lundi 31 décembre 2012

A l'intention des injustes et des séducteurs : paroles d'actualité...


8  Mes petits enfants, c’est ici la dernière heure; et comme vous avez entendu dire que l’Antechrist doit venir, il y a dès maintenant plusieurs antechrists: ce qui nous fait connaître que nous sommes dans la dernière heure.
19  Ils sont sortis d’avec nous, mais ils n’étaient pas d’avec nous: car s’ils eussent été d’avec nous, ils seraient demeurés avec nous; mais ils en sont sortis, afin qu’ils fussent reconnus, parce que tous ne sont pas d’avec nous.
20  Quant à vous, vous avec reçu l’onction du Saint, et vous connaissez toutes choses.
21  Je ne vous ai pas écrit comme à des personnes qui ne connussent pas la vérité, mais comme à ceux qui la connaissent, et qui savent que nul mensonge ne vient de la vérité.
….
26  Voilà ce que j’ai cru devoir vous écrire touchant ceux qui vous séduisent.
27  Mais pour vous autres, l’onction que vous avez reçue du Fils de Dieu demeure en vous, et vous n’avez pas besoin que personne vous enseigne; mais comme cette même onction vous enseigne toutes choses, et qu’elle est la vérité exempte de tout mensonge, vous n’avez qu’à demeurer dans ce qu’elle vous enseigne.
28  Maintenant donc, mes petits enfants, demeurez dans cette onction, afin que lorsque le Fils de Dieu paraîtra dans son avènement, nous ayons de la confiance devant lui, et que nous ne soyons pas confondus par sa présence.
29  Si vous savez que Dieu est juste, sachez que tout homme qui vit selon la justice, est né de lui.

(Bible dite de Sacy ou de Port-Royal, édition de 1759)

1ères Vêpres de la Saint Sylvestre

samedi 29 décembre 2012

Pourquoi des aumôniers en maçonnerie ?


Pourquoi des aumôniers en maçonnerie ?

Une controverse va de jour en jour s’amplifiant sur une prétendue « cléricalisation » du Régime rectifié ; elle vise, et exclusivement lui, le Grand Prieuré des Gaules, et nommément son Grand Aumônier, c’est-à-dire moi-même. Elle ne s’en tient pas là, et s’en prend aussi à mon Eglise, qualifiée de fausse Eglise, de secte, etc. Ces derniers propos frisent à l’évidence la diffamation, car on ne peut légalement appeler secte qu’une organisation mentionnée dans le rapport parlementaire consacré à cette question. Mais l’impudence des sycophantes est sans limite car ils se doutent bien que nous n’allons pas gaspiller notre énergie, notre temps et notre argent pour les traîner devant la justice. Ils ont donc le champ libre, ils le savent et ils en profitent.

Ces critiques, il faut le savoir, proviennent d’un certain nombre d’individus qui ont fait sécession du Grand Prieuré des Gaules à la suite de trois ex-Grands Dignitaires et qui ont été rejoints par quelques autres en provenance d’autres juridictions. Ils s’imaginent nuire au Grand Prieuré des Gaules en nuisant à ma personne, mais ils se trompent doublement.

Laissons cela et consacrons-nous à la seule question qui importe, celle des principes. Selon ces procureurs, je me serais rendu coupable d’avoir transgressé les principes édictés par Jean-Baptiste Willermoz en constituant au sein du Grand Prieuré des Gaules une « Aumônerie », structure particulièrement haïssable à leurs yeux.

Je ferai d’abord observer que cette Aumônerie ne date pas d’hier, qu’elle figure depuis l’origine dans la Constitution du Grand Prieuré des Gaules, c’est-à-dire depuis 2005, et qu’elle n’a jamais été contestée, ni à l’époque, ni à l’occasion des cinq révisions statutaires qui ont suivi, dont la dernière est tout récente puisqu’elle date du 29 septembre dernier. A cette date, deux des trois Grands Dignitaires précités participaient aux assemblées délibérantes et aucun d’eux n’a élevé la voix. Ceci pour la forme. 

Les mêmes procureurs invoquent à l’appui de leurs accusations ce qu’ils présentent comme l’opinion vraie de Willermoz. Ils citent des extraits de sa correspondance. Ainsi :

« Du moment qu'on mêlera la religion à la maçonnerie dans l’O. symbolique on opérera sa ruine ; je la vois même se préparer en plusieurs endroits par la multiplicité peu sévère [...] et par le zèle imprudent qui en vue du bien du prochain se livre a l'esprit de prosélytisme ; pour faire préférer notre régime nous mettons à découvert ses principes et son but particulier, nos discours oratoires deviennent des sermons, bientôt nos Loges deviendront des églises ou des assemblées de piété religieuse....
[...]
Ce danger mon ami qui peut paraître chimérique est bien plus prochain qu'on ne pense, si on n'y met promptement ordre.... »

(Lettre de Willermoz à Bernard de Türckheim (1752-1831), du 3 février 1783,  in Renaissance Traditionnelle n°35, juillet 1978, p. 179).

