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mardi 6 novembre 2012

Le pardon et l’action du Saint-Esprit




Le soir de ce même jour, le premier de la semaine, alors que, par peur des Juifs, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient fermées, Jésus vint et se tint au milieu d’eux, et il leur dit : « Paix à vous ! » Et, ayant dit cela, il leur montra et ses mains et son côté.
 Les disciples furent donc remplis de joie à la vue du Seigneur.
            Il leur dit donc de nouveau :
« Paix à vous ! 
                        Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. »
            Et, ayant dit cela, il souffla sur eux, et il leur dit :
                        « Recevez l’Esprit-Saint ;
                        les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez,
ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. (Jn 20, 19-23).

Cet épisode, seul Jean le relate en détails, alors que Matthieu ne le mentionne pas et que Marc et Luc (celui-ci dans son évangile et dans les Actes) le décrivent différemment.
Si Jean le Théologien nous fournit ces détails, c’est à cause de leur valeur théologique. Cet épisode est en effet clairement ecclésial.
Le Christ apparaît à l’ensemble de ses disciples (il ne résulte pas clairement du texte de saint Jean si seuls les apôtres – les Onze – sont présents, ou si avec eux sont aussi présents tous les disciples, mais la comparaison avec Luc, qui mentionne « les Onze et leurs compagnons » ([Lc 24, 33] montre que la seconde interprétation est la bonne).
Il apparaît donc à l’ensemble de ses disciples – hormis Thomas, mais son tour viendra huit jours plus tard.
Il leur donne la paix une première fois, puis une seconde fois, c’est-à-dire qu’il confirme son don.
Et sa présence les met en joie. Et l’on sait que la paix et la joie sont, avec l’amour, les dons du Saint-Esprit.
Précisément, il leur donne le Saint-Esprit, et cela, non pas symboliquement, mais effectivement, concrètement, par le souffle de sa bouche.
A ce sujet, il est très important de noter que le verbe « souffla » employé ici, en grec enephusèsen¸ est exactement le même que celui que la Septante a utilisé dans sa traduction du verset 7 du chapitre 2 de la Genèse :
« Le Seigneur Dieu façonna l’homme, poussière tirée du sol, il insuffla dans ses narines un souffle (ou : une haleine) de vie, et l’homme devint une âme vivante ».
Verset auquel fait fidèlement écho ce passage du Livre de la Sagesse (15,11) :
« (L’idolâtre) a méconnu celui qui l’a modelé, qui lui a insufflé (même verbe) une âme agissante et inspiré un souffle vital ».
Et enfin – ce qui est plus important – on retrouve encore le même verbe dans un passage de la prophétie d’Ezéchiel qui est proclamée le Vendredi saint :
« Esprit, vient des quatre vents, souffle sur ces morts, et qu'ils revivent ! »
Il est donc clair que ce qui s’opère ici, c’est une nouvelle création. Non pas seulement un renouvellement, un renouveau, mais une création totalement nouvelle, par le Verbe et par l’Esprit.
(On peut évoquer le verset 30 du psaume cosmique : « Tu envoies ton souffle et ils sont créés, et tu renouvelles la face de la terre ».)
Auparavant, le Christ a dit à ses disciples :
« Comme mon Père m’a envoyés, je vous envoie ». L’œuvre dont il les charge ainsi, c’est la mission, que la puissance du Saint-Esprit leur permettra d’accomplir, comme l’illustreront d’une manière les Actes des Apôtres, qu’on a pu appeler « l’évangile du Saint-Esprit ».


Enfin, l’autre œuvre qu’il leur confie, c’est la rémission des péchés :
« Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez ». Il est important de noter que ce membre de phrase suit immédiatement, au sein de la même phrase, celui où Jésus dit : « Recevez l’Esprit-Saint ».
En effet, la rémission des péchés n’est possible qu’à Dieu : c’est ce que les Juifs, scandalisés, objectaient véhémentement à Jésus à chaque fois qu’il disait à quelqu’un : « Va, tes péchés te sont remis ». Et voici que ce pouvoir divin, exclusivement divin, le Christ le donne à son Eglise.
Je dis bien : son Eglise. En effet, les apôtres sont assemblés, et, la fois suivante, au complet.
C’est donc au collège apostolique que Jésus
-    donne la paix,
-     confie la mission,
-     communique le Saint-Esprit,
-     donne le pouvoir de la rémission des péchés.
Il leur donne tout cela « en bloc », avant de leur envoyer personnellement le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte, Saint-Esprit qui, par sa puissance, leur donnera alors à chacun la capacité et la force d’accomplir ce dont le Christ les a chargés. Ce que lui-même leur avait annoncé auparavant en leur disant : « Vous, c’est dans l’Esprit-Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours » (Actes 1, 5) et : « Lorsque le Saint-Esprit descendra sur vous, vous serez revêtus de force, et vous serez mes témoins à Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1, 8).
Ainsi donc, l’Eglise est fondée – car cet épisode en est le fondement, la vie dynamique lui étant communiquée à la Pentecôte – sur quatre piliers :
-      la paix,
-       la mission (ou l’évangélisation ou le témoignage rendu à Jésus-Christ),
-       la réception du Saint-Esprit,
-        la rémission des péchés ou le pardon.
Si un seul de ces piliers manque, l’Eglise s’effondre.
Le pardon, en l’occurrence, est ce qu’on peut appeler le pardon sacramentel : le pardon donné en  Eglise et par l’Eglise, pardon donné au nom du Christ et par la vertu puissante du Saint-Esprit.
De ces trois éléments étroitement liés :
-   la puissance du nom du Christ (« Il n’est pas d’autre nom sous le ciel par lequel nous devions être sauvés », proclame Pierre devant le Sanhédrin [Actes 4, 12]),
-      la réception du Saint-Esprit,
-      la rémission des péchés,
le troisième est la conséquence des deux premiers, mais il dépend aussi d’une condition sine qua non : le repentir.
Ainsi que le déclare l’apôtre dans son discours à la foule le matin de la Pentecôte (Actes 2, 14-40, en particulier 38) :
« Repentez-vous, et que chacun soit baptisé au nom de Jésus- Christ pour la rémission des péchés et vous recevrez le don du Saint-Esprit ». Je reviendrai plus tard sur le repentir.
Je veux, à ce point de mon exposé, mettre en relief un point important : dans l’Eglise, pour que celle-ci soit conforme aux desseins du Seigneur, pour que nos célébrations soient justes, pour que nous puissions dire sans hypocrisie : « En paix, prions le Seigneur », il faut à tout prix pratiquer le pardon entre frères.
C’est une prescription du Christ lui-même (Mt 5, 23-24) :
« Si tu présentes ton offrande sur l’autel et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère, et alors viens présenter ton offrande ».


