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jeudi 1 janvier 2015

Fête du Très Saint Nom de Jésus

Invocation

du très Saint Nom de Jésus








Qu’au nom de JESUS tout genou fléchisse
dans le ciel, sur la terre et dans les enfers,
et que toute langue confesse
que Notre Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu son Père.
Amen.

O JESUS, sois l’objet de toute ma tendresse !
JESUS, sois mon savoir, ma force et ma sagesse !
JESUS, sois mon secours, ma défense et mon Roi !
JESUS, sois ma grandeur, mon exemple et ma loi !
JESUS, sois mon espoir ! JESUS, sois mon partage !
JESUS, sois mon trésor, ma paix, mon héritage :
JESUS, sois ma douceur, mon goût et mes désirs !
JESUS, sois mon repos, mon bonheur, mes plaisirs !
JESUS, sois dans mon cœur ! JESUS, sois dans ma bouche !
JESUS, sois pour toujours le seul bien qui me touche !
JESUS, sois mon sentier ! JESUS, guide mes pas !
JESUS, sois-moi JESUS le jour de mon trépas !

            Amen. Amen. Amen.




jeudi 7 mars 2013

Le premier féministe : Jésus

Grand merci à mon ami Galahad qui m'a fait découvrir ce texte remarquable.


« Jésus faisait route à travers routes et villages ; il proclamait et annonçait la bonne nouvelle du Règne de Dieu. Les Douze étaient avec lui, et aussi des femmes... » (Luc 8,1-2)

Luc, un évangile « féministe »

Deux versets d’évangile. Deux petits versets. On peut passer à côté. L’histoire n’est-elle pas intitulée dans la TOB : « Ceux qui accompagnent Jésus dans sa prédication » (un masculin pluriel, évidemment) ? Elle a mis des décennies à m’atteindre. Alors je la recopie : « Et aussi des femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies ; Marie, dite de Magdala, dont étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza intendant d’Hérode, Suzanne et beaucoup d’autres qui les aidaient de leurs biens. » (Luc 8, 2-8).

Des femmes avec Jésus

  Des femmes avaient donc suivi Jésus en Galilée. Fait insolite pour l’époque, reconnaissent les spécialistes (Marc et Matthieu le confirment, qui retrouvent tous deux ces femmes à la crucifixion, mais n’en parlent que rétrospectivement). Ces femmes ne sont-elles pas des disciples – même si le mot n’est pas prononcé ? Elles ont accueilli la bonne nouvelle du salut que Jésus a opéré en chacune : en faisant sortir d’elle ce qui l’empêchait de vivre. Bouleversées, elles ont tout quitté pour suivre leur sauveur.

  Me voici donc en quête des « femmes de Luc ». Et pas seulement des connues, des reconnues : Marie et Élisabeth des récits d’enfance, Marie de Magdala, la veuve de Naïn, la veuve obstinée, Marthe et Marie... À côté d’elles combien d’anonymes ? Combien de femmes enfouies dans les foules qui pressent Jésus ? Et dans le peuple que cet orateur-né rassemble ? Et parmi les disciples ?

  Foules (ochlos), peuple (laos), disciples (mathètès). Les trois termes dessinent une progression. Foule est ambigu : la foule se précipite aux séances de guérison, applaudit, crie, menace. Peuple est connoté plus positivement : le peuple s’émerveille, chante, s’efface. Les disciples sont consentants mais encore hésitants. Entre ces trois groupes aller et retour constant, succession, substitution (voir 6,12-19)...
 
  Je chercherai donc les femmes de Luc
  1) dans les foules ;
  2) dans le peuple ;
  3) parmi les disciples .

Les femmes dans la foule

  La présence de femmes au milieu des foules qui pressent Jésus est attestée, ou fortement suggérée, en plusieurs occasions.

  – (8,19-21) La mère et les frères de Jésus ne peuvent le joindre à cause de la foule. Ils lui font dire qu’ils veulent le voir. Réponse de Jésus adressée à un auditoire qui comporte sans doute des femmes de la génération de Marie : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique. »

  – (8,43-48) La femme qui a un écoulement de sang depuis douze ans et qui, s’approchant de Jésus par derrière et touchant la frange de son vêtement, en est immédiatement guérie. Jésus a senti une force se détacher de lui.

  – (9,10-17) La multiplication des pains. Une foule d’hommes, de femmes, d’enfants affamés. Mais Luc, suivant Marc 6, parle de mâles (andres et non anthrôpoi). Il est proche aussi de Matthieu 14,21, qui ose dire : « Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille personnes, sans compter les femmes et les enfants ! »

  – (11,27-28) L’auditrice qui fait l’éloge de la maternité de Marie est présentée comme une femme de la foule. Tellement immergée en elle qu’elle doit élever la voix : pour une fois qu’une femme prend la parole...

  Du coup les expressions de louange, d’étonnement, d’émerveillement, de crainte, que Luc met collectivement dans la bouche des multitudes, apparaissent comme traduisant les sentiments d’une foule d’hommes et de femmes.

Les femmes du peuple

  La présence de femmes dans le peuple, que suscite Jésus – ou avant lui, Jean-Baptiste – est moins fréquemment attestée, mais pas moins significative.
  Jean-Baptiste annonce la bonne nouvelle au peuple (3,18) et tout le peuple se fait baptiser par lui. Matthieu 21,31-32 précise : et même des prostituées. Des femmes, autour de Jean-Baptiste, demandent le baptême et le reçoivent.

  Dans la marche vers la croix, Luc précise que Jésus « était suivi d’une grande multitude du peuple, entre autres de femmes » (23,27). Le peuple est favorable au condamné et ne participe pas aux vociférations des chefs. Les femmes pleurent...

  Avant son arrestation, Jésus passe beaucoup de temps dans le Temple. Les femmes avaient un parvis qui leur était réservé, et pourtant Luc précise à plusieurs reprises que tout le peuple l’entend. D’après 21,1-4, Jésus parle à proximité du tronc qui recueille les offrandes, dont celle de la veuve indigente.

  Et dans les synagogues, où les femmes étaient admises à l’arrière et à l’abri des regards des hommes, que fait Jésus ? La guérison de la femme courbée « dans une synagogue un jour de sabbat » (13,10-17) est une réponse claire. Luc précise que Jésus la voit et – si loin de lui qu’elle pouvait se tenir – l’interpelle. En présence des hommes qui occupent les premiers rangs, dont le chef de la synagogue.

Les femmes disciples

  Les textes, ici, sont peu bavards. Lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem (19,28-38), Luc – qui ne parle pas de distribution de rameaux – fait intervenir « toute la plénitude » (to plèthos) des disciples.

  Les femmes sont donc présentes dans ce cortège messianique. Les disciples d’Emmaüs, de retour à Jérusalem, « trouvent groupés les Onze et ceux d’avec eux. » (24,33) « Ils étaient en grande joie, sans cesse dans le Temple à louer Dieu. » (24,53) Or les Actes des apôtres – livre dont l’auteur est identifié à celui du troisième évangile
  – s’ouvrent sur des retrouvailles émouvantes avec ce groupe. Il s’agit du même groupe, même si Luc ne le situe plus au Temple mais dans la chambre haute de Jérusalem et s’il en modifie légèrement la composition (Lc 6,14-16 ; Ac 1,13). En tout cas il précise : « Tous, unanimes, étaient assidus à la prière, avec quelques femmes, dont Marie, la mère de Jésus, et avec les frères de Jésus. » (Actes 1,14). Parmi les compagnons des apôtres, il y avait donc aussi des compagnes.

  Mais j’ai surtout regardé, jusqu’ici, du côté des destinataires de l’Évangile. Et si je braquais l’objectif, maintenant, sur celui qui le proclame, cet Évangile.

  Les spécialistes de Luc ont noté l’usage constant, chez lui, d’un procédé littéraire qu’on appelle les figures parallèles. Truc de catéchète, forme de redondance qui consiste, pour se faire mieux entendre, à doubler les exemples. Procédé fréquent dans l’Antiquité mais Luc en use d’une manière qui lui est propre. Chaque fois, le redoublement a pour intention de faire prendre conscience de la mixité de la foule. À une figure masculine succède une figure féminine. Et vice-versa.

Les figures parallèles

  On ne peut, tant elles sont nombreuses, que donner quelques exemples.
 
