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dimanche 9 février 2014

Des reliques et de la sainteté du corps

Les saintes reliques
(Père Edward Pehanich)

le tombeau de saint Jean de San Francisco

les reliques de saint Jean de San Francisco


Si vous entrez dans la cathédrale orthodoxe située sur Geary Boulevard à San Francisco, vous remarquerez des gens qui allument des cierges devant un petit reliquaire en forme de pavillon sur le côté droit de l'église. En regardant de près, vous verrez des gens se pencher pour embrasser le verre recouvrant le cercueil de l'archevêque de la cathédrale qui est mort en 1966. Ils vénèrent les saintes reliques de saint Jean le Thaumaturge, archevêque de San Francisco. Pourquoi cette vénération d'un corps mort? Est-ce une pratique superstitieuse ou païenne qui s'est glissée dans l'Église chrétienne?

Témoignage biblique

L'honneur et la vénération des restes des saints hommes et femmes peuvent être trouvés dans la Bible, et dans la pratique des premiers chrétiens. L'exemple le plus spectaculaire est enregistré dans l'Ancien Testament et raconte l'histoire d'un miracle accompli par le contact avec les os du Saint Prophète Elisée :

Élisée mourut, et on l'enterra. L'année suivante, des troupes de Moabites pénétrèrent dans le pays. Et comme on enterrait un homme, voici, on aperçut une de ces troupes, et l'on jeta l'homme dans le sépulcre d'Élisée. L'homme alla toucher les os d'Élisée, et il reprit vie et se leva sur ses pieds. (2 Rois:13:21 )

Le livre de la Sagesse de Sirach de l'Ancien Testament rappelle ce miracle accompli par les os d'Elisée :

Elisée fut couvert par le tourbillon,
Et Élisée fut rempli de son esprit (Elie).
Et dans ses jours, il ne tremblait devant aucun gouvernant, et personne ne l'opprimait.
Aucune parole ne pouvait le vaincre,
Et après la mort, son corps prophétisa, comme dans sa vie, il faisait des miracles,
Ainsi, même dans la mort ses œuvres étaient incroyables. (Sagesse de Sirach 48:12-14)

Dans le Nouveau Testament, les premiers chrétiens ont trouvé qu'il y avait un pouvoir miraculeux dans des mouchoirs qui avaient été en contact avec les apôtres, et même simplement l'ombre de l'apôtre Pierre était suffisante pour effectuer une guérison:

Et Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul, au point qu'on appliquait sur les malades des linges ou des mouchoirs qui avaient touché son corps, et les maladies les quittaient, et les esprits malins sortaient. (Actes 19:12)

Le nombre de ceux qui croyaient au Seigneur, hommes et femmes, s'augmentait de plus en plus; en sorte qu'on apportait les malades dans les rues et qu'on les plaçait sur des lits et des couchettes, afin que, lorsque Pierre passerait, son ombre au moins couvrît quelqu'un d'eux. La multitude accourait aussi des villes voisines à Jérusalem, amenant des malades et des gens tourmentés par des esprits impurs; et tous étaient guéris. (Actes 5:15)



Les premiers chrétiens

Comme lors de ces expériences avec les saints apôtres, les premiers chrétiens accordaient un honneur spécial aux corps des saints martyrs, ces hommes et ces femmes qui donnèrent leur vie pour le Seigneur. L'un des premiers documents chrétiens, datant d'environ l'an du Seigneur 155, est intitulé Le Martyre de Polycarpe. Ce document primitif raconte l'histoire du martyre de l'évêque âgé saint Polycarpe. Il nous donne un aperçu de la façon dont l'Église primitive a honoré les reliques de ses martyrs:

Et ainsi, après, nous avons pris ses os, plus précieux que des pierres précieuses et plusfines que l'or, et les avons mis dans un endroit approprié. Là, dans la mesure où nous nous le pourrons, le Seigneur nous permettra de nous réunir dans l'allégresse et la joie et de célébrer l'anniversaire de son martyre, à la fois dans la mémoire de ceux qui ont combattu ce combat, et pour la formation et la préparation de ceux qui vont combattre. (Martyre de Polycarpe, chapitre 18)


Beaucoup de Pères de l'Église ont écrit sur cette vénération des reliques des martyrs, dont saint Jean Chrysostome, saint Grégoire de Nysse, saint Jérôme et saint Grégoire de Nazianze. Saint Grégoire de Nysse, au 4ème siècle, dans son Sermon sur le saint martyr Théodore dit:

[…] s'approcher de la tombe (du martyr), nous croyons que c'est à la fois une bénédiction et une sanctification. Si quelqu'un prend de la poussière du lieu de repos de martyr, c'est un présent et un trésor méritoires. Si une personne a, à la fois la chance et la permission de toucher les reliques, cette expérience est un prix de grande valeur et semble comme un rêve à la fois à ceux qui ont été guéris et dont le vœu a été accompli […] On implore le martyr qui intercède pour nous, et c'est un préposé de Dieu pour communiquer ces faveurs et ces bénédictions que les gens recherchent.

Théologie du corps

La vénération des reliques des saints est clairement une pratique chrétienne attestée, tant par le témoignage de la Bible que par les pratiques de l'Eglise primitive. Nous honorons les reliques des saints parce que notre foi a toujours cru et enseigné que le salut ne concerne pas seulement de notre âme, mais que notre corps participe à ce salut.

Notre corps et notre âme sont baptisés, notre corps et notre âme reçoivent l'onction dans la Chrismation, notre corps et notre âme reçoivent le Seigneur dans la Sainte Eucharistie.

Tandis qu'à la mort notre corps et l'âme sont séparés, au Jour Dernier nos corps se lèveront de terre et rejoindront nos âmes pour recevoir le salut ou la damnation. Notre Seigneur Jésus est monté au ciel avec un corps humain, par conséquent, nos corps sont sanctifiés et saints.

La grâce de l'Esprit Saint qui a rempli ces saints alors qu'ils étaient en vie, continue à être présente dans leur corps qui ont été et sont les temples du Saint Esprit. Comme saint Paul l'explique dans la Bible :

Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes? (1 Corinthiens 6:19)

Le philosophe grec Platon ne croyait pas que le corps soit un temple, mais plutôt une prison ou une cage pour l'âme. Beaucoup d'Américains, alors qu'ils professent croire en la Bible, agissent comme si la philosophie de Platon était vraie.

Il est de plus en plus courant pour les familles de renoncer à des services funéraires pour leurs proches et d'opter plutôt pour la crémation directe suivie par un "service commémoratif" ou une "célébration de la vie" pour le défunt.

Le corps est sans importance et n'est même plus nécessaire pour les funérailles!

Il est assez fréquent d'entendre, lors des funérailles, des déclarations telles que : Ce n'est pas l'oncle Charlie dans ce cercueil, c'est seulement sa coquille. Les chrétiens orthodoxes honorent et respectent le corps humain à la fois avant et après la mort.

Ce corps d'une mère qui a élevé des enfants ou le corps d'un mari qui a travaillé pour subvenir aux besoins d'une femme et d'enfants demeure saint et honoré.

Cet organisme qui a reçu le baptême et a été nourri par l'Eucharistie demeure saint et c'est un temple sacré, même après la mort et il est traité avec honneur et respect, amené dans église et béni avec de l'eau bénite et de l'encens.