Remarquons bien ce dont il est question ici : non pas des griefs ou de la rancune que je peux éprouver contre mon frère, mais bien de ceux que mon frère éprouve contre moi, même si je n’en éprouve pas moi-même, et même si ces griefs et cette rancune ne sont pas fondés ! C’est extraordinairement exigeant !
Mais il faut remarquer aussi que cette prescription figure dans la liste des huit prescriptions que l’on trouve dans le chapitre 5 de saint Matthieu à la suite des Béatitudes – huit prescriptions, comme les huit Béatitudes – et cela dans un passage qui commence par :
« Car je vous dis que si votre justice n’abonde pas plus que celle des scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Mt 5, 20)
et s’achève par :
« Vous serez donc parfaits, vous, comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 47).
Ces huit prescriptions – dont la dernière n’est autre que celle d’aimer ses ennemis – sont, comme les huit Béatitudes, un passeport pour le Royaume des cieux. Elles sont hors de portée des hommes...mais « à Dieu rien n’est impossible ». En l’occurrence, c’est l’action du Saint-Esprit sanctificateur – action qu’il serait sacrilège de dissocier de celle des deux autres Personnes divines, mais qui pourtant lui est propre –qui rend parfait.
Je passe maintenant à un autre sujet, et c’est cette fois la parabole du fils prodigue qui me fournira mon thème, lequel est le pardon personnel, j’entends par là le pardon demandé et reçu pour soi-même.
Inutile de la relire, chacun l’a en mémoire. Rappelons simplement que cette histoire est celle de l’homme en général, et aussi l’histoire de chacun de nous – et souvent répétée, hélas...Histoire qui n’est pas mythique car elle peut être, et est souvent expérimentée par tout homme dans son existence : Adam, exclu du Paradis par sa faute, c’est-à-dire privé de la familiarité et de l’intimité divines, plongé dans une existence de misère, de malheur, d’hostilité ; mais qui, en fin de compte, se repentant, fait retour à son Père.
Il faudrait davantage de temps pour traiter à fond du repentir. Brièvement, on peut dire ceci : se repentir, c’est faire retour. Se détourner de soi-même et faire retour à Dieu en esprit ; puis faire retour sur soi-même et se considérer en vérité à la lumière divine : roi de l’univers devenu gardien de cochons ; et enfin faire de nouveau retour à Dieu,  non plus seulement en esprit, mais en se présentant devant lui tel que l’on est dans l’entièreté de notre être, et le cœur empli de confiance dans son amour miséricordieux.
Faire retour à son Père qui est Dieu : il faut se déshabituer de voir Dieu comme un Juge ! C’est un Père, et un Père qui nous aime tendrement.
Faire retour à son Père qui est Dieu, c’est aussi reconnaître ce qu’on avait précédemment nié ou renié : un lien de dépendance, non pas servile (même si le fils prodigue dit qu’il n’est plus digne d’être fils, mais mercenaire), mais dans l’amour réciproque. Amour du Père pour son fils et du fils pour son Père. Or seul le Saint-Esprit, qui communique l’amour, peut tisser ce que l’apôtre appelle « le lien de la charité ».
Mais il y a plus. Ce Père, c’est Dieu ; mais comment donc pouvons-nous dire de Dieu qu’il est notre Père ?
Certes, en écoutant le Christ, et d’abord en priant sa propre prière que lui-même nous a enseignée : « Notre Père qui es aux cieux... ». Combien de fois n’a-t-il pas répété à ses disciples que son Père est aussi le nôtre ? La toute dernière fois, c’est à Marie-Madeleine, lorsqu’il lui apparaît le matin même de l’épisode que j’ai relu en commençant, et qu’il lui dit : « Ne me touche pas ! Va-t-en vers mes frères (« frères », et non pas « disciples », ni même « amis », comme à la Cène) et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17).
Or comment être, et savoir que l’on est, fils de Dieu ? L’apôtre Paul nous l’enseigne : « Tous ceux qui sont menés par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit de servitude pour retomber dans la crainte, mais vous avez reçu un esprit d’adoption filiale, par lequel nous crions : Abba ! Père ! » (Ro 8, 15).
De la même façon, « nul ne peut dire : Seigneur Jésus, si ce n’est par l’Esprit-Saint » (1Co 12, 3), cet Esprit-Saint que le Père nous a envoyé au nom du Christ « pour demeurer avec nous à jamais » (Jn 14, 16). C’est l’Esprit-Saint qui, en demeurant en nous, en faisant de chacun de nous son habitation et son temple (« Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit-Saint de Dieu habite en vous » [1 Co 3, 16]), c’est lui qui nous rend conformes au Christ.
C’est lui, par conséquent, qui nous communique la capacité – qui, autrement, est tout à fait hors de notre portée – d’aimer nos ennemis et de leur pardonner entièrement : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » - parole rapportée par saint Luc, c’est-à-dire, peut-on supposer, confiée à lui par Marie (puisque, selon la tradition, il a recueilli les souvenirs de la Mère de Dieu. Exactement de la même façon, Etienne, le proto-martyr, « rempli de l’Esprit-Saint » (Actes 7, 55), s’écria, pendant qu’on le lapidait : « Seigneur, ne leur impute pas ce péché ! » (ibid. 60). Il était devenu totalement conforme au Christ !
« Mais – nous avertit l’apôtre - l’homme psychique n’accepte pas les dons de l’Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge » (1Co 2, 14).
Le pardon, il faut bien l’admettre, n’est pas du tout naturel à l’homme. Il est extrêmement difficile de pardonner à autrui, et aussi – les Pères, dont Monseigneur Jean, insistent beaucoup là-dessus – de se pardonner à soi-même, et même de pardonner à Dieu ! L’âme se révolte contre cela.
D’où le précepte que Jésus fait dire au docteur de la Loi qui l’interroge – juste avant la parabole du Bon Samaritain : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même » (Lc 10, 27). Aimer (Dieu, autrui, soi-même) exclut obligatoirement la rancœur et inclut obligatoirement le pardon, le pardon demandé et donné. Le pardon est don, une forme supérieure du don.
C’est le gage de l’entrée dans le Royaume des cieux. Le Christ après la déclaration du docteur de la Loi, conclut : « Tu as correctement répondu ; fais cela, et tu vivras » (ibid. 28). La vie dont il est question ici, c’est évidemment la vie éternelle, que Dieu nous communique par son Esprit en nous rendant conformes à lui.
En effet :
« Si l’Esprit de Celui qui a relevé Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a relevé d’entre les morts le Christ Jésus fera vivre aussi vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous », enseigne saint Paul aux Romains (8, 11), après avoir déclaré : « La loi de l’Esprit de vie dans le Christ Jésus m’a libéré de la loi du péché et de la mort » (ibid. 2).
Soyons bien conscients que, réduits à nos propres forces, nous ne pouvons rien, ou pas grand-chose, en tout cas nous ne pouvons rien mener à son achèvement. Nous ne savons ni aimer, ni prier, ni pardonner autrement que médiocrement.
C’est pourquoi le Père qui nous aime tendrement nous envoie son Esprit, qui est aussi l’Esprit de son Fils, pour suppléer à notre faiblesse – mais non à notre paresse : il n’a pas d’indulgence pour les indolents ! Ainsi que l’apôtre Paul l’enseigne aussi aux Romains (Ro 8, 26-27) :
« De même aussi l’Esprit vient en aide à notre faiblesse. Car nous ne savons pas prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même prie pour nous par des gémissements ineffables, et Celui qui scrute les cœurs sait quels sont les désirs de l’Esprit, et que c’est selon Dieu qu’il sollicite en faveur des saints ».
Je conclurai, avec le même apôtre (en modifiant légèrement son texte pour passer du « vous » au « nous ») :
« Je plie les genoux devant le Père, de qui toute paternité aux cieux et sur la terre tire son nom : qu’il nous donne, selon la richesse de sa gloire, d’être puissamment fortifiés par son Esprit en vue de l’homme intérieur ; que le Christ habite en nos cœurs par le moyen de la foi ; soyons enracinés dans la charité et fondés sur elle, afin d’avoir la force de comprendre avec les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur, et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, pour que nous soyons remplis de toute la plénitude de Dieu » (Eph 3, 14-19).