  – Syméon et Anne. Lors de la présentation de Jésus au Temple (2,22-38), ses parents sont accueillis par Syméon, « un homme juste et fervent », « averti par l’Esprit Saint » et par « Anne, prophétesse ». Un homme, une femme – qui proclament, chacun à sa manière, le salut incarné en Jésus. Symétrie évidente.

  – Deux résurrections : le jeune homme de Naïn et la fille de Jaîros.

  À quelques pages de distance la résurrection du jeune homme de Naïn (7,11 17) et celle de la fille de Jaîros (8,40-56) sont d’évidentes figures parallèles. Dans les deux cas c’est un enfant unique qui est mort – ou qui se meurt. À la veuve de Naïn le Seigneur dit « ne pleure pas ». Même injonction aux parents de la fillette et aux disciples : « ne pleurez plus ». Et même parole de Jésus exprimée par l’un des verbes qui visent la résurrection dans le Nouveau Testament : « Jeune homme, je te l’ordonne, réveille-toi. » (7,14) « Mon enfant réveille-toi. » (8,54)

  – La graine de moutarde et le levain (13, 18-21). Le royaume de Dieu est semblable à un grain de moutarde qui devient un arbre. La parabole du levain n’ajoute-t-elle rien à cela ? Si, elle ajoute une image qui parle aux femmes car la fabrication du pain et sa cuisson sont leur affaire à elles.

  – La brebis et la drachme perdues et retrouvées (15,3-7 ; 8-9).

  Nous sommes ici dans Luc 15, chapitre centré sur le thème profondément lucanien du salut, avec ses trois paraboles bien connues, de la brebis perdue, de la drachme perdue, du fils perdu. Symétrie parfaite des deux premières figures. Celle du berger qui, ayant perdu une brebis, laisse en plan le troupeau et bat la campagne « jusqu’à ce qu’il la trouve » (l’égarée). Celle de la ménagère qui, ayant perdu une drachme (l’équivalent d’une journée de salaire d’un ouvrier agricole), met la maison sens dessus dessous « jusqu’à ce qu’elle la trouve » (la pièce). Et chacun d’inviter amis et voisins – amies et voisines – pour faire la fête. Quand on sait que c’est la joie de Dieu lui-même qui se manifeste dans ces fiestas, on comprend que cette parabole ait trouvé place dans « The woman’s creed », la profession de foi féministe de l’américaine Rachel Wahlberg :

  « Je crois en Jésus qui parlait de Dieu comme d’une femme cherchant la pièce de monnaie perdue comme d’une femme qui balayait en cherchant ce qui était perdu. »

« Un homme sur deux est une femme » (slogan MLF)

  Dans l’auditoire de Jésus, il y a des femmes, beaucoup de femmes. L’éloquence du Maître n’y est pas pour rien et surtout sa façon de trouver les images qui parlent à chacun. À qui s’adressent les paraboles de Luc ? Aux collecteurs d’impôt : des hommes. Aux pharisiens : des hommes. Aux scribes : des hommes. Mais il n’y a pas que des hommes, il y a aussi ces femmes qui festoient parce qu’elles ont remis la main sur l’argent du ménage ! L’alternance des figures crée une symbolique de la mixité. À côté des hommes, il y a toutes ces femmes serrées les unes contre les autres, faisant nombre et masse. Un rabbi ordinaire dédaignerait ces femmes. Jésus, lui, traduit, dans l’imaginaire qui est le leur, la bonne nouvelle du salut pour tous, riches et pauvres, savants et ignorants, hommes et femmes. Pour elles il ira jusqu’à se comparer à une poule qui rassemble sous ses ailes ses poussins (13,34).

Dieu a besoin des femmes : Marie de Nazareth et Élisabeth (Luc 1,39-56)

  Cela commence comme une geste familiale. Il y avait une fois le prêtre Zacharie et sa femme Élisabeth ; il y avait une fois Joseph et Marie sa « promise ». Le style est tel que certains lecteurs ont cru avoir affaire à des pastiches de l’Ancien Testament. Mais on ne peut prendre à la légère ces pages où des femmes occupent le devant de la scène.

  Et où les hommes se taisent. Joseph, c’est simple, ou il est absent ou il n’ouvre pas la bouche. Son nom ne revient que cinq fois dans les deux premiers chapitres de Luc (douze occurrences pour Marie). On est loin du Joseph de Matthieu à qui « l’ange du Seigneur » fait l’honneur de trois visites nocturnes. Matthieu, on le sait, fait la part belle à Joseph ; Luc n’a d’yeux que pour Marie.

  Ce sont deux annonces de naissance. « Ta femme enfantera un fils », dit l’ange à Zacharie, le grand prêtre. Le même, s’adressant directement à Marie : « Tu concevras et tu enfanteras un fils. » Et l’un et l’autre d’interroger le messager. « À quoi le saurais-je ? », demande Zacharie. « Comment cela sera-t-il ? », interroge Marie. Questions proches. Dans celle de l’homme, pourtant, l’ange voit l’ombre d’un doute. La preuve ? Le signe de Zacharie sera, négatif, celui de sa bouche cousue pour un temps. Celui de Marie est on ne peut plus positif : l’ange lui révèle le secret qu’Élisabeth, sa cousine, cache depuis cinq mois : la stérile, en sa vieillesse, a conçu elle aussi un fils. L’homme est une figure de scepticisme, la femme est l’image même de la disponibilité à la parole de Dieu.

  « Tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. »
  « Je suis la servante du Seigneur. Qu’il m’advienne selon sa parole. »

  Que fait Marie dès que l’ange la quitte. Elle se lève et va rendre visite à Élisabeth. Avec la permission de qui ? Accompagnée par qui ? De tout cela Luc n’a cure. Deux femmes ont le besoin irrépressible de partager leur jubilation. Deux femmes seules avec leur double secret. Et un fœtus dans le ventre de chacune. Et l’enfant d’Élisabeth qui « bondit d’allégresse » dans celui de sa mère dès que la salutation de Marie a résonné en lui. « Tu es bénie entre toutes les femmes et béni aussi le fruit de ton sein », s’écrie Élisabeth. Et à travers tout cela c’est l’Église elle-même qui est en gestation. Une Église sans hommes, sans prêtres (où se cache le muet ?). Un duo de femmes habitées : par leurs royaux enfants à naître et par l’Esprit saint. Et une jeune femme (Marie ou une autre ) qui chante la révolution de Dieu : le Magnificat.

La pécheresse anonyme (Luc 7,36-50)

  « Vivre est heureux. Voir, entendre, toucher, boire, manger, rire et pleurer, parler à ceux qu’on aime et mêler son corps à leur corps est heureux... » (Annie Leclerc : Parole de femme)

   Qu’est-ce qui fait courir cette femme ?  Quelle nécessité impérieuse l’habite ? Mystère ! Il faut qu’elle voie Jésus. Qu’elle fasse quelque chose pour lui. Un geste coûteux. Un parfum rare. Rien n’est trop beau pour cet homme. Cette pécheresse n’est pas forcément une pauvresse.

  Elle a calculé son coup. Une maison où se donne un festin est un lieu quasi public. Jésus sera couché « à la romaine ». Il suffira d’avancer discrètement par derrière. Elle a tout prévu sauf peut-être une chose. Qu’au dernier moment, elle ne pourrait maîtriser son émotion. Voici déjà les larmes qui perlent. Trop tard pour les retenir. Une vraie fontaine. Les laisser couler sur les pieds de l’homme. L’onction sera d’abord celle des pleurs.

  Tête de Simon, le pharisien, celui qui a invité Jésus ! Il est de plus en plus impossible de faire comme si l’on n’avait rien vu. D’autant que la femme en remet. De ses longs cheveux dénoués (l’indécente !) elle fait un linge pour essuyer les pieds de l’homme. Elle ne résiste pas au plaisir de les embrasser, ces pieds, de les couvrir de baisers. Enfin – enfin ! – elle les oint de parfum.

