps.
Allez en paix !
Tous.   Rendons grâce à Dieu.

lundi 30 juillet 2012

Saint Irénée (19) : Epilogue


EPILOGUE

Inconsistance des systèmes hérétiques

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 15, paragraphe 1,
chapitre 16, paragraphe 2, chapitre 19, paragraphe 1,  chapitre 20, paragraphe 2
& chapitre 36, paragraphe 3.

15, 1 [ …]Ainsi donc, le Créateur vivifie dès ici-bas nos corps mortels, comme il est loisible de le voir ; il leur promet, de surcroît, la résurrection et la sortie hors des sépulcres et des tombeaux, et il leur accordera l'incorruptibilité — car, est-il dit, «leurs jours seront comme l'arbre de vie» (Isaïe 65, 22)— : dès lors la preuve est faite que le seul Dieu c'est lui, qui fait ces choses, et que lui-même est le bon Père qui, par pure bonté, accorde la vie aux êtres qui ne la possèdent pas par eux-mêmes.
[…]

16, 2 La vérité de tout cela apparut lorsque le Verbe de Dieu se fit homme, se rendant semblable à l'homme et rendant l'homme semblable à lui, pour que, par la ressemblance avec le Fils, l'homme devienne précieux aux yeux du Père. Dans les temps antérieurs, en effet, on disait bien que l'homme avait été fait à l'image de Dieu, mais cela n'apparaissait pas, car le Verbe était encore invisible, lui à l'image de qui l'homme avait été fait : c'est d'ailleurs pour ce motif que la ressemblance s'était facilement perdue. Mais, lorsque le Verbe de Dieu se fit chair, il confirma l'une et l'autre : il fit apparaître l'image dans toute sa vérité, en devenant lui-même cela même qu'était son image, et il rétablit la ressemblance de façon stable, en rendant l'homme pleinement semblable au Père invisible par le moyen du Verbe dorénavant visible.
[…]

19, 1 Si donc le Seigneur est venu d'une manière manifeste dans son propre domaine ; s'il a été porté par sa propre création, qu'il porte lui-même ; s'il a récapitulé, par son obéissance sur le bois, la désobéissance qui avait été perpétrée par le bois ; si cette séduction dont avait été misérablement victime Eve, vierge en pouvoir de mari, a été dissipée par la bonne nouvelle de vérité magnifiquement annoncée par l'ange à Marie, elle aussi vierge en pouvoir de mari — car, de même que celle-là avait été séduite par le discours d'un ange, de manière à se soustraire à Dieu en transgressant sa parole, de même celle-ci fut instruite de la bonne nouvelle par le discours d'un ange, de manière à porter Dieu en obéissant à sa parole ; et, de même que celle-là avait été séduite de manière à désobéir à Dieu, de même celle-ci se laissa persuader d'obéir à Dieu, afin que, de la vierge Eve, la Vierge Marie devînt l'avocate; et, de même que le genre humain avait été assujetti à la mort par une vierge, il en fut libéré par une Vierge, la désobéissance d'une vierge ayant été contrebalancée par l'obéissance d'une Vierge — ; si donc, encore une fois, le péché du premier homme a reçu guérison par la rectitude de conduite du Premier-né, si la prudence du serpent a été vaincue par la simplicité de la colombe et si par là ont été brisés ces liens qui nous assujettissaient à la mort : ils sont stupides, tous les hérétiques, et ignorants de l'«économie» de Dieu, et bien peu au fait de son œuvre relative à l'homme — aveugles qu'ils sont à l'égard de la vérité —, lorsqu'ils contredisent eux-mêmes leur propre salut, les uns en introduisant un autre Père en dehors du Créateur, les autres en prétendant que le monde et la matière qui le constitue ont été faits par des Anges […]. D'autres méprisent la venue visible du Seigneur, n'admettant pas son incarnation. D'autres encore, méconnaissant l'« économie » de la Vierge, le disent né de Joseph. Certains disent que ni leur âme ni leur corps ne peuvent recevoir la vie éternelle, mais seulement leur « homme intérieur », et ils prétendent identifier celui-ci avec leur intellect, qu'ils jugent seul capable de s'élever jusqu'à la perfection. D'autres admettent que l'âme soit sauvée, mais nient que le corps puisse avoir part au salut venant de Dieu. Tout cela, nous l'avons dit dans notre premier livre, où nous avons fait connaître leurs doctrines à tous, et nous avons ensuite montré l'inconsistance de celles-ci dans notre second livre.
[…]

