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lundi 13 janvier 2014

Ce que je suis…et ce que je ne suis pas



Il m’est venu à l’idée de présenter « ce que je suis », formule qui dans mon cas est exactement synonyme de « ce en quoi je crois ».

Pour ce faire, je n’ai rien trouvé de mieux que d’emprunter la plume de François-René de Chateaubriand. Tout ce qu’il professe dans le texte qui suit, j’y adhère sans restriction ni réserve, à la seule exception d’un terme obsolète qui peut aisément être remplacé par un autre.

Voici donc sa déclaration qui est aussi la mienne :

Je ne suis point chrétien par patentes de trafiquant en religion : mon brevet n’est que mon extrait de baptême. J’appartiens à la communion générale, naturelle et publique de tous les hommes qui, depuis la création, se sont entendus d’un bout à l’autre de la terre pour prier Dieu.

Je ne fais point métier et marchandise de mes opinions. Indépendant de tout, fors de Dieu, je suis chrétien sans ignorer mes faiblesses, sans me donner pour modèle, sans être persécuteur, inquisiteur, délateur ; sans espionner mes frères, sans calomnier mes voisins.

Je ne suis point un incrédule déguisé en chrétien, qui propose la religion comme un lien utile aux peuples. Je n’explique point l’Evangile au profit du despotisme, mais au profit du malheur.

Si je n’étais pas chrétien, je ne me donnerais pas la peine de le paraître : toute contrainte me pèse, tout masque m’étouffe ; à la seconde phrase, mon caractère l’emporterait et je me trahirais. J’attache trop peu d’importance à la vie pour m’amuser à la parer d’un mensonge.

Se conformer en tout à l’esprit d’élévation et de douceur de l’Evangile, marcher avec le temps, soutenir la liberté par l’autorité de la religion, prêcher l’obéissance à la Charte comme la soumission au roi, faire entendre du haut de la chaire des paroles de compassion pour ceux qui souffrent, quels que soient leur pays et leur culte, réchauffer la foi par l’ardeur de la charité, voilà, selon moi, ce qui pouvait rendre au clergé la puissance légitime qu’il doit obtenir ; par le chemin opposé, sa ruine est certaine. La société ne peut se soutenir qu’en s’appuyant sur l’autel ; mais les ornements de l’autel doivent changer selon les siècles, et en raison des progrès de l’esprit humain. Si le sanctuaire de la Divinité est beau à l’ombre, il est encore plus beau à la lumière : la croix est l’étendard de la civilisation.

Je ne redeviendrai incrédule que quand on m’aura démontré que le christianisme est incompatible avec la liberté ; alors je cesserai de regarder comme véritable une religion opposée à la dignité de l’homme. Comment pourrais-je le croire comme émané du ciel, un culte qui étoufferait les sentiments nobles et généreux, qui rapetisserait les âmes, qui couperait les ailes du génie, qui maudirait les lumières au lieu d’en faire un moyen de plus pour s’élever à la contemplation des œuvres de Dieu ?  Quelle que fût ma douleur, il faudrait bien reconnaître malgré moi que je me repaissais de chimères : j’approcherais avec horreur de cette tombe où j’avais espéré trouver le repos et non le néant.

Mais tel n’est point le caractère de la vraie religion ; le christianisme porte pour moi deux preuves manifestes de sa céleste origine : par sa morale, il tend à nous délivrer des passions ; par sa politique, il abolit l’esclavage. C’est donc une religion de liberté : c’est la mienne.






Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand, membre de l’Académie française, tome deuxième (Œuvres politiques), à Paris, chez Firmin-Didot frères, libraires, imprimeurs de l’Institut de France, 1840.  Préface (1828) aux Mélanges politiques (page 141).

vendredi 4 janvier 2013

Christianisme et Islam : histoire et mythe

Une analyse déjà ancienne d'Hélios d'Alexandrie, mais qui a gardé toute sa pertinence. Les rapports des deux seules religions universelles avec l'histoire et avec le mythe sont éclairés d'une façon remarquable.