  France Quéré (Les femmes de l’Évangile, Seuil 1982) – après les Pères de l’Église – m’assure que ces gestes sont autant de symboles. « Les larmes sont la douleur du péché, les cheveux qui les essuient le pardon, quand la souffrance a purifié la faute. Les baisers expriment la relation nouvelle, un élan de gratitude et d’amour. Au parfum s’attachent les notions d’incorruptibilité et d’immatérialité. C’est assez pour désigner l’Esprit de Dieu. Ainsi cette femme, en quatre gestes, s’est-elle élevée de l’imploration à l’exaucement. »

  Je veux bien que Luc ait voulu dire cela. Mais ce que je vois, c’est une femme qui pleure, une femme qui libère toutes ses (bonnes) humeurs. Ce qu’une prostituée ne fait pas, même au prix fort – embrasser longuement, caresser –, elle le fait. Ce corps qu’elle prête chichement, il n’est plus soudain qu’offrande. L’amour qui est en elle, elle le clame avec ses yeux, ses cheveux, ses lèvres, qui en disent tellement plus que des mots. Jusqu’à ces larmes, longtemps taries, qui n’arrêtent plus de couler, d’arroser, de laver.

  Et Jésus se laisse faire. Ces marques de ferveur, il les accueille. Ce corps impur, ces cheveux dénoués, ces mains habituées à d’autres contacts, ces lèvres habiles à d’autres pratiques, ne lui font pas peur. Il y a en cet homme assez de liberté pour recevoir ces transports à la fois excessifs et modestes (la femme n’en veut qu’à ses pieds) pour ce qu’ils sont : les preuves d’un grand amour.

  Et quand le maître se décide à parler, c’est pour dire quoi ? C’est pour justifier le comportement de cette femme. Pour le donner en exemple. Elle a bien fait de laisser parler son cœur et son corps. Sa générosité a fait oublier ce que l’accueil de Simon avait de pingre. S’adressant à la femme, toujours sans voix, Jésus dit « tes péchés te sont remis ». Et comme je trouve vaine cette discussion de scribes (dont je suis) pour savoir qui, de son amour ou de sa foi, vaut à la pécheresse ce pardon. Comme s’il n’était pas évident qu’elle ne peut aimer Jésus que parce qu’elle croit en lui – et qu’elle ne croit en lui que parce qu’elle l’aime.

  Qui est cette femme ? On la confond souvent avec Marie de Magdala qui va apparaître au chapitre suivant. Mais le doute demeure. Comme si cette femme de petite vertu et de grand amour n’était pas digne de faire partie de la suite de Jésus.

Marthe et Marie (Luc 10,38-42)

  « Tandis qu’ils vont, il entre dans un village et une femme du nom de Marthe l’accueille dans sa maison. Elle a une sœur nommée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. »

  Un point de passage obligé que cette histoire, un pont aux ânes de la prédication. Cinq versets, trois personnages, deux sœurs, une maison. Une scène en deux répliques : une intervention de Marthe qui trouve que sa sœur ne l’aide pas assez à préparer le repas, une réponse de Jésus.

  Nous sommes devant ce qu’un maître de la science du Nouveau Testament a appelé un « apophtegme biographique » ! Apophtegme : parole mémorable exprimée de façon concise. Biographique : car le récit qui enchâsse le « dit » nous parle de Jésus, de sa manière de cheminer, de ses fréquentations...

  On entre donc, on s’aventure. Ou l’on croit s’aventurer ; car il y a l’exégèse et il y a l’histoire de l’exégèse. Pas une page de la Bible qu’on lise seul. Vous ouvrez le Livre et quelque chose comme un inconscient collectif se met en branle. Les textes évoquent traditions, discussions, émotions. Celui-ci a tout un passé.

  Rémy Hebding écrit dans le bulletin de Villemétrie d’octobre 1980 : « L’exégèse traditionnelle a souvent utilisé le récit de Marthe et Marie [...] pour justifier la vie monastique exempte de la quotidienneté des travaux du monde. La bruyante et active Marthe y est opposée à la silencieuse et contemplative Marie. Or, dès les premiers siècles Ambroise de Milan, commentant le texte, insiste sur la nécessaire exemplarité des deux rôles. »

  Charles L’Eplattenier, dans sa Lecture de l’évangile de Luc écarte tout cela d’un revers de main. « Laissons les applications sérieuses ou fantaisistes que l’on a souvent brodées autour des deux figures opposées de Marthe et Marie. »

  Il écrit cela en 1982. Où en était-on il y a trente ans ? Une attention plus fine avait été portée au personnage de Marie. Ni moniale, ni contemplative, ni modèle de prière, Marie était d’abord celle qui écoute. « Ce n’est pas en œuvrant qu’on devient chrétien mais en écoutant. » (Luther)

  Surtout quand l’homme qu’il faut écouter est l’envoyé de Dieu. Ce n’est pas le moment de s’agiter. « Femmes, si Dieu venait, vous rangeriez Dieu-même », s’est écrié un jour Péguy en un alexandrin non exempt de misogynie – comme si les femmes avaient le monopole des activités de rangement de Dieu. Mais c’est vrai que Marthe n’est pas à la hauteur. Jésus est là, dans sa maison, peut-être à son invite. Un événement dans l’existence monotone des deux sœurs. Pourquoi Marthe donne-t-elle l’impression d’avoir besoin de s’en protéger ?

  Ainsi prenait forme une lecture possible. Le travail, le service, l’entraide, la diaconie n’étaient nullement dévalués. Mais il y a un temps pour tout. Un temps pour parler et un temps pour se taire. Un temps pour écouter et un temps pour s’inventer une vie neuve après l’écoute. Il n’y a pas d’action juste qui puisse faire l’économie de l’écoute. C’est en gros ce que je prêchais il y a trente ans. De l’art de pratiquer, en toute bonne foi, une lecture biblique asexuée...

  Comment ne pas se détourner d’un texte dont la signification est à ce point ressassée ? Quand la clé qui l’ouvre, c’est le passe-partout de la sagesse des nations : « Il y a un temps pour tout. » (l’Ecclésiaste)

  Et puis, un jour, la Bible s’ouvre d’elle-même à la page interdite. En quelques secondes, on prend conscience qu’on était passé à côté de l’essentiel. La pointe de ce passage, ce n’était pas la parole de Jésus, mais le fait qu’elle fût adressée à une femme.

  Joie de la découverte : un vieux texte brille d’un éclat neuf. Joie partagée. D’autres, autour de moi, découvraient la même chose que moi. C’est, disait l’un, le texte le plus féministe du Nouveau Testament. Un autre écrivait : dans ce court passage, Luc nous donne « le récit fondateur de la mission confiée aux femmes ».

  Je n’avais fait qu’accrocher une vérité qui était dans l’air. La conscience collective, cédant lentement à la poussée du mouvement des femmes, accueillait un sens qui était en attente.

  Revenons à Marie. Elle a fait quelque chose qui n’est pas ordinaire pour une femme de son temps. Se faufilant au premier rang de ceux qui font cercle autour du rabbi, elle s’est assise à ses pieds. Il me plaît d’imaginer qu’elle n’a mis à cela aucune ostentation. Marie, c’est l’audace des timides. Elle a compris que se jouait là une partie qui la concernait. Ce que dit Jésus, cette parole qui ouvre l’horizon, ce n’est pas seulement une affaire d’hommes. Apprendre, oui. Comme ces femmes du XIXe siècle auxquelles Jules Ferry ouvrira les écoles « pour donner aux hommes républicains des compagnes républicaines ». Écouter cet homme qui proclame un Évangile ouvert à tous, aux femmes comme aux hommes.

  Je ne me laisserai pas impressionner par les séduisantes analyses de Françoise Dolto – qui voit en Marie un cas patent de fixation et de régression orale. (L’Évangile au risque de la psychanalyse, Delarge, 1977). « Cette orante, cette orale », écrit-elle dans un calembour digne de Lacan. Marie n’a rien d’une orante. Elle ne prie pas. Elle boit les paroles de Jésus. Et alors ? À qui la faute si elle n’est encore, culturellement parlant, qu’un nourrisson. Jésus n’a pas donné en exemple un comportement infantile.

   Marie n’est ni la première ni la dernière qui s’assied aux pieds d’un maître. C’est dans cette position que maître et élève communiquaient à l’époque. C’est dans cette posture que Paul a reçu l’enseignement de Gamaliel – et qu’il est devenu un maître à son tour. « Marie a choisi la bonne part qui ne lui sera point ôtée », dit Jésus. Il fait d’elle sa disciple.