mardi 2 octobre 2012

L'Eglise du Saint-Esprit





Un ouvrage fondamental enfin réédité.


Résumé
Le théologien russe présente sa vision d'une ecclésiologie eucharistique et sa conviction concernant le caractère charismatique de la vie ecclésiale, les dons de l'Esprit étant donnés non pour eux-mêmes mais en vue d'un ministère pour constituer le Corps du Christ.
Quatrième de couverture
C'est au cours de la sombre année 1940-1941 que Nicolas Afanassieff commence L'Église du Saint-Esprit, « cet hymne à la gloire de l'Église qui seule peut unir par l'Amour au milieu d'une humanité déchirée par la haine ». Ce livre, il l'a porté jusqu'à sa mort en 1966, sans pour autant parvenir à lui donner sa forme définitive. C'est sa femme, assistée d'un de ses plus fidèles disciples, qui en acheva la publication. L'ouvrage est le fruit non seulement d'une longue réflexion, mais aussi d'une vie de prière, de méditation et de service de l'Église. « On pense généralement, confiait-il à sa femme, que j'écris grâce à mon esprit logique et abstrait et grâce à mon érudition. Certes, ce sont là des choses utiles. Mais je commence à écrire par le sang et les larmes de mon coeur. »

On retrouve dans ce livre tous les thèmes que le grand théologien russe a développés, tant dans son enseignement à l'Institut Saint-Serge que dans ses articles : sa vision d'une « ecclésiologie eucharistique », qu'il avait d'ailleurs esquissée dans une contribution très remarquée à l'ouvrage collectif La Primauté de Pierre dans l'Église orthodoxe (1960) ; son sens de la primauté de l'Amour ; enfin, et surtout, sa conviction touchant le caractère charismatique de la vie ecclésiale. Pour lui, l'Église commence dans l'Esprit. Elle vit par Lui et en Lui. Les dons de l'Esprit ne sont pas accordés pour eux-mêmes mais en vue d'un ministère dans l'Église, pour constituer le Corps du Christ. Il n'est, en effet, pas un principe d'anarchie, mais d'organisation pour l'Église.