Autre citation :
« (…) Je vous observe aussi que l'acquisition d'un bon Prêtre est toujours précieuse pour une Loge, mais il faut se garder d’y faire abonder cette classe d'hommes, parce que tôt ou tard la Robe fait son métier ; et on a malheureusement presque toujours remarqué que là où elle abonde trop elle travaille à acquérir de l'influence, à y jouer un rôle, devient intolérante, et presque toujours, si elle le peut, dominatrice ; voilà pourquoi à Lyon on recevait dans le symbolique tout ceux qui méritaient d'être estimés, mais on ne portait aux derniers grades que ceux qui étaient plus longtemps et plus rigoureusement éprouvés. »

(Jean-Baptiste Willermoz, Lettre à Achard, Lyon, le 23 Pluviose An 13, finie le 8 Ventose(17 au 27 février 1805), B.M. Lyon, MS 5456.)

Est-ce donc que la messe est dite, si j’ose m’exprimer ainsi ?

Remarquons tout d’abord que ces affirmations proviennent de correspondances privées de Willermoz et que ces correspondances sont toujours circonstancielles, car elles se rapportent à des événements que seul le contexte fait connaître et qui donnent aux lettres en question leur portée exacte. Deuxième remarque : ces lettres privées, qui expriment les sentiments de Willermoz en une circonstance précise, n’énoncent en aucun cas les principes et les règles auxquels il entend que le Régime obéisse. Un exemple : Willermoz a eu avec Bernard de Turkheim ci-dessus nommé des échanges épistolaires assez vifs sur, d’une part, le papisme, que Willermoz défendait non sans âpreté et d’autre part, la Réforme, dont Turkheim, président du synode luthérien de Strasbourg, était un fervent partisan. Esh en a donné des extraits significatifs dans le post en date du 4 décembre 2012 de son blog Réconciliation universelle (http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/). Quel écho y a–t-il de cela dans les textes doctrinaux du Régime ? Aucun, absolument aucun ! Ce qui fait que les luthériens et les réformés y sont tout à fait à l’aise. (Les orthodoxes aussi, car rien non plus dans ces textes ne contredit leur foi).

Quant à la lettre à Achard, on lui donne en l’amputant un caractère absolu qu’elle n’a pas dans la réalité. Que dit-elle au vrai ? Qu’il ne faut pas trop de prêtres dans une même loge – on m’avouera que ce risque n’est guère à courir de nos jours… En revanche, « l'acquisition d'un bon Prêtre est toujours précieuse pour une Loge » : on n’est pas plus clair ! Et la recette, Willermoz la donne ainsi : « à Lyon on recevait dans le symbolique tout ceux qui méritaient d'être estimés, mais on ne portait aux derniers grades que ceux qui étaient plus longtemps et plus rigoureusement éprouvés. » Il ne s’agit en aucun cas d’exclusion mais de discernement.

Curieux, cet anticléricalisme, de la part de gens qui affirment professer le christianisme le plus épuré, qu’ils appellent « transcendant » ; à moins que cela ne signifie « hors l’Eglise », ce qui n’est pas impossible…

On vient de voir que leur position n’est pas conforme aux sentiments intimes de Willermoz. S’accorde-t-elle mieux avec les textes constitutifs du Régime rectifié, dont eux-mêmes se réclament, c’est-à-dire les deux Codes de 1778 ? Pas davantage ! Citons le Code Général des Règlements de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, arrêté au Convent National des Gaules tenu en novembre 465/1778,  on y lit au Titre I, Article I :
« Les Chevaliers réguliers, c’est-à-dire ceux qui ont reçu les Ordres sacrés d’une communion chrétienne, recommandent en particulier l’amour des bonnes moeurs et d’une religion douce, bienfaisante et tolérante, remplissent les fonctions ecclésiastiques dans les cérémonies de l’Ordre, et veillent à l’observation du culte divin et d’une Sainte discipline dans les asiles, hôpitaux d’orphelins et autres hospices fondés par l’Ordre. ».

Mieux encore : chaque « Chapitre Préfectoral » doit compter un Prieur du clergé (Titre VIII, Chapitre I, Article I) qui a une responsabilité essentielle pour veiller au bon recrutement des Chevaliers :
« C’est le Prieur du clergé qui est chargé des informations sur les qualités morales du candidat ; il fait les enquêtes les plus sévères pour s’assurer de ses principes religieux, de ses mœurs et de son caractère. Il s’informera s’il respecte la religion, base du bonheur public, s’il n’attaque jamais les principes et surtout les sentiments religieux par ses sarcasmes, et s’il est pénétré de cette tolérance douce et éclairée, de cette charité que la loi chrétienne prescrit. » (Titre I, Article II).

Et ailleurs :
« Le Prieur ecclésiastique, Inspecteur des Chevaliers réguliers, est préposé à toutes les cérémonies religieuses et à la direction spirituelle des fondations bienfaisantes de l’Ordre.
« Il est chargé particulièrement de la conservation des règles et des mœurs. Par cette raison, il est préposé aux enquêtes sévères qu’on fait avant de recevoir un candidat au noviciat et donne par écrit sa permission au Commandeur qui la fait enregistrer. » (Titre VIII, Chapitre I, Article IV, paragraphes 1 et 2).   