Les femmes et la mort de Jésus

  Arrestation. Comparution devant le Sanhédrin. Condamnation à mort. Montée vers le Calvaire : « Le suivait une foule nombreuse du peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine et pleuraient sur lui. » (Luc 23,27) Crucifixion. Les apôtres ont fui – sauf Jean. Des femmes assistent à distance à la descente de croix organisée par Joseph d’Arimathie, elles regardent comment le corps a été placé dans le tombeau. Elles achètent des aromates pour oindre le corps. Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala vient la première au tombeau. Jésus est ressuscité. Elle et les autres femmes vont annoncer cela aux Onze. Mais ces paroles leur semblèrent du radotage et ils ne croyaient pas en elles. On a pu écrire, à juste titre, que Marie de Magdala est, en fait, au moins chronologiquement parlant, et surtout d’après Marc et Jean, le premier Apôtre.

  « La révolution opérée par le christianisme dans la situation de la femme remonte incontestablement à Jésus lui-même », disait Suzanne de Dietrich. Mais ce n’était qu’un commencement.*

Daniel Galland
Cahier Evangile et liberté
N° 239 mai 2010

vendredi 6 juillet 2012

Homélie pour Abel Chennouf, caporal parachutiste, mort pour la France


On se souvient de l’assassinat par un tueur fou, Mohamed Merah, de trois parachutistes à Montauban, le jeudi 15 mars 2012, succédant à l’assassinat à Toulouse d’un autre parachutiste, le dimanche 11 mars, et précédant la tuerie de l’école juive Ozar-Hatorah, toujours à Toulouse, le lundi 19 mars.

Lors de la cérémonie funèbre en l’honneur d’un de ces parachutistes, qui était  chrétien, le père Christian Vennard, aumônier du 17e régiment du génie parachutiste, a prononcé une très belle homélie que je désire partager avec mes lecteurs. 




"Abel, mon camarade parachutiste, mon frère, voilà une semaine, jour pour jour et presque heure pour heure, je tenais ta main, encore chaude de la vie que venait de te prendre un assassin. Je tenais ta main en priant pour toi, en pensant à ta maman et en te confiant à notre Maman du Ciel, la Vierge Marie. Je ne connaissais pas encore Caroline, mais si tel avait été le cas, je t’aurais aussi parlé pour elle et pour ce petit bébé que vous attendez.

Puis je me suis penché sur ton camarade Mohamed Legouad qu’essayaient de maintenir en vie les remarquables équipes d’urgentistes. Enfin, j’ai assisté au départ vers l’hôpital de Loïc Liber, qui à cette heure même se bat, entouré de son papa et de sa maman, pour rester en vie. Que de souffrances. Que d’incompréhensions. Mais aussi que de solidarité, de soutien, d’hommages et, pour nous chrétiens, de foi (comme le rappelait hier l’évêque aux armées en la cathédrale de Montauban) et d’espérance, malgré tout !
Il y a deux mille sept cents ans, à Rome, au cœur même du forum, symbole et centre de la vie de la Cité, un gouffre s’ouvrit. L’oracle consulté livra cette réponse : pour combler ce gouffre, Rome devait y engloutir ce qu’elle avait de plus précieux. Chacun s’interrogeait encore sur ce qui pouvait être de plus précieux, quand un jeune cavalier, un jeune homme armée, Curtius, se jeta avec son cheval dans le gouffre qui se referma aussitôt. Oui, ce que Rome avait de plus précieux était un jeune militaire défenseur de la Cité. Le criminel terroriste qui a mené ces actions dans lesquelles tu as perdu la vie, Abel, a tenté d’ouvrir un gouffre. Le prix à payer pour le combler est bien sûr infiniment trop lourd ; mais mon ami Abel, tu es devenu, comme Curtius, symbole de ce que notre pays, la France, possède de plus précieux. Et désormais, c’est ainsi que tu nous apparaît : jeune caporal parachutiste, mort pour la France, dans un attentat terroriste qui voulait mettre à bas notre Patrie.

Abel, je veux aller encore plus loin. C’est parce que tu portais l’uniforme français, parce que tu étais fier de ton béret rouge, que ce criminel t’a visé. Ce que ce meurtrier ne pouvait savoir c’est aussi tout ce que tu représentes aujourd’hui pour notre Patrie. Issue d’une famille à la fois alsacienne (avec tout ce que cette région fait ressortir en notre pays des souffrances liées aux deux conflits mondiaux) et kabyle (et comment ne pas évoquer ici les douloureux événements d’Algérie), ta famille choisit la France avec (et je reprends les mots mêmes de ton cher papa), avec toutes ses traditions, y compris ses racines les plus profondes, qui sont chrétiennes. Comment ne pas voir, mon ami Abel, dans une telle accumulation de symboles, ce que nous avons de plus précieux cette capacité que possède notre Patrie française de prendre en son sein, tous ceux qui veulent devenir ses fils.

Au moment où nous allons te porter en terre, dans cette terre pétrie des ossements de nos pères (c’est cela la Patrie aussi), Abel, avec toute ta famille, tes amis, tes camarades parachutistes, je te fais le serment que nous soutiendrons Caroline et ton enfant. Que nous resterons présents auprès des tiens. Désormais c’est à Dieu que nous te confions, au travers des rites catholiques qui accompagnent nos défunts. Nous savons que tu es vivant auprès du Père. Tu as rejoint Jésus, ce Dieu fait Homme, cet innocent mort à cause de la méchanceté et la violence qui habitent trop souvent le cœur des hommes. Ton sacrifice se trouve comme enveloppé dans celui du Christ Jésus. En te retrouvant jeudi dernier, gisant sur le sol montalbanais, en prenant ta main et en voyant couler de tes blessures ce sang si rouge et si pur, je confiais au Seigneur de la Vie, cette vie qui s’écoulait de toi. Et si aucune larme ne sortait de mes yeux, comme tant de tes camarades, c’est mon cœur qui pleurait sur toute violence faite aux innocents sur cette pauvre terre. Et c’est à l’Innocent qui a versé son Sang pour nous réconcilier avec son Père, qui a versé son propre Sang en rançon pour toutes les violences, que je confiais ta belle âme. Abel, français d’origine alsacienne et kabyle, catholique par choix, parachutiste au service de la France, que notre grand saint patron, que l’Archange saint Michel t’accueille et te fasse entrer au sein du Père, avec le Fils et le Saint-Esprit. Amen."

Requiescat in pace.

jeudi 9 février 2012

Jésus raconté par le Juif errant

Je viens de relire un ouvrage oublié d’un auteur oublié : Jésus raconté par le Juif errant, par Edmond Fleg (n. éd. Paris, Albin Michel, 1993, entre 15 et 20 € dans les librairies d’occasion ), tous deux fort injustement.

Qui était Edmond Fleg ? Un des plus brillants représentants de la communauté juive d’entre les deux guerres, et même d’après, puisqu’il mourut en 1963 à presque 90 ans. Poète, dramaturge, romancier, librettiste d’opéra, essayiste, critique littéraire et dramatique, anthologiste, maître à penser de toute une génération d’intellectuels juifs de France, d’Afrique du Nord et même d’Israël, initiateur du scoutisme juif, fondateur avec Jules Isaac en 1948 de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, sa réputation fut considérable. Parmi ses très nombreux ouvrages, il faut absolument citer une Anthologie juive des origines à nos jours (1ère éd. 1923, nouv. éd. complétée Paris, Flammarion, 1951, plus. rééd.) dont nul, s’il s’intéresse au judaïsme, ne peut faire l’économie.

Et puis ce Jésus raconté par le Juif errant, dont la première publication date de 1933 et la dernière, complétée après l’expérience de la guerre et de la Shoah, de 1953. Il fit à l’époque (qu’il faut se remémorer : l’arrivée au pouvoir du nazisme, un antisémitisme quasi institutionnel) l’effet d’un tremblement de terre. Entre juifs et chrétiens il y avait un double refus, un double tabou. Pour la première fois, écrit dans sa Préface le rabbin Josy Eisenberg, quelqu’un eut une « incroyable audace : parler du Juif Jésus aux Juifs, et de Jésus le Juif aux chrétiens » (p. I).