La traduction de cette somme ecclésiologique, préfacée par Olivier Rousseau o.p., l'un des pionniers du mouvement oecuménique, répond à l'un des voeux bien souvent formulés par le père Congar : que la voix de l'orthodoxie se fasse davantage entendre dans la recherche théologique contemporaine. Il n'est donc pas surprenant que la large vision charismatique de l'Église qui nous est ici présentée se trouve en profonde résonance avec les mouvements de renouveau spirituel qui se font jour actuellement dans les Églises chrétiennes.

30,40 € à La Procure

mercredi 5 septembre 2012

La Mère de Dieu, image de ceux qui sont sauvés


La Mère de Dieu, image de ceux qui sont sauvés

(Père Thomas Hopko)



Une méditation lumineuse, à lire et relire, à "ruminer", et à conserver en son coeur. 

Dans l'Église orthodoxe la Vierge Marie est l'image de ceux qui sont sauvés. Si Jésus-Christ est le Sauveur, Elle est, par excellence, l'image de ceux qui sont sauvés. Elle est, dans tous les aspects de sa vie, non pas la grande exception, mais plutôt le grand exemple. Depuis sa conception jusques à sa Dormition, elle révèle à quel point tous les gens doivent être (quand ils sont véritablement sanctifiés par l'Esprit Saint) serviteurs de Dieu et imitateurs du Christ.

Dans la fête de l'Entrée de la Mère de Dieu au Temple, nous voyons comment la mère du Christ est constamment chantée dans des hymnes comme le "temple vivant de la sainte gloire du Christ notre Dieu." Elle est saluée comme "l'arche vivante qui contient le Verbe qui ne peut être contenu". Elle est glorifiée comme "le temple qui va contenir Dieu", consacrée par l'Esprit pour être la "demeure du Tout Puissant". "Elle entre dans le Saint des Saints pour devenir elle-même le "Saint des Saints animés", celui en qui le Christ est formé, faisant ainsi d'elle, et de tous ceux qui font un avec elle dans la foi, la "demeure du ciel."

Nous sommes tous faits pour être des temples vivants de Dieu. Nous sommes tous créés pour être des demeures de Sa gloire. Nous sommes tous façonnés à Son image et à Sa ressemblance pour être demeures de Sa présence.

Le premier martyr chrétien, le protodiacre Etienne dont la mémoire est célébrée le troisième jour après la Nativité, a été mis à mort pour proclamer cette merveille quand il a témoigné que "le Très Haut n'habite pas dans des maisons faites de mains d'hommes." Pour cela, comme Jésus lui-même, il a été accusé d'avoir planifié la destruction du temple terrestre à Jérusalem (Actes 7:48; 6:14 ).

L'apôtre Paul proclame cette même doctrine, clairement et sans équivoque quand il écrit aux Corinthiens et à nous-mêmes que "nous sommes ouvriers avec Dieu, vous êtes le champ de Dieu, l'édifice de Dieu" (I Cor. 3:9).

Ce même enseignement se trouve dans l'Epitre de l'apôtre aux Ephésiens, comme confirmation des paroles de Jésus dans l'Evangile enregistrées par saint Jean, selon lesquelles "si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui et ferons notre demeure en lui "(Jn 13:23).

Jésus-Christ, le Fils, le Verbe et l'Image de Dieu, est physiquement et spirituellement formé dans le corps de la Vierge Marie, afin qu'Il puisse être formé en nous aussi (cf. Gal. 4:19). Tel est le sens de la Nativité, qui est le sens de la vie elle-même: le Christ en nous et nous en Christ, Dieu avec nous et nous avec Dieu. L'Esprit dans nos cœurs, afin que l'Esprit puisse s'écouler hors de nous, et sanctifier le monde autour de nous. Il ne s'agit pas de simple symbolisme, de langage exalté de la Liturgie et des Écritures. C'est quelque chose de très sérieux!


Version française Claude Lopez-Ginisty http://orthodoxologie.blogspot.fr
d'après
Fr. Thomas Hopko:
"The Winter Pascha"( La Pâques d'hiver)
Light & Life Publishing
Icône: Source:
used with permission. 