20, 1 Ceux donc qui délaissent le message de l'Église font grief aux presbytres de leur simplicité, ne voyant pas combien un homme simple, mais religieux, l'emporte sur un sophiste blasphémateur et impudent. Tels sont bien en effet tous les hérétiques : s'imaginant trouver quelque chose de supérieur à la vérité en suivant les doctrines que nous venons de dire, ils s'avancent par des chemins bigarrés, multiformes et incertains, ayant au sujet des mêmes choses tantôt une opinion et tantôt une autre ; ils sont comme des aveugles que guideraient des aveugles et ils tombent à juste titre dans la fosse d'ignorance ouverte sous leurs pas (Matthieu 15, 14), voués qu'ils sont à toujours chercher et à ne jamais trouver la vérité (2 Timothée 3, 7). Il faut donc fuir leurs opinions et nous mettre soigneusement en garde contre elles, afin de ne pas subir de dommage par leur fait ; en revanche, il faut nous réfugier auprès de l'Église, nous allaiter de son sein et nous nourrir des Ecritures du Seigneur. Car l'Église a été plantée comme un paradis dans le monde. « Tu mangeras donc du fruit de tous les arbres du paradis » (Genèse 2, 16) dit l'Esprit de Dieu. Ce qui veut dire : Mange de toute Ecriture du Seigneur, mais ne goûte pas à l'orgueil et n'aie nul contact avec la dissension des hérétiques. Car eux-mêmes avouent posséder la connaissance du bien et du mal (Genèse 2, 17), et ils lancent leurs pensées au-dessus du Dieu qui les a créés. Ils élèvent ainsi leurs pensées au delà de la mesure permise. C'est pourquoi l'Apôtre dit : « N'ayez pas des pensées plus élevées qu'il ne convient, mais que vos pensées soient empreintes de modération » (Romains 12, 30), de peur que, goûtant à leur gnose orgueilleuse, nous ne soyons expulsés du paradis de la vie. Car c'est en celui-ci que le Seigneur introduit ceux qui obéissent à sa prédication, « ayant récapitulé en lui-même toutes choses, celles qui sont aux cieux et celles qui sont sur la terre». (Ephésiens 1, 10) Or celles qui sont aux cieux sont spirituelles, tandis que celles qui sont sur la terre sont cet ouvrage qu'est l'homme. Ce sont donc ces choses mêmes qu'il a récapitulées en lui, unissant l'homme à l'Esprit et faisant habiter l'Esprit dans l'homme, devenant lui-même la tête de l'Esprit et donnant l'Esprit pour qu'il soit la tête de l'homme : car c'est par cet Esprit que nous voyons, entendons et parlons.

CONCLUSION

36, 3 Ainsi donc, de façon précise, Jean a vu par avance la première résurrection (Apocalypse 20, 5-6), qui est celle des justes, et l'héritage de la terre qui doit se réaliser dans le royaume ; de leur côté, en plein accord avec Jean, les prophètes avaient déjà prophétisé sur cette résurrection. C'est exactement cela que le Seigneur a enseigné lui aussi, quand il a promis de boire le mélange nouveau de la coupe avec ses disciples dans le royaume (Matthieu 26, 29) , et encore lorsqu'il a dit : « Des jours viennent où les morts qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l'homme, et ils ressusciteront, ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, et ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de jugement » ( Jean 5, 25, 28-29) : il dit par là que ceux qui auront fait le bien ressusciteront les premiers pour aller vers le repos, et qu'ensuite ressusciteront ceux qui doivent être jugés. C'est ce qu'on trouve déjà dans le livre de la Genèse, d'après lequel la consommation de ce siècle aura lieu le sixième jour, c'est-à-dire la six millième année ; puis ce sera le septième jour, jour du repos, au sujet duquel David dit : « C'est là mon repos, les justes y entreront » (psaume 131, 14 ; 117, 20) : ce septième jour est le septième millénaire, celui du royaume des justes, dans lequel ils s'exerceront à l'incorruptibilité, après qu'aura été renouvelée la création pour ceux qui auront été gardés dans ce but. C'est ce que confesse l'apôtre Paul, lorsqu'il dit que la création sera libérée de l'esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu. (Romains 8, 19-21)