Ce « roman théologique » est, je n’hésite pas à le dire, un petit chef d’œuvre. Il l’est d’abord par la langue et le style, qui sont d’un conteur inspiré. Et aussi par l’inspiration, justement. Fleg s’empare d’une vieille légende médiévale antisémite, et la retourne, tout simplement. Dans la légende, le Juif en question est condamné à errer sans trêve pour avoir refusé un verre d’eau à Jésus titubant sous sa croix et lui avoir craché dessus. Dans le roman, ce Juif est le paralytique guéri par Jésus, qui donc, fasciné par lui, se met à le suivre partout où il va, et, tout en ne cessant de s’interroger : qui est-il vraiment ?, est rempli d’amour pour lui, au point même de chercher à le sauver du piège tendu par Judas (qui n’est pas l’homme tout d’une pièce que l’on se représente). Lors du portement de la croix auquel il assiste en spectateur bouleversé, Jésus lui demande de l’aider ; et s’il refuse, c’est parce qu’on lui annonce que deux de ses cousins ont été pris dans une rafle ordonnée par Pilate : il court, ne les retrouve pas, jusqu’à ce qu’il découvre que les deux « larrons » condamnés au supplice de la croix avec Jésus, ce sont eux !

Il doit donc errer jusqu’à la consommation des temps, non par punition, mais parce que lui, Juif, doit être le témoin perpétuel de Jésus. Comme l’a bien dit le rabbin Josy Eisenberg, ce Juif errant est tout uniment la figure d’Israël.

Pourquoi le présent billet ? pour redonner envie à ceux qui le liront de découvrir ou redécouvrir Edmond Fleg, grand serviteur de l’amour entre les deux Israëls.

J’ai choisi de citer un passage vraiment prophétique (n’oublions pas qu’il a été écrit en 1933) :
(Il s’agit de la montée au Calvaire, pp. 273-274) :

« Maintenant la montée commençait… D’abord les cavaliers… Oui, les cavaliers… Puis l’homme qui soufflait la trompette, avec l’autre, qui criait au coin des rues :

-- On va mettre en croix Jésus de Nazareth ! on va mettre en croix le Roi des Juifs !

Puis ceux qui portaient les chevilles, les clous, les marteaux… Puis lui, avec sa croix, au bout de ses cordes… Puis l’homme qui portait l’écriteau… Ensuite les deux autres, que je ne voyais pas, et, derrière, la foule qui hurlait :

-- Blasphémateur !... Sorcier !... Faux Messie !

De toutes les terrasses, de tous les toits, des sifflets, des huées… Et ces enfants, dont il avait dit : « Laissez venir à moi les petits enfants… » ils venaient à lui, les petits enfants : ils lui lançaient des pierres !... Et lui acceptait ! Pour le salut du monde ! Pour la paix du monde !

Regardez Jérusalem : ces ténèbres, qui se battent avec ces ténèbres ! Eglise contre Mosquée, Mosquée contre Eglise ; Eglise et Mosquée contre Synagogue ! Et, dans la Synagogue, Aschkenazim contre Sefardim ! Dans la Mosquée, Hachémites contre Waabites ! Dans l’Eglise, Romains contre Orthodoxes, Arméniens contre Coptes, Luthériens contre Calvinistes, Anglicans contre Presbytériens ! Et, tout autour, sur tous les continents, usines à canons, à mitrailles, à torpilles ! Usines à microbes, à gaz asphyxiants ! C’était pour cela qu’il montait au Calvaire ! pour ce salut du monde, pour cette paix du monde ! »

Après cela, n’est-ce pas, tout commentaire est superflu…

dimanche 1 janvier 2012

Le saint Nom de Jésus

Yéchoua (le nom hébreu de Jésus) vient de la racine hébraïque de la racine : " Yacha" qui signifie : droiture, justice, probité, intégrité.Yéchoua signifie: secours, délivrance, salut, triomphe, aide, sauvetage, assistance, affranchissement, victoire, bonheur, félicité... et tout cela vient de "" ou de "Ya" donc de IHWH, le Seigneur Tout Puissant !

Un nom hébreu représente la nature de la personne qui le porte. Donc Jésus est venu nous sauver toi et moi, c'est-à-dire il est venu nous secourir, délivrer, sauver, faire triompher, aider, assister, affranchir, donner la victoire, donner le bonheur et la félicité.

Jésus dit dans Jean 10:10 :"... je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu'elles l'aient en abondance".

"L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres... pour guérir ceux qui ont le coeur brisé... pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés..." (Luc 4:18,19), (Isaïe 61:1).

"Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les oeuvres du diable. "(1 Jean 3:8).

"Je suis venu comme une lumière dans le monde, afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres." (Jean 12: 46).

"Si quelqu'un entend mes paroles et ne les garde point, ce n'est pas moi qui le juge; car je suis venu non pour juger le monde, mais pour sauver le monde."(Jean 12: 46)

"Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi."(Jean 12:32)

"Moi et le Père nous sommes un.” (Jean 10:30)

“Celui qui m'a vu a vu le Père” (Jean 14:9)

“Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi.”(Jean 14:6).


LES NOMS DE JESUS

Consolateur (1 Jean 2:1)

Admirable (Is.9:6)

Père du siècle à venir (Is.9:6)

Emmanuel (Dieu avec nous) (Is.7:14)

Tout-Puissant (Apocalypse. 1:8; Mat. 28:18)

Alpha et Omega (Apocalypse 1:8; 22:13)

Amen (Apocalypse 3:14)

Apôtre de notre Profession (Heb. 3:1)

Victime expiatoire pour nos péchés (1 Jean 2:2)

Auteur de Vie (Actes 3:15)

Auteur de notre Foi (Heb. 12:2)

Auteur de notre Salut (Heb. 2:10)

Commencement et fin (Apoc. 22:13)

Bienheureux et seul Souverain (1 Tim. 6:15)

Pain de Dieu (Jean 6:33)

Pain de Vie (Jean 6:35; 6:48)

La pierre principale (Actes 4:11; 1 Pierre 2:7)

Pierre angulaire (Eph. 2:20)

Souverain Berger (1 Pierre 5:4)

Christ (1 Jean 2:22)

Créateur (Jean 1:3)

Libérateur (Rom. 11:26)

La vie éternelle (1 Jean 1:2; 5:20)

Le zèle de l'Eternel des Armées (Is. 9:6)

La Porte (Jean 10:9)

Fidèle et Véritable (Apocalypse 19:11)

Fidèle témoin (Apocalypse 1:5; 3:14)

Principe de la création de Dieu (Apocalypse 3:14)

Le premier et le dernier (Apocalypse. 1:17; 2:8; 22:13)

Premier-né des morts (Apocalypse 1:5)

Prince des rois de la terre (Apocalypse 1:5)

Dieu (Jean 1:1; 20:28; Heb. 1:8; Rom. 9:5; 2 Pierre 1:1;1 Jean 5:20; etc.)

Le Bon Pasteur (Jean 10:11,14)

Le grand Berger (Heb. 13:20)

Grand Souverain Sacrificateur (Heb. 4:14)

Chef suprême de l'Eglise (Eph. 1:22; 4:15; 5:23)

Héritier de toutes choses (Heb. 1:2)

Souverain Sacrificateur (Heb. 2:17)

Le Saint, le Véritable (Apocalypse 3:7)

Le Saint et le Juste (Actes 3:14)

Espérance (1 Tim. 1:1)

L'espérance de la gloire (Col. 1:27)

Puissant Sauveur (Luc 1:69)

Je Suis (Jean 8:58)

Image de Dieu (2 Cor. 4:4)

Roi Eternel (1 Tim. 1:17)

Roi d'Israel (Jean 1:49)

Roi des Juifs (Mt. 27:11)

Roi des rois (1 Tim 6:15; Apocalypse 19:16; Apocalypse 15:3)

L'Agneau (Apocalypse 13:8)

Agneau de Dieu (Jean 1:29)

L'agneau sans tache (1 Pierre 1:19)

Dernier Adam (1 Cor. 15:45)

La Vie (Jean 14:6; Col. 3:4)

Lumière du monde (Jean 8:12)

Lion de la tribu de Judah (Apocalypse 5:5)

Le Vivant (Apocalypse 1:18)

La pierre vivante (1 Pierre 2:4)

Seigneur et Sauveur (2 Pierre 2:20)