mercredi 1 août 2012

Saint Séraphim de Sarov

L'Eglise orthodoxe fête aujourd'hui un des plus grands saints de l'époque contemporaine, saint Séraphim de Sarov (1759-1833). Sa célébrité a rapidement débordé les frontières de la Russie pour s'étendre à tout le monde orthodoxe, et ensuite bien au-delà, grâce à l’émigration russe provoquée par la révolution bolchevique. 
Ce qui a puissamment contribué à son rayonnement, c'est son "Entretien avec Motovilov" , redécouvert bien après la mort de l'un et de l'autre, entretien au cours duquel il fait partager à son interlocuteur l’expérience de la transfiguration par et dans le Saint-Esprit, et où il prononce cette parole mémorable : "Le but de la vie chrétienne, c'est l’acquisition du Saint Esprit de Dieu. Ces pages sont un exemple parmi les plus éblouissants de cette "théologie mystique "qui est propre à l’Église orthodoxe. 
Il faut à tout prix se pénétrer de cet écrit rempli d'un souffle miraculeux et d'une lumière pénétrante par delà les signes d'écriture. Et il faut lire aussi sa vie, miracle (elle aussi) d'ascèse héroïque et d'amour sans limites. Pour cela, un opuscule indispensable : Séraphim de Sarov, Sa vie, Entretien avec Motovilov et Instructions spirituelles (Bégrolles-en-Mauge, Abbaye de Bellefontaine, "Spiritualité orientale n°11, n. éd. 2004).
Anecdote qui n'est pas sans intérêt : c'est à Sarov où le Saint-Esprit avait manifesté sa puissance, que les soviétiques implantèrent un arsenal de recherches sur l'arme atomique, cette puissance diabolique.
Autre anecdote : les reliques de saint Séraphim, qui avaient disparu durant toute l'ère soviétique, furent retrouvées après la chute du communisme, et transférées solennellement à Moscou.  
Saint Séraphim est fêté deux fois : le 15 janvier (2 janvier selon le calendrier julien), date de sa "naissance au ciel" (selon la belle expression des orthodoxes) et le 1er août (19 juillet), date de sa canonisation en 1903 et du transfert de ses reliques.
Je reproduit ci-dessous la relation d'un de ses miracles opéré en Alsace (source orthodoxologie).






Apparition de saint Séraphin de Sarov en Alsace



Un de mes amis m'a envoyé une lettre en français, dans laquelle une dame d'Alsace lui demandait de lui envoyer quelque chose sur l'Église orthodoxe russe: un livre de prières, ou quelque chose de similaire. En réponse, ils ont envoyé quelque chose, et l'affaire s'est terminée.

Ensuite, je suis allé en Alsace et j'ai rendu visite à cette femme pour faire connaissance, mais à ce moment-là elle n'était pas là. J'ai rencontré sa belle-mère, femme âgée et chrétienne au cœur pur d'une grande miséricorde.

Elle m'a dit ce qui suit... Leur famille était d'une ancienne lignée noble d'Alsace, de confession protestante. Il faut dire que dans cette région d'Alsace les habitants sont divisés selon les deux fois: il y a une moitié catholique, et une moitié protestante. Ils ont en commun l'église, où ils célèbrent les offices à tour de rôle. Au fond de cette église, il y a un autel romain, avec toutes les statues et les choses nécessaires, mais, quand les protestants officient, ils tirent un rideau devant tout cela, ils mettent leur table au milieu et ils prient.

Récemment, des protestants d'Alsace ont lancé un mouvement en faveur de la vénération des saints. Cela s'est produit après la lecture du livre de Sabatier[1] à propos du saint catholique François d'Assise. Etant pasteur protestant lui-même, l'auteur a été impressionné par le mode de vie de ce juste lors de sa visite à Assise. La famille de mes amis  fut également sous l'influence de ce livre. Bien que restant protestants, ils ressentaient encore un certaine insatisfaction. Ils souhaitaient vénérer les saints et participer aux sacrements. Quand le pasteur les a enseignés, ils lui ont demandé de ne pas fermer le rideau sur l'autel catholique, afin qu'ils puissent au moins voir les statues des saints. Leurs pensées étaient à la recherche de la véritable Église.

Et ainsi, un jour, cette jeune femme, qui était malade, était assise dans le jardin et lisait la vie de François d'Assise. Le jardin était tout en fleurs. Il y avait un grand silence dans la campagne ... Toujours lisant, elle s'est légèrement endormie. "Je ne sais pas comment c'est arrivé", dit-elle ensuite. "François lui-même s'est approché de moi, avec un un homme âgé voûté et lumineux, comme un patriarche. Il était tout en blanc. J'ai eu peur. Mais François s'est approché de moi et m'a dit: "Ma fille! Tu es à la recherche de la véritable Église - elle est là, où il est lui! "[...]

Le vieil homme blanc garda le silence et il sourit en acquiesçant aux paroles de François. La vision s'est terminée. Elle se réveilla. Et pour une raison quelconque, sa pensée lui suggéra: "Ceci est lié à l'Église russe". Et la paix descendit sur son âme.

C'est après cette vision, qu'elle a écrit la lettre, mentionnée au début de cette histoire. Deux mois plus tard, je leur ai à nouveau rendu visite, et alors elle m'a dit elle-même ce qui suit. Ils ont embauché un travailleur russe. Voulant savoir s'il était bien installé, l'hôtesse est venue dans sa chambre et a vu une icône dans le coin, sur le mur, et elle a reconnu la même personne âgée, qu'elle avait vue dans la vision de François. Surprise et effrayée, elle a demandé: "Qui est ce vieillard? "- "C'est saint Séraphim, notre saint orthodoxe," a déclaré le travailleur. Et puis elle s'est rendu compte seulement alors du sens des paroles de François disant que la vérité est dans l'Église Orthodoxe.