Reliques séculières

Alors que de nombreux Américains, en particulier les protestants, abhorrent la vénération des reliques des saints, notre culture américaine embrasse facilement la vénération des reliques des saints laïques. Les musées à Washington DC montrent des reliques associées à l'assassinat d'Abraham Lincoln: les gants teintés de sang qu'il portait le soir de son assassinat, des morceaux de son crâne prélevés lors de l'autopsie, la balle de plomb qui l'a tué.

Sur votre ordinateur, Ebay vous vend des reliques sacrées: récemment étaient à vendre des mèches de cheveux d'Elvis, et même une couronne de porcelaine d'une de ses dents!

J'ai vu des brochures dans les salons funéraires offrant à la vente des colliers avec de petits flacons en cristal dans lequel vous pouviez placer certains des restes incinérés d'un être cher.

Comme des miracles ont été accomplis par les reliques du saint prophète Elisée, les miracles ont lieu aujourd'hui dans les sanctuaires contenant les reliques des saints.

Parmi les endroits les plus populaires et bien connus comme lieux de guérisons miraculeuses, sont, sur l'île grecque d'Egine, les reliques de saint Nectaire, à Bari en Italie les reliques de saint Nicolas, et en Amérique, et à San Francisco les reliques de saint Jean le Thaumaturge.

Extrait de http://orthodoxologie.blogspot.fr/
Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

American Carpatho-Russian Orthodox Diocese of the USA

lundi 7 octobre 2013

Baudelaire était-il augustinien ?


Les modernes sectateurs d'un hyper augustinisme, augustinisme exacerbé qui emprunte bien plus à l'"Augustinus" de Jansénius qu'à saint Augustin lui-même, professent et proclament, tels des prophètes hagards, une exécration de la matière, donc de la chair, donc du corps humain, qui va jusqu'à une extrémité telle que, selon eux, cette matière, cette chair, ce corps humain sont voués à l'annihilation, à l'anéantissement : leur fin dernière, c'est le néant. 

Cette doctrine n'est pas si éloignée que cela de celle des cathares. Même s'ils n'enseignent pas comme ces derniers que la création est l'oeuvre du Dieu malin, ils affirment que la matière, la chair, le corps, sont à ce point gangrenés par le mal, à ce point devenus mauvais par nature, que cela revient exactement au même. 

Cette matière que Dieu déclara bonne quand il la créa, elle est devenue mauvaise, malgré Lui. Cette chair dont Il se revêtit, elle est péché. Ce corps qu'Il ressuscita, son sort véritable est la destruction.

Ces gens-là se prétendent bons chrétiens, et même meilleurs chrétiens que les autres, plus "illuminés". Tout de même que les cathares !

Mais qui ne voit qu'ils réduisent à rien, qu'ils nient, en somme, et la création, et l'incarnation, et la résurrection ? c'est-à-dire les fondements mêmes de la foi et de l'espérance chrétiennes ? Qu'ils réduisent à rien, qu'ils nient l'oeuvre salvifique de notre Seigneur Jésus-Christ ? Qu'ils pervertissent le christianisme ?

Je ne réclame pas qu'on rallume des bûchers pour y réduire en cendres les hérétiques. Je les laisse à leurs flammes intérieures, celles de la déraison et de l'orgueil.

Et je leur dédie ce poème de Baudelaire. Il  fait sarcastiquement 
écho à la même haine de la matière vouée à la putréfaction, mais dans un langage autrement résonnant que leur prose insipide !

 

Charles Baudelaire 



L’EXAMEN DE MINUIT

La pendule, sonnant minuit,
Ironiquement nous engage
À nous rappeler quel usage
Nous fîmes du jour qui s’enfuit :
— Aujourd’hui, date fatidique,
Vendredi, treize, nous avons,
Malgré tout ce que nous savons,
Mené le train d’un hérétique.

Nous avons blasphémé Jésus,
Des Dieux le plus incontestable !
Comme un parasite à la table
De quelque monstrueux Crésus,
Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons,
Insulté ce que nous aimons,
Et flatté ce qui nous rebute ;

Contristé, servile bourreau,
Le faible qu’à tort on méprise ;
Salué l’énorme Bêtise,
La Bêtise au front de taureau ;
Baisé la stupide Matière
Avec grande dévotion,
Et de la putréfaction
Béni la blafarde lumière.

Enfin, nous avons, pour noyer
Le vertige dans le délire,
Nous, prêtre orgueilleux de la Lyre,
Dont la gloire est de déployer
L’ivresse des choses funèbres,
Bu sans soif et mangé sans faim !…

— Vite soufflons la lampe, afin
De nous cacher dans les ténèbres !

mercredi 5 juin 2013

Le corps selon saint Grégoire Palamas





Le corps n'est pas mauvais en soi
C'est aux hérétiques, frère, qu'il sied de parler ainsi, aux hérétiques qui disent que le corps est une chose maligne, qu'il est une confection du Malin. Quand à nous, nous pensons que le mauvais esprit est dans les pensées corporelles, mais qu'il n'y a pas de mauvais esprit dans le corps, puisque le corps n'est pas une chose mauvaise. (...)
Extrait de : Triade, I,1,1.

Corps spirituels
Avec la victoire de l'esprit, leur corps deviendra tellement subtil qu'il n'apparaitra plus du tout comme matériel et ne s'opposera plus aux énergies intellectuelles. C'est pourquoi, ils jouiront de la lumière divine avec leurs sens corporels eux-mêmes.
Triade, I,3,36.

Le corps peut devenir Esprit
De même la joie spirituelle qui vient de l'esprit dans le corps n'est pas du tout corrompue par la communion au corps, mais transforme le corps et le rend spirituel, parce qu'alors il rejette tous les mauvais appétits de la chair, ne tire plus l'âme vers le bas, mais s'élève avec elle, de sorte que l'homme tout entier devient Esprit, suivant ce qui est écrit : Celui qui est né de l'Esprit est Esprit (Jean, III, 6,8). Et tout cela est évident par expérience.
Extrait de : Triade II,2,8.

mardi 28 mai 2013

Le corps selon la doctrine martinésienne


Catherine Amadou, après la disparition de Robert, a repris vaillamment le flambeau tombé des mains de son époux et elle continue son œuvre avec la même exigence critique : elle a été à bonne école durant ses années de collaboration.

Et avec la même chance. C’est ainsi qu’elle a découvert dans le fonds d’archives de la bibliothèque municipale de Grenoble un 16e exemplaire (décompte corrigé grâce à Jacques Courtois : à lui merci !) du Traité sur la réintégration de Martines de Pasqually ainsi que trois Leçons de Lyon supplémentaires. Elle analyse en détails l’un et les autres, et publie ces dernières, dans le dernier numéro paru de Renaissance Traditionnelle (n° 168, octobre 2012).

En illustrations, sont reproduites des photographies de certaines pages de ces précieux documents.  Ainsi, page 214, est reproduite la page 388 du manuscrit, qui correspond grosso modo à la partie médiane de la leçon du 17 avril 1776 intitulée « Sur les nombres ». Qu’y lit-on ?[1]

« L’homme est l’image et la ressemblance du Créateur, c’est par son corps qu’il en est l’image, et par son esprit qu’il en est la ressemblance. Mais comment son corps peut-il être l’image d’un être infini, qui n’a point de corps ?C’est qu’il est l’image abrégée de l’image ou du plan spirituel que le Créateur conçut au commencement des temps pour la création universelle qu’il donna à exécuter à ses agents ; ainsi, en ce sens, il est l’image corporelle de l’image spirituelle divine. »

Outre le fait que l’idée est extrêmement intéressante sur le plan de l’anthropogenèse, elle contredit complètement l’interprétation que donnent du corps certains exégètes contemporains, prétendûment selon Martines de Pasqually…

Si le corps est « l’image corporelle de l’image spirituelle divine », il ne peut évidemment pas être voué à l’anéantissement !
28 mai 2013






[1] Je mets en gras les passages soulignés dans le manuscrit..

jeudi 9 mai 2013

La résurrection, c’est la transfiguration de la matière




La résurrection des corps, de la matière.