En réponse à Éric Week
J'ai apprécié votre commentaire du 28 avril, il m'a inspiré une réponse qui s'est transformée en nouvelle chronique. En vous lisant j'ai réalisé à quel point nos sociétés se sont laissé perturber par l'islam, il y a une raison à cela, elle ne tient pas seulement au fait que l'islam est une religion dominatrice qui s'incruste et qui s'étend, elle tient autant au fait que nos sociétés ont imperceptiblement et sans trop s'en préoccuper écarté les principes spirituels qui ont fondé notre civilisation.   
Je tiens à citer le passage suivant de votre commentaire :  « depuis que nous ne parlons plus que d'une seule religion, omniprésente dans notre vie quotidienne (ce qui est un comble pour une république prétendument laïque comme la France), nous n'avons plus qu'une vision anachronique des évènements. Tout est vu, pour certains, soit à partir du 7me siècle soit à partir du moment présent ! »
Le point que vous soulevez est vrai et il est d'une grande importance, il est d'autant plus important que peu de gens prennent le temps de s'en rendre compte et d'y réfléchir. C'est un peu comme si la leçon du christianisme s'était perdue, comme si une partie de l'humanité (la chrétienté) consentait à s'immobiliser pour permettre à une autre partie de l'humanité empêtrée dans ses chaînes (l'oumma islamique) de « rattraper son retard. »
Or nous éprouvons de la difficulté à admettre que l'oumma islamique tient absolument à ses chaînes, qu'elle ne cherche nullement à avancer et que plutôt de se libérer elle a choisi de tout faire pour enchaîner le reste de l'humanité.
Le christianisme est enraciné dans l'histoire, son avènement a signalé la victoire de l'histoire sur le mythe: Jésus, Dieu incarné, a souffert et a été crucifié sous Ponce Pilate, il s'agit là d'un fait historique. Le christianisme enseigne que Dieu est intervenu dans l'histoire de l'humanité et que par le Christ il fait désormais partie de l'humanité. Son intervention a non seulement changé le cours de l'histoire mais elle a été également le facteur de changement le plus important depuis deux mille ans.
Le christianisme, religion historique, est par le fait même la religion de la proximité de Dieu et de son action à travers les hommes. Le mythe qu'il soit monothéiste ou polythéiste consacre l'éloignement de Dieu (ou des dieux) dont la volonté ne se fait connaître que par les verdicts du destin et/ou par la bouche des prophètes.
Dans le christianisme les humains et l'Esprit de Dieu participent activement aux progrès de l'humanité, l'œuvre n'est jamais terminée, elle se poursuit sans relâche soutenue par l'espérance. Dans le mythe tout est programmé d'avance ou tout est décret divin, décret devant lequel les humains n'ont d'autre choix que de s'incliner. 
L'islam constitue, à bien y penser, la réaction la plus forte et la plus durable contre le christianisme, c'est le mythe qui se relève de sa défaite et qui cherche à poursuivre le combat avec l'histoire. Le mythe c'est exclusivement le passé immuable qui s'impose aux esprits et qui limite les actions humaines. Ce n'est donc pas un hasard si le coran a été déclaré parole de Dieu (Allah) immuable et valable pour l'éternité, et ce n'est pas un hasard si les islamistes se réfèrent constamment à l'époque mythique de Mahomet et des premiers califes.
Il est pratiquement impossible de s'appuyer sur un mythe immuable pour faire progresser l'humanité car tout progrès constitue une menace mortelle pour le mythe. Les musulmans modernistes qui l'ont tenté se sont heurtés contre un mur fait de granit. Les occidentaux devenus amnésiques ou volontairement inconscients du rôle du christianisme dans le façonnement et le progrès de leur civilisation, croient utile de le reléguer au rang de mythe, oubliant qu'en ce faisant ils renoncent à eux-mêmes et se condamnent à la régression.
La chrétienté ne peut se payer le luxe de stagner dans l'espoir qu'un jour l'oumma islamique acceptera de se libérer de ses chaînes. La chrétienté doit continuer à avancer même si la distance qui la sépare de l'islam ne cesse de s'agrandir. L'amour chrétien ne s'exprime pas par la stagnation ou la régression mais par l'exemple.
On comprend pourquoi les relativistes culturels et les multiculturalistes sont hostiles au christianisme, pour eux toutes les religions se valent et elles relèvent toutes du mythe. Le christianisme qui s'est inscrit dans l'histoire, qui a élevé l'humanité et l'a fait progresser, doit être déconstruit pour le rendre inopérant et compatible avec cette utopie multiculturelle que les ingénieurs sociaux s'acharnent à réaliser. Dans cette guerre larvée contre le christianisme les multiculturalistes ont découvert un allié de circonstances, l'islam. Un allié qu'ils pensent contrôler mais qui a tôt fait de les instrumentaliser pour assurer son enracinement à court terme et son hégémonie future.  
Il est grand temps de dissiper la confusion au sujet du christianisme et de prendre conscience de sa valeur irremplaçable, non seulement en tant que religion mais également en tant que chemin à emprunter dans notre quête d'une société plus pacifique et plus humaine.

