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jeudi 17 mai 2012

Ascension de notre Seigneur Jésus-Christ

Extraits de la liturgie de l'Ascension selon le rite des Gaules


EXTINCTION DU CIERGE PASCAL

Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu tout-puissant, Celui qui était, qui est, qui vient.

Non, la Lumière ne s'éteint pas : Christ notre Lumière a promis d'être invisiblement présent parmi nous jusqu'à la fin des temps.
Non, la flamme de son amour ne s'éteint pas, elle s'allume dans nos cœurs par la descente du Paraclet.
C'est pourquoi toutes les nations, battant des mains, jubilent devant Dieu en clamant d'une voix forte :

Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu tout-puissant, Celui qui était, qui est, qui vient.

Le péché nous a jetés au sol, précipitant nos âmes dans l'abîme infernal.
Aujourd'hui, la nuée lumineuse dérobe notre nature et l'abîme de la Divinité la cache dans son cœur.
En des rondes joyeuses, chantons notre Libérateur et Dieu :

Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu tout-puissant, Celui qui était, qui est, qui vient.

Je ne vous laisse pas orphelins,
(O douce parole du Christ) un autre Paraclet viendra.
Si Je ne monte pas vers le Père, l'Esprit de vérité ne descendra pas sur vous.
J'étais la Lumière parmi vous, Je deviens la Lumière de votre intelligence.
Je vous guidais comme une colonne de feu, les temps sont accomplis pour que vous deveniez vous-mêmes des colonnes,
des verbes, des souffles, des vents impétueux, pour annoncer aux nations la Bonne Nouvelle,
afin qu'elles Me confessent dans des transports de joie.

Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu tout-puissant, Celui qui était, qui est, qui vient.

Les anges s'écartent, les archanges reculent, les principautés s'étonnent, les puissances s'inclinent,
les dominations tremblent, les forces se retirent, les chérubins se dérobent avec respect,
les séraphins poussent des cris d'émerveillement, volant autour, battant des ailes, couvrant et dévoilant leurs faces
devant Celui qui S'avance.

Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu tout-puissant, Celui qui était, qui est, qui vient.

Qui est cet Homme qui monte, le plus beau parmi les fils de l'homme ?
Pourquoi sommes-nous troublés, pourquoi la chair aveugle-t-elle notre esprit ?
C'est votre Roi, répond le Paraclet, c'est Le Fils unique. C'est Dieu Lui-même qui revient vers son Père, pour Lui offrir l'humanité sauvée. Prosternez-vous et adorez-Le, Il est, avec Moi et le Père, votre Dieu unique.

Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu tout-puissant, Celui qui était, qui est, qui vient.

Le diacre retire les grains d'encens et les pose sur la flamme du cierge pascal en disant :

Dia. Jésus fut enlevé dans les airs sous leurs regards, alleluia.

Ts. Et une nuée Le déroba à leurs yeux, alleluia, alleluia.

Le diacre éteint le cierge et dit :

Dia. Pourquoi fixez-vous vos regards au ciel, alleluia.

Il le replace sur le piédestal.

Ts. Ce Jésus qui fut enlevé au ciel, viendra de la même manière, alleluia, alleluia.

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PREFACE AUX FIDELES

Ayant accompli l'économie divine, Jésus-Christ notre Dieu et Seigneur, né de la Vierge Marie, baptisé par Jean, reçu par le publicain, écouté par la prostituée, haï par les prêtres de son peuple, confessé par les enfants, trahi par son apôtre, renié par Pierre, abandonné des siens, crucifié par ceux qu'Il aimait ; Il a brisé l'orgueil de l'ennemi, rempli de sa lumière l'enfer, libéré les prisonniers ; Il est ressuscité le troisième jour, et Il S'est manifesté pendant quarante jours à ses amis, les initiant aux mystères du salut. Aujourd'hui, Il revient vers son Père qu'Il n'a jamais quitté. L’anneau de feu se referme, tout est inondé par sa présence, le ciel, la terre et l'enfer ; partout est proclamé : Dieu est devenu homme, l'homme est déifié !