La tradition nous dit qu’à la résurrection le monde corporel va acquérir un caractère spirituel. Ce sera la résurrection du temporel mais du temporel spiritualisé. Oui mais le corps, c’est la terre et la terre va ressusciter. Tout ce qui est matière. Le corps va acquérir les caractères du monde spirituel. La Résurrection, c’est l’Esprit qui vient, comme le prince, réveiller la princesse endormie. La princesse, c’est la chair. Le prince la réveille, l’épouse et en l’épousant, il lui confère la Vie spirituelle. Définitivement.
Quand les apôtres ont vu le Christ ressuscité, ils ont constaté que son corps n’était plus soumis à la pesanteur, qu’il traversait la matière. C’était un corps qui avait acquis les caractères spirituels. On peut dire cela pour chacun et pour la terre entière.
Saint Maxime le Confesseur dit : « A la résurrection, nous serons simultanément vieux, adultes et jeunes ; le corps ne sera plus soumis au monde temporel ou spatial ».
Est-ce que cela veut dire que notre être aura pris le pas ? C’est inexact. En disant cela vous tombez dans le spiritualisme. Vous le savez, l’homme est un paradoxe. Il est constitué d’esprit et de matière. Par abnégation, l’esprit se donne à la matière pour l’élever.
Bien sûr, quand l’esprit devient orgueilleux, il ne se donne plus et, à ce moment là, la mort descend dans la matière. Elle meurt alors qu’elle n’est pas faite pour mourir. C’est la résurrection qui restaure les relations entre la matière et l’esprit. Autrement dit, l’esprit se redonne à la matière et alors, celle-ci dépasse les cieux.
Elle remonte l’échelle angélique et va au-delà. C’est cela. La résurrection, c’est la transfiguration de la matière, la réincarnation de l’esprit. Cela ne veut pas dire du tout que vous allez récupérer vos yeux, vos pieds. On a tendance à dire que le monde physique, ce n’est presque rien. Et bien ce presque rien va devenir presque tout.
Je vous donne un exemple : au cours de votre existence, vous inscrivez dans un corps une multitude d’éléments, toute votre vie en fait. Dans le monde transfiguré, vous retrouverez ces éléments. Il faut bien comprendre que le corps n’est pas un emballage mais un associé à part entière. Une réalité que nous ne connaissons pas vraiment.
Et voici qu’un jour le corps meurt. Pourquoi ? Parce qu’il est épuisé. Et pourquoi est-il épuisé ? Parce que l’esprit profite de lui mais ne lui donne rien, si bien que ce pauvre corps n’arrive à soutenir la vie spirituelle. Donc il meurt. Et à la résurrection, l’esprit va venir le réveiller et lui dire : « je t’épouse ».
(…)
Le Christ est venu montrer que le spirituel et le corporel sont liés pour toujours.
Autrement dit que la mort n’est pas une réalité. Jean a dit : « Le Verbe s’est fait chair » pour montrer que la chair est une personnalité unique et éternelle. Après la mort, elle doit donc retrouver cette réalité pour l’éternité. Là est la réponse chrétienne.
La résurrection de la chair, c’est qu’un jour, dans toutes ses couches, le monde physique recevra les caractères du monde spirituel. De même que l’homme sera déifié, le corporel sera spiritualisé. »
Mgr Germain de Saint-Denis, Pour une théologie du cœur, Le Fennec éditeur, 1994, pp. 249-252.

mardi 26 mars 2013

L'homme est un dieu créé


Je relaye ce texte déjà diffusé par le blog relianceuniverselle.com ainsi que, sur FaceBook, par Archambaud de Saint-Amant. Il date de 2008 mais il est plus que jamais d'actualité. C'est, sous la plume du métropolite Hilarion Alfeyev, un des pricipaux hiérarques de l'Eglise orthodoxe de Russie, une mise au point théologique d'une clarté...biblique, et bien réconfortante pour la foi.



Dieu a façonné l'homme avec de la « poussière de la terre », c'est-à-dire avec de la matière.

L'homme est ainsi chair de la chair terrestre, avec laquelle les mains de Dieu l'ont modelé. Dieu a également soufflé en lui un souffle de vie et l'homme est devenu une « âme vivante » (Gn 2,7). Sorti du « limon » de la terre, l'homme reçoit un principe Divin, en gage de son union à la vie Divine: « Ayant façonné Adam à Son image et à Sa ressemblance, par cet insufflement Dieu a déposé en lui la grâce, la connaissance et la lumière du très Saint Esprit ». « Le souffle de vie » peut être interprété comme étant l'Esprit Saint (le « souffle » comme l'« esprit » dans le grec de la Bible sont désignés par un terme identique, pneuma ). Par l'acte même de la création l'homme devient participant à la Divinité et dès lors il tranche de la façon la plus péremptoire sur tous les autres êtres vivants: il n'occupe pas simplement le point le plus élevé dans la hiérarchie du monde animal, mais il fait figure de « demi-dieu » au regard des animaux. Les Saints Pères désignent l'homme comme un « intermédiaire » entre le monde visible et invisible, un « alliage » de ces deux mondes.

  Mais placé au cœur du monde créé, amalgamant en lui les principes spirituel et corporel, il occupait en quelque sorte une position supérieure à celle des anges. Lorsqu'il voulut mettre en relief la grandeur de l'homme, saint Grégoire le Théologien le nomma « un dieu créé ». En façonnant l'homme à Son image et à Sa ressemblance, Dieu crée un être appelé à devenir un dieu. L'homme est potentiellement un dieu-homme.

En se fondant sur la Bible, les saints Pères enseignent que l'âme et le corps ne sont pas des éléments hétérogènes, associés chez un individu pour une durée indéterminée, mais octroyés simultanément et pour toujours dans l'acte même de la création; l'âme est « fiancée » au corps, et lui reste inséparable. C'est seulement dans l'union de l'âme et du corps que se manifeste la personne-hypostase dans toute sa plénitude, ce que ne peut faire ni l'âme, ni le corps pris indépendamment. Seul un être, associant l'un et l'autre, s'appelle personne ». Le lien indissoluble de l'âme et du corps, saint Grégoire de Nysse le nomme « connaissance », « amitié », et « amour », qui survivent même après la mort. « Après sa séparation d'avec le corps il reste dans l'âme des marques [...] de cette association; le riche et Lazare se sont bel et bien reconnus dans l'au-delà. L'âme garde la marque du corps, et à la restauration de toutes choses elle assumera ce corps ». Une telle conception est bien éloignée du dualisme platonicien ou oriental.

Profondément fausse est l'affirmation selon laquelle le christianisme enseignerait soi-disant le dégoût de la chair, cultiverait le mépris du corps. Le dégoût de la chair est un trait propre à certains hérétiques (gnostiques, montanistes, manichéens), et il fut rudement stigmatisé dans l'enseignement théologique des Pères.