Rédigé le 29/04/2012 dans Chronique d'Hélios d'Alexandrie | Lien permanent

mercredi 12 septembre 2012

Sans laïcité le christianisme authentique est impossible

J'ai plaisir à publier ici un article dont l'auteur est un chrétien orthodoxe vivant au Québec. Cet article, qui concerne au premier chef le Québec, concerne tout aussi bien la France où le problème cité se présente à l'occasion exactement dans les mêmes termes, en particulier dans des édifices publics hérités du passé : je pense à tel palais de justice ou à tel hôtel de ville.

La thèse soutenue ici est audacieuse et peut paraître provocatrice, elle choquera assurément tel ou tel de mes amis. Je la crois pour ma part tout à fait juste ; et elle va tellement dans le sens de ce que, après y avoir longuement réfléchi, j'en suis venu à penser, que je ne pouvais pas me refuser ce plaisir ...


25/08/2012

Le Crucifix à l’Assemblée nationale, ou comment la laïcité est inscrite dans le christianisme, 

par Hélios d'Alexandrie


Le débat sur la laïcité et le Crucifix à l’Assemblée nationale du Québec s’est rallumé à la faveur de la campagne électorale, suite aux déclarations de Djemila Benhabib quant à sa position personnelle sur le sujet.
Pour elle la laïcité institutionnalisée ne peut logiquement admettre un symbole religieux au salon bleu, là où les représentants du peuple québécois débattent de différents sujets politiques. Madame Benhabib, qui se présente aux élections sous la bannière du Parti Québécois, se rallie toutefois à la position officielle du parti, à savoir que le Crucifix à l’Assemblée Nationale constitue un symbole et un héritage culturel du peuple québécois, comme tel sa présence au salon bleu n’a pas de signification religieuse.
On le voit, le débat se situe, non sur la place de la religion dans le champ politique (aucune place ne lui est reconnue), mais sur la signification d’une représentation à caractère religieux au sein de l’institution politique. Les uns n’admettent que son caractère religieux, les autres ne lui reconnaissent qu’une valeur culturelle. Le débat en ce qui concerne la laïcité ne se situe donc pas sur le plan pratique, maintenir ou enlever le Crucifix du salon bleu de l’Assemblée Nationale ne changera rien aux mesures que le futur gouvernement appliquera pour assurer la laïcité de l’espace public.
Il est réconfortant de constater qu’on discute passionnément de part et d’autre d’un symbole. Si le salon bleu était orné de représentations de Jupiter, d’Hercule, de Mars ou de Vénus, nul ne s’en offusquerait ; il s’agit pourtant de dieux de l’antiquité, donc de représentations religieuses. Si l’on ne s’en fait pas du tout quand il s’agit de divinités grecques ou romaines c’est parce qu’elles n’ont plus pour nous de signification religieuse. Nous les regardons comme des entités mythologiques et nous nous arrêtons sur l’aspect artistique et esthétique de leur représentation. Si le Crucifix suscite autant de passion c’est que, contrairement aux personnages mythologiques, il recèle un sens profond pour la majorité des gens, partisans comme opposants à sa présence au salon bleu.
Les opposants autant que les partisans donnent l’impression d’être sous l’emprise de leurs sentiments et de leurs émotions. Si le sujet n’est pas à proprement parler explosif, il est du moins passablement brûlant. C’est pourquoi il devient important d’en discuter objectivement afin d’y voir plus clair : la question qui se pose est de savoir si religion chrétienne et laïcité sont antinomiques au point de devoir occulter toute référence au christianisme dans l’espace public.