Si ce n’est pas là du cléricalisme, c’est que ce terme n’a plus de sens !  Si jamais je m’étais avisé de tenter d’appliquer ces dispositions jamais révoquées donc toujours valables…grand Dieu ! quel hourvari !

Quant à l’Eléemosynaire, il en est dit :
« Il est élu en Chapitre à la pluralité des suffrages, de préférence dans la classe des Chevaliers réguliers. » (Titre VIII, Chapitre I, Article VIII).

[Ajoutons, pour l’histoire, que Willermoz avait recruté en particulier plusieurs chanoines-comtes du chapitre de la cathédrale de Lyon ; ainsi Guillaume de Castellas (Guillelmus a Lumine), Marie-Agathange de Bernard de Montessus de Rully, Henry de Cordon (Enricus a Griffone alato), César de Clugny, Anne-Hérard de la Magdeleine de Ragny… (J. Beyssac, Les chanoines de l’Eglise de Lyon, Lyon, P. Grange & Cie, 1914).]

Ce sont les mêmes fonctions, les mêmes missions que, dans des termes presque parallèles, la Constitution de 2005 du Grand Prieuré des Gaules a conféré aux « Aumôniers des Ordres », mais « modifiées selon l’état actuel de l’Ordre, le génie et les besoins du siècle ».

Que stipule-t-elle, cette Constitution, en son Titre VII ?
« L’Aumônerie est un organisme national dont la mission est de se mettre au service du soulagement matériel, moral et spirituel de l’humanité auquel les Ordres constituant le Grand Prieuré des Gaules sont spécialement voués.
« Les champs d’action de l’Aumônerie sont : 
les cérémonies religieuses des Ordres de Chevalerie ;
la bienfaisance et la charité chrétienne au sein et à l’extérieur du Grand Prieuré des Gaules ;
l’enseignement des principes spirituels des Ordres, en particulier la doctrine de la religion et de l’initiation chrétiennes." (Livre VII, Titre 1)

Au Titre 2,  il est énoncé :
« Le Grand Aumônier choisit, en accord avec le Grand Maître National, les Chevaliers ecclésiastiques qu’il estime aptes à agir au sein de l’Aumônerie. Il peut également faire appel à des Chevaliers qui ont reçu les ordres mineurs dans une confession chrétienne ou appartenant à un tiers-ordre, ou encore à des Chevaliers recommandables par leurs sentiments religieux et leur bienfaisance.   
« Les membres de l’Aumônerie ainsi nommés porteront le titre d’Aumôniers des Ordres. »

Ces Aumôniers devaient donc être, soit des clercs, soit des laïcs ; les circonstances ont fait qu’ils sont tous laïcs à une exception près.

On observera que leurs prérogatives sont infiniment moins étendues que celles de leurs devanciers, les Prieurs du clergé ou Prieurs ecclésiastiques.

Tout cela étant posé, quel chevalier chrétien, quel maçon chrétien de bonne foi et correctement informé peut s’en offusquer ?

Les Aumôniers  présentement en fonction remplissent leur office avec modestie, sans ostentation, avec charité et amour du prochain, à la satisfaction de tous. 

Je voudrais terminer cette notice en forme de mise au point par des propos que j’emprunterai à celui qui était Grand Maître National au moment de l’approbation de la Constitution et de la mise en place des structures qu’elle comporte, en particulier l’Aumônerie. 

Marcus, i. O. Eques ab Insula Alba, GCCS, Grand Maître National du Grand Prieuré des Gaules, Ordres des Chevaliers Maçons Chrétiens de France, dans son discours solennel de la Saint-Michel, déclarait :
« …J’ai tenu, avant de procéder à […] l’installation – de nature chevaleresque – du Grand Maître Adjoint, à immédiatement opérer une sorte de « réincrudation », de retour aux premiers principes, de la transmission propre au Grand Aumônier, pour le plus grand bénéfice de l’Ordre et singulièrement des Frères qui devaient être installés. »

Et d’ajouter en note - je cite intégralement, et quelle meilleure conclusion que celle-là ?

« A ce sujet, je tiens à rappeler que le fait d’avoir au service de la communauté un ecclésiastique dévoué à l’Ordre est une excellente chose. Il me semble que certains Frères n’en ont que faiblement conscience. Pour tout dire, j’ai l’impression que certains Frères craignent un peu notre Aumônier, non en tant que Frère, mais és-qualité sacerdotale.
« Il ne le faut pas. Il ne le faut pas pour plusieurs raisons dont celles-ci :
- Il est notre aumônier, c’est-à-dire à notre service, il n’est pas avec nous pour lui, mais pour nous. C’est un « Frère à talent » particulier ; il n’est pas là pour « convertir », diriger, convaincre, d’ailleurs qui serait concerné ? nous sommes un Ordre chrétien.
- Il est nommé par le Grand Maître, dont il dépend, et son action dans l’ordre est toute de service et de dévouement, j’en suis à la fois le témoin et, devant l’Ordre, le garant.
- Enfin, m’adressant plus précisément aux Chevaliers, je demande : qui n’a pas un souvenir poignant des veillées d’Armes qu’il préside ? »