Chaque fois que, dans les ouvrages d'ascétique chrétienne, on décrit le combat entre la chair et l'esprit (à commencer par l'apôtre Paul: « la chair a des désirs contraires à ceux de l'esprit, et l'esprit en a de contraires à ceux de la chair », Gal 5,17), la chair en question est la chair pécheresse, pétrie de passions et de vices, et non le corps dans le sens ordinaire. Et lorsque l'on parle de « mater la chair », on a en vue l'anéantissement des tendances pécheresses et des « concupiscences charnelles », et non un mépris pour le corps en tant que tel. L'idéal chrétien ne consiste pas à rabaisser la chair, mais à la purifier et à la libérer des conséquences de la chute, à lui restituer sa pureté originelle et à la rendre digne de son modèle Divin.

lundi 30 juillet 2012

Saint Irénée (19) : Epilogue


EPILOGUE

Inconsistance des systèmes hérétiques

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 15, paragraphe 1,
chapitre 16, paragraphe 2, chapitre 19, paragraphe 1,  chapitre 20, paragraphe 2
& chapitre 36, paragraphe 3.

15, 1 [ …]Ainsi donc, le Créateur vivifie dès ici-bas nos corps mortels, comme il est loisible de le voir ; il leur promet, de surcroît, la résurrection et la sortie hors des sépulcres et des tombeaux, et il leur accordera l'incorruptibilité — car, est-il dit, «leurs jours seront comme l'arbre de vie» (Isaïe 65, 22)— : dès lors la preuve est faite que le seul Dieu c'est lui, qui fait ces choses, et que lui-même est le bon Père qui, par pure bonté, accorde la vie aux êtres qui ne la possèdent pas par eux-mêmes.
[…]

16, 2 La vérité de tout cela apparut lorsque le Verbe de Dieu se fit homme, se rendant semblable à l'homme et rendant l'homme semblable à lui, pour que, par la ressemblance avec le Fils, l'homme devienne précieux aux yeux du Père. Dans les temps antérieurs, en effet, on disait bien que l'homme avait été fait à l'image de Dieu, mais cela n'apparaissait pas, car le Verbe était encore invisible, lui à l'image de qui l'homme avait été fait : c'est d'ailleurs pour ce motif que la ressemblance s'était facilement perdue. Mais, lorsque le Verbe de Dieu se fit chair, il confirma l'une et l'autre : il fit apparaître l'image dans toute sa vérité, en devenant lui-même cela même qu'était son image, et il rétablit la ressemblance de façon stable, en rendant l'homme pleinement semblable au Père invisible par le moyen du Verbe dorénavant visible.
[…]

19, 1 Si donc le Seigneur est venu d'une manière manifeste dans son propre domaine ; s'il a été porté par sa propre création, qu'il porte lui-même ; s'il a récapitulé, par son obéissance sur le bois, la désobéissance qui avait été perpétrée par le bois ; si cette séduction dont avait été misérablement victime Eve, vierge en pouvoir de mari, a été dissipée par la bonne nouvelle de vérité magnifiquement annoncée par l'ange à Marie, elle aussi vierge en pouvoir de mari — car, de même que celle-là avait été séduite par le discours d'un ange, de manière à se soustraire à Dieu en transgressant sa parole, de même celle-ci fut instruite de la bonne nouvelle par le discours d'un ange, de manière à porter Dieu en obéissant à sa parole ; et, de même que celle-là avait été séduite de manière à désobéir à Dieu, de même celle-ci se laissa persuader d'obéir à Dieu, afin que, de la vierge Eve, la Vierge Marie devînt l'avocate; et, de même que le genre humain avait été assujetti à la mort par une vierge, il en fut libéré par une Vierge, la désobéissance d'une vierge ayant été contrebalancée par l'obéissance d'une Vierge — ; si donc, encore une fois, le péché du premier homme a reçu guérison par la rectitude de conduite du Premier-né, si la prudence du serpent a été vaincue par la simplicité de la colombe et si par là ont été brisés ces liens qui nous assujettissaient à la mort : ils sont stupides, tous les hérétiques, et ignorants de l'«économie» de Dieu, et bien peu au fait de son œuvre relative à l'homme — aveugles qu'ils sont à l'égard de la vérité —, lorsqu'ils contredisent eux-mêmes leur propre salut, les uns en introduisant un autre Père en dehors du Créateur, les autres en prétendant que le monde et la matière qui le constitue ont été faits par des Anges […]. D'autres méprisent la venue visible du Seigneur, n'admettant pas son incarnation. D'autres encore, méconnaissant l'« économie » de la Vierge, le disent né de Joseph. Certains disent que ni leur âme ni leur corps ne peuvent recevoir la vie éternelle, mais seulement leur « homme intérieur », et ils prétendent identifier celui-ci avec leur intellect, qu'ils jugent seul capable de s'élever jusqu'à la perfection. D'autres admettent que l'âme soit sauvée, mais nient que le corps puisse avoir part au salut venant de Dieu. Tout cela, nous l'avons dit dans notre premier livre, où nous avons fait connaître leurs doctrines à tous, et nous avons ensuite montré l'inconsistance de celles-ci dans notre second livre.
[…]

20, 1 Ceux donc qui délaissent le message de l'Église font grief aux presbytres de leur simplicité, ne voyant pas combien un homme simple, mais religieux, l'emporte sur un sophiste blasphémateur et impudent. Tels sont bien en effet tous les hérétiques : s'imaginant trouver quelque chose de supérieur à la vérité en suivant les doctrines que nous venons de dire, ils s'avancent par des chemins bigarrés, multiformes et incertains, ayant au sujet des mêmes choses tantôt une opinion et tantôt une autre ; ils sont comme des aveugles que guideraient des aveugles et ils tombent à juste titre dans la fosse d'ignorance ouverte sous leurs pas (Matthieu 15, 14), voués qu'ils sont à toujours chercher et à ne jamais trouver la vérité (2 Timothée 3, 7). Il faut donc fuir leurs opinions et nous mettre soigneusement en garde contre elles, afin de ne pas subir de dommage par leur fait ; en revanche, il faut nous réfugier auprès de l'Église, nous allaiter de son sein et nous nourrir des Ecritures du Seigneur. Car l'Église a été plantée comme un paradis dans le monde. « Tu mangeras donc du fruit de tous les arbres du paradis » (Genèse 2, 16) dit l'Esprit de Dieu. Ce qui veut dire : Mange de toute Ecriture du Seigneur, mais ne goûte pas à l'orgueil et n'aie nul contact avec la dissension des hérétiques. Car eux-mêmes avouent posséder la connaissance du bien et du mal (Genèse 2, 17), et ils lancent leurs pensées au-dessus du Dieu qui les a créés. Ils élèvent ainsi leurs pensées au delà de la mesure permise. C'est pourquoi l'Apôtre dit : « N'ayez pas des pensées plus élevées qu'il ne convient, mais que vos pensées soient empreintes de modération » (Romains 12, 30), de peur que, goûtant à leur gnose orgueilleuse, nous ne soyons expulsés du paradis de la vie. Car c'est en celui-ci que le Seigneur introduit ceux qui obéissent à sa prédication, « ayant récapitulé en lui-même toutes choses, celles qui sont aux cieux et celles qui sont sur la terre». (Ephésiens 1, 10) Or celles qui sont aux cieux sont spirituelles, tandis que celles qui sont sur la terre sont cet ouvrage qu'est l'homme. Ce sont donc ces choses mêmes qu'il a récapitulées en lui, unissant l'homme à l'Esprit et faisant habiter l'Esprit dans l'homme, devenant lui-même la tête de l'Esprit et donnant l'Esprit pour qu'il soit la tête de l'homme : car c'est par cet Esprit que nous voyons, entendons et parlons.