Retour aux sources
Le christianisme est issu du Nouveau Testament et plus particulièrement des quatre Évangiles qui relatent les gestes et transmettent l’enseignement de Jésus-Christ. La laïcité n’existait pas alors, et ne voulait donc rien dire durant les siècles qui ont précédé et suivi la naissance du christianisme. Politique et religion se mélangeaient, l’idéologie politique avait besoin de la religion pour se légitimer et s’affirmer : on sacrifiait au génie de l’empereur romain et celui-ci après sa mort était déifié par le sénat. Les charges civiques et religieuses étaient tour à tour assurées par les mêmes notables. Loyalisme politique et loyalisme religieux étaient une et même chose, ce qui explique pourquoi les premiers chrétiens ont été poursuivis et persécutés en tant qu’ennemis de l’État romain.
Le peuple juif dont Jésus est issu vivait sous l’emprise de la religion. Vie quotidienne et pratique religieuse ne faisaient qu’un, et l’observance religieuse était contraignante au-delà de l’imaginable. Une attention particulière était attachée au pur et à l’impur, au licite et à l’interdit. L’occupation romaine et la présence d’une importante diaspora juive dans les différentes régions de l’empire a contraint les juifs à côtoyer les païens impies et impurs, d’où le besoin de dresser des barrières morales assurant la distinction voire l’isolement des communautés juives.
Le messianisme en terre d’Israël est apparu avec l’incorporation du territoire dans l’empire romain. Il s’agissait d’une idéologie politico-religieuse portée par les nationalistes juifs qui s’opposaient à l’occupant romain, libération nationale et souveraineté divine étaient alors intimement liées.
C’est dans ce contexte (historique, politique, social et religieux) qu’il convient d’appréhender l’enseignement de Jésus. Son message éminemment spirituel se devait d’être reçu comme tel, débarrassé de tous les malentendus d’ordre politique, légal et social. En lisant les évangiles on constate qu’à maintes occasions, Jésus s’est employé à expliquer, voire à clarifier sa mission et son message; c’est ainsi qu’il a délibérément et en toute connaissance de cause, créé ce qu’il est convenu d’appeler la laïcité vingt siècles plus tard.

Laïcité dans l’espace public
C’est par nécessité et non par choix idéologique que Jésus a conçu la laïcité. La relation avec Dieu, l’amour du prochain et l’élévation sur le plan spirituel procèdent d’une démarche intime et non d’un choix de la collectivité. Il s’ensuit que les manifestations publiques de piété, de charité et d’observance religieuse (vestimentaires et culinaires) relèvent davantage de l’ostentation que de la quête de Dieu. Pour illustrer mon propos je cite les passages suivants de l’Évangile selon Saint Matthieu :
Gardez-vous de faire les bonnes œuvres devant les hommes, pour vous faire remarquer d’eux; sinon, vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. Quand donc tu fais l’aumône, ne va pas le claironner devant toi; ainsi font les hypocrites dans les synagogues et les rues, afin d’être loués par les hommes; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit secrète; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. (Matthieu 2–4)
Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu’on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. (Matthieu 65–6)
Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu’ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. (Matthieu 16–18)   
De ces extraits tirés du « Sermon sur la montagne », on comprend que pour Jésus, la spiritualité authentique se vit dans l’intimité et non à la vue de tout le monde; il en découle que pour les croyants sincères l’espace public est nécessairement exempt de religion. Seule une laïcité pleine et entière est en mesure de mettre un frein à l'exhibitionnisme religieux.