Bien-aimés frères, invoquez avec moi l'Esprit que le Christ nous a promis en exaltant notre nature par son Ascension, afin qu'Il me communique sa vertu ineffable, et que moi, prêtre indigne, j’ose apporter la sainte oblation de notre Seigneur Jésus-Christ, car en vérité c’est Lui qui offre et qui est offert, qui reçoit et qui Se distribue, Lui, co-éternel au Père et à l’Esprit-Saint, aux siècles des siècles.

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IMMOLATIO

Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire de Te rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant et éternel. Nous Te bénissons pour ta création, nous Te glorifions pour notre rédemption, nous T'adorons pour la richesse de ta gloire que Tu as réservée à tes saints et à tous ceux qui croient à la grandeur infinie de ta puissance ; en effet, Tu n'as pas dédaigné notre nature, que Tu as ressuscitée en Christ, la faisant monter à ta droite au-dessus de toutes dominations, toutes autorités, toutes forces, toutes dignités.
O étrange Ascension ! Les anges voient s'élever le Fils de l'homme et poussent des cris d'admiration. Ouvrez-vous, portes célestes, livrez passage avec révérence au héros puissant, au guerrier qui a fracassé les portes de la mort ! Son butin est avec Lui : celui qui a péché est sauvé, le dernier qui fut créé est le premier invité du Père ! Ouvrez-vous largement, portes célestes, ouvrez-vous à deux battants devant le Roi de gloire ! Il vient de Bosra, vêtu de rouge éclatant ; Dieu vêtu de chair vient pour régner éternellement.
Unis aux acclamations angéliques, nous Te supplions, Père, laisse-nous élever nos chants d'espérance et Te confesser en disant :

Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu Sabaoth. Les cieux et la terre sont remplis de ta gloire. Hosanna au plus haut des cieux. Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux !

!

Cette fête est la fête du triomphe de l'humanité !

Cette humanité, notre nature humaine que le Fils de Dieu a faite sienne en prenant corps de la Toute Sainte Vierge Marie, cette nature contaminée et souillée par le péché, il l'a sauvée et libérée du péché et de la mort ; et non seulement cela, il l'a glorifiée ; et non seulement cela, il l'a déifiée en la replaçant amoureusement au coeur de la Divinité d'où elle était issue à la création du monde.

Oui, Satan est vaincu, il a perdu la partie

Mais il nous reste à réussir notre propre accomplissement, faire que nos individualités se réunissent chacune pour sa part à cette nature glorieuse qui nous est commune, et que d'individus multiples que nous sommes encore, nous devenions des personnes uniques devant la Face de Dieu.

dimanche 5 février 2012

Une déception...

Christ, Seigneur et Fils de Dieu, Libre réponse à l’ouvrage de Frédéric Lenoir, Paris, Lethielleux, 2010, par le P. Bernard Sesboüé, s. j.

Cet ouvrage de Frédéric Lenoir, directeur du « Monde des religions », est intitulé Comment Jésus est devenu Dieu (Paris, Fayard, 2010) et son titre, délibérément provocant, résume bien la double thèse de l’auteur : les apôtres et disciples directs de Jésus-Christ n’ont nullement cru qu’il était Dieu lui-même, ce sont les conciles aux ordres des empereurs, à commencer par celui de Nicée présidé par Constantin en personne, qui l’ont divinisé a posteriori. Le livre, bien documenté et intelligemment présenté, est fait pour emporter rationnellement la conviction ; et de fait, aux yeux de la raison, l’incarnation de Dieu (et pas seulement d’un dieu) est une impossibilité, un non-sens : l’objection n’est pas très nouvelle, Celse, au IIe siècle, raisonnait déjà de la sorte. Tandis qu’une divinisation a posteriori ne serait pas plus choquante, car n’entraînant pas davantage de conséquences, que l’apothéose décernée après leur mort aux empereurs romains.

On voit bien à quel point cette thèse est perfide, au sens précis du terme, c’est-à-dire ennemie de la foi. Car, si elle vraie, toute l’économie du salut s’effondre, et en particulier la réparation de la chute et la déification des hommes n’ont plus de réalité.
 