CONCLUSION

36, 3 Ainsi donc, de façon précise, Jean a vu par avance la première résurrection (Apocalypse 20, 5-6), qui est celle des justes, et l'héritage de la terre qui doit se réaliser dans le royaume ; de leur côté, en plein accord avec Jean, les prophètes avaient déjà prophétisé sur cette résurrection. C'est exactement cela que le Seigneur a enseigné lui aussi, quand il a promis de boire le mélange nouveau de la coupe avec ses disciples dans le royaume (Matthieu 26, 29) , et encore lorsqu'il a dit : « Des jours viennent où les morts qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l'homme, et ils ressusciteront, ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, et ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de jugement » ( Jean 5, 25, 28-29) : il dit par là que ceux qui auront fait le bien ressusciteront les premiers pour aller vers le repos, et qu'ensuite ressusciteront ceux qui doivent être jugés. C'est ce qu'on trouve déjà dans le livre de la Genèse, d'après lequel la consommation de ce siècle aura lieu le sixième jour, c'est-à-dire la six millième année ; puis ce sera le septième jour, jour du repos, au sujet duquel David dit : « C'est là mon repos, les justes y entreront » (psaume 131, 14 ; 117, 20) : ce septième jour est le septième millénaire, celui du royaume des justes, dans lequel ils s'exerceront à l'incorruptibilité, après qu'aura été renouvelée la création pour ceux qui auront été gardés dans ce but. C'est ce que confesse l'apôtre Paul, lorsqu'il dit que la création sera libérée de l'esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu. (Romains 8, 19-21)

Et en tout cela et à travers tout cela apparaît un seul et même Dieu Père : c'est lui qui a modelé l'homme et promis aux pères l'héritage de la terre ; c'est lui qui le donnera lors de la résurrection des justes et réalisera ses promesses dans le royaume de son Fils ; c'est lui enfin qui accordera, selon sa paternité, ces biens que l'œil n'a pas vus, que l'oreille n'a pas entendus et qui ne sont pas montés au cœur de l'homme  (1 Corinthiens  2, 9). Il n'y a en effet qu'un seul Fils, qui a accompli la volonté du Père, et qu'un seul genre humain, en lequel s'accomplissent les mystères de Dieu. Ces mystères, «les anges aspirent à les contempler»(1 Pierre 1, 12) mais ils ne peuvent scruter la Sagesse de Dieu, par l'action de laquelle l'ouvrage par lui modelé est rendu conforme et concorporel au Fils (Romains 8, 29 et Ephésiens 3, 6) : car Dieu a voulu que sa Progéniture, le Verbe premier-né, descende vers la créature, c'est-à-dire vers l'ouvrage modelé, et soit saisie par elle, et que la créature à son tour saisisse le Verbe et monte vers lui, dépassant ainsi les anges et devenant à l'image et à la ressemblance de Dieu.

FINIS UNIVERSI OPERIS

dimanche 29 juillet 2012

Saint Irénée (18) ; «Vous avez été réconciliés par son corps de chair » (suite & fin)


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite 8 & fin)

 «Vous avez été réconciliés par son corps de chair » (suite & fin)

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 14, paragraphes 3 & 4

14, 3 Si donc quelqu'un dit que la chair du Seigneur était autre que la nôtre en ce qu'elle n'a pas péché « et qu'il ne s'est pas trouvé de fourberie en sa bouche»(1 Pierre 2, 22), tandis que nous, nous sommes pécheurs, il parle correctement. Mais si cet homme s'imagine que la chair du Seigneur était d'une autre substance que la nôtre, la parole de l'Apôtre relative à la réconciliation perdra tout fondement à ses yeux. Car qui dit réconciliation, dit réconciliation de ce qui s'est trouvé autrefois dans l'inimitié. Or, si le Seigneur a pris chair d'une autre substance, il n'y a pas eu de réconciliation avec Dieu de cela même qui était devenu ennemi de Dieu par la transgression. Mais en fait, par la communion que nous avons avec lui, le Seigneur a réconcilié l'homme avec le Père, nous réconciliant avec lui-même par son corps de chair et nous rachetant par son sang, selon ce que l'Apôtre dit aux Ephésiens : « En lui nous avons la rédemption acquise par son sang, la rémission de nos péchés. »  (Ephésiens 1, 7) Et encore : « Vous qui jadis étiez loin, vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ. »(Ephésiens 2, 13) Et encore : « Dans sa chair il a détruit l'inimitié, la Loi avec ses commandements et ses décrets. »(Ephésiens 2, 14-15 Au reste, dans toute cette épître, l'Apôtre atteste expressément que c'est par la chair de notre Seigneur et par son sang que nous avons été sauvés. 

14, 4 Si donc la chair et le sang sont ce qui nous procure la vie, ce n'est pas à proprement parler de la chair et du sang qu'il a été dit qu'ils ne peuvent hériter du royaume de Dieu, mais des actions charnelles dont nous avons parlé : car ce sont elles qui, en détournant l'homme vers le péché, le privent de la vie. Et c'est pourquoi l'Apôtre dit dans son épître aux Romains : « Que le péché ne règne donc pas dans votre corps mortel, de sorte que vous lui obéissiez. Ne livrez pas vos membres au péché comme des armes d'injustice, mais livrez-vous vous-mêmes à Dieu, comme étant vivants, de morts que vous étiez, et livrez vos membres à Dieu comme des armes de justice. »(Romains 6, 12-13 Ainsi, par ces mêmes membres, par lesquels nous étions esclaves du péché (Romains 6,6) et portions des fruits de mort  (Romains 7, 5), il veut que nous soyons esclaves de la justice (Romains 6, 19) afin de porter des fruits de vie. Souviens-toi donc, ami très cher, que tu as été racheté par la chair de notre Seigneur et acquis par son sang ; « tiens-toi attaché à la tête, de laquelle le corps tout entier » de l'Eglise « reçoit cohésion et accroissement » (Colossiens 2, 19), c'est-à-dire à la venue charnelle du Fils de Dieu ; confesse sa divinité et adhère inébranlablement à son humanité ; utilise aussi les preuves tirées des Ecritures : ainsi renverseras-tu aisément, comme nous l'avons montré, toutes les opinions inventées après coup par les hérétiques.

FINIS OPERIS EPITOMARUM

samedi 28 juillet 2012

Une parenthèse augustinienne...

Une parenthèse augustinienne (eh oui, ça m'arrive !) entre deux saint Irénée... mais sur le même sujet.