Et en tout cela et à travers tout cela apparaît un seul et même Dieu Père : c'est lui qui a modelé l'homme et promis aux pères l'héritage de la terre ; c'est lui qui le donnera lors de la résurrection des justes et réalisera ses promesses dans le royaume de son Fils ; c'est lui enfin qui accordera, selon sa paternité, ces biens que l'œil n'a pas vus, que l'oreille n'a pas entendus et qui ne sont pas montés au cœur de l'homme  (1 Corinthiens  2, 9). Il n'y a en effet qu'un seul Fils, qui a accompli la volonté du Père, et qu'un seul genre humain, en lequel s'accomplissent les mystères de Dieu. Ces mystères, «les anges aspirent à les contempler»(1 Pierre 1, 12) mais ils ne peuvent scruter la Sagesse de Dieu, par l'action de laquelle l'ouvrage par lui modelé est rendu conforme et concorporel au Fils (Romains 8, 29 et Ephésiens 3, 6) : car Dieu a voulu que sa Progéniture, le Verbe premier-né, descende vers la créature, c'est-à-dire vers l'ouvrage modelé, et soit saisie par elle, et que la créature à son tour saisisse le Verbe et monte vers lui, dépassant ainsi les anges et devenant à l'image et à la ressemblance de Dieu.

FINIS UNIVERSI OPERIS

dimanche 8 juillet 2012

Saint Irénée (I) : L'Incarnation réduit à néant tous les négateurs de la résurrection de la chair


L'Incarnation réduit à néant tous les négateurs de la résurrection de la chair
Saint Irénée, Contre les hérésies, Livre V, chapitre 2, paragraphes 2 & 3



2,2 Vains, de toute manière, ceux qui rejettent toute l'« économie » de Dieu, nient le salut de la chair, méprisent sa régénération, en déclarant qu'elle n'est pas capable de recevoir l'incorruptibilité. S'il n'y a pas de salut pour la chair, alors le Seigneur ne nous a pas non plus rachetés par son sang, la coupe de l'eucharistie n'est pas une communion à son sang et le pain que nous rompons n'est pas une communion à son corps. Car le sang ne peut jaillir que de veines, de chairs et de tout le reste de la substance humaine, et c'est pour être vraiment devenu tout cela que le Verbe de Dieu nous a rachetés par son sang, comme le dit son Apôtre : « En lui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés. » (Ephésiens 1,7) Et parce que nous sommes ses membres (1 Corinthiens 10, 16) et sommes nourris par le moyen  de la création —création que lui-même nous procure, en faisant lever son soleil et tomber la pluie selon sa volonté —, la coupe, tirée de la création, il l'a déclarée son propre sang, par lequel se fortifie notre sang (Luc 22, 20 ; 1 Corinthiens 11, 25), et le pain, tiré de la création, il l'a proclamé son propre corps (Luc 22, 19), par lequel se fortifient nos corps.

2, 3 Si donc la coupe qui a été mélangée et le pain qui a été confectionné reçoivent la parole de Dieu et deviennent l'eucharistie, c'est-à-dire le sang et le corps du Christ, et si par ceux-ci se fortifie et s'affermit la substance de notre chair, comment ces gens peuvent-ils prétendre que la chair est incapable de recevoir le don de Dieu consistant dans la vie éternelle, alors qu'elle est nourrie du sang et du corps du Christ et qu'elle est membre de celui-ci, comme le dit le bienheureux Apôtre dans son épître aux Ephésiens : « Nous sommes les membres de son corps, formés de sa chair et de ses os » (Ephésiens 5, 30) ? Ce n'est pas de je ne sais quel « homme pneumatique » et invisible qu'il dit cela, « car l'esprit n'a ni os ni chair »(Luc 24, 39), mais il parle de l'organisme authentiquement humain, composé de chairs, de nerfs et d'os : car c'est cet organisme même qui est nourri de la coupe qui est le sang du Christ et fortifié par le pain qui est son corps. Et de même que le bois de la vigne, après avoir été couché dans la terre, porte du fruit en son temps, et que « le grain de froment, après être tombé en terre » (Jean 12, 24) et s'y être dissous, resurgit multiplié par l'Esprit de Dieu qui soutient toutes choses — ensuite, moyennant le savoir-faire, ils viennent en l'usage des hommes, puis, en recevant la parole de Dieu, ils deviennent l'eucharistie, c'est-à-dire le corps et le sang du Christ —, de même nos corps qui sont nourris par cette eucharistie, après avoir été couchés dans la terre et s'y être dissous, ressusciteront en leur temps, lorsque le Verbe de Dieu les gratifiera de la résurrection « pour la gloire de Dieu le Père » (Philippiens2, 11) : car il procurera l'immortalité à ce qui est mortel et gratifiera d'incorruptibilité ce qui est corruptible (1 Corinthiens  15, 53),  parce que la puissance de Dieu se déploie dans la faiblesse (2 Corinthiens 12, 9). Dans ces conditions, nous nous garderons bien, comme si c'était de nous-mêmes que nous avions la vie, de nous enfler d'orgueil et de nous élever contre Dieu en acceptant des pensées d'ingratitude ; au contraire, sachant par expérience que c'est de sa grandeur à lui, et non de notre propre nature, que nous tenons de pouvoir demeurer à jamais, nous ne nous écarterons pas de la vraie pensée sur Dieu ni ne méconnaîtrons notre nature ; nous saurons quelle puissance Dieu possède et quels bienfaits l'homme reçoit de lui, et nous ne nous méprendrons jamais sur la vraie conception qu'il nous faut avoir des êtres existants, je veux dire de Dieu et de l'homme. Au reste, comme nous le disions antérieurement, si Dieu a permis notre dissolution dans la terre, n'est-ce pas précisément afin que, instruits de toute manière, nous soyons dorénavant scrupuleusement attentifs en toutes choses, ne méconnaissant ni Dieu ni nous-mêmes.

Je commence aujourd'hui la publication d'une série de textes du Père dans la foi de l'Eglise des Gaules, saint Irénée de Lyon. Ils sont extraits de son grand et précieux ouvrage intitulé en latin Contre les hérésies et en grec Contre la gnose au nom menteur.

Ce combat est toujours d'actualité. Un des principaux champs de bataille est la question de la "chair". En réaction excessive, absolutisée, à la sublimation des passions charnelles qui caractérise notre époque et la fait tristement ressembler à la Rome de la décadence, des esprits enclins à l'ascétisme jettent l'anathème sur cette pauvre chair qui n'en peut mais  - car ce n'est pas elle qui pèche mais l'esprit qui est en elle - la condamnent à la damnation et à l'anéantissement final. C'était la thèse des jansénistes que d'aucuns relaient aujourd'hui. Et elle a clairement des relents de gnosticisme.

Telle n'est pas la position de la Tradition apostolique dont saint Irénée est un des plus brillants champions. Cette position est comme en tout sujet équilibrée, à l'abri de tout "excès" :   l'hubris, démesure, a toujours été considéré par les Pères comme une tentation dont il fallait se garder.

C'est cette position traditionnelle qui est explicitée dans ce texte et ceux qui suivront.