D’où l’intérêt que présentait a priori pour moi, comme pour tout autre chrétien, la réfutation, ou plutôt la « réponse » du P. Sesboüé, jésuite, théologien catholique réputé et auteur de très nombreux ouvrages. Hélas, je ne puis dissimuler ma déception…
 
Certes, le P. Sesboüé contredit la thèse de Frédéric Lenoir, en prouvant, textes en main, que les apôtres dès après la résurrection ont cru à la divinité personnelle de Jésus, et que les empereurs ne sont pas directement intervenus dans la formulation des définitions dogmatiques des conciles, mais bien plutôt dans leur acceptation, pour mettre fin aux désordres et aux affrontements que les hérésies provoquaient dans la société. Tout cela, à la lecture de son ouvrage, est acquis. Mais…car il y a un « mais ».
 
D’abord, il est bien dommage que le P. Sesboüé entonne à son tour la vieille antienne de Constantin devenu arien et baptisé sur son lit de mort par un évêque arien, Eusèbe de Nicomédie. Le professeur Pierre Maraval a fait justice de cette légende en particulier dans sa belle biographie Constantin le Grand, empereur romain, empereur chrétien (306-337), (Paris, Tallandier, coll. "Biographies", 2011) : il y montre que l’empereur était mû avant tout, non par des convictions dogmatiques ( il n’était pas un « empereur théologien », au contraire de Justinien au VIe siècle ) mais par la nécessité de maintenir l’ordre dans l’Empire ; et il rappelle ce qu’il avait précédemment montré, à savoir qu’Eusèbe de Nicomédie, certes lié à Arius, avait fini par souscrire aux articles de Nicée : il était bien trop opportuniste pour avoir des convictions ancrées…
 
Cette inexactitude est cependant secondaire. Ce qui me contrarie vraiment, ce sont les concessions excessives à mon gré que le P. Sesboüé juge bon de faire à celui qu’il appelle son « partenaire ». Par exemple, il considère que la foi des disciples en la divinité du Christ leur est venue après sa résurrection et que certains passages des évangiles ont été remaniés en ce sens. Aucun théologien orthodoxe ne saurait admettre pareille assertion qu’aucun Père de l’Eglise non plus n’aurait admise. Ainsi, l’admirable confession de foi de Simon-Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matthieu 16, 16) serait, écrit le P. Sesboüé, « sans doute…une rétroprojection de la titulature de l’Eglise primitive sur la personne de Jésus d’avant Pâques » (p. 37).
 
Comment ne pas voir que c’est donner à l’adversaire (que, moi, je qualifie tel) un argument presque imparable : ainsi cette confession de foi qui est, dirai-je en paraphrasant saint Paul, la colonne et la base de la vérité, serait un ajout a posteriori ! C’est la thèse même de Lenoir, seule diffère l’époque de l’ajout !
 
Tous les théologiens orthodoxes, à la suite des Pères, considèrent cette proclamation comme le fondement même de l’Eglise du Christ, ce que les propres paroles de Jésus confirment : « Tu es bienheureux, Simon, fils de Jonas, parce que ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. » L’orthodoxie unanime professe que cette confession de foi révélée par le Père céleste et prononcée par Simon-Pierre est la pierre de fondation de l’Eglise, et nullement la personne de l’apôtre, lequel n’a donc aucune préséance sur les autres. Mais quoi qu’il en soit de cette importante question, si la profession de foi de Pierre a été actualisée après coup, quid de la proclamation solennelle (« et moi, je te dis… ») du Christ ? Est-elle aussi arrangée, trafiquée ? Alors la base de l’Eglise s’effondre, et l’Eglise elle-même aussi. Elle n’est plus qu’un édifice humain, « trop humain ». Et, pour paraphraser encore l’apôtre Paul, « vaine est notre foi, vaine notre prédication, et nous sommes des menteurs devant la face de Dieu ».

Faire des concessions au cours d’une disputatio peut être un moyen dialectique utile, mais pas au détriment de la thèse que l’on défend. C’est malheureusement le cas ici.
 
C’est pourquoi je dois renvoyer quittes les deux contradicteurs, et cela me cause un vif déplaisir.