Il n’y a pas de mauvaise nature…

Saint Augustin, Cité de Dieu, XII, ix, 1





Quand on déchoit en effet, le mal n’est pas dans l’objet, mais dans la manière d’agir ; car il n’y a pas de mauvaise nature, mais l’agir est désordonné parce qu’on se détache, contrairement à l’ordre naturel, de l’Etre souverain, pour aller vers ce qui a moins d’être. Ainsi l’avarice n’est pas la disposition vicieuse de l’or, mais de l’homme qui aime l’or d’un amour dépravé et délaisse la justice incomparablement préférable à l’or. La luxure non plus n’est pas le vice des corps, mais d’une âme qui aime d’une façon pervertie les voluptés corporelles et délaisse la tempérance qui nous accorde avec des choses bien plus belles dans leur spiritualité et, dans leur incorruptibilité plus gracieuses. Ni la jactance n’est le vice de la louange humaine, mais de l’âme qui, dans un amour pervers de cette louange, méprise le témoignage de la conscience. Ni l’orgueil n’est le vice de celui qui donne la puissance ou de cette puissance même, mais celui de l’âme, quand l’amour dépravé de son autorité propre lui fait mépriser l’autorité plus juste d’un plus puissant. C’est pourquoi celui qui aime vicieusement un bien  de n’importe quelle nature, même s’il l’obtient, devient mauvais dans ce bien même, et misérable par la privation d’un meilleur bien.



Saint Irénée (16) :« Il faut que ce qui est corruptible revête l'incorruptibilité »


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite (6)

 « Il faut que ce qui est corruptible revête l'incorruptibilité »

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 13, paragraphes 3 à 5

13, 3 Car, s'ils prétendent que cette parole a été dite de la chair à proprement parler, et non des œuvres de la chair, ainsi que nous l'avons montré, ils mettent l'Apôtre en contradiction avec lui-même, puisqu'aussitôt après, dans la même épître, il dit en désignant la chair : « Il faut en effet que cet élément corruptible revête l'incorruptibilité et que cet élément mortel revête l'immortalité. Lorsque cet élément mortel aura revêtu l'immortalité, alors s'accomplira la parole de l'Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. ? mort, où est ton aiguillon ? ? mort, où est ta victoire?»(1 Corinthiens 15, 53-55) Ces paroles seront dites à juste titre lorsque cette chair mortelle et corruptible, en butte à la mort, écrasée sous la domination de la mort, montera vers la vie et revêtira l'incorruptibilité et l'immortalité : car c'est alors que sera vraiment vaincue la mort, lorsque cette chair, qui était sa proie, échappera à son pouvoir. Il dit encore aux Philippiens : « Pour nous, notre cité est dans les cieux, d'où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus, qui transfigurera notre corps d'abjection et le rendra conforme à son corps de gloire par l'action de sa puissance. » (Philippiens 3, 20-21) Quel est donc ce corps d'abjection que le Seigneur transfigurera et rendra conforme à son corps de gloire ? De toute évidence, c'est ce corps qui s'identifie à la chair, à cette chair qui manifeste son abjection en tombant dans la terre. Mais la transfiguration par laquelle, de mortelle et corruptible, elle devient immortelle et incorruptible, ne vient pas de sa substance à elle ; cette transfiguration vient de l'action du Seigneur, qui a le pouvoir de procurer l'immortalité à ce qui est mortel et l'incorruptibilité à ce qui est corruptible. C'est pourquoi l'Apôtre dit dans sa seconde épître aux Corinthiens : «... afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie. Or Celui qui nous dispose en vue de cela, c'est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l'Esprit. »( 2 Corinthiens 5, 4-5) C'est évidemment de la chair qu'il parle, car ni l'âme ni l'Esprit ne sont choses mortelles. Ce qui est mortel sera englouti par la vie, lorsque la chair ne sera plus morte, mais vivante, et qu'elle demeurera incorruptible, chantant un hymne au Dieu qui nous aura disposés en vue de cela. Afin donc que nous soyons disposés en vue de cela, il dit à juste titre aux Corinthiens : « Glorifiez Dieu dans votre corps. » (1 Corinthiens 6, 20) Car Dieu procure l'incorruptibilité. 

Ce qui prouve que l'Apôtre ne parle pas d'un autre corps, mais du corps de chair, c'est qu'il dit aux Corinthiens avec une précision excluant tout doute et toute ambiguïté : « …portant sans cesse avec nous en notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus-Christ soit, elle aussi, manifestée dans notre corps : car si nous, les vivants, nous sommes livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle… » (2 Corinthiens 4, 10-11) Et que l'Esprit s'enlace à la chair, il le dit dans la même épître : « Vous êtes une lettre du Christ rédigée par nos soins, écrite non avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs. »(2 Corinthiens 3, 3) Si donc, dès à présent, nos cœurs de chair sont capables de recevoir l'Esprit, quoi d'étonnant si, lors de la résurrection, ils contiennent la vie que donnera cet Esprit ? A propos de cette résurrection, l'Apôtre dit dans son épître aux Philippiens : «... lui devenant conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à la résurrection d'entre les morts. » (Philippiens 3, 10-11) Ainsi donc, en quelle autre chair mortelle pourrait-on concevoir que soit manifestée la vie, sinon dans cette substance qui est également mise à mort à cause de la confession de Dieu, ainsi qu'il le dit lui-même : « Si c'est avec des vues humaines que j'ai combattu contre les bêtes à Ephèse, quel profit m'en revient-il, si les morts ne ressuscitent pas ? Car, si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité ; et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vaine, vaine aussi votre foi. Et il se trouve même que nous sommes de faux témoins à l'égard de Dieu, puisque nous avons témoigné qu'il a ressuscité le Christ, alors qu'il ne l'a pas ressuscité. Car, si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité ; et si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine, car vous êtes encore dans vos péchés ; par conséquent aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Si c'est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes plus dignes de pitié que tous les autres hommes. Mais en fait, le Christ est ressuscité d'entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis. Car, puisque c'est par un homme qu'est venue la mort, c'est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. »(1 Corinthiens 15, 32 & 13-21)

Ainsi donc, comme nous l'avons déjà dit, ou bien les hérétiques prétendront que, dans tous ces textes, l'Apôtre contredit sa propre assertion selon laquelle « la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu », — ou bien, une fois de plus, ils se verront contraints de donner, de tous ces textes, des interprétations vicieuses et forcées, afin de pouvoir en pervertir et en altérer le sens. Car que pourront-ils dire de sensé, s'ils tentent d'interpréter autrement cette parole : « Il faut en effet que cet élément corruptible revête l'incorruptibilité et que cet élément mortel revête l'immortalité »(1 Corinthiens 15, 53), et cette autre : «... afin que la vie de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle»(2 Corinthiens 4, 11) et toutes les autres paroles par lesquelles l'Apôtre proclame ouvertement la résurrection et l'incorruptibilité de la chair ? Ils vont donc être contraints d'interpréter de travers toute cette multitude de textes, pour n'avoir pas voulu entendre correctement une seule phrase.

mercredi 18 juillet 2012

Saint Irénée (XII) :Œuvres de la chair et fruits de l’Esprit


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite 2)