Le 29 décembre 2012

Joannes Franciscus,
Eques a Tribus Liliis
Grand Aumônier des Ordres
du
Grand Prieuré des Gaules













mercredi 26 décembre 2012

La laïcité est inscrite dans le christianisme



Le texte ci-dessous avait déjà attiré mon attention par son côté en apparence paradoxal et en réalité porteur de vérités, et je l'avais publié sur ma page FaceBook.
Un de mes amis, Galahad, l'a publié sur son blog  http://www.relianceuniverselle.com/                                      ce qui m'a donné l'idée de suivre son exemple, car ce qui y est formulé mérite d'être diffusé aussi largement que possible.
Voici comment Galahad le présente :

Voici un texte qui circule sur le Net depuis quelques mois et auquel j'adhère totalement.  Il est écrit par un orthodoxe québécois qui apporte sa réflexion dans un débat qui avait agité le monde intellectuel et politique du Québec : faut-il enlever le crucifix de l'Assemblée nationale ?

Suite à ce débat, l'auteur explique ici pourquoi et comment le Christ fut véritablement à l'origine de la laïcité et comment sans cette dernière un vrai christianisme est impossible, c'est brillant. ! Mais attention qu'on parle bien ici de vraie laïcité, à savoir la séparation des sphères spirituelles et temporelles, non d'un fondamentalisme athée déguisé ou d'un militantisme anti-chrétien comme c'est souvent le cas en Belgique et en France .


Le Crucifix à l’Assemblée nationale, ou comment la laïcité est inscrite dans le christianisme, 

par Hélios d'Alexandrie
Le débat sur la laïcité et le Crucifix à l’Assemblée nationale du Québec s’est rallumé à la faveur de la campagne électorale, suite aux déclarations de Djemila Benhabib quant à sa position personnelle sur le sujet.

Pour elle la laïcité institutionnalisée ne peut logiquement admettre un symbole religieux au salon bleu, là où les représentants du peuple québécois débattent de différents sujets politiques. Madame Benhabib, qui se présente aux élections sous la bannière du Parti Québécois, se rallie toutefois à la position officielle du parti, à savoir que le Crucifix à l’Assemblée Nationale constitue un symbole et un héritage culturel du peuple québécois, comme tel sa présence au salon bleu n’a pas de signification religieuse.

On le voit, le débat se situe, non sur la place de la religion dans le champ politique (aucune place ne lui est reconnue), mais sur la signification d’une représentation à caractère religieux au sein de l’institution politique. Les uns n’admettent que son caractère religieux, les autres ne lui reconnaissent qu’une valeur culturelle. Le débat en ce qui concerne la laïcité ne se situe donc pas sur le plan pratique, maintenir ou enlever le Crucifix du salon bleu de l’Assemblée Nationale ne changera rien aux mesures que le futur gouvernement appliquera pour assurer la laïcité de l’espace public.

Il est réconfortant de constater qu’on discute passionnément de part et d’autre d’un symbole. Si le salon bleu était orné de représentations de Jupiter, d’Hercule, de Mars ou de Vénus, nul ne s’en offusquerait ; il s’agit pourtant de dieux de l’antiquité, donc de représentations religieuses. Si l’on ne s’en fait pas du tout quand il s’agit de divinités grecques ou romaines c’est parce qu’elles n’ont plus pour nous de signification religieuse. Nous les regardons comme des entités mythologiques et nous nous arrêtons sur l’aspect artistique et esthétique de leur représentation. Si le Crucifix suscite autant de passion c’est que, contrairement aux personnages mythologiques, il recèle un sens profond pour la majorité des gens, partisans comme opposants à sa présence au salon bleu.

Les opposants autant que les partisans donnent l’impression d’être sous l’emprise de leurs sentiments et de leurs émotions. Si le sujet n’est pas à proprement parler explosif, il est du moins passablement brûlant. C’est pourquoi il devient important d’en discuter objectivement afin d’y voir plus clair : la question qui se pose est de savoir si religion chrétienne et laïcité sont antinomiques au point de devoir occulter toute référence au christianisme dans l’espace public.

Retour aux sources

Le christianisme est issu du Nouveau Testament et plus particulièrement des quatre Évangiles qui relatent les gestes et transmettent l’enseignement de Jésus-Christ. La laïcité n’existait pas alors, et ne voulait donc rien dire durant les siècles qui ont précédé et suivi la naissance du christianisme. Politique et religion se mélangeaient, l’idéologie politique avait besoin de la religion pour se légitimer et s’affirmer : on sacrifiait au génie de l’empereur romain et celui-ci après sa mort était déifié par le sénat. Les charges civiques et religieuses étaient tour à tour assurées par les mêmes notables. Loyalisme politique et loyalisme religieux étaient une et même chose, ce qui explique pourquoi les premiers chrétiens ont été poursuivis et persécutés en tant qu’ennemis de l’État romain.