Religion et exercice du pouvoir
Mais Jésus a également dénoncé, non sans un brin d’humour, les détenteurs du pouvoir spirituel : prêtres, scribes et pharisiens. Tyrannie morale et ostentation vont de pair.
Sur la chaire de Moïse se sont assis les scribes et les pharisiens… Ne vous réglez pas sur leurs actes : car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt. En tout ils agissent pour se faire remarquer des hommes. C’est ainsi qu’ils font bien larges leurs phylactères (petites boîtes renfermant les paroles essentielles de la Torah qu’on s’attachait aux bras et au front) et bien longues leurs franges. Ils aiment à occuper le premier divan dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, à recevoir les salutations sur les places publiques et à s’entendre appeler « Rabbi » par les gens. (Matthieu 23 1-7)
Le propre des tyrans est de restreindre arbitrairement la liberté des gens en leur imposant des charges et des contraintes dont ils s’exemptent eux-mêmes. Ils se révèlent par ailleurs avides et insatiables au chapitre des honneurs et de l’adulation. Le pouvoir et les avantages qu’ils se donnent suscitent des émules lesquels s’évertuent à perpétuer la tyrannie. À travers cette dénonciation du pouvoir religieux, Jésus met en garde contre les dangers de la théocratie et, par la même occasion, invite son auditoire à exercer son esprit critique.
Mais il ne se contente pas de dénoncer les scribes et les pharisiens, plus d’une fois il met en garde ses propres disciples contre la tentation du pouvoir :
Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier d’entre vous, sera votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rédemption pour la multitude. (Matthieu 20 25-28)
Pour vous, ne vous faites pas appeler « Rabbi » : car vous n’avez qu’un Maître et tous  vous êtes des frères...Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Quiconque s’élèvera sera abaissé et quiconque s’abaissera sera élevé. (Matthieu 23 8 et 11-12)
L’esprit d’humilité, indissociable de l’amour, est l’antidote par excellence contre l’esprit de domination. Pour celui qui « s’élève » au-dessus des autres, la jouissance qu’accorde l’exercice du pouvoir s’accompagne invariablement d’un abaissement sur le plan spirituel. C’est ainsi que Jésus a dissocié et par la même occasion affranchi la religion du pouvoir temporel ; ce faisant il a également affranchi le pouvoir temporel de la religion.
Les pharisiens pour qui le pouvoir temporel et la domination revenaient à Dieu, c'est-à-dire à ses représentants sur terre, n’étaient pas du même avis que Jésus. Ils croyaient lui tendre un piège et l’obliger à se discréditer ou à se contredire en lui posant une question au sujet de la taxe imposée par l’autorité romaine : « Devons-nous payer, oui ou non? » S’il répondait par l’affirmative il serait jugé comme un collaborateur impie. S’il disait non, il reconnaîtrait implicitement que religion et politique sont indissociables. On connaît la réponse de Jésus :
« Pourquoi me tendez-vous un piège? Apportez-moi un denier, que je le voie.» Ils en apportèrent  un et il leur dit : « De qui est l’effigie que voici? Et l’inscription? » Ils lui dirent : «De César. » Alors Jésus leur dit : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »(Marc 12 15-17)
D’aucuns ont jugé la réponse de Jésus comme une « pirouette » ou une non-réponse, il n’en est rien et d’ailleurs l’évangéliste rapporte que les pharisiens : « … étaient fort surpris à son sujet. » En montrant à Jésus un denier à l’effigie de l’empereur romain, les pharisiens reconnaissaient implicitement leur participation à la vie économique de l’empire, les avantages qu’ils en retiraient s’accompagnaient naturellement d’obligations dont le paiement d’impôt. C’est le sens du : « Rendez à César ce qui est à César ». Et pour bien indiquer qu’il faut séparer la religion de l’économie et de la politique Jésus a aussitôt ajouté : « Et à Dieu ce qui est à Dieu », traçant ainsi une ligne de démarcation nette entre les devoirs du citoyen et ses obligations religieuses.
Le dialogue de Jésus avec Pilate est, à bien des égards, éclairant sur la nature du christianisme. Pilate croit au départ devoir juger une affaire politique, il interroge Jésus et lui demande s’il est le roi des juifs. La réponse est claire :
«Mon royaume n’est pas de ce monde, s’il l’était mes serviteurs auraient combattu pour m’empêcher de tomber aux mains des juifs… Je suis roi, je ne suis né et je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité, toute personne qui appartient à la vérité écoute ce que je dis.» (Jean 18  36-37)
La distinction entre pouvoir politique et mission spirituelle est ici clairement établie, la royauté de Jésus est d’ordre moral et spirituel, elle définit sa mission : parler de la vérité aux personnes disposées à l’écouter.

Jésus et les lois religieuses
En plaçant l’être humain et la conscience humaine au-dessus de la loi religieuse, Jésus a établi les fondements de la laïcité ; aux pharisiens qui lui reprochaient de transgresser la loi religieuse et de guérir un malade le jour du Sabbat, il a dit:
« Est-il permis, le jour du Sabbat, de faire du bien plutôt que de faire du mal, de sauver une vie plutôt que de la tuer? » (Marc 3 4)
Plus tôt il s’était adressé aux mêmes pharisiens en ces termes :
«Le Sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le Sabbat. » (Marc 2 27)
L’épisode de la femme adultère est aussi explicite. Elle est amenée devant Jésus par les scribes et les pharisiens qui l’établissent juge de l’affaire afin de le mettre à l’épreuve et avoir matière à l’accuser :
« Maître cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu? »… Comme ils persistaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre! »… Eux entendant cela, s’en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu. Alors, se redressant, Jésus lui dit : « Femme, où sont-ils? Personne ne t’a condamnée? » Elle dit : « Personne, Seigneur. » Alors Jésus dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. » (Jean 8 4-11)
Ce passage est intéressant en ce sens que Jésus n’a pas édicté de nouvelle règle ni abrogé une loi religieuse, il s’est contenté de placer les gens devant leur conscience. Du coup la loi religieuse perd son caractère divin, elle est désormais assujettie à la conscience humaine. Partout où elle s’invitait dans les affaires des hommes, Jésus a pris le parti de l’être humain en le libérant de l’observance aveugle ou obsessionnelle de la loi.
En plus d'affirmer la laïcité dans le champ légal, Jésus a établi les fondements de l'humanisme.