Œuvres de la chair et fruits de l’Esprit

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 11, paragraphes 1 & 2


11, 1 Ces œuvres, qu'il nomme charnelles, Paul a fait connaître quelles elles sont, prévoyant les sophismes des incrédules et s'expliquant lui-même afin de ne pas laisser de sujet de recherche à ceux qui scruteraient sa pensée avec incrédulité. Il s'exprime ainsi dans l'épître aux Galates : « Les œuvres de la chair sont manifestes : ce sont l'adultère, la fornication, l'impureté, le libertinage, l'idolâtrie, la magie, les inimitiés, la discorde, la jalousie, les emportements, les cabales, les dissensions, les factions, les envies, les beuveries, les orgies et autres choses semblables : je vous préviens, comme je l'ai déjà fait, que ceux qui commettent de telles actions n'hériteront pas du royaume de Dieu. »(Galates 5, 19-21) Il proclame ainsi de façon plus explicite, pour ceux qui veulent l'entendre, ce que signifie la parole : « La chair et le sang n'hériteront pas du royaume de Dieu » (1 Corinthiens 15, 50): car ceux qui commettent ces actions, se conduisant vraiment selon la chair (Romains 8, 4 ; 2 Corinthiens 10, 2) , ne sauraient vivre pour Dieu (Romains 6, 10). A l'opposé, il ajoute les actions spirituelles qui donnent la vie à l'homme, autrement dit la greffe de l'Esprit, en disant : « Le fruit de l'Esprit, au contraire, c'est la charité, la joie, la paix, la patience, la mansuétude, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance, la chasteté : contre de telles choses il n'y a pas de loi. »(Galates 5, 22-23) De même donc que celui qui aura progressé vers le meilleur et produit le fruit de l'Esprit sera sauvé de toute manière à cause de la communion de l'Esprit, de même celui qui demeure dans les œuvres de la chair que nous avons dites sera réputé vraiment charnel, puisqu'il ne reçoit pas l'Esprit de Dieu, et il ne pourra en conséquence hériter du royaume des cieux.

«Les injustes n'hériteront pas du royaume de Dieu »

L'Apôtre lui-même en témoigne encore, lorsqu'il dit aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront pas du royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les rapaces n'hériteront du royaume de Dieu. Voilà ce que certains d'entre vous ont été ; mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et dans l'Esprit de notre Dieu. » (1 Corinthiens 6, 9-11) Il montre ainsi très clairement ce qui perd l'homme, à savoir de persévérer à vivre selon la chair (Romains 8, 13), et, à l'opposé, ce qui sauve l'homme, à savoir — ce sont ses propres termes — « le nom de notre Seigneur Jésus-Christ et l'Esprit de notre Dieu». 11, 2 De la sorte, pour avoir ici même énuméré les œuvres de la chair, qui se font en dehors de l'Esprit et qui donnent la mort, il pourra, en conséquence de ce qu'il vient de dire, s'écrier à la fin de son épître en manière de résumé : « De même que nous avons porté l'image de ce qui est terrestre, portons aussi l'image de ce qui est céleste. Car je vous le déclare, frères : la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu » (1 Corinthiens 15, 49-50). La phrase « De même que nous avons porté l'image de ce qui est terrestre... » a le même sens que celle-ci : « Voilà ce que certains d'entre vous ont été; mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et dans l'Esprit de notre Dieu». Quand donc avons-nous porté l'image de ce qui est terrestre ? Lorsque les œuvres de la chair que nous avons dites s'accomplissaient en nous. Et quand avons-nous porté l'image de ce qui est céleste ? Lorsque, dit-il, « vous vous êtes lavés », en croyant « au nom du Seigneur » et en recevant son Esprit. Or, en nous lavant de la sorte, nous nous sommes débarrassés, non de la substance de notre corps ni de l'image qu'est l'œuvre modelée, mais de notre ancienne vie de vanité. Dans ces membres donc en lesquels nous périssions du fait que nous accomplissions les œuvres de la corruption, dans ces mêmes membres nous sommes vivifiés dès lors que nous accomplissons les œuvres de l'Esprit.

Saint Irénée (XI) : la chair possédée en héritage par l'Esprit



VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite 1)

La chair possédée en héritage par l'Esprit
Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 9, paragraphe 4
& chapitre 10, paragraphe 2

9, 4 A vrai dire, en effet, la chair n'hérite point, mais est possédée en héritage, selon ce que dit le Seigneur : « Bienheureux les doux, parce qu'ils posséderont la terre en héritage » (Matthieu 5, 5) : ainsi sera donc possédée en héritage, dans le royaume, la terre dont provient la substance de notre chair. C'est pourquoi il veut que le temple soit pur, pour que l'Esprit de Dieu puisse s'y complaire, comme l'époux dans son épouse. De même donc que l'épouse ne peut épouser, mais peut être épousée, quand l'époux vient la prendre, de même la chair comme telle et à elle seule ne peut hériter du royaume de Dieu, mais elle peut être reçue en héritage, dans le royaume, par l'Esprit. Car c'est le vivant qui hérite des biens du mort, et autre chose est hériter, autre chose être possédé en héritage : l'héritier est le maître, il commande, il dispose de son héritage à son gré ; l'héritage, au contraire, est soumis à l'héritier, il lui obéit, il est sous sa domination. Quel est donc le vivant ? L'Esprit de Dieu. Et quels sont les biens du mort ? Les membres de l'homme qui se dissolvent dans la terre. Ce sont eux qui sont reçus en héritage par l'Esprit,  en étant transférés par lui dans le royaume des cieux. C'est d'ailleurs pour cela que le Christ est mort, afin que le Testament de l'Evangile, étant ouvert et lu au monde entier, rende d'abord libres les esclaves du Christ,   puis les  constitue héritiers  de ses  biens,  par là même que l'Esprit les recevrait en héritage, comme nous venons de le montrer : car c'est le vivant qui hérite et c'est la chair qui est possédée en héritage. De peur donc que nous ne perdions la vie en perdant l'Esprit qui nous possède en héritage, et afin de nous exhorter à cette communion de l'Esprit, l'Apôtre dit à bon droit les paroles déjà citées : « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu. »(1 Corinthiens 15, 50) C'est comme s'il disait : « Ne vous y trompez pas ! Si le Verbe de Dieu n'habite pas en vous et si l'Esprit du Père ne vient pas  en vous,   et  si vous  menez une vie vaine et quelconque, alors, comme n'étant rien d'autre que chair et sang, vous ne pourrez hériter du royaume de Dieu. »
[…]
10, 2 De même de même l'homme qui est enté par la foi et reçoit l'Esprit de Dieu ne perd pas la substance de sa chair, mais change la qualité de ce fruit que sont ses œuvres et reçoit un autre nom qui signifie sa transformation en mieux, car il n'est plus et ne se voit plus appeler chair et sang, mais homme spirituel. Par contre, si l'olivier sauvage ne reçoit pas la greffe, il demeure sans utilité pour son propriétaire en raison de sa nature sauvage et, en tant qu'arbre stérile, «il est coupé et jeté au feu» (Matthieu 7, 19) : de même l'homme qui ne reçoit pas la greffe de l'Esprit qui s'opère par la foi demeure cela même qu'il était auparavant, à savoir chair et sang, et ne peut en conséquence hériter du royaume de Dieu.