Le peuple juif dont Jésus est issu vivait sous l’emprise de la religion. Vie quotidienne et pratique religieuse ne faisaient qu’un, et l’observance religieuse était contraignante au-delà de l’imaginable. Une attention particulière était attachée au pur et à l’impur, au licite et à l’interdit. L’occupation romaine et la présence d’une importante diaspora juive dans les différentes régions de l’empire a contraint les juifs à côtoyer les païens impies et impurs, d’où le besoin de dresser des barrières morales assurant la distinction voire l’isolement des communautés juives.

Le messianisme en terre d’Israël est apparu avec l’incorporation du territoire dans l’empire romain. Il s’agissait d’une idéologie politico-religieuse portée par les nationalistes juifs qui s’opposaient à l’occupant romain, libération nationale et souveraineté divine étaient alors intimement liées.

C’est dans ce contexte (historique, politique, social et religieux) qu’il convient d’appréhender l’enseignement de Jésus. Son message éminemment spirituel se devait d’être reçu comme tel, débarrassé de tous les malentendus d’ordre politique, légal et social. En lisant les évangiles on constate qu’à maintes occasions, Jésus s’est employé à expliquer, voire à clarifier sa mission et son message; c’est ainsi qu’il a délibérément et en toute connaissance de cause, créé ce qu’il est convenu d’appeler la laïcité vingt siècles plus tard.

Laïcité dans l’espace public

C’est par nécessité et non par choix idéologique que Jésus a conçu la laïcité. La relation avec Dieu, l’amour du prochain et l’élévation sur le plan spirituel procèdent d’une démarche intime et non d’un choix de la collectivité. Il s’ensuit que les manifestations publiques de piété, de charité et d’observance religieuse (vestimentaires et culinaires) relèvent davantage de l’ostentation que de la quête de Dieu. Pour illustrer mon propos je cite les passages suivants de l’Évangile selon Saint Matthieu :

"Gardez-vous de faire les bonnes œuvres devant les hommes, pour vous faire remarquer d’eux; sinon, vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. Quand donc tu fais l’aumône, ne va pas le claironner devant toi; ainsi font les hypocrites dans les synagogues et les rues, afin d’être loués par les hommes; en vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit secrète; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra." (Matthieu 6 2–4)

"Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu’on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra." (Matthieu 65–6)

"Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu’ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra."(Matthieu 6 16–18)  

De ces extraits tirés du « Sermon sur la montagne », on comprend que pour Jésus, la spiritualité authentique se vit dans l’intimité et non à la vue de tout le monde; il en découle que pour les croyants sincères l’espace public est nécessairement exempt de religion. Seule une laïcité pleine et entière est en mesure de mettre un frein à l'exhibitionnisme religieux.

Religion et exercice du pouvoir

Mais Jésus a également dénoncé, non sans un brin d’humour, les détenteurs du pouvoir spirituel : prêtres, scribes et pharisiens. Tyrannie morale et ostentation vont de pair.

"Sur la chaire de Moïse se sont assis les scribes et les pharisiens… Ne vous réglez pas sur leurs actes : car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt. En tout ils agissent pour se faire remarquer des hommes. C’est ainsi qu’ils font bien larges leurs phylactères (petites boîtes renfermant les paroles essentielles de la Torah qu’on s’attachait aux bras et au front) et bien longues leurs franges. Ils aiment à occuper le premier divan dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, à recevoir les salutations sur les places publiques et à s’entendre appeler « Rabbi » par les gens." (Matthieu 23 1-7)

Le propre des tyrans est de restreindre arbitrairement la liberté des gens en leur imposant des charges et des contraintes dont ils s’exemptent eux-mêmes. Ils se révèlent par ailleurs avides et insatiables au chapitre des honneurs et de l’adulation. Le pouvoir et les avantages qu’ils se donnent suscitent des émules lesquels s’évertuent à perpétuer la tyrannie. À travers cette dénonciation du pouvoir religieux, Jésus met en garde contre les dangers de la théocratie et, par la même occasion, invite son auditoire à exercer son esprit critique.

Mais il ne se contente pas de dénoncer les scribes et les pharisiens, plus d’une fois il met en garde ses propres disciples contre la tentation du pouvoir :

"Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier d’entre vous, sera votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rédemption pour la multitude. (Matthieu 20 25-28)
Pour vous, ne vous faites pas appeler « Rabbi » : car vous n’avez qu’un Maître et tous  vous êtes des frères...Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Quiconque s’élèvera sera abaissé et quiconque s’abaissera sera élevé."(Matthieu 23 8 et 11-12)

L’esprit d’humilité, indissociable de l’amour, est l’antidote par excellence contre l’esprit de domination. Pour celui qui « s’élève » au-dessus des autres, la jouissance qu’accorde l’exercice du pouvoir s’accompagne invariablement d’un abaissement sur le plan spirituel. C’est ainsi que Jésus a dissocié et par la même occasion affranchi la religion du pouvoir temporel ; ce faisant il a également affranchi le pouvoir temporel de la religion.