Version française de Claude Lopez-Ginisty
d'après
http://www.fatheralexander.org/booklets/english/chudesa_e.htm


[1] Paul SABATIER. Vie de saint François d'Assise, édition définitive. Paris, Fischbacher 1931.(1ère version 1894). Ouvrage remarquable, et remarqué.


mercredi 6 juin 2012

Par le baptême, nous devenons parfaits (par Jean-Baptiste Willermoz)


Par le baptême, nous devenons parfaits
Par Jean-Baptiste Willermoz

Initiés, à l’instant que nous sommes régénérés, nous entrons dans la vie, nous recevons la lumière et nous connaissons Dieu qui est la source de toute vérité, de toute science et de toute perfection. Par le baptême, nous devenons parfaits ; l’Esprit-Saint nous sanctifie et la foi nous éclaire. Je leur ai dit : Vous êtes les dieux de la terre, vous êtes les enfants du Très-Haut (Ps. LXXXI). Cette opération de l’esprit s’appelle œuvre, grâce, illumination, perfection, baptême. C’est un baptême qui nous purifie, une grâce qui nous justifie, une illumination qui nous remplit de lumière et qui nous fait connaître les choses divines. Ce sont là les dons accomplis de l’Etre souverainement parfait. A sa voix, tout, en nous, est sorti des ténèbres ; il a anticipé les temps en notre faveur par sa toute-puissance, et nous vivons parce que J.-C. nous a délivrés de la mort. Dieu a créé l’univers par sa volonté, et par sa volonté il a fait le salut des hommes. Celui donc qui est acquitté par J.-C. sort aussitôt des ténèbres, il est au moment même rempli d’une céleste lumière comme ceux qui se réveillent sortent des liens du sommeil. La taie qui l’aveuglait est enlevée, l’obstacle qui l’empêchait de voir est écarté. Ainsi, notre régénération par le Saint-Esprit dissipe à l’instant les ténèbres épaisses qui nous dérobaient la lumière divine, elle enlève le bandeau qui couvrait l’œil de notre âme et la met en état de voir les vérités célestes.

Initiés, nous étions autrefois ensevelis dans les ténèbres, nous sommes maintenant la lumière du Seigneur ; c’est pourquoi les anciens appelèrent l’homme d’un nom qui signifie lumière.[1] Ainsi l’espérance de ceux qui ont cru n’a point été trompée ; ils reçoivent dès à présent les arrhes de la vie éternelle ; car le Maître leur a dit : qu’il soit fait selon votre foi.[2]  Voilà l’effet de cette œuvre divine en nous : nous ne sommes plus les mêmes hommes. La grâce de J.-C. a brisé nos liens, notre esprit a reçu une lumière éclatante ; mais les hommes qui sont encore dans les ténèbres ne peuvent concevoir comment la grâce nous a éclairés par la foi. Ils ne peuvent concevoir qu’étant ainsi dégagés de la servitude de la loi, nous sommes devenus esclaves du Verbe qui est la lumière du libre-arbitre : Je vous rends gloire, mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et que vous les avez révélées aux simples et aux petits : oui, mon Père, cela est ainsi parce que vous l’avez voulu.[3] Que celui donc qui veut obtenir ce prix dompte la concupiscence et ses désirs charnels, qu’il abjure l’orgueil de la science humaine. C’est par cette victoire qu’il obtiendra la foi qui régénère l’esprit, éclaire l’intelligence et embrase le cœur par le feu et la lumière céleste (Clément d’Alexandrie dans son Pédagogue, chap. 6).

Jean-Baptiste Willermoz, Mes pensées et celles des autres, mises au jour et publiées pour la première fois par Robert Amadou, pensée 27, Renaissance Traditionnelle, n° 30 avril 1977, pp. 103-104.


[1] Fώς (terme poétique) = homme ; fῶς = lumière. Les deux se prononcent phôs.
[2]Matthieu 9, 29,  etc.
[3]Luc 10, 21.

lundi 4 juin 2012

Vous êtes modelés sur le Fils de Dieu


Vous êtes modelés sur le Fils de Dieu

Baptisés dans le Christ, revêtus du Christ, vous êtes modelés sur le Fils de Dieu. Car Dieu qui vous a prédestinés à l’adoption vous a modelés sur le corps glorieux du Christ. Désormais donc associés au Christ, il est normal que l’on vous appelle des « christs », et c’est de vous que Dieu disait : « Ne touchez pas à mes christs ! » (Ps 104, 15). Vous êtes devenus des christs parce que vous avez reçu la marque du Saint-Esprit ; et tout vous est arrivé en images, puisque vous êtes des images du Christ. Lorsque, baigné dans les eaux du Jourdain, et leur ayant communiqué les effluves de sa divinité, le Christ en fut remonté, le Saint-Esprit fit en personne irruption sur lui, le semblable se reposant sur son semblable. De même, remontés de la cuve aux saintes eaux, vous reçûtes la chrismation, la marque dont fut chrismé le Christ. Or cette chrismation est l’Esprit-Saint.
[…]
Et de même que le Christ fut réellement crucifié, enseveli et ressuscité, et que, vous aussi, par votre baptême, vous avez été admis à participer symboliquement à sa croix, à son tombeau et à sa résurrection, ainsi en est-il de la chrismation. Le Christ était chrismé d’une huile joyeuse et spirituelle, entendez de l’Esprit-Saint qu’on appelle huile d’exultation spirituelle ; quant à vous, vous avez été chrismés d’un baume qui vous a rendus participants et associés du Christ.


Saint Cyrille de Jérusalem, XXIe catéchèse baptismale ou IIIe catéchèse mystagogique¸ Paris, Migne, collection « Les Pères dans la foi », 1993, pp. 329-330.

samedi 26 mai 2012

Du Saint-Esprit




Le Saint-Esprit, il faut penser à lui comme à une Personne, il faut s'adresser à lui comme à une Personne. C'est beaucoup plus difficile que pour le Père et le Fils car, l'Esprit Saint, nul ne connaît son Nom, c'est l’Innommé, comme l'appelait l’évêque Jean de Saint-Denis.