Seigneur de tous (Actes 10:36)

Seigneur de Gloire (1 Cor. 2:8)

Seigneur des seigneurs (Apocalypse 19:16)

L'Eternel [YHWH] notre Justice (Jer. 23:6)

Homme céleste (1 Cor. 15:48)

Médiateur de la Nouvelle Alliance (Heb. 9:15)

Dieu puissant (Isa. 9:5)

L'Etoile brillante du matin (Apocalypse 22:16)

Le rejeton et la postérité de David (Apocalypse 22:16)

Fils unique de Dieu (Jean 1:18; 1 Jean 4:9)

Grand Dieu et Sauveur (Tite 2:13)

Notre sanctification (1 Cor. 1:30)

Notre Epoux (2 Cor. 11:2)

Notre Protection (2 Thess. 3:3)

Notre Rédemption (1 Cor. 1:30)

Notre Justice (1 Cor. 1:30)

Notre Pâque qui a été immolé (1 Cor. 5:7)

Puissance de Dieu (1 Cor. 1:24)

Précieuse Pierre angulaire (1 Pierre 2:6)

Prince de la Paix (Isa. 9:6)

Prophète (Actes 3:22)

Résurrection et Vie (Jean 11:25)

Germe juste (Jer. 23:5)

Le Juste (Actes 7:52; 1 Jean 2:1)

Le Rocher (1 Cor. 10:4)

Rejeton de David (Apocalypse 5:5; 22:16)

Sauveur (Eph. 5:23; Tite 1:4; 3:6; 2 Pierre 2:20)

Fils de David (Luc 18:39)

Fils de Dieu (Jean 1:49; Heb. 4:14)

Fils de l'homme (Mt. 8:20)

Fils du Très-Haut (Luc. 1:32)

L'Auteur du salut éternel pour ceux qui lui obéissent (Heb. 5:9)

Le seul Médiateur (1 Tim. 2:5)

La pierre rejetée (Actes 4:11)

Le vrai Pain (Jean 6:32)

La vrai Lumière (Jean 1:9)

Le vrai Cep (Jean 15:1)

La Vérité (Jean 1:14; 14:6)

Le Chemin (Jean 14:6)

La Sagesse de Dieu (1 Cor. 1:24)

Conseiller (Isa. 9:6)

Le Verbe (Jean 1:1)

Le Verbe de Dieu (Apocalypse 19:13)

Emprunté au blog http://langedeleternel.centerblog.net





En ce premier jour de l’année nouvelle,

fête du SAINT NOM DE JESUS,

invoquons Celui qui fait toutes choses nouvelles
(Apocalypse 21, 5)

par le Nom de qui, et aucun autre, nous pouvons être sauvés.(Actes, 5, 12)






lundi 7 novembre 2011

JESUS (ter)

Je vous ai déjà instamment recommandé le Jésus de Jean-Christian Petitfils.

Je n'insisterai jamais suffisamment pour vous dire de le lire et de le faire lire. Les incroyants, pour prendre connaissance d'arguments scientifiques qui leur sont rarement proposés. Les fidèles, pour, non pas étayer leur foi, qui n'a pas besoin d'arguments rationnels, mais pour avoir de quoi répondre aux objecteurs qui font parade d'une pseudo-science.

Je répète : lisez et faites lire ! C'est un acte de salubrité publique.

Exceptionnellement, j'emprunte tout ce qui suit, c'est-à-dire les explications de l'auteur, à un autre blog : celui de Valeurs actuelles.


Jean-Christian Petitfils : « S’arrêter devant le mystère »



Connu pour ses biographies de Louis XIV ou de Louis XVI, l'historien explique à "Valeurs actuelles" sur quelles sources peut s’appuyer une biographie de Jésus.

Comment un historien plutôt spécialisé sur l’Ancien Régime français en arrive-t-il à travailler si loin de ses bases, et comment travailler sur un sujet où les sources sont si rares et qui émanent toutes de disciples de Jésus ?

En fait, c’est un sujet sur lequel je travaille depuis longtemps, accumulant depuis vingt-sept ans études historiques, travaux d’exégèse, ouvrages d’archéologie biblique. Jésus est le personnage le plus connu de l’Histoire universelle. Comment ne pas se poser de questions non seulement sur son enseignement spirituel, son message éthique, mais aussi sur sa personne ? Au-delà des affirmations de la foi chrétienne, nombreux sont les croyants ou les incroyants qui s’intéressent à sa figure historique. Qui est-il vraiment ? Que sait-on de lui ? Que dit-il de lui-même ? Pour effectuer ce travail d’enquête historique, on dispose de quelques sources documentaires extérieures aux communautés chrétiennes : deux ou trois passages de Flavius Josèphe, qui font mention de Jésus (« homme exceptionnel », «accomplissant des choses prodigieuses »), des textes religieux juifs permettant de mieux situer son environnement, comme la Mishna, compilation rabbinique des vieilles lois et traditions orales juives, enfin de nombreuses données archéologiques, liées au développement récent des fouilles en Israël, je pense à une synagogue du Ier siècle de notre ère qu’on a trouvée à Magdala, la ville d’où vient Marie Madeleine, sur les bords du lac de Tibériade, une synagogue que Jésus a certainement connue, de même qu’il a connu la petite maison datant de la même époque dont on a retrouvé en 2009 les fondations au centre du village de Nazareth. Mais, bien entendu, la source principale reste les Évangiles canoniques : pour l’historien, la question est de savoir si les faits rapportés n’ont pas été déformés, voire dénaturés, par les affirmations de foi des premières communautés chrétiennes. Son premier travail consiste donc à les dater, à connaître leur genèse et, partant de là, à évaluer leur historicité. La conclusion est qu’au plan historique ils apparaissent comme relativement fiables. Evidemment, on ne peut pas raconter la vie de Jésus comme celle d’un personnage de l’époque moderne, sur lequel les sources abondent. Il s’agit ici de déterminer les hypothèses les plus plausibles, les plus cohérentes.

Contrairement à l’idée reçue, vous affirmez que l’Évangile de Jean est le plus historique.

 
C’est vraiment le texte d’un témoin oculaire, le « disciple bien-aimé », qui n’est pas l’un des Douze, comme on le dit souvent, mais un membre de la haute aristocratie de Jérusalem. Il connaît à la perfection la ville, le Temple, son administration, son personnel. C’est lui, par exemple, qui permet à Pierre d’entrer dans la cour du grand prêtre. Il est difficile de l’identifier au fils de Zébédée, l’humble pêcheur du lac de Génésareth, d’autant qu’il semble mieux connaître la géographie de la Judée que celle de la Galilée. Certes, il n’a pas suivi constamment Jésus, mais pour son ministère galiléen il a été renseigné par quelques apôtres dont André, qui authentifieront son texte : « Nous savons que son témoignage est vrai. » Jean est à la fois le plus mystique des évangélistes et en même temps le plus historique.


Il est particulièrement important pour l’historien de bien saisir cette double perspective qui se déploie tout au long de son Évangile. Jean n’invente rien, ne crée jamais des histoires ou des situations à seule fin de faire passer un message. On peut considérer que tous les détails qu’il donne sont authentiques. L’ennui est qu’il en est assez avare ! Il s’attache à tirer une signification symbolique de la réalité. Prenons les noces de Cana, par exemple. Il transcende cette humble noce villageoise, à laquelle Jésus a bien participé avec sa famille et ses cinq premiers disciples et au cours de laquelle il a opéré son premier miracle (l’eau changée en vin), en une noce eschatologique de Dieu et de son peuple. Il omet de nous donner le nom des mariés et le lien de parenté entre eux et Marie, venue de Nazareth, à quelques kilomètres de là. Mais tous les détails qu’il fournit, par exemple la présence de six et non de sept jarres de pierre (sept étant le chiffre de la perfection), signifient pour lui l’imperfection de l’Israël ancien. D’où la mention qu’il en fait. Ceux qui prétendent que l’épisode de Cana est une pure invention se trompent, parce qu’ils négligent l’intention profonde de cet auteur extrêmement subtil, dont les exégètes n’ont pas fini de découvrir la richesse cachée. Quand on lit l’évangile de Jean, il faut avoir constamment en tête ce double registre : le fait matériel et sa dimension symbolique et spirituelle. Ce qui revient à dire que le fait matériel, en lui-même, ne peut être qu’authentique.