Le crucifix à l’Assemblée Nationale
Il s’agit de toute évidence d’une image religieuse, plusieurs le tiennent pour un héritage culturel. Mais il est bien plus que cela, car le crucifix représente Jésus-Christ, celui qui, par sa parole, cette parole adressée à des gens simples, a changé la face du monde et le cours de l’histoire. Une lecture attentive des Évangiles nous amène à conclure que la modernité tire son origine de l’enseignement de Jésus.
La laïcité représente une facette importante de la modernité, elle est au cœur de l’enseignement de Jésus-Christ; sans laïcité le christianisme authentique est impossible.
Jésus a été condamné à mourir sur la croix à cause de ce qu’il a dit et enseigné. Son message était à ce point en avance sur son époque qu’il a profondément insécurisé les autorités religieuses et politiques de son temps. Mais on ne tue pas les idées ni les paroles, pas celles qui sont porteuses d’amour, de don de soi, de pardon, de paix, de respect, d'authenticité, de liberté, d’égalité, de non-violence ; et pas celles qui dissipent toute confusion entre le sacré et le politique, entre la religion et la loi, entre la foi et son exhibition.
Le crucifix à l’Assemblée Nationale nous rappelle simplement la place centrale qu’occupe Jésus-Christ dans notre civilisation. Cela nous ne devons jamais l’oublier.




mardi 11 septembre 2012

Le christianisme ne fait que commencer...


“Le Christianisme ne fait que commencer”. Le père Alexandre Men (1935-1990)

par le père SERGE MODEL

A la bienheureuse mémoire du père Alexandre Men





« L’essence du christianisme, c’est l’humanité unie à Dieu. C’est l’union de l’esprit humain, borné et limité dans le temps, à l’Esprit divin infini. C’est la sanctification du monde, la victoire sur le mal, les ténèbres et le péché. C’est la victoire de Dieu. Elle a commencé la nuit de la résurrection et continuera tant que le monde existera. » C’est par ces paroles que, le 8 septembre 1990 à Moscou, le père Alexandre Men acheva sa conférence sur « le christianisme ». Le lendemain matin, ce prêtre orthodoxe russe renommé, prédicateur et écrivain brillant, père spirituel de l’intelligentsia, était assassiné par un inconnu. Une fin de martyr venait sceller une vie consacrée à l’annonce de l’Évangile.

UN PRÊTRE AU PAYS DES SOVIETS

Né à Moscou le 22 janvier 1935 dans une famille juive non-religieuse, Alexandre Men auraît pu devenir un « homo sovieticus », considérant que « toute idée religieuse, toute conception d’un pouvoir divin, même n’importe quelle insignifiance à l’égard de Dieu est une abomination indescriptible, un fléau méprisable » (Lénine) et estimant que « le marxisme-léninisme, enrichi par Staline, est la seule théorie philosophique donnant un tableau scientifique du monde, défendant les principes et les méthodes scientifiques d’explication de la nature et de la société, fournissant à l’humanité travailleuse l’instrument de la lutte pour la construction du communisme » (manuel scolaire stalinien).


C’est pourtant le contraire qui adviendra : convertie au Christ alors que la foi chrétienne est persécutée comme jamais dans l’histoire, la mère d’Alexandre Men le fait baptiser dans l’Église orthodoxe « des catacombes » et l’élève dans un esprit à la fois religieux et ouvert sur le monde.

Vers douze ans, Alexandre Men ressent un appel au sacerdoce, et s’y prépare systématiquement. Prodigieusement doué, il étudie – seul – la Bible, l’histoire, la philosophie, la théologie et les sciences naturelles. Après des études supérieures de biologie (pour dialoguer avec une société marquée par le scientisme) et de théologie, il est ordonné prêtre le 1er septembre 1960, et entame un ministère rayonnant, en particulier auprès des intellectuels, savants et artistes. Prêtre de l’Église orthodoxe « officielle » (le patriarcat de Moscou, toléré par le régime soviétique moyennant une « loyauté » affichée envers celui-ci), il organise aussi – en pleine campagne antireligieuse de Khrouchtchev – des activités « illégales » : groupes de catéchèse, d’études bibliques, de prière et d’entraide. Sa personnalité chaleureuse enveloppe ses interlocuteurs de sa joie rayonnante et les impressionne par ses connaissances encyclopédiques. À ceux qui viennent le voir – de plus en plus nombreux, jusqu’à être des milliers à la fin de sa vie – il répète que « le christianisme est une force créatrice agissante », qu’il « n’y a pas de conflit fondamental entre la Bible et la science » et que « Dieu veut la liberté de l’homme …». Ayant compris qu’après des décennies de propagande athée, le langage de l’Église n’était plus directement compréhensible à ses contemporains, le père Alexandre s’efforce de rendre le message chrétien accessible à l’homme d’aujourd’hui.