Les pharisiens pour qui le pouvoir temporel et la domination revenaient à Dieu, c'est-à-dire à ses représentants sur terre, n’étaient pas du même avis que Jésus. Ils croyaient lui tendre un piège et l’obliger à se discréditer ou à se contredire en lui posant une question au sujet de la taxe imposée par l’autorité romaine : « Devons-nous payer, oui ou non? » S’il répondait par l’affirmative il serait jugé comme un collaborateur impie. S’il disait non, il reconnaîtrait implicitement que religion et politique sont indissociables. On connaît la réponse de Jésus :
« Pourquoi me tendez-vous un piège? Apportez-moi un denier, que je le voie.» Ils en apportèrent  un et il leur dit : « De qui est l’effigie que voici? Et l’inscription? » Ils lui dirent : «De César. » Alors Jésus leur dit : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »(Marc 12 15-17)

D’aucuns ont jugé la réponse de Jésus comme une « pirouette » ou une non-réponse, il n’en est rien et d’ailleurs l’évangéliste rapporte que les pharisiens : « … étaient fort surpris à son sujet. » En montrant à Jésus un denier à l’effigie de l’empereur romain, les pharisiens reconnaissaient implicitement leur participation à la vie économique de l’empire, les avantages qu’ils en retiraient s’accompagnaient naturellement d’obligations dont le paiement d’impôt. C’est le sens du : « Rendez à César ce qui est à César ». Et pour bien indiquer qu’il faut séparer la religion de l’économie et de la politique Jésus a aussitôt ajouté : « Et à Dieu ce qui est à Dieu », traçant ainsi une ligne de démarcation nette entre les devoirs du citoyen et ses obligations religieuses.

Le dialogue de Jésus avec Pilate est, à bien des égards, éclairant sur la nature du christianisme. Pilate croit au départ devoir juger une affaire politique, il interroge Jésus et lui demande s’il est le roi des juifs. La réponse est claire :

«Mon royaume n’est pas de ce monde, s’il l’était mes serviteurs auraient combattu pour m’empêcher de tomber aux mains des juifs… Je suis roi, je ne suis né et je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité, toute personne qui appartient à la vérité écoute ce que je dis.» (Jean 18  36-37)

La distinction entre pouvoir politique et mission spirituelle est ici clairement établie, la royauté de Jésus est d’ordre moral et spirituel, elle définit sa mission : parler de la vérité aux personnes disposées à l’écouter.

Jésus et les lois religieuses

En plaçant l’être humain et la conscience humaine au-dessus de la loi religieuse, Jésus a établi les fondements de la laïcité ; aux pharisiens qui lui reprochaient de transgresser la loi religieuse et de guérir un malade le jour du Sabbat, il a dit:
« Est-il permis, le jour du Sabbat, de faire du bien plutôt que de faire du mal, de sauver une vie plutôt que de la tuer? » (Marc 3 4)

Plus tôt il s’était adressé aux mêmes pharisiens en ces termes :
«Le Sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le Sabbat. » (Marc 2 27)

L’épisode de la femme adultère est aussi explicite. Elle est amenée devant Jésus par les scribes et les pharisiens qui l’établissent juge de l’affaire afin de le mettre à l’épreuve et avoir matière à l’accuser :

« Maître cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu? »… Comme ils persistaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre! »… Eux entendant cela, s’en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu. Alors, se redressant, Jésus lui dit : « Femme, où sont-ils? Personne ne t’a condamnée? » Elle dit : « Personne, Seigneur. » Alors Jésus dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. » (Jean 8 4-11)

Ce passage est intéressant en ce sens que Jésus n’a pas édicté de nouvelle règle ni abrogé une loi religieuse, il s’est contenté de placer les gens devant leur conscience. Du coup la loi religieuse perd son caractère divin, elle est désormais assujettie à la conscience humaine. Partout où elle s’invitait dans les affaires des hommes, Jésus a pris le parti de l’être humain en le libérant de l’observance aveugle ou obsessionnelle de la loi.

En plus d'affirmer la laïcité dans le champ légal, Jésus a établi les fondements de l'humanisme.

Le crucifix à l’Assemblée Nationale

Il s’agit de toute évidence d’une image religieuse, plusieurs le tiennent pour un héritage culturel. Mais il est bien plus que cela, car le crucifix représente Jésus-Christ, celui qui, par sa parole, cette parole adressée à des gens simples, a changé la face du monde et le cours de l’histoire. Une lecture attentive des Évangiles nous amène à conclure que la modernité tire son origine de l’enseignement de Jésus.

La laïcité représente une facette importante de la modernité, elle est au cœur de l’enseignement de Jésus-Christ; sans laïcité le christianisme authentique est impossible.
Jésus a été condamné à mourir sur la croix à cause de ce qu’il a dit et enseigné. Son message était à ce point en avance sur son époque qu’il a profondément insécurisé les autorités religieuses et politiques de son temps. Mais on ne tue pas les idées ni les paroles, pas celles qui sont porteuses d’amour, de don de soi, de pardon, de paix, de respect, d'authenticité, de liberté, d’égalité, de non-violence ; et pas celles qui dissipent toute confusion entre le sacré et le politique, entre la religion et la loi, entre la foi et son exhibition.