Si l'on y réfléchit bien, nous ne connaissons pas non plus les noms ni du Père ni du Fils. Père et Fils caractérisent leurs rapports, leurs relations. Mais quel est le Nom du Père ? Le tétragramme IHWH ? El Shaddaï ?  Elohim ? El Elyon ? Tous ces noms se rapportent à des opérations, à des actions de Dieu, mais pas à son « être même ». Le seul dont nous connaissions le Nom, c'est le Fils, mais c'est seulement son nom d'homme : JESUS, et non pas son Nom de Dieu ; tout ce que nous savons de lui c'est qu'il est Fils de Dieu.

Pour le Saint-Esprit, c'est encore plus flagrant : son Nom ne caractérise même pas ses rapports avec le Père et le Fils : le Père est Saint, le Fils est Saint, le Père est Esprit, le Fils est Esprit…

Pourtant, nous pouvons le connaître en l'expérimentant par ses dons, dons qu'il communique avec puissance. « Nous ne connaissons du Saint-Esprit que ses énergies, ses dons, ses grâces » (monseigneur Jean). Du même : « Il se donne si profondément qu'on ignore son Nom ». Ce serait une erreur grave de confondre ces dons, ces énergies avec Lui-même. On appelle Souffle, Vie, Feu, et c'est juste car c'est ce qu'il donne ; mais ce n'est pas Lui.

Premièrement, il est « vivificateur », proclamons-nous dans le Symbole de la foi :
a)      quand Dieu insuffle en Adam son souffle de vie,  c'est le Saint-Esprit ;
b)     c'est le Saint-Esprit qui donne vie au Verbe, Fils de Dieu, dans le sein de Marie ;
c)      c'est le Saint-Esprit qui communique la vie divine à tous les hommes dans le sein de l'Eglise, qui en fait des « hommes nouveaux » conformes au Christ, en qui il vient résider, en sorte qu'ils sont tous « temple du Saint-Esprit ».

Bien entendu la vie et l'amour divin sont indissociables : c'est l'amour qui transforme sur le plan purement humain et sur le plan divino-humain. C'est l'amour qui déifie. Et le Saint-Esprit est celui qui communique l'amour.

Dans une certaine tradition catholique romaine, héritée de saint Augustin, le Saint-Esprit est considéré comme l'amour mutuel que se portent le Père et le Fils, donc c'est un rapport, c'est une relation, ce n'est plus une Personne. Non ! Ceci est une hérésie. Ce qui est vrai, c'est que le Saint-Esprit communique l'amour, donc communique la déification.

Comment ? en opérant l'unité dans la diversité et la diversité dans l'unité.

Il y a diversité des dons. Selon la tradition, ces dons sont au nom de sept : sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété, crainte de Dieu (tout cela dans le prophète Isaïe). Mais il faut aller plus loin et se rapporter à l'énumération qui est faite par saint Paul dans la première épître aux Corinthiens au chapitre 13 : « Il y a diversité des dons (charismes), mais le même Esprit ; diversité des ministères, mais le même Seigneur ; diversité d'opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous ». Ainsi est bien marquée la distinction de l'économie du Saint-Esprit, de l'économie du Fils et de l'économie du Père.

L'apôtre ajoute : « A chacun, la manifestation de l'Esprit est donnée pour l'utilité commune », c'est-à-dire que les dons (les charismes) sont donnés par grâce (charis) gratuitement, mais pas pour rien, pas pour un but gratuit ou égoïste, mais pour l'utilité commune, pour être et se rendre utiles à tous, donc pour le service de tous. Axiome : les dons de l'esprit sont toujours pour la charité, qui est le « don le plus excellent ». C'est pourquoi (toujours selon l'apôtre Paul) l'Esprit-Saint réalise l'unité par le lien de la charité.

Ce qui est dit des dons peut se dire aussi de la charité.  L’Esprit-Saint distingue les personnes, mais pour les unir. Et comment ? par l'amour. Le péché contre l'Esprit, c'est lorsque l'on blesse la charité ; la forme la plus extrême de ce péché étant le refus de la miséricorde divine, comme fit Judas. Mais il y a mille et une manières de blesser la charité.

En résumé : tournez-vous vers le Saint-Esprit comme vers une Personne débordante du feu de l'amour divin et qui communique cet amour avec une douce puissance inoubliable. Sentez comme il enveloppe tout, pénètre tout, remplit tout, comme il fait sa demeure en nous, s’unit à nous pour y siéger, se fait un avec nous, sans confusion ni altération, nous embrase de son feu et nous fait devenir conformes à Dieu, fils de Dieu et dieux nous-mêmes. Amen.


jeudi 11 novembre 2010

La perfection du premier Adam selon S. Séraphim de Sarov


Sur la condition du premier Adam, l’Homme paradisiaque, beaucoup d’approximations et d’incertitudes sont proférées, tant nos facultés intellectuelles sont inaptes à appréhender réellement ce qu’elle fut. En effet, ce n’est qu’en apparence que notre intellect est illimité. Il le paraît relativement à nos facultés corporelles ; néanmoins il est tributaire de conditionnements tels le temps et l’espace, qui sont hérités de la chute. Non que le temps ni l’espace n’existassent point dans l’existence paradisiaque, mais ce n’étaient ni notre espace géographiquement borné ni notre temps chronologiquement mesuré. C’étaient un méta-espace et un méta-temps (ce dernier probablement analogue au « temps des anges ») dont on peut seulement dire qu’ils étaient, sans plus, puisqu’ils nous sont, au sens propre, inconcevables.  
La raison est donc impuissante à nous dire là-dessus quoi que ce soit d’assuré. La raison, oui ; mais la sagesse venue de Dieu, l’illumination du Saint-Esprit ? Le Saint-Esprit, selon la promesse du Christ, « [nous] enseignera toutes choses » (Jn, 14, 26).
Ecoutons donc ceux dont l’esprit illuminé par l’Esprit a eu la révélation des mystères cachés aux intelligents. Ceux-là sont les saints, dont la parole n’est pas verbiage mais est inspirée en-haut.
Ecoutons ce que le Saint-Esprit nous révèle à travers les propos de saint Séraphim de Sarov.

Entretien avec Motovilov

« Le Seigneur Dieu a créé Adam de la glaise du sol dans l’état dont parle l’apôtre Paul quand il affirme : ‘‘Que votre esprit, votre âme et votre corps soient parfaits à l’avènement du Seigneur Jésus-Christ’’ (1 Th 5, 23).
« Toutes ces trois parties de notre être furent créées de la glaise du sol. Adam ne fut pas créé mort, mais créature animale agissante, semblable aux autres créatures vivant sur terre et animées par Dieu. Mais voilà qui est important. Si Dieu n’avait pas insufflé ensuite dans la face d’Adam ce souffle de vie, c’est-à-dire la grâce du Saint-Esprit procédant du Père et reposant sur le Fils et envoyé dans le monde à cause de lui, tout parfait qu’il était et supérieur aux autres créatures, Adam serait resté privé de l’Esprit déifiant et serait semblable à toutes les créatures ayant chair, âme et esprit conformément à leur espèce, mais privées à l’intérieur de l’Esprit-Saint qui apparente à Dieu. A partir du moment où Dieu lui donna un souffle de vie, Adam devint, d’après Moïse, une âme vivante¸c’est-à-dire en tout semblable à Dieu, éternellement immortel. Adam avait été créé invulnérable. Aucun des éléments n’avait pouvoir sur lui. L’eau ne pouvait pas le noyer, le feu ne pouvait pas le brûler, la terre ne pouvait pas l’engloutir et l’air ne pouvait pas lui nuire. Tout lui était soumis comme au préféré de Dieu, comme au propriétaire et roi des créatures. Il était la perfection même, la couronne des œuvres de Dieu et admiré comme tel.
« Le souffle de vie qu’Adam reçut du Créateur le remplit de sagesse au point que jamais il n’y eut sur terre et que probablement jamais il n’y aura un homme aussi rempli de connaissance et de savoir que lui. Quand Dieu lui ordonna de donner des noms à toutes les créatures, il les nomma selon les qualités, les forces et les propriétés de chacune conférées par Dieu.
« Ce don de la grâce divine supranaturelle, venant du souffle de vie qu’il avait reçu, permettait à Adam de voir Dieu se promener dans le paradis et de comprendre ses paroles, ainsi que la conversation des saints anges et le langage de toutes les créatures, des oiseaux, des reptiles vivant sur la terre, tout ce qui est nous dissimulé, à nous, pécheurs, depuis la chute mais qui, avant la chute, était tout à fait clair pour Adam.
« La même sagesse, la même force et le même pouvoir, ainsi que toute autre sainte et bonne qualité, avaient été conférés par Dieu à Eve, au moment de sa création, non de la glaise du sol, mais de la côte d’Adam dans l’Eden des délices, au paradis éclos au milieu de la terre.
« Afin qu’Adam et Eve puissent toujours commodément entretenir en eux leurs propriétés immortelles, parfaites et divines venant du souffle de vie, Dieu planta au milieu du paradis l’arbre de vie, dans les fruits duquel il enferma toute la substance et la plénitude des dons de son divin souffle. Si Adam et Eve n’avaient pas péché, ils auraient pu, eux et leurs descendants, en mangeant des fruits de cet arbre, entretenir en eux la force vivifiante de la grâce divine, ainsi qu’une plénitude immortelle, éternellement renouvelée, des forces corporelles, psychiques et spirituelles, un non-vieillissement perpétuel, un état de béatitude qu’actuellement notre imagination a de la peine à se représenter.
« Mais ayant goûté au fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal avant l’heure et contrairement aux commandements de Dieu, ils connurent la différence entre le bien et le mal et devinrent la proie des désastres qui s’abattirent sur eux après qu’ils eurent enfreint le commandement divin. Ils perdirent le don précieux de la grâce du Saint-Esprit et, jusqu’à la venue sur terre de Jésus-Christ, Dieu-Homme, ‘‘ l’Esprit n’était pas dans le monde, car Jésus n’était pas encore glorifié’’ (Jn 7, 39). »
[…]
« Lorsque notre Seigneur Jésus-Christ acheva son œuvre de salut, ressuscité des morts il souffla sur les apôtres, renouvelant le souffle de vie dont jouissait Adam et leur redonnant la même grâce qu’Adam avait perdue […] »

Extrait de :
Séraphim de Sarov, Sa vie par Irina Goraïnov, Entretien avec Motovilov & Instructions spirituelles, traduit du russe  par Irina Goraïnov (Ed. Abbaye de Bellefontaine , coll. Spiritualité orientale n° 11, 1ère éd. 1973, rééd. 2004), pp. 158 à 160).

PS Je venais d'insérer ce billet lorsque j'ai constaté que l'excellent site "Les Amis de Martines de Pasqually" a fait paraître hier un autre extrait du même entretien. Heureux concours de circonstance !