AUTEUR CLANDESTIN DE « BEST-SELLERS » RELIGIEUX

Pour rappeler aux nouvelles générations, coupées de leurs racines religieuses et culturelles, les « fondamentaux » de la foi, Alexandre Men rédige une « vie de Jésus » accessible à tous (Le Fils de l’homme, en français : Jésus, le Maître de Nazareth), puis six tomes d’une histoire des recherches spirituelles de l’humanité (des origines à la Révélation biblique), qui constituent une véritable catéchèse pour un monde déchristianisé. Suivront des commentaires pour une Bible russe, un manuel de prière, etc. Ne pouvant être publié en URSS, il sera édité à Bruxelles par un petit éditeur catholique : le « Foyer oriental chrétien », auquel des amis ont fait parvenir ses manuscrits. Une dizaine d’ouvrages (au début sous pseudonyme), verront ainsi le jour en Belgique, avant d’être réintroduits clandestinement en Russie, où ils seront littéralement dévorés par d’innombrables lecteurs (quatre millions pour son premier livre). D’autres projets, dont son magistral Dictionnaire des biblistes, ne verront le jour qu’après son décès (aucun de ses ouvrages ne sera édité dans son pays de son vivant).

HARCELE PAR LE KGB, PUIS VEDETTE DES MEDIAS

L’activité débordante de ce prêtre « hors-normes » ne pouvait évidemment passer inaperçue dans l’État soviétique athée. Outre plusieurs mutations et l’interdiction d’exercer dans la capitale (toute sa vie, il desservira des paroisses de campagne), Alexandre Men est harcelé par le KGB. Mais enquêtes, perquisitions et interrogatoires (sans compter les attaques dans la presse, pamphlets anonymes ou lettres de menaces) ne parviennent pas à « coincer » ce prêtre, dont l’activité n’est ni politique ni « dissidente ». Et, au moment où son arrestation semble néanmoins inéluctable, la perestroika gorbatchévienne met fin aux persécutions des croyants.
Bien plus : la nouvelle politique religieuse du pouvoir met au premier plan ce « pasteur des intellectuels », ouvert sur le monde et la culture de son temps, favorable à l’œcuménisme et au dialogue interreligieux et interconvictionnel. Premier prêtre autorisé à parler de religion dans un lycée soviétique (en 1988), il est invité à se produire – sur les thèmes les plus divers – dans des grandes salles (dont le stade olympique), des usines, des clubs, à la radio, à la télévision, et saisit toutes les occasions pour annoncer l’Évangile : en deux ans, il donnera plus de 200 conférences et préparera trente publications. Il réalise aussi les nombreux projets dont il rêvait : création de la Société biblique russe, d’une université orthodoxe, d’un groupe de bienfaisance auprès de l’hôpital pour enfants de Moscou…

MORT, OU EST TA VICTOIRE ?

Pour certains milieux, qui voulaient à nouveau réduire l’Eglise en Russie à un simple lieu de culte, un sujet obéissant ou un musée, ce véritable « phénomène » était sans doute devenu insupportable. Et le dimanche 9 septembre 1990, à six heures du matin – dans des circonstances toujours non élucidées – le père Alexandre était assassiné à coups de hache, sur le petit chemin forestier vers la gare qu’il empruntait pour se rendre à l’église. Pour ceux qui l’avaient connu, la mort en martyr du père Alexandre Men portait – quels que soient les commanditaires de cet assassinat (KGB, éléments ultranationalistes ou antisémites) – une signification profonde : celle du témoignage « jusqu’au sang » rendu au Christ, auquel il avait consacré toute sa vie.

De plus, contrairement aux attentes de ceux qui voulaient le faire taire, l’héritage d’Alexandre Men n’a pas disparu avec sa mort. Vingt ans après, même si la largesse de vues du père Alexandre n’est pas encore comprise de tous, nul ne nie qu’il ait été un missionnaire extraordinaire, dont « l’action illuminatrice et catéchétique, la parole vivante et inspirée a amené bien des personnes à la foi » (patriarche Cyrille).