Le crucifix à l’Assemblée Nationale nous rappelle simplement la place centrale qu’occupe Jésus-Christ dans notre civilisation. Cela nous ne devons jamais l’oublier.

lundi 24 décembre 2012

Noël


Δόξα ἐν ὑψίστοις Θεῷ
καὶ ἐπὶ γῆς εἰρήνη
ἐν ἀνθρώποις εὐδοκία

Gloire à Dieu au plus haut des cieux,
Paix sur la terre,
Bonne volonté parmi les hommes


Les bergers, hommes au cœur simple  et pur, voient les cieux s’ouvrir devant leurs yeux, et les cohortes angéliques se manifester, 
ils ont accès droitement à la crèche
 où repose le frêle enfant-Dieu, fils de la Vierge ; 
et alors ils rendent gloire à Dieu.

Les mages, guidés depuis les confins de l’univers 
par l’étoile de la connaissance,
s’en viennent révérer le Roi du monde, et ils l’adorent 
en lui présentant
les offrandes dues à un roi, à un prêtre et à un prophète.

Que vous preniez l’un ou l’autre de ces chemins 
qui convergent au même Orient, 
rassemblez-vous, peuple fidèle, dans l’adoration, l’admiration et l’amour
de Celui qui s’est fait semblable à nous 
afin que nous devenions semblables à LUI.
Communiez tous ensemble dans sa paix qui surpasse toute intelligence,
et communiquez-la au monde chaotique,
à quelque prix que ce soit.


Que la bénédiction d’Emmanuel soit sur vous !

dimanche 18 novembre 2012

La destruction du Temple


1er DIMANCHE DE L'AVENT (Mt 24, 1-14)
Homélie prononcée le 17 novembre 1968 en l'Église cathédrale Saint-Irénée






En relisant cette homélie ancienne pour le dimanche d'aujourd'hui (merci à Philippe P. de me l'avoir rappelée), j'ai été saisi du vif désir de lui donner une nouvelle audience. Car la leçon qui en résulte immédiatement pour moi, c'est que l'espérance véritable, c'est celle qui éclate à travers le désespoir, qui le transperce !

Elle date de 1968, elle date d'aujourd'hui, un aujourd'hui qui se traîne avant le demain qui se fait attendre...


Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen !
Comme vous le savez, dans la tradition du rite des Gaules, l'Avent est composé non pas de quatre dimanches mais de six, qui font une "quarantaine", comme dans l'Église orientale.
L'Avent est une période très spéciale. Nous sommes revêtus d'ornements violets car nous nous préparons à la venue du Christ. C'est une période d'abstinence, de jeûne, de préparation, de pénitence, mais c'est en même temps une période joyeuse. Nous chantons "Alléluia" pour montrer que nous sommes avides, assoiffés du retour du Christ. Comme dit l'Apocalypse, l'Esprit et l'Église disent : "Viens".
Pendant l'Avent, deux événements sont fêtés, attendus. C'est à deux événe­ments que notre âme se prépare, dépassant le temps linéaire. Le premier, attendu à travers l'Ancien Testament depuis l'antiquité du monde, est l'Avènement du Christ, Son Incarnation, Sa naissance de la Vierge. Le deuxième est Son glorieux retour.
L'évangile d'aujourd'hui parle de ce temps eschatologique qui prépare la deuxième venue. Je suis étonné que nombre de chrétiens soient pleins d'agita­tion, d'inquiétude devant les événements du monde. Pourtant, le Christ qui a voulu que nous soyons éclairés et non pas aveugles ou poussés par différents vents, tels des objets inconscients, nous a prévenus : "Cela doit arriver". Pourquoi être surpris par le manque de charité ou le grand nombre d'athées ? Tout cela est prévu.
Ce qui est à souligner dans cet évangile, c'est que ces événements tragiques, troubles, au cours desquels l'humanité va se haïr chaque fois davantage et les hommes se dresser les uns contre les autres, les événements cosmiques, la perte de la foi, les guerres, tout cela est comparé par le Christ à une femme enceinte. Et cela n'est pas seulement applicable au destin du monde, à ce dernier soubre­saut avant la fin des temps, mais aussi à notre vie personnelle, à la vie des groupes, des Églises.
Les épreuves, les troubles, les agitations autour de notre personne, dans notre vie, sont dans la pensée du Christ et, pour un vrai chrétien, enraciné en Lui, les soubresauts de l'enfantement du monde nouveau. Le Christ le dit : c'est comme une femme qui ressent les douleurs ; mais quand l'enfant est né, elle est remplie de joie.
Ainsi, en face de tous les événements tragiques du monde, ou personnels, ou ceux d'un groupe de personnes, la première attitude du chrétien doit être la lucidité. Il ne faut pas céder à la panique mais garder une attitude tranquille et stable. A travers ces événements se profile déjà la joie car nous savons que tous ces soubresauts, toutes ces douleurs ne sont que le neuvième mois, quelques jours avant la naissance des Cieux nouveaux et de la Terre nouvelle.
Les chrétiens ne doivent pas rechercher les souffrances, la guerre - nous prions pour la paix - les troubles, l'agitation ; mais, lorsque ceux-ci arrivent, ils doivent se réjouir et faire que leurs souffrances participent à cet engendrement du monde nouveau. Car si nous sommes tous enracinés dans la paternité divine, revêtus de la lumière du Christ, alors notre regard n'est pas tourné vers le passé, ni même vers le présent ; il perce l'avenir et, à travers la mort, il voit la Résurrection.
A travers les épreuves qui sont de plus en plus fortes dans le monde, nous percevons ce dont le Christ nous parle : cette joie que l'homme nouveau naisse et que le monde nouveau soit engendré.
Quelle douleur, quelle inquiétude chez tous les prophètes qui attendaient le Christ et Son premier Avènement ! Que de fois ont-ils demandé : "Quand ?" Lui, répondait : "Me voici ! Si je tarde, attendez ! Me voilà !" Le temps passait ; ils étaient maltraités mais cependant ils espéraient, ils prêchaient, poussés par l'Esprit. Et Il est venu ! Il en sera de même pour le Second Avènement : nous allons être haïs à cause de Son Nom et, malgré l'aveuglement des hommes, nous persisterons, tel Habacuc à sa place de prophète, tel Ezéchiel sentinelle de Dieu et, dans cette attente, notre cœur sera rempli de cette joie qui précède, anticipe le monde nouveau.
J'ajoute encore un mot à propos de la destruction de Jérusalem. Une littéra­ture circule parmi les chrétiens ; elle prétend que les premiers chrétiens et le Christ Lui-même s'imaginaient que la destruction de Jérusalem et la fin des temps auraient lieu simultanément et elle conclut qu'ils se sont trompés en vivant dans cet état eschatologique : Jérusalem a été détruite en 70 et la fin n'est pas venue.
Vous avez écouté l'Évangile. Le Christ parle de la destruction du Temple. Puis, après un arrêt, Il Se rend sur le Mont des Oliviers. Les disciples Lui posent des questions, en particulier sur la fin des temps, sur la destruction du Temple. Il répond devant la foule par son discours comme Il parle en secret avec les intimes. Il distingue le fait historique de 70, date de la destruction du Temple de Jérusalem, du Deuxième Avènement et Il montre qu'il y aura aussi dans la destruction du Temple une image universelle. Lorsqu'Il dit : "Pierre sur pierre, il ne restera rien", Il ne parle pas seulement du Temple de Jérusalem ; Il veut dire : pierre sur pierre, il ne restera rien de la Révélation chrétienne. Progressivement elle sera détruite, de telle manière qu'à la fin des temps peu de gens comprendront. C'est l'annonce de la destruction de la doctrine chrétienne par une multitude de théories, d'hypothèses, d'écoles, d'enseignements. 
Voilà pourquoi nous les chrétiens devons être vigilants et ne pas prendre un faux prophète pour un vrai, "car beaucoup viendront et diront : Moi, je suis le Christ" et ils séduiront un grand nombre . Alors, et c'est l'autre attitude : sérénité devant les événements, confiance car ils ne sont qu'un soubresaut, un enfantement et, en même temps, vigilance et fidélité à la Révélation.
Ainsi notre temple intérieur, le temple de notre intellect et de notre cœur, ne sera pas détruit - ruine de pierres et de pierres. Fidélité à ce que le Christ nous a confié ! Amen !

Evêque Jean de Saint-Denis

mardi 13 novembre 2012

Les 100 000 martyrs de Tbilissi


LES CENT MILLE MARTYRS DE TBILISSI († 1227)
fête le 31 octobre /13 novembre

En 1227, le sultan Jalal al-Din de Khwarazm et son armée de Turkmènes attaquèrent la Géorgie. Le premier jour de la bataille, l'armée géorgienne repoussa valeureusement les envahisseurs, alors qu'ils approchaient de Tbilissi. Cette nuit-là, cependant, un groupe de Perses qui vivaient à Tbilissi ouvrit secrètement les portes et fit entrer l'armée ennemie dans la ville.

Selon un manuscrit dans lequel ce jour le plus terrible de l'histoire géorgienne a été décrit: "Les mots sont impuissants à exprimer la destruction que l'ennemi infligea: arrachant les enfants au sein de leurs mères, ils frappaient leur tête contre le pont, en regardant leurs yeux sortir de leurs crânes... "

Une rivière de sang coulait à travers la ville. Les Turkmènes castrèrent les jeunes enfants, violèrent les femmes, et poignardèrent à mort les mères sur les corps sans vie de leurs enfants. La ville entière frémit au son des pleurs et des lamentations. Le fleuve et les rues de la ville étaient remplis de mort.

Le sultan ordonna que la coupole de la cathédrale de Sioni soit démontée et remplