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mercredi 27 août 2014

Sans la résurrection, pas de christianisme

Saint Justin (Popovitch): Condamné à l'immortalité!





Les gens ont condamné  Dieu à mort ; par Sa résurrection, Il les a condamnés à l'immortalité. Pour L'avoir frappé, Dieu les a étreint en retour ; pour les insultes, [Il a donné en retour] des bénédictions, pour la mort, l'immortalité.

Jamais les hommes n'ont montré plus de haine envers Dieu que quand ils L'ont crucifié ; et Dieu n'a jamais montré Son amour envers les gens plus que quand Il est ressuscité. L'humanité a voulu faire que Dieu soit mort, mais Dieu, par Sa résurrection, a rendu les gens vivants ; le Dieu crucifié est ressuscité le troisième jour et ainsi Il a tué la mort!  Il n'y a pas plus de mort. L'immortalité entoure l'homme et le monde entier.

Par la résurrection de l'Homme-Dieu, la nature de l'homme est irréversiblement dirigée vers la route de l'immortalité, et la nature de l'homme devient destructive de la mort elle-même. Car jusqu'à la résurrection du Christ, la mort était destructrice pour l'homme ; depuis la résurrection du Christ, la nature de l'homme devient destructive dans la mort.

Si l'homme vit dans la foi en l'Homme-Dieu ressuscité, il vit au-dessus de la mort, il est inaccessible pour elle ; la mort est sous les pieds de l'homme. Mort, où est ton aiguillon? Enfer, où est ta victoire? Et quand un homme qui croit en Christ meurt, il ne laisse que son corps comme ses vêtements, dans lequel il sera habillé de nouveau au jour du Jugement Dernier.

Avant la résurrection de l'Homme-Dieu, la mort était la seconde nature de l'homme ; la vie était la première et la mort seconde. L'homme s'est habitué à la mort comme à quelque chose de naturel. Mais après sa résurrection, le Seigneur a tout changé, et il était naturel, jusqu'à la résurrection du Christ, que les gens deviennent mortels, donc après la résurrection du Christ, il était naturel que les gens soient devenus immortels.

Par le péché, l'homme devient mortel et temporel ; par la résurrection de l'Homme-Dieu, il devient immortel et éternel. C'est là que réside la force, en cela que réside le pouvoir, en cela que réside la puissance de la résurrection du Christ.

Sans la résurrection, il n'y a pas de christianisme. De tous les miracles, c'est le plus grand ; tous les autres miracles commencent et finissent avec lui. De là a germé la foi et l'amour et l'espoir et la prière et l'amour envers Dieu.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Archimandrite Dr. Justin Popovic
Condemned to Immortality
A meditation on the Resurrection

dimanche 20 avril 2014

Christ est ressuscité !

Christ est ressuscité !








Oui, il est ressuscité – vraiment !

De même qu’il est né, véritablement, dans notre humanité soumise à la mort, de même il est ressuscité, véritablement, dans notre humanité libérée de la mort.

Contemplons ce double mystère.

La naissance dans le temps, du sein de le Vierge, du Fils pré-éternel du Père sans commencement – « l’Ancien des jours », comme dit l’Ecriture – a été un événement capital, unique, qui a totalement changé le cours de l’Histoire en lui donnant un sens nouveau : l’Histoire de la chute est devenue l’Histoire du salut.

La chute d’Adam, l’Homme premier – chute volontaire, même si elle n’était pas entièrement consciente, car la conscience de l’homme n’était pas complètement éveillée, c’était en quelque sorte celle d’un enfant, disent les Pères, qui parlent de « l’enfantillage » du péché – cette chute avait précipité la race humaine dans la prison du péché et de la mort. Et le temps était devenu en quelque sorte la muraille infranchissable de cette prison dans laquelle l’homme tournait en rond, entraîné par la roue de la destinée, courbé sous le joug de la fatalité de la destruction inexorable sous ses deux aspects, la mort corporelle, et la mort spirituelle, c’est-à-dire le péché qui coupe de la source de vie, Dieu.

L’incarnation du Verbe a fait éclater cette roue, elle a renversé cette muraille. Comme l’écrit notre Père saint Irénée :

«  Afin de nous procurer la vie, le Verbe de Dieu se fit chair selon l’économie de la Vierge afin de détruire la mort et de vivifier l’homme : car c’est dans la prison du péché que nous nous trouvions,  pour avoir cédé au péché et être tombés sous le pouvoir de la mort. Riche en miséricorde, Dieu le Père nous envoya donc son Verbe industrieux. Celui-ci, venant pour nous sauver, descendit jusque dans les endroits et les lieux mêmes où nous nous trouvions, et il brisa de la sorte les chaînes de notre prison. »

« Le Verbe descend dans les endroits et les lieux où nous nous trouvons », cela veut dire qu’il endosse notre humanité pécheresse, tombée sous le joug du péché, il fait sien notre « corps de mort », comme dit l’apôtre Paul,  c’est-à-dire condamné à la mort et porteur de mort. Comme nous le disons à chaque liturgie, dans le Canon eucharistique :

« Il est descendu des cieux, a pris la forme d’esclave [les esclaves du péché et de la mort, c’est nous] acceptant de plein gré de souffrir pour libérer son œuvre et la reformer à l’image de sa gloire. »

Oui, il a pris sur lui toutes les souffrances du monde, souffrances physiques, morales et spirituelles – c’est ce que nous récapitulons tout au long de la Semaine sainte. Lui, le Juste, l’Immaculé, il a pris – et il prend – sur lui tous nos péchés, tous nos crimes, tous ceux de tous les pécheurs et de tous les criminels de tous les temps passés, présents et à venir – et cela c’est l’agonie au jardin de Gethsémani. Lui, l’Innocent, il se soumet aux insultes, aux humiliations, aux tortures, celles de toutes les victimes de tous  les temps – et c’est la comparution devant Pilate, la flagellation, le couronnement d’épines, le chemin de croix. Lui l’Immortel, il se soumet à la mort sur le gibet dans les souffrances de tous les condamnés – coupables ou innocents – de tous les temps.

Sur la croix, il expérimente l’abandon de tous – ses disciples qu’il vient auparavant d’appeler ses amis ont fui ; seule sa Mère et quelques femmes, avec le disciple bien-aimé, restent, à l’écart. Et cet abandon va jusqu’à une limite inconcevable : l’abandon de Dieu. D’où ce cri « : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Lui Dieu, abandonné par Dieu ! quel abîme de mystère ! En quelque sorte, il accepté l’occultation de sa propre Divinité afin de descendre au fin fond du désespoir humain.

Or, de sa part, pas un cri de refus, de révolte : seulement acceptation totale, abandon à la volonté du Père – et pardon.

Et don, également : il nous lègue, en la personne de Jean (qui nous représente tous car chacun de nous est le disciple bien-aimé), ce qu’il a de plus cher : sa Mère ; c’est-à-dire cette humanité qu’il a reçue d’elle, qui est la nôtre, qu’il a sanctifiée et qu’il va glorifier.

Car voici, événement foudroyant : « il brise les chaînes de la mort et sort victorieux des enfers ténébreux » ; il ressuscite par sa propre puissance, non pas Dieu seulement mais Dieu ET Homme. Il est né, comme nous, homme mortel, il nous fait, comme lui, hommes immortels. Il ressuscite personnellement,  et il nous ressuscite aussi avec lui, « lui, Adam nouveau, père d’une nouvelle humanité, Premier-né d’entre les morts », et cela parce que nous sommes désormais les membres de son corps, que nous sommes un avec lui comme lui est un avec son Père.

Et où et comment sommes-nous un avec lui ? Dans l’Eglise, qui est son corps et dont il est la tête ; et par les mystères que l’Eglise célèbre et pour lesquels elle a été instituée.

Oui, l’Eglise est porteuse de la Résurrection. Non seulement, elle l’annonce, elle en témoigne, elle la proclame à la face du monde ; mais, plus encore, elle actualise, elle rend présente, effective et réelle cette résurrection du Christ et de nous tous dans la célébration du mystère eucharistique et en particulier chaque dimanche, « jour du Seigneur », qui est à chaque fois la Pâque renouvelée.

Soyons conscients de cela : dans le mystère eucharistique, si nous le vivons pleinement, c’est-à-dire dans la plénitude de la foi, nous accomplissons notre propre résurrection en même temps que celle du Christ ; nous sommes libérés de la prison du péché, nous sommes sauvés ! En tant que nous sommes « dans le monde », nous sommes encore assujettis au péché et à la mort ; mais en tant que nous ne sommes plus « du monde », nous ne sommes plus esclaves du péché ni de la mort, nous pouvons les dominer avec et dans le Christ. Nous sommes pécheurs, mais justifiés ; nous sommes mortels, mais immortels : féconde antinomie si nous savons tenir ensemble ces deux éléments, ces deux bouts de la chaîne.

Pour nous, chrétiens, qui sommes du Christ, qui sommes le Christ (c’est le sens du terme « chrétien »), la Résurrection est le seul motif de notre vie. Sans la Résurrection, comme dit l’apôtre Paul, vaine est notre foi, vaine est notre prédication, et nous sommes de faux témoins devant la face de Dieu.  Mais si la Résurrection est le motif de notre vie, il faut la vivre concrètement et effectivement chaque jour ; chaque jour nous devons vivre concurremment et notre mort et notre résurrection ; pas l’une sans l’autre : les deux ensemble.  Vivre la Résurrection et vivre en Christ  sont deux choses rigoureusement synonymes, car le Christ  a dit : « Je suis la Résurrection et la Vie ». Notre seule préoccupation doit donc être de faire croître en nous le Christ ressuscité.

Comment faire ? comment y parvenir ? Il y a maintes méthodes, mais deux sont parfaitement éprouvées, que le Christ lui-même a enseignées par la parole et par l’exemple : le don et le pardon.

Le don de soi : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » - étant entendu que, selon l’enseignement du Christ, nos ennemis sont aussi nos amis. Le don de soi ne requiert pas forcément de grands actes héroïques : ce peut être simplement donner du temps, de l’attention, de l’écoute, du respect, de la bienveillance, un sourire… comme on peut, chacun à sa mesure ; mais avec constance, pas par éclipses.

Le pardon : c’est le moyen le plus sûr de nous rendre conformes au Christ. « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » : telle est la prière du Christ  au moment même où on le crucifie ; et ce sera aussi la prière de saint Etienne le protomartyr, le premier martyr.  Le pardon est libérateur : c’est un moyen assuré de nous libérer de la loi du péché, qui est la loi de la haine.

Les deux ensemble, don et pardon, peuvent se dire autrement : charité et amour. « Là où est la charité et l’amour, là est Dieu. C’est l’amour du Christ  qui nous rassemble et nous unit et au milieu de nous demeure le Christ  notre Dieu ». Voilà ce que nous chantons le Jeudi-Saint. Et aujourd’hui : « C’est la joie de la résurrection. Pardonnons tout à cause de la résurrection ». Le pardon prolonge pour nous et en nous la réalité de la résurrection.

Tout à l’heure, nous allons bénir et ensuite vous distribuer les œufs de Pâques, symboles d’immortalité ; dans les églises coptes, héritières de traditions antiques, un œuf d’autruche pend en face de chaque autel, précisément pour signifier cela : l’immortalité, que nous buvons à la coupe eucharistique.

Puis venez, venez nombreux tout au long de cette semaine pascale, la « semaine des sept dimanches », célébrer les mystères de la vie immortelle. Laissez-vous inonder et transporter de joie devant la beauté du Christ ressuscité, le plus beau des enfants de l’Homme, notre Beau Dieu ! Et ensuite partagez cette joie avec la terre entière, soyez partout les porteurs de la Bonne Nouvelle. Annoncez-la à toute créature, aux hommes, aux animaux, aux plantes, aux arbres, aux pierres du chemin, aux rivières et aux océans, en proclamant, le cœur rempli d’allégresse et d’action de grâces :

Christ est ressuscité !








jeudi 9 mai 2013

La résurrection, c’est la transfiguration de la matière




La résurrection des corps, de la matière.

La tradition nous dit qu’à la résurrection le monde corporel va acquérir un caractère spirituel. Ce sera la résurrection du temporel mais du temporel spiritualisé. Oui mais le corps, c’est la terre et la terre va ressusciter. Tout ce qui est matière. Le corps va acquérir les caractères du monde spirituel. La Résurrection, c’est l’Esprit qui vient, comme le prince, réveiller la princesse endormie. La princesse, c’est la chair. Le prince la réveille, l’épouse et en l’épousant, il lui confère la Vie spirituelle. Définitivement.
Quand les apôtres ont vu le Christ ressuscité, ils ont constaté que son corps n’était plus soumis à la pesanteur, qu’il traversait la matière. C’était un corps qui avait acquis les caractères spirituels. On peut dire cela pour chacun et pour la terre entière.
Saint Maxime le Confesseur dit : « A la résurrection, nous serons simultanément vieux, adultes et jeunes ; le corps ne sera plus soumis au monde temporel ou spatial ».
Est-ce que cela veut dire que notre être aura pris le pas ? C’est inexact. En disant cela vous tombez dans le spiritualisme. Vous le savez, l’homme est un paradoxe. Il est constitué d’esprit et de matière. Par abnégation, l’esprit se donne à la matière pour l’élever.
Bien sûr, quand l’esprit devient orgueilleux, il ne se donne plus et, à ce moment là, la mort descend dans la matière. Elle meurt alors qu’elle n’est pas faite pour mourir. C’est la résurrection qui restaure les relations entre la matière et l’esprit. Autrement dit, l’esprit se redonne à la matière et alors, celle-ci dépasse les cieux.
Elle remonte l’échelle angélique et va au-delà. C’est cela. La résurrection, c’est la transfiguration de la matière, la réincarnation de l’esprit. Cela ne veut pas dire du tout que vous allez récupérer vos yeux, vos pieds. On a tendance à dire que le monde physique, ce n’est presque rien. Et bien ce presque rien va devenir presque tout.
Je vous donne un exemple : au cours de votre existence, vous inscrivez dans un corps une multitude d’éléments, toute votre vie en fait. Dans le monde transfiguré, vous retrouverez ces éléments. Il faut bien comprendre que le corps n’est pas un emballage mais un associé à part entière. Une réalité que nous ne connaissons pas vraiment.
Et voici qu’un jour le corps meurt. Pourquoi ? Parce qu’il est épuisé. Et pourquoi est-il épuisé ? Parce que l’esprit profite de lui mais ne lui donne rien, si bien que ce pauvre corps n’arrive à soutenir la vie spirituelle. Donc il meurt. Et à la résurrection, l’esprit va venir le réveiller et lui dire : « je t’épouse ».
(…)
Le Christ est venu montrer que le spirituel et le corporel sont liés pour toujours.
Autrement dit que la mort n’est pas une réalité. Jean a dit : « Le Verbe s’est fait chair » pour montrer que la chair est une personnalité unique et éternelle. Après la mort, elle doit donc retrouver cette réalité pour l’éternité. Là est la réponse chrétienne.
La résurrection de la chair, c’est qu’un jour, dans toutes ses couches, le monde physique recevra les caractères du monde spirituel. De même que l’homme sera déifié, le corporel sera spiritualisé. »
Mgr Germain de Saint-Denis, Pour une théologie du cœur, Le Fennec éditeur, 1994, pp. 249-252.

lundi 1 avril 2013

Christ est ressuscité des morts !


LAUDES DE LA SEMAINE PASCALE
(EXTRAITS)





ALLELUIA


Christ est ressuscité des morts, par la mort Il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux Il a donné la vie. Alleluia, alleluia, alleluia.


PREMIER PSAUME

            ANTIENNE
Christ est ressuscité des morts, alleluia.
Christ est ressuscité des morts, alleluia.

            PSAUME
Purifions nos sentiments, et nous verrons le Christ resplendissant dans l'inaccessible lumière de sa résurrection, et nous l'entendrons clairement nous dire : soyez dans la joie, chantant l'hymne de la victoire.
Christ est ressuscité des morts, alleluia.

Il est digne que le ciel se réjouisse et que la terre soit en liesse, que le monde visible et invisible soit en fête, car le Christ est ressuscité, Lui, l'allégresse éternelle.
Christ est ressuscité des morts, alleluia.

Veillons dès la pointe du jour.
Au lieu d'aromates, présentons une hymne au Seigneur,     
et nous verrons le Christ, Soleil de justice, rayonner la vie pour tous.
Christ est ressuscité des morts, alleluia.

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit,
Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et aux siècles des siècles. Amen.

Christ est ressuscité des morts, par la mort Il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux Il a donné la vie. Alleluia, alleluia, alleluia.

DEUXIEME PSAUME

            ANTIENNE
Christ est ressuscité des morts, alleluia.
Christ est ressuscité des morts, alleluia.

            PSAUME
Voyant ta miséricorde sans mesure,
ceux que les chaînes de l'enfer tenaient prisonniers,
d'un pas joyeux, ô Christ, accourent vers la lumière, louant la Pâque éternelle.
Christ est ressuscité des morts, alleluia.

Flambeaux en main, accueillons comme un époux
le Christ sortant du tombeau.
Concélébrons par les rites solennels et joyeux,
la Pâque divine et salvatrice.
Christ est ressuscité des morts, alleluia.

Tu es descendu dans les entrailles de la terre,
Tu as brisé les cordes éternelles qui retenaient les captifs ;
tel Jonas sortant de la baleine, ô Christ,
Tu ressuscites le troisième jour du tombeau.
Christ est ressuscité des morts, alleluia.

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit,
Comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et aux siècles des siècles, amen.

Christ est ressuscité des morts, par la mort Il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux Il a donné la vie. Alleluia, alleluia, alleluia.

CANTIQUE

            ANTIENNE
Bénissons le Christ ressuscité, louons-Le, alleluia.
Bénissons le Christ ressuscité, louons-Le, alleluia.

           

            PSAUME
Celui qui sauva les adolescents de la fournaise fut homme et souffrit comme un mortel.
Par sa passion, Il revêt notre mortalité de sa splendeur incorruptible,
seul béni, Dieu de nos pères, très glorieux.
Bénissons le Christ ressuscité, louons-Le, alleluia.

Nous célébrons la mort de la mort,
la destruction de l'enfer,
le principe éternel de la vie nouvelle,
en jubilant chantons son auteur,
seul béni, Dieu de nos pères, très glorieux.
Bénissons le Christ ressuscité, louons-Le, alleluia.

Venez, communions au jus neuf de la Vigne qui nous exalte divinement.
Dans les jours élus de la résurrection, participons au royaume du Christ,
seul béni, Dieu de nos pères, très glorieux.
Bénissons le Père, le Fils et le Saint-Esprit, louons-Le et exaltons-Le à jamais.

Christ est ressuscité des morts, par la mort Il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux, Il a donné la vie. Alleluia, alleluia, alleluia.

MISSA

Père tout-puissant, Verbe et Esprit, Un en trois Personnes, unique nature, pré-essence et pré-divinité,             en Toi nous sommes baptisés.

CANTIQUE

Que Dieu se lève
Et ses ennemis seront dispersés, alleluia.

STROPHES

Portant des aromates de grand matin, les femmes accourent au tombeau du Donateur de vie, et trouvent assis sur la pierre un ange qui leur dit :
            "Pourquoi chercher parmi les morts le Vivant ?
            "Pourquoi pleurer l'Incorruptible ?
            "Allez porter la bonne nouvelle à ses disciples."
Ce jour, le Seigneur l'a fait,
            soyons dans la joie et dans l'allégresse, alleluia.
            O belle Pâque, ô Pâque, Pâque du Seigneur,
            Pâque très pure qui brille sur nous.
            O Pâque, terme de toute tristesse,
            car c'est aujourd'hui que le Christ resplendit, 
            sortant du tombeau comme du palais nuptial.
            Il a rempli de joie les femmes par cette parole :          
            "Annoncez aux apôtres."

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit,
comme il était au commencement, maintenant et toujours, et aux siècles des siècles. Amen.
C'est le jour de la résurrection, rayonnons de joie en cette solennité. 
Embrassons-nous les uns les autres ;     
disons "frères" même à ceux qui nous haïssent ;         
pardonnons tout à cause de la résurrection, et clamons :

Christ est ressuscité des morts, par la mort Il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux, Il a donné la vie.
            Christ est ressuscité des morts, par la mort Il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux, Il a donné la vie.
            Christ est ressuscité des morts, par la mort Il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux, Il a donné la vie.


HYMNE A LA VIERGE

            L'Ange chanta à la Pleine de grâce :
            Réjouis-toi, Vierge très pure,
            Je répète, réjouis-toi.
            Ton Fils, en vérité, est ressuscité
            Après trois jours passés dans le tombeau,
            Et Il a redressé les morts,
            Fidèles, soyez dans l'allégresse.
            Resplendis, resplendis, nouvelle Jérusalem,
            Car sur toi la gloire du Seigneur s'est levée.
            Réjouis-toi et exulte, Sion,
            Et toi, Mère de Dieu très pure,
            Réjouis-toi car ton Fils est ressuscité.
            Alleluia, alleluia, alleluia.

Ceci est le dernier message qu'A Tribus Liliis publie en tant que Grand Aumônier du Grand Prieuré des Gaules.

On conviendra qu'il n'a pas abusé de cette tribune, qui redeviendra ce qu'elle n'aurait jamais cessé d'être si certaines circonstances n'avaient pas conduit à transgresser cette règle de conduite : une tribune exclusivement personnelle, au service d'opinions et de positions exclusivement personnelles. D'où la fin, espérons-le, de polémiques mal venues.

Abandonnant bientôt sa charge, A Tribus Liliis a des remerciements à exprimer : à ceux qui l'ont soutenu et fortifié dans l'accomplissement de cette charge, en particulier le Grand Maître National du Grand Prieuré des Gaules ; tous les Aumôniers des Ordres qui y ont coopéré ; les Frères qui ont compris et toléré cette innovation ; ceux qui ne l'ont pas comprise ; et enfin ceux qui l'ont combattue. Car toute expérience même négative est enrichissante.

A tous Il dit :
QUE LA GLOIRE DE LA RESURRECTION ILLUMINE TOUTE VOTRE VIE !



mardi 15 janvier 2013

A la pieuse mémoire...

A la pieuse mémoire de…
            Jean, acolyte de la paroisse de l’Exaltation de la Croix à Bordeaux
            Né au ciel le 8 janvier 2013 à l'âge de 82 ans


(extraits de la liturgie de ses funérailles célébrée en la paroisse de Bordeaux le 14 janvier 2013)


Lecture de la première épître du bienheureux apôtre Paul aux Corinthiens.

Ce que je dis, frères, c'est que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n'hérite pas l'incorruptibilité.
Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d'œil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles et nous, nous serons changés. Car il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité.
Lorsque ce corps corruptible aura revêtu l'incorruptibilité, et que ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite :
            La mort a été engloutie dans la victoire.
            O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ?
L'aiguillon de la mort, c'est le péché ; et la puissance du péché, c'est la loi. Mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ !
Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur.

Lecture du saint Evangile selon saint Jean.

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples, ne murmurez pas entre vous. Nul ne peut venir à Moi, si le Père qui M'a envoyé ne l'attire ; et Je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes :
            Ils seront tous enseignés de Dieu.
Ainsi quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à Moi. C'est que nul n'a vu le Père, sinon Celui qui vient de Dieu ; Celui-là a vu le Père.  Amen, amen, Je vous le dis, celui qui croit en Moi a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. C'est ici le pain qui descend du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que Je donnerai, c'est ma chair, que je donnerais pour la vie du monde.

Collecte

Dieu des esprits et de toute chair, qui vainquis la mort, terrassas le diable et donnas la vie au monde, accorde le repos à l'âme de ton serviteur Jean dans un lieu verdoyant, dans un lieu de lumière et de paix, là où il n'y a ni maux, ni tristesse, ni soupirs. Pardonne-lui ses péchés commis en actions, en paroles, en intentions, car il n'y a point d'homme qui vive et ne pèche pas, Toi seul es hors du péché ; ta justice est éternelle et ta parole est véridique, car Tu es la Résurrection, la Vie et le Repos de ton serviteur), ô Christ notre Dieu, et nous Te rendons gloire avec ton Père co-éternel, ton saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et aux siècles des siècles.

Préface

Bien-aimés frères, prions notre Seigneur Jésus-Christ, le Roi de gloire, de délivrer l'âme du serviteur défunt Jean des peines de l'enfer et des marécages sans fond : qu'Il le délivre de la gueule du lion, qu'il ne soit pas englouti par l'abîme, qu'il ne chute pas dans la nuit, mais que saint Michel avec son étendard l'introduise dans la lumière divine et que le Seigneur le fasse passer de la mort à la vie, selon la promesse qu'Il fit à Abraham et à sa postérité. […]

Collecte

Seigneur Jésus-Christ, Dieu tout-puissant, Tu as rappelé ton serviteur Jean de la grande tribulation ; lave sa robe et blanchis son âme par ton Sang très précieux, qu'il Te serve jour et nuit dans ton temple saint ; place-le où il n'y a ni mort, ni pleurs, ni cris, ni afflictions d'aucune sorte, ni faim, ni soif, ni ardeur du soleil, ni souffle brûlant, mais où les âmes s'abreuvent à la source de vie de ta Divinité. Car Tu es le Pasteur essuyant toute larme, le Sauveur du monde, Ami de l'homme, co-éternel au Père et au Paraclet.
A Toi louange, bénédiction, sagesse, honneur, puissance, force et actions de grâces, aux siècles des siècles.

Collecte post-communion

Bien-aimés frères, ayant communié aux redoutables et immortels mystères, demandons au Seigneur la béatitude pour l'âme du défunt. Prions le Seigneur.
Nous Te louons Seigneur, de ce que ta sagesse miséricordieuse, qui amena ton enfant au portail de la naissance sur la terre, l'ait maintenant appelé par la porte de la mort à la connaissance de tes lois, afin que rejetant toute crainte, il croisse de grâce en grâce. Par ton Fils notre Seigneur, qui vit, règne et triomphe avec Toi et l'Esprit-Saint aux siècles des siècles. 

Inhumation

Une fois le cercueil descendu dans la tombe, le célébrant dit :

Tu es terre et tu retourneras dans la terre.

Puis, jetant une fleur sur le cercueil, il dit :

Que le parfum de la grâce du Saint-Esprit, t’enveloppe jusqu’à la consommation des temps.
Allez en paix !
Tous.   Rendons grâce à Dieu.

mardi 11 septembre 2012

Le christianisme ne fait que commencer...


“Le Christianisme ne fait que commencer”. Le père Alexandre Men (1935-1990)

par le père SERGE MODEL

A la bienheureuse mémoire du père Alexandre Men





« L’essence du christianisme, c’est l’humanité unie à Dieu. C’est l’union de l’esprit humain, borné et limité dans le temps, à l’Esprit divin infini. C’est la sanctification du monde, la victoire sur le mal, les ténèbres et le péché. C’est la victoire de Dieu. Elle a commencé la nuit de la résurrection et continuera tant que le monde existera. » C’est par ces paroles que, le 8 septembre 1990 à Moscou, le père Alexandre Men acheva sa conférence sur « le christianisme ». Le lendemain matin, ce prêtre orthodoxe russe renommé, prédicateur et écrivain brillant, père spirituel de l’intelligentsia, était assassiné par un inconnu. Une fin de martyr venait sceller une vie consacrée à l’annonce de l’Évangile.

UN PRÊTRE AU PAYS DES SOVIETS

Né à Moscou le 22 janvier 1935 dans une famille juive non-religieuse, Alexandre Men auraît pu devenir un « homo sovieticus », considérant que « toute idée religieuse, toute conception d’un pouvoir divin, même n’importe quelle insignifiance à l’égard de Dieu est une abomination indescriptible, un fléau méprisable » (Lénine) et estimant que « le marxisme-léninisme, enrichi par Staline, est la seule théorie philosophique donnant un tableau scientifique du monde, défendant les principes et les méthodes scientifiques d’explication de la nature et de la société, fournissant à l’humanité travailleuse l’instrument de la lutte pour la construction du communisme » (manuel scolaire stalinien).


C’est pourtant le contraire qui adviendra : convertie au Christ alors que la foi chrétienne est persécutée comme jamais dans l’histoire, la mère d’Alexandre Men le fait baptiser dans l’Église orthodoxe « des catacombes » et l’élève dans un esprit à la fois religieux et ouvert sur le monde.

Vers douze ans, Alexandre Men ressent un appel au sacerdoce, et s’y prépare systématiquement. Prodigieusement doué, il étudie – seul – la Bible, l’histoire, la philosophie, la théologie et les sciences naturelles. Après des études supérieures de biologie (pour dialoguer avec une société marquée par le scientisme) et de théologie, il est ordonné prêtre le 1er septembre 1960, et entame un ministère rayonnant, en particulier auprès des intellectuels, savants et artistes. Prêtre de l’Église orthodoxe « officielle » (le patriarcat de Moscou, toléré par le régime soviétique moyennant une « loyauté » affichée envers celui-ci), il organise aussi – en pleine campagne antireligieuse de Khrouchtchev – des activités « illégales » : groupes de catéchèse, d’études bibliques, de prière et d’entraide. Sa personnalité chaleureuse enveloppe ses interlocuteurs de sa joie rayonnante et les impressionne par ses connaissances encyclopédiques. À ceux qui viennent le voir – de plus en plus nombreux, jusqu’à être des milliers à la fin de sa vie – il répète que « le christianisme est une force créatrice agissante », qu’il « n’y a pas de conflit fondamental entre la Bible et la science » et que « Dieu veut la liberté de l’homme …». Ayant compris qu’après des décennies de propagande athée, le langage de l’Église n’était plus directement compréhensible à ses contemporains, le père Alexandre s’efforce de rendre le message chrétien accessible à l’homme d’aujourd’hui.

AUTEUR CLANDESTIN DE « BEST-SELLERS » RELIGIEUX

Pour rappeler aux nouvelles générations, coupées de leurs racines religieuses et culturelles, les « fondamentaux » de la foi, Alexandre Men rédige une « vie de Jésus » accessible à tous (Le Fils de l’homme, en français : Jésus, le Maître de Nazareth), puis six tomes d’une histoire des recherches spirituelles de l’humanité (des origines à la Révélation biblique), qui constituent une véritable catéchèse pour un monde déchristianisé. Suivront des commentaires pour une Bible russe, un manuel de prière, etc. Ne pouvant être publié en URSS, il sera édité à Bruxelles par un petit éditeur catholique : le « Foyer oriental chrétien », auquel des amis ont fait parvenir ses manuscrits. Une dizaine d’ouvrages (au début sous pseudonyme), verront ainsi le jour en Belgique, avant d’être réintroduits clandestinement en Russie, où ils seront littéralement dévorés par d’innombrables lecteurs (quatre millions pour son premier livre). D’autres projets, dont son magistral Dictionnaire des biblistes, ne verront le jour qu’après son décès (aucun de ses ouvrages ne sera édité dans son pays de son vivant).

HARCELE PAR LE KGB, PUIS VEDETTE DES MEDIAS

L’activité débordante de ce prêtre « hors-normes » ne pouvait évidemment passer inaperçue dans l’État soviétique athée. Outre plusieurs mutations et l’interdiction d’exercer dans la capitale (toute sa vie, il desservira des paroisses de campagne), Alexandre Men est harcelé par le KGB. Mais enquêtes, perquisitions et interrogatoires (sans compter les attaques dans la presse, pamphlets anonymes ou lettres de menaces) ne parviennent pas à « coincer » ce prêtre, dont l’activité n’est ni politique ni « dissidente ». Et, au moment où son arrestation semble néanmoins inéluctable, la perestroika gorbatchévienne met fin aux persécutions des croyants.
Bien plus : la nouvelle politique religieuse du pouvoir met au premier plan ce « pasteur des intellectuels », ouvert sur le monde et la culture de son temps, favorable à l’œcuménisme et au dialogue interreligieux et interconvictionnel. Premier prêtre autorisé à parler de religion dans un lycée soviétique (en 1988), il est invité à se produire – sur les thèmes les plus divers – dans des grandes salles (dont le stade olympique), des usines, des clubs, à la radio, à la télévision, et saisit toutes les occasions pour annoncer l’Évangile : en deux ans, il donnera plus de 200 conférences et préparera trente publications. Il réalise aussi les nombreux projets dont il rêvait : création de la Société biblique russe, d’une université orthodoxe, d’un groupe de bienfaisance auprès de l’hôpital pour enfants de Moscou…

MORT, OU EST TA VICTOIRE ?

Pour certains milieux, qui voulaient à nouveau réduire l’Eglise en Russie à un simple lieu de culte, un sujet obéissant ou un musée, ce véritable « phénomène » était sans doute devenu insupportable. Et le dimanche 9 septembre 1990, à six heures du matin – dans des circonstances toujours non élucidées – le père Alexandre était assassiné à coups de hache, sur le petit chemin forestier vers la gare qu’il empruntait pour se rendre à l’église. Pour ceux qui l’avaient connu, la mort en martyr du père Alexandre Men portait – quels que soient les commanditaires de cet assassinat (KGB, éléments ultranationalistes ou antisémites) – une signification profonde : celle du témoignage « jusqu’au sang » rendu au Christ, auquel il avait consacré toute sa vie.

De plus, contrairement aux attentes de ceux qui voulaient le faire taire, l’héritage d’Alexandre Men n’a pas disparu avec sa mort. Vingt ans après, même si la largesse de vues du père Alexandre n’est pas encore comprise de tous, nul ne nie qu’il ait été un missionnaire extraordinaire, dont « l’action illuminatrice et catéchétique, la parole vivante et inspirée a amené bien des personnes à la foi » (patriarche Cyrille).

"Pastoralia. Bulletin de l’Archevêché (catholique) de Malines-Bruxelles", n°1, janvier 2011, p. 14-15.


Pour commencer de faire connaissance avec ce pasteur, penseur et passeur d'exception, il est bon de lire et relire l'ouvrage suivant :




Le Christianisme ne fait que commencer
Préface de Jean Vanier — Introduction d'Ignace Krekchine — Textes traduits du russe par Françoise Lhœst et Hélène Arjakovsky-Klépinine
Editions du Cerf Paru en : Juin 1996  [2004, 2010]
24,00 € - 288 pages




lundi 30 juillet 2012

Saint Irénée (19) : Epilogue


EPILOGUE

Inconsistance des systèmes hérétiques

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 15, paragraphe 1,
chapitre 16, paragraphe 2, chapitre 19, paragraphe 1,  chapitre 20, paragraphe 2
& chapitre 36, paragraphe 3.

15, 1 [ …]Ainsi donc, le Créateur vivifie dès ici-bas nos corps mortels, comme il est loisible de le voir ; il leur promet, de surcroît, la résurrection et la sortie hors des sépulcres et des tombeaux, et il leur accordera l'incorruptibilité — car, est-il dit, «leurs jours seront comme l'arbre de vie» (Isaïe 65, 22)— : dès lors la preuve est faite que le seul Dieu c'est lui, qui fait ces choses, et que lui-même est le bon Père qui, par pure bonté, accorde la vie aux êtres qui ne la possèdent pas par eux-mêmes.
[…]

16, 2 La vérité de tout cela apparut lorsque le Verbe de Dieu se fit homme, se rendant semblable à l'homme et rendant l'homme semblable à lui, pour que, par la ressemblance avec le Fils, l'homme devienne précieux aux yeux du Père. Dans les temps antérieurs, en effet, on disait bien que l'homme avait été fait à l'image de Dieu, mais cela n'apparaissait pas, car le Verbe était encore invisible, lui à l'image de qui l'homme avait été fait : c'est d'ailleurs pour ce motif que la ressemblance s'était facilement perdue. Mais, lorsque le Verbe de Dieu se fit chair, il confirma l'une et l'autre : il fit apparaître l'image dans toute sa vérité, en devenant lui-même cela même qu'était son image, et il rétablit la ressemblance de façon stable, en rendant l'homme pleinement semblable au Père invisible par le moyen du Verbe dorénavant visible.
[…]

19, 1 Si donc le Seigneur est venu d'une manière manifeste dans son propre domaine ; s'il a été porté par sa propre création, qu'il porte lui-même ; s'il a récapitulé, par son obéissance sur le bois, la désobéissance qui avait été perpétrée par le bois ; si cette séduction dont avait été misérablement victime Eve, vierge en pouvoir de mari, a été dissipée par la bonne nouvelle de vérité magnifiquement annoncée par l'ange à Marie, elle aussi vierge en pouvoir de mari — car, de même que celle-là avait été séduite par le discours d'un ange, de manière à se soustraire à Dieu en transgressant sa parole, de même celle-ci fut instruite de la bonne nouvelle par le discours d'un ange, de manière à porter Dieu en obéissant à sa parole ; et, de même que celle-là avait été séduite de manière à désobéir à Dieu, de même celle-ci se laissa persuader d'obéir à Dieu, afin que, de la vierge Eve, la Vierge Marie devînt l'avocate; et, de même que le genre humain avait été assujetti à la mort par une vierge, il en fut libéré par une Vierge, la désobéissance d'une vierge ayant été contrebalancée par l'obéissance d'une Vierge — ; si donc, encore une fois, le péché du premier homme a reçu guérison par la rectitude de conduite du Premier-né, si la prudence du serpent a été vaincue par la simplicité de la colombe et si par là ont été brisés ces liens qui nous assujettissaient à la mort : ils sont stupides, tous les hérétiques, et ignorants de l'«économie» de Dieu, et bien peu au fait de son œuvre relative à l'homme — aveugles qu'ils sont à l'égard de la vérité —, lorsqu'ils contredisent eux-mêmes leur propre salut, les uns en introduisant un autre Père en dehors du Créateur, les autres en prétendant que le monde et la matière qui le constitue ont été faits par des Anges […]. D'autres méprisent la venue visible du Seigneur, n'admettant pas son incarnation. D'autres encore, méconnaissant l'« économie » de la Vierge, le disent né de Joseph. Certains disent que ni leur âme ni leur corps ne peuvent recevoir la vie éternelle, mais seulement leur « homme intérieur », et ils prétendent identifier celui-ci avec leur intellect, qu'ils jugent seul capable de s'élever jusqu'à la perfection. D'autres admettent que l'âme soit sauvée, mais nient que le corps puisse avoir part au salut venant de Dieu. Tout cela, nous l'avons dit dans notre premier livre, où nous avons fait connaître leurs doctrines à tous, et nous avons ensuite montré l'inconsistance de celles-ci dans notre second livre.
[…]

20, 1 Ceux donc qui délaissent le message de l'Église font grief aux presbytres de leur simplicité, ne voyant pas combien un homme simple, mais religieux, l'emporte sur un sophiste blasphémateur et impudent. Tels sont bien en effet tous les hérétiques : s'imaginant trouver quelque chose de supérieur à la vérité en suivant les doctrines que nous venons de dire, ils s'avancent par des chemins bigarrés, multiformes et incertains, ayant au sujet des mêmes choses tantôt une opinion et tantôt une autre ; ils sont comme des aveugles que guideraient des aveugles et ils tombent à juste titre dans la fosse d'ignorance ouverte sous leurs pas (Matthieu 15, 14), voués qu'ils sont à toujours chercher et à ne jamais trouver la vérité (2 Timothée 3, 7). Il faut donc fuir leurs opinions et nous mettre soigneusement en garde contre elles, afin de ne pas subir de dommage par leur fait ; en revanche, il faut nous réfugier auprès de l'Église, nous allaiter de son sein et nous nourrir des Ecritures du Seigneur. Car l'Église a été plantée comme un paradis dans le monde. « Tu mangeras donc du fruit de tous les arbres du paradis » (Genèse 2, 16) dit l'Esprit de Dieu. Ce qui veut dire : Mange de toute Ecriture du Seigneur, mais ne goûte pas à l'orgueil et n'aie nul contact avec la dissension des hérétiques. Car eux-mêmes avouent posséder la connaissance du bien et du mal (Genèse 2, 17), et ils lancent leurs pensées au-dessus du Dieu qui les a créés. Ils élèvent ainsi leurs pensées au delà de la mesure permise. C'est pourquoi l'Apôtre dit : « N'ayez pas des pensées plus élevées qu'il ne convient, mais que vos pensées soient empreintes de modération » (Romains 12, 30), de peur que, goûtant à leur gnose orgueilleuse, nous ne soyons expulsés du paradis de la vie. Car c'est en celui-ci que le Seigneur introduit ceux qui obéissent à sa prédication, « ayant récapitulé en lui-même toutes choses, celles qui sont aux cieux et celles qui sont sur la terre». (Ephésiens 1, 10) Or celles qui sont aux cieux sont spirituelles, tandis que celles qui sont sur la terre sont cet ouvrage qu'est l'homme. Ce sont donc ces choses mêmes qu'il a récapitulées en lui, unissant l'homme à l'Esprit et faisant habiter l'Esprit dans l'homme, devenant lui-même la tête de l'Esprit et donnant l'Esprit pour qu'il soit la tête de l'homme : car c'est par cet Esprit que nous voyons, entendons et parlons.

CONCLUSION

36, 3 Ainsi donc, de façon précise, Jean a vu par avance la première résurrection (Apocalypse 20, 5-6), qui est celle des justes, et l'héritage de la terre qui doit se réaliser dans le royaume ; de leur côté, en plein accord avec Jean, les prophètes avaient déjà prophétisé sur cette résurrection. C'est exactement cela que le Seigneur a enseigné lui aussi, quand il a promis de boire le mélange nouveau de la coupe avec ses disciples dans le royaume (Matthieu 26, 29) , et encore lorsqu'il a dit : « Des jours viennent où les morts qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l'homme, et ils ressusciteront, ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, et ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de jugement » ( Jean 5, 25, 28-29) : il dit par là que ceux qui auront fait le bien ressusciteront les premiers pour aller vers le repos, et qu'ensuite ressusciteront ceux qui doivent être jugés. C'est ce qu'on trouve déjà dans le livre de la Genèse, d'après lequel la consommation de ce siècle aura lieu le sixième jour, c'est-à-dire la six millième année ; puis ce sera le septième jour, jour du repos, au sujet duquel David dit : « C'est là mon repos, les justes y entreront » (psaume 131, 14 ; 117, 20) : ce septième jour est le septième millénaire, celui du royaume des justes, dans lequel ils s'exerceront à l'incorruptibilité, après qu'aura été renouvelée la création pour ceux qui auront été gardés dans ce but. C'est ce que confesse l'apôtre Paul, lorsqu'il dit que la création sera libérée de l'esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu. (Romains 8, 19-21)

Et en tout cela et à travers tout cela apparaît un seul et même Dieu Père : c'est lui qui a modelé l'homme et promis aux pères l'héritage de la terre ; c'est lui qui le donnera lors de la résurrection des justes et réalisera ses promesses dans le royaume de son Fils ; c'est lui enfin qui accordera, selon sa paternité, ces biens que l'œil n'a pas vus, que l'oreille n'a pas entendus et qui ne sont pas montés au cœur de l'homme  (1 Corinthiens  2, 9). Il n'y a en effet qu'un seul Fils, qui a accompli la volonté du Père, et qu'un seul genre humain, en lequel s'accomplissent les mystères de Dieu. Ces mystères, «les anges aspirent à les contempler»(1 Pierre 1, 12) mais ils ne peuvent scruter la Sagesse de Dieu, par l'action de laquelle l'ouvrage par lui modelé est rendu conforme et concorporel au Fils (Romains 8, 29 et Ephésiens 3, 6) : car Dieu a voulu que sa Progéniture, le Verbe premier-né, descende vers la créature, c'est-à-dire vers l'ouvrage modelé, et soit saisie par elle, et que la créature à son tour saisisse le Verbe et monte vers lui, dépassant ainsi les anges et devenant à l'image et à la ressemblance de Dieu.

FINIS UNIVERSI OPERIS

samedi 28 juillet 2012

Saint Irénée (16) :« Il faut que ce qui est corruptible revête l'incorruptibilité »


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite (6)

 « Il faut que ce qui est corruptible revête l'incorruptibilité »

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 13, paragraphes 3 à 5

13, 3 Car, s'ils prétendent que cette parole a été dite de la chair à proprement parler, et non des œuvres de la chair, ainsi que nous l'avons montré, ils mettent l'Apôtre en contradiction avec lui-même, puisqu'aussitôt après, dans la même épître, il dit en désignant la chair : « Il faut en effet que cet élément corruptible revête l'incorruptibilité et que cet élément mortel revête l'immortalité. Lorsque cet élément mortel aura revêtu l'immortalité, alors s'accomplira la parole de l'Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. ? mort, où est ton aiguillon ? ? mort, où est ta victoire?»(1 Corinthiens 15, 53-55) Ces paroles seront dites à juste titre lorsque cette chair mortelle et corruptible, en butte à la mort, écrasée sous la domination de la mort, montera vers la vie et revêtira l'incorruptibilité et l'immortalité : car c'est alors que sera vraiment vaincue la mort, lorsque cette chair, qui était sa proie, échappera à son pouvoir. Il dit encore aux Philippiens : « Pour nous, notre cité est dans les cieux, d'où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus, qui transfigurera notre corps d'abjection et le rendra conforme à son corps de gloire par l'action de sa puissance. » (Philippiens 3, 20-21) Quel est donc ce corps d'abjection que le Seigneur transfigurera et rendra conforme à son corps de gloire ? De toute évidence, c'est ce corps qui s'identifie à la chair, à cette chair qui manifeste son abjection en tombant dans la terre. Mais la transfiguration par laquelle, de mortelle et corruptible, elle devient immortelle et incorruptible, ne vient pas de sa substance à elle ; cette transfiguration vient de l'action du Seigneur, qui a le pouvoir de procurer l'immortalité à ce qui est mortel et l'incorruptibilité à ce qui est corruptible. C'est pourquoi l'Apôtre dit dans sa seconde épître aux Corinthiens : «... afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie. Or Celui qui nous dispose en vue de cela, c'est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l'Esprit. »( 2 Corinthiens 5, 4-5) C'est évidemment de la chair qu'il parle, car ni l'âme ni l'Esprit ne sont choses mortelles. Ce qui est mortel sera englouti par la vie, lorsque la chair ne sera plus morte, mais vivante, et qu'elle demeurera incorruptible, chantant un hymne au Dieu qui nous aura disposés en vue de cela. Afin donc que nous soyons disposés en vue de cela, il dit à juste titre aux Corinthiens : « Glorifiez Dieu dans votre corps. » (1 Corinthiens 6, 20) Car Dieu procure l'incorruptibilité. 

Ce qui prouve que l'Apôtre ne parle pas d'un autre corps, mais du corps de chair, c'est qu'il dit aux Corinthiens avec une précision excluant tout doute et toute ambiguïté : « …portant sans cesse avec nous en notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus-Christ soit, elle aussi, manifestée dans notre corps : car si nous, les vivants, nous sommes livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle… » (2 Corinthiens 4, 10-11) Et que l'Esprit s'enlace à la chair, il le dit dans la même épître : « Vous êtes une lettre du Christ rédigée par nos soins, écrite non avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs. »(2 Corinthiens 3, 3) Si donc, dès à présent, nos cœurs de chair sont capables de recevoir l'Esprit, quoi d'étonnant si, lors de la résurrection, ils contiennent la vie que donnera cet Esprit ? A propos de cette résurrection, l'Apôtre dit dans son épître aux Philippiens : «... lui devenant conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à la résurrection d'entre les morts. » (Philippiens 3, 10-11) Ainsi donc, en quelle autre chair mortelle pourrait-on concevoir que soit manifestée la vie, sinon dans cette substance qui est également mise à mort à cause de la confession de Dieu, ainsi qu'il le dit lui-même : « Si c'est avec des vues humaines que j'ai combattu contre les bêtes à Ephèse, quel profit m'en revient-il, si les morts ne ressuscitent pas ? Car, si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité ; et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vaine, vaine aussi votre foi. Et il se trouve même que nous sommes de faux témoins à l'égard de Dieu, puisque nous avons témoigné qu'il a ressuscité le Christ, alors qu'il ne l'a pas ressuscité. Car, si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité ; et si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine, car vous êtes encore dans vos péchés ; par conséquent aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Si c'est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes plus dignes de pitié que tous les autres hommes. Mais en fait, le Christ est ressuscité d'entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis. Car, puisque c'est par un homme qu'est venue la mort, c'est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. »(1 Corinthiens 15, 32 & 13-21)

Ainsi donc, comme nous l'avons déjà dit, ou bien les hérétiques prétendront que, dans tous ces textes, l'Apôtre contredit sa propre assertion selon laquelle « la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu », — ou bien, une fois de plus, ils se verront contraints de donner, de tous ces textes, des interprétations vicieuses et forcées, afin de pouvoir en pervertir et en altérer le sens. Car que pourront-ils dire de sensé, s'ils tentent d'interpréter autrement cette parole : « Il faut en effet que cet élément corruptible revête l'incorruptibilité et que cet élément mortel revête l'immortalité »(1 Corinthiens 15, 53), et cette autre : «... afin que la vie de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle»(2 Corinthiens 4, 11) et toutes les autres paroles par lesquelles l'Apôtre proclame ouvertement la résurrection et l'incorruptibilité de la chair ? Ils vont donc être contraints d'interpréter de travers toute cette multitude de textes, pour n'avoir pas voulu entendre correctement une seule phrase.

vendredi 27 juillet 2012

Saint Irénée (15) : Guérisons et résurrections opérées par le Christ


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite (5)

Guérisons et résurrections opérées par le Christ
(extraits)

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 12, paragraphe 6
et chapitre 13, paragraphe 2

12, 6 Car l'Artisan de toutes choses, le Verbe de Dieu, celui-là même qui a modelé l'homme au commencement, ayant trouvé son ouvrage abîmé par le mal, l'a guéri de toutes les manières possibles, tantôt en restaurant tel ou tel membre particulier à la manière dont il avait été modelé au commencement, tantôt en rendant d'un seul coup à l'homme une parfaite santé et intégrité afin de se le préparer en vue de la résurrection. Et, de vrai, quel motif aurait-il eu de guérir les membres de chair et de les rétablir dans leur forme première, si ce qu'il guérissait ne devait pas être sauvé ? Car, si l'avantage ainsi octroyé par lui n'était que temporaire, il n'accordait pas une bien grande faveur à ceux qu'il guérissait. Ou encore, comment les hérétiques peuvent-ils dire que la chair ne peut recevoir de lui la vie, alors qu'elle a reçu de lui la guérison ? Car la vie s'acquiert par la guérison, et l'incorruptibilité, par la vie. Celui qui donne la guérison donne donc aussi la vie, et celui qui donne la vie procure aussi l'incorruptibilité à l'ouvrage par lui modelé. 
[…]
13, 1 Vains et vraiment infortunés sont donc ceux qui ne veulent pas voir des choses aussi évidentes et aussi claires, mais fuient la lumière de la vérité, s'étant aveuglés eux-mêmes à l'instar du malheureux Œdipe. Il arrive que des lutteurs novices, en se mesurant avec d'autres, saisissent de toutes leurs forces quelque partie du corps de leur adversaire et qu'ils soient jetés à terre par ce membre qu'ils étreignent ; et, tandis qu'ils tombent, ils s'imaginent remporter la victoire, parce qu'ils s'agrippent farouchement à ce membre qu'ils ont saisi d'emblée, alors qu'en réalité leur chute les couvre de ridicule. Ainsi en va-t-il des hérétiques à propos de la phrase : « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu. »» En prenant à Paul ces deux vocables, ils n'ont ni perçu la pensée de l'Apôtre ni cherché à comprendre la portée de ses paroles ; cramponnés à de simples mots sans plus, ils meurent contre ceux-ci, ruinant, autant qu'il est en leur pouvoir, toute l'«économie» de Dieu.