Accepter cette dimension historique repose pourtant sur un postulat, celui de la bonne foi des rédacteurs des Évangiles.


Les Évangiles ne sont pas des ouvrages historiques, au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Ce sont des biographies catéchétiques destinées à annoncer la mort et la résurrection de Jésus ainsi que le salut offert par lui au monde. Les évangélistes et les auteurs chrétiens du Ier siècle, comme Paul, ont un respect scrupuleux de la vérité. « Si quelqu’un retranche quelque chose des paroles du livre qui contient cette prophétie, écrit Jean dans l’Apocalypse, Dieu l’effacera du livre de vie, l’exclura de la Ville sainte et ne lui donnera point part à ce qui est écrit dans ce livre. » La thèse inverse a été énoncée par Rudolf Bultmann, cet exégète protestant du début du XXe siècle, qui a fait un travail de recherche particulièrement poussé, mais qui était animé d’un scepticisme radical, ravageur même, qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans les autres sciences humaines. Pour lui, on ne peut atteindre le Jésus de l’Histoire parce que tous les textes ont été travaillés, « mythologisés » : le Christ de la foi n’est que la création des premières communautés chrétiennes et c’est lui seul qui peut être objet d’étude. Disons-le, cette approche-là est aujourd’hui largement dépassée, même chez ceux qui se réfèrent encore à ses travaux. De plus en plus de chercheurs – particulièrement aux États-Unis, où la recherche est féconde – admettent la fiabilité historique des Évangiles, au moins dans les traits principaux qu’ils rapportent.

D’autant que les Évangiles, selon vous, ont tous été écrits avant l’an 70, c’est-à-dire à une époque où beaucoup de témoins oculaires étaient encore vivants…

Paul, vers 55, écrit : Jésus « est apparu à Céphas (Pierre), puis aux Douze, et à plus de 500 frères à la fois, la plupart vivent encore ». On peut considérer que dix ans plus tard, date à laquelle les Évangiles ont été écrits, tous ces gens n’avaient pas disparu. Outre Jean qui meurt à Ephèse en l’an 101, il y avait encore Siméon, cousin germain de Jésus, qui s’éteint au tournant du siècle : un témoin plus jeune que Jésus, mais qui a connu son milieu d’origine.


Ce milieu d’origine (c’est un point important, mal connu en France, que je souligne dans mon livre), ce sont les Nazôréens, c’est-à-dire les descendants d’un petit clan davidique, venus de Mésopotamie au IIe siècle avant notre ère, qui s’étaient installés en Galilée sur les ruines d’un ancien village qu’ils avaient baptisé Nazara ou Nazareth, autrement dit « le petit surgeon », allusion au rejeton de la race de Jessé. Ce groupe marginal, qui s’était établi également dans un autre village appelé Kokhaba (« l’étoile », autrement dit l’étoile de David), prétendait descendre directement du roi David, alors qu’on avait perdu la trace de cette antique lignée, vieille de mille ans. Jésus passait pour leur héritier, leur prétendant. Toute la difficulté pour Jésus a été de se détacher de ce clan et de son aspiration à un messianisme temporel. Il ne veut pas être intronisé roi des Juifs. Il refuse d’être le chef d’une révolte militaire contre l’occupant, comme l’ont fait un certain nombre de faux messies après la mort d’Hérode le Grand. « Mon royaume n’est pas de ce monde », dira-t-il à Pilate. Quand Jésus retourne à Nazareth après avoir accompli des guérisons, des exorcismes, et annoncé la proximité du royaume de Dieu, les Évangiles nous montrent la déception immense qu’il provoque parmi les siens. Les membres du clan, ses « frères » - autrement dit ses cousins dans l’Orient ancien – comptaient sur lui. Ils ne tardent pas à s’apercevoir qu’il n’était pas le Messie attendu.

Vous sollicitez aussi un certain nombre de reliques généralement dédaignées par les historiens…

La plupart des médias se sont arrêtés à l’analyse au carbone 14 du linceul de Turin, faite en 1988. Or, les conclusions négatives de cette analyse sont aujourd’hui balayées par les derniers travaux scientifiques. On a établi notamment que les taches de sang figurant sur les trois grandes reliques de la Passion pouvaient se superposer : le linceul de Turin, le suaire d’Oviedo (linge qui aurait été mis sur le visage de Jésus aussitôt après sa mort) et la tunique d’Argenteuil, que Jésus aurait portée sur le chemin de croix. Le groupe sanguin est le même, AB : la simple probabilité d’observer le groupe AB sur les trois linges s’établit à 0, 000125, soit une chance sur 8 000 (le groupe sanguin AB représente à peu près 4 % de la population), et je ne parle pas des autres probabilités de concordance du modelé des taches sanguines. Compte tenu de beaucoup d’autres travaux, on peut considérer que l’analyse au carbone 14 n’est pas fiable pour des linges aussi pollués et que ces trois reliques sont authentiques. Ce sont par conséquent des sources très précieuses, en particulier pour le déroulement de la Passion.


On a énormément écrit sur Jésus. Est-il encore possible d’apporter du neuf sur le sujet ? Mon livre a d’abord pour ambition de présenter à un large public une synthèse complète de tous les travaux et de toutes les avancées récentes de la recherche sur le Jésus de l’Histoire. Cela n’avait pas été fait depuis de nombreuses années, peut-être depuis le livre de Daniel-Rops,Jésus en son temps, qui est bien dépassé aujourd’hui. Cela dit, j’ai essayé d’apporter certains éclairages peu connus, en particulier sur la Passion de Jésus.


J’ai montré – en m’appuyant sur l’évangile de Jean – qu’il n’y avait pas eu de “procès juif”, au sens d’une comparution de Jésus devant le Sanhédrin en séance plénière. Les synoptiques, qui ne présentent qu’une seule “montée” de Jésus à Jérusalem, ont composé à ce sujet un récit destiné à présenter de manière schématique et didactique les discussions et débats ayant opposé Jésus aux pharisiens et aux sadducéens. Jean montre que ces discussions, parfois fort vives, se sont déroulées à chaque fois que Jésus venait à Jérusalem pour les grandes fêtes (la Pâque, Soukkot, Hanukkah…). Il y a eu en réalité une réunion secrète du Sanhédrin après la résurrection de Lazare, en dehors de la présence de Jésus qui n’était pas encore en prison à ce moment-là. Poussé par le grand prêtre en exercice, Joseph dit Caïphe, les deux groupes religieux rivaux qui composaient ce Grand Conseil, les pharisiens et les sadducéens, se sont mis d’accord pour arrêter cet « agitateur », les premiers parce qu’il se faisait l’égal de Dieu, les seconds, parce qu’il avait trois ans auparavant (en l’an 30) chassé les marchands du Temple et par là menacé le pouvoir financier des grands prêtres. Après son arrestation le jeudi soir, 13e du mois de Nisan (2 avril de l’an 33), Jésus comparaît devant l’ancien grand prêtre Hanne, beau-père de Caïphe, qui l’interroge sur sa doctrine et ses disciples. Cette séance, à laquelle ont probablement assisté un certain nombre de membres de l’aristocratie de Jérusalem, peut-être Jean l’évangéliste lui-même, n’était pas une réunion formelle du Sanhédrin, qu’on n’avait matériellement pas le temps ni même le droit de convoquer en cette période de fête pascale. Le lendemain matin, Jésus, transféré chez Caïphe, est livré à Pilate.


J’ai voulu aussi replacer le procès romain de Jésus dans son contexte historique. Ponce Pilate avait fait l’objet l’année précédente, en 32, d’une plainte émanant de quatre princes hérodiens, tous fils d’Hérode le Grand, à cause de l’affaire dite des boucliers d’or. Ces boucliers portant des inscriptions à la gloire de Tibère avaient été introduits de nuit à Jérusalem par le préfet romain. La population juive, ennemie farouche de toute forme d’idolâtrie, en avait été émue. Une lettre avait été envoyée à Tibère, qui avait réprimandé Pilate. Celui-ci est animé par un violent mépris à l’égard de ses administrés et surtout des autorités juives. Cela transparaît dans le texte de Jean en particulier. Ce sont pour lui des collaborateurs – l’occupant méprise toujours le collaborateur en même temps qu’il s’en sert. Dans le procès de Jésus, il refuse de se faire manipuler par les grands prêtres. Il va donc tout faire pour libérer Jésus, non par compassion, mais par antijudaïsme, par volonté de provoquer Hanne et Caïphe. Mais il n’ira pas jusqu’au bout, à cause de la crainte d’être dénoncé une nouvelle fois à l’empereur. Quand ils lui disent : « Si tu le relâches tu n’es pas ami de César… Nous n’avons pas d’autre maître que César », il cède et fait crucifier Jésus.