« Vous n'êtes pas dans la chair, mais dans l'Esprit»

C'est donc avec raison que l'Apôtre dit : « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu » (1 Corinthiens 15, 50) , et encore : « Ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu » ( Romains 8, 8): par là, il ne rejette pas la substance de la chair, mais il attire l'infusion de l'Esprit — et c'est pourquoi il dit : « II faut que cet élément mortel revête l'immortalité, et que cet élément corruptible revête l'incorruptibilité » ( 1 Corinthiens 15, 53) —. Il dit encore : « Quant à vous, vous n'êtes pas dans la chair, mais dans l'Esprit, s'il est vrai que l'Esprit de Dieu habite en vous. »(Romains 8, 9) Et il montre cela plus clairement encore, en disant : « Le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l'Esprit est vie à cause de la justice. Et si l'Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ d'entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels à cause de son Esprit qui habite en vous. » (Romains  8, 10-11) Il dit encore dans cette même épître aux Romains : « Si, en effet, vous vivez selon la chair, vous mourrez... » (Romains 8, 13) Par là, il n'entendait pas repousser loin d'eux la vie dans la chair — lui-même était dans la chair, lorsqu'il leur écrivait —, mais retrancher les convoitises de la chair, qui donnent la mort à l'homme. Et c'est pourquoi il ajoute : «... mais si, par l'Esprit, vous faites mourir les œuvres de la chair, vous vivrez : car tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. »(Romains 8, 13-14)



samedi 14 juillet 2012

Saint Paul : Contre les doctrines purement humaines


Contre les doctrines purement humaines
Saint Paul Epître aux Colossiens 2, 6 à 23




(Π) Ὡς οὖν παρελάβετε τὸν χριστὸν Ἰησοῦν τὸν κύριον, ἐν αὐτῷ περιπατεῖτε,
Ainsi donc, comme vous avez reçu le Seigneur Jésus Christ, marchez en lui,

ἐρριζωμένοι καὶ ἐποικοδομούμενοι ἐν αὐτῷ, καὶ βεβαιούμενοι ἐν τῇ πίστει, καθὼς ἐδιδάχθητε, περισσεύοντες ἐν αὐτῇ ἐν εὐχαριστίᾳ.
étant enracinés et fondés en lui, et affermis par la foi, d'après les instructions qui vous ont été données, et abondez en actions de grâces.

(Π) Βλέπετε μή τις ὑμᾶς ἔσται ὁ συλαγωγῶν διὰ τῆς φιλοσοφίας καὶ κενῆς ἀπάτης, κατὰ τὴν παράδοσιν τῶν ἀνθρώπων, κατὰ τὰ στοιχεῖα τοῦ κόσμου, καὶ οὐ κατὰ χριστόν:
Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par une vaine tromperie, s'appuyant sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde, et non sur le Christ.

ὅτι ἐν αὐτῷ κατοικεῖ πᾶν τὸ πλήρωμα τῆς θεότητος σωματικῶς,
Car en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité.

καί ἐστε ἐν αὐτῷ πεπληρωμένοι, ὅς ἐστιν ἡ κεφαλὴ πάσης ἀρχῆς καὶ ἐξουσίας:
Vous avez tout pleinement en lui, qui est le chef de toute domination et de toute autorité.

ἐν ᾧ καὶ περιετμήθητε περιτομῇ ἀχειροποιήτῳ, ἐν τῇ ἀπεκδύσει τοῦ σώματος τῶν ἁμαρτιῶν τῆς σαρκός, ἐν τῇ περιτομῇ τοῦ χριστοῦ,
Et c'est en lui que vous avez été circoncis d'une circoncision que la main n'a pas faite, mais de la circoncision du Christ, qui consiste dans le dépouillement du corps [des péchés] de la chair :

συνταφέντες αὐτῷ ἐν τῷ βαπτίσματι,  ἐν ᾧ καὶ συνηγέρθητε διὰ τῆς πίστεως τῆς ἐνεργείας τοῦ θεοῦ, τοῦ ἐγείραντος αὐτὸν ἐκ τῶν νεκρῶν.
ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu, qui l'a ressuscité des morts.

Καὶ ὑμᾶς, νεκροὺς ὄντας ἐν τοῖς παραπτώμασιν καὶ τῇ ἀκροβυστίᾳ τῆς σαρκὸς ὑμῶν, συνεζῳοποίησεν ὑμᾶς σὺν αὐτῷ, χαρισάμενος ἡμῖν πάντα τὰ παραπτώματα,
Vous qui étiez morts par vos offenses et par l'incirconcision de votre chair, il vous a rendus à la vie avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos offenses ;

ἐξαλείψας τὸ καθ’ ἡμῶν χειρόγραφον τοῖς δόγμασιν, ὃ ἦν ὑπεναντίον ἡμῖν: καὶ αὐτὸ ἦρκεν ἐκ τοῦ μέσου, προσηλώσας αὐτὸ τῷ σταυρῷ:
il a effacé l'acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et il l'a détruit en le clouant à la croix ;

ἀπεκδυσάμενος τὰς ἀρχὰς καὶ τὰς ἐξουσίας, ἐδειγμάτισεν ἐν παρρησίᾳ, θριαμβεύσας αὐτοὺς ἐν αὐτῷ.
il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d'elles par la croix.

 (Π) Μὴ οὖν τις ὑμᾶς κρινέτω ἐν βρώσει ἢ ἐν πόσει, ἢ ἐν μέρει ἑορτῆς ἢ νουμηνίας  ἢ σαββάτων:
Que personne donc ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou au sujet d'une fête, d'une nouvelle lune, ou des sabbats :

ἅ ἐστιν σκιὰ τῶν μελλόντων, τὸ δὲ σῶμα χριστοῦ. 
c'était l'ombre des choses à venir, mais le corps est en Christ.

Μηδεὶς ὑμᾶς καταβραβευέτω θέλων ἐν ταπεινοφροσύνῃ καὶ θρησκείᾳ τῶν ἀγγέλων, ἃ μὴ ἑώρακεν ἐμβατεύων, εἰκῇ φυσιούμενος ὑπὸ τοῦ νοὸς τῆς σαρκὸς αὐτοῦ,
Qu'aucun homme, sous une apparence d'humilité et par un culte des anges, ne vous ravisse à son gré le prix de la course, tandis qu'il s'abandonne à ses visions et qu'il est enflé d'un vain orgueil par ses pensées charnelles,

καὶ οὐ κρατῶν τὴν κεφαλήν, ἐξ οὗ πᾶν τὸ σῶμα, διὰ τῶν ἁφῶν καὶ συνδέσμων ἐπιχορηγούμενον καὶ συμβιβαζόμενον, αὔξει τὴν αὔξησιν τοῦ θεοῦ.
sans s'attacher au chef, dont tout le corps, assisté et solidement assemblé par des jointures et des liens, tire l'accroissement que Dieu donne.

(Π) Εἰ ἀπεθάνετε σὺν χριστῷ, ἀπὸ τῶν στοιχείων τοῦ κόσμου, τί ὡς ζῶντες ἐν κόσμῳ δογματίζεσθε,
Si vous êtes morts avec le Christ aux rudiments du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous impose-t-on ces préceptes :

Μὴ ἅψῃ, μηδὲ γεύσῃ, μηδὲ θίγῃς –
Ne prends pas ! ne goûte pas ! ne touche pas !

ἅ ἐστιν πάντα εἰς φθορὰν τῇ ἀποχρήσει – κατὰ τὰ ἐντάλματα καὶ διδασκαλίας τῶν ἀνθρώπων;
préceptes qui tous deviennent pernicieux par l'abus, et qui ne sont fondés que sur les ordonnances et les doctrines des hommes ?

Ἅτινά ἐστιν λόγον μὲν ἔχοντα σοφίας ἐν ἐθελοθρησκείᾳ καὶ ταπεινοφροσύνῃ καὶ ἀφειδίᾳ σώματος, οὐκ ἐν τιμῇ τινὶ πρὸς πλησμονὴν τῆς σαρκός.
Ils ont, à la vérité, une apparence de sagesse, en ce qu'ils indiquent un culte volontaire, de l'humilité, et le mépris du corps, mais ils sont sans aucun mérite et contribuent à la satisfaction de la chair.

Demain, la suite de saint Irénée, avec de nouveaux textes tout aussi percutants que les précédents.