"Pastoralia. Bulletin de l’Archevêché (catholique) de Malines-Bruxelles", n°1, janvier 2011, p. 14-15.


Pour commencer de faire connaissance avec ce pasteur, penseur et passeur d'exception, il est bon de lire et relire l'ouvrage suivant :




Le Christianisme ne fait que commencer
Préface de Jean Vanier — Introduction d'Ignace Krekchine — Textes traduits du russe par Françoise Lhœst et Hélène Arjakovsky-Klépinine
Editions du Cerf Paru en : Juin 1996  [2004, 2010]
24,00 € - 288 pages




vendredi 20 janvier 2012

Chevalerie & christianisme

Chevalerie & christianisme aux XIIe et XIIIe siècles

sous la direction de Martin Aurell et Catalina Gîrbea
Presses universitaires de Rennes , Rennes, collection Histoire
(Parution : décembre 2011)
20,90 € à la Procure


[Quatrième de couverture]
Chevalerie et christianisme

La chevalerie présente deux acceptions, l'une sociale et l'autre idéologique. D'une part, le groupe aristocratique des combattants à cheval, et d'autre part les valeurs qui lui imposent des comportements spécifiques. Devons-nous la mêler inextricablement au christianisme ? Les penseurs des XIIe et XIIIe siècles justifient la prépondérance sociale des chevaliers par le péché d'Adam et la rupture de l'harmonie originelle qu'il entraîne. Ils considèrent que les miles - « élu parmi mille », selon l'étymologie d'Isidore de Séville - ont pour vocation divine de défendre le faible et de faire régner la justice, instaurant par les armes la paix. Cette théologie politique marque l'évolution de l'adoubement, qui emprunte alors à l'onction royale et aux sacrements chrétiens bien des éléments de son rituel. En recevant l'épée, dûment bénie, et la collée, le nouveau chevalier intègre un ordre, tout comme le clerc est ordonné. La prédication lui rappelle les devoirs spécifiques de l'état qu'il vient d'adopter, en particulier de mitiger sa violence et d'exercer sa puissance avec droiture et modération. Elle l'encourage à partir en croisade pour défendre la Chrétienté.

Jusqu'aux années 1990, dans leurs analyses sur la chevalerie, les historiens ont repris la trame du discours normatif des clercs, que nous venons brièvement de présenter. Ils ont tenu pour vraisemblable l'influence extérieure de l'Église dans la mitigation de la violence nobiliaire, grâce à l'influence sur le code chevaleresque de la Paix de Dieu et plus largement du message évangélique. Depuis les vingt dernières années, d'autres spécialistes remettent en cause ce modèle, remarquant la nature idéale des discours des clercs médiévaux sur la chevalerie, qu'il conviendrait de déconstruire. Ils adoptent l'anthropologie culturelle pour méthode afin de conclure que, tout au long du Moyen Âge et de façon endogène, la société guerrière produit ses propres codes de conduite pour épargner les vies de ses membres dans les combats, pour augmenter son honneur et pour affirmer sa domination sur la paysannerie. Toute superficielle, la religiosité des chevaliers ne serait donc pour rien dans l'autocontrôle de leur violence. Le débat apparaît en toile de fond du présent ouvrage, où les meilleurs spécialistes de la question se penchent sur les rapports complexes et paradoxaux entre le christianisme et les guerriers nobiliaires. Ils analysent ainsi autant la piété chevaleresque que la part de l'Église dans la guerre menée par l'aristocratie au cours d'une période charnière, où les normes, mentalités et conduites connaissent de profonds bouleversements.

Je n'ai pas encore lu l'ouvrage que je présente ici, mais la matière est trop importante pour retarder le moment de le signaler.

Je formulerai mon avis en son temps. Toutefois si un de mes lecteurs me devance, j'en serai heureux !






jeudi 25 août 2011

Qu'est-ce que le christianisme ?

Qu’est-ce que le christianisme ?
C’est la ressemblance de Dieu autant qu’il est possible à la nature de l’Homme.



Saint Basile le Grand, Sur l’origine de l’Homme, Homélies X et XI de l’Hexaéméron
Editions du Cerf collection « Sources chrétiennes » n° 160, 1970
Homélie I ( = X), p. 211

lundi 31 janvier 2011

Une pensée toujours d'actualité de saint Ignace d'Antioche (+ 107)

Le christianisme, quand il est en butte à la haine du monde, n'est plus objet de persuasion humaine, mais œuvre de puissance divine.
Saint Ignace d’Antioche, épître aux Romains, dite épître du martyre