Beaucoup de livres à succès, notamment ceux de Jacques Duquesne, ont eu pour ambition de “démythifier” les Évangiles. Ce n’est pas votre démarche…

Mon livre est un livre d’historien, mais d’historien ouvert sur la foi, sur le miracle ; je ne dis pas comme Renan : « Si le miracle a quelque réalité, mon livre n’est qu’un tissu d’erreurs. » L’historien doit s’arrêter devant le mystère ; il ne saurait asséner, par exemple, au nom d’un positivisme hors d’âge, que la multiplication des pains n’a été qu’un banal partage de casse-croûtes tirés du sac. Les Évangiles en parlent à six reprises, preuve que l’événement a frappé les esprits. L’historien ne peut pas se prononcer sur les miracles, sur la Résurrection, il ne peut que constater les faits rapportés. Le Christ de la foi ne s’oppose pas au Jésus de l’histoire, mais l’historien s’interdit au nom de sa seule science de passer de l’un à l’autre. Une telle démarche en effet relève de la foi, par conséquent de la liberté de chacun.


Propos recueillis par Laurent Dandrieu


samedi 8 octobre 2011

JESUS

JESUS


Quand il s’agit du Christ Jésus, le premier plumitif venu se croit en droit d’écrire à son sujet tout et n’importe quoi, et plutôt n’importe quoi. Ses assertions sont présentées comme fondées sur la base (branlante) de connaissances (défectueuses) mais sont en réalité solidement ancrées sur le socle de préjugés bien arrêtés. En l’occurrence, les connaissances ne servent que de faire-valoir aux préjugés. La conclusion a été décidée bien avant la démonstration, que si besoin on fausse celle-ci pour mieux parvenir au résultat prédéterminé. C’est ainsi qu’au piteux Jacques Duquesne (Jésus, 1994), ont succédé les plus piteux encore Mordillat et Prieur, auteurs de la série télévisée Christus (1997) – qu’il eût été plus honnête d’intituler Anti-Christus ; puis, le succès ayant été au rendez-vous, ils produisirent plusieurs livres aux titres « raccrocheurs » destinés à exploiter le filon. Encore ne cachaient-ils pas leurs intentions : dénoncer, faire éclater, l’imposture du christianisme, fondé sur la fraude, la mystification et aussi la violence, et principal acteur de l’antisémitisme.

Si je qualifie ces deux journalistes de l’adjectif peu amène de « piteux », c’est que, si chacun est libre de proférer n’importe quelle opinion sur n’importe quel sujet, ce quelqu’un n’a pas le droit de torturer les preuves pour les contraindre à appuyer cette opinion. Or les preuves de nos deux lascars sont pipées, leur prétendue exégèse date de plus d’un siècle, au point que tous les spécialistes, même les plus « libéraux », ce qui veut dire agnostiques, l’ont abandonnée depuis belle lurette.


Mais, comme les journalistes sont censés connaître tout mieux que tout le monde, et le connaître en esprits libres et totalement indépendants (belle imposture que celle-là !), il se trouve suffisamment de gogos pour les croire sur parole. Et il n’est pas bon de mettre celle-ci en doute. C’est ainsi qu’une réplique que j’avais co-écrite à la suite d’un long article que ces messieurs avaient fait paraître dans Libération à leur propre gloire, ne fut jamais publié par ce quotidien comme inappropriée.


Quant à Jacques Duquesne, le pauvre homme ! Il se veut catholique, mais catholique dans le vent, catholique libéré ! Jacques Duquesne se lançant dans l’exégèse, c’est monsieur Jourdain faisant de la prose sans le savoir.


Pourquoi ce long préambule ?


Pour annoncer la parution toute récente d’un Jésus écrit, celui-là par un historien véritable.


On ne présente pas Jean-Christian Petitfils aux amateurs d’histoire. Ecrivain fécond, il est un des meilleurs historiens français d’aujourd’hui. L’histoire est à la fois une science et un art. Comme toute science, elle a des règles, que Jean-Christian Petitfils applique avec méthode et rigueur. Comme art, elle s’apparente à la littérature, car elle doit captiver le lecteur et non le rebuter. Jean-Christian Petitfils sait narrer, et c’est cela qui fait son succès même auprès de ceux à qui la rigueur scientifique importe peu. Bref, c’est un historien à succès. Chose qui ne plaît guère à ses confrères universitaires ; car Jean-Christian Petitfils n’en est pas un. Produit de l’Alma Mater, il n’a pas eu la reconnaissance de se mettre à son service : cela ne pardonne pas ! d’où la réputation d’ « amateur ». Quiconque n’occupe pas une chaire et, de surcroît, vend bien ses livres ne peut être qu’un amateur. J’exagère à peine. Tel fut le sort du regretté Philippe Ariès, dont les qualités éminentes de découvreur d’un domaine jusque-là ignoré de l’histoire, la mort, furent reconnues…après la sienne ! Fort heureusement, ce mécompte a été épargné à Jean-Christian Petitfils qui jouit, hormis les envieux, d’une réputation de bon aloi.


Jean-Christian Petitfils avait jusqu’à présent deux domaines de prédilection, sans rapport l’un avec l’autre, mais auxquels ses études assez diverses l’avaient préparé. Le premier est l’histoire politique : il a publié plusieurs ouvrages sur La Droite en France, l’extrême Droite en France, la Démocratie giscardienne, les Socialismes utopiques, le Gaullisme…Le second domaine, ce sont des biographies de personnages illustres du XVIIe et du XVIIIe siècle : Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, le Régent, Lauzun, Fouquet, Mlle de la Vallière…


Et voici qu’il s’attaque au sujet le plus redoutable qui soit : Jésus. Pour cette redoutable entreprise, il mobilise toutes les ressources que les sciences actuelles procurent : archéologie, épigraphie, histoire socio-culturelle et politique, histoire des formes littéraires, physiologie aussi (pour le linceul de Turin)… ; car, comme le souligne l’auteur, les recherches sur le Christ sont désormais, et ne peuvent être autres que multidisciplinaires.


Quel est le but de cette entreprise redoutable ?


« Tenter d’esquisser un portrait historique du Christ, donner l’interprétation la plus plausible des événements, en utilisant les outils de la science moderne, tel est l’objet de ce livre. Il s’agit de trouver la voie étroite entre les études techniques, difficiles d’accès, réservées à un public érudit, et les reconstitutions naïvement concordistes qui fleurissent encore pour les besoins de la catéchèse, mais n’ont qu’un rapport très lointain avec la recherche. » (p. 18)


Et plus loin :


« Encore lui faut-il [à l’historien] se libérer des a priori de l’utopie rationaliste et des conceptions positivistes et scientistes qui ont longtemps prévalu. Cela suppose – tout particulièrement pour la vie de Jésus- de rester ouvert au mystère et au surnaturel. Nier l’existence possible des miracles par exemple, les récuser comme de simples enfantillages, relève non de la science historique, mais de présupposés philosophiques. » (p. 19)


Et encore :


« L’honnêteté historique s’accommode mal d’un militantisme antireligieux, tout comme du reste d’un fondamentalisme obsolète. A condition de respecter les strictes limites des deux domaines, il est possible d’arriver à une approche rationnelle – et non rationaliste – du fondateur de la seule religion qui se veut incarnée. » (p. 21)


Incarnée : le mot clé est prononcé. C’est parce Dieu s’est incarné en un homme donné, en un temps donné, en un lieu donné, parce qu’il a honoré l’histoire, qu’il est tellement important de la connaître, cette histoire.


Je serai certainement appelé à revenir sur ce livre. En attendant, jetez-vous dessus, et dedans. Vous apprendrez beaucoup, vous réfléchirez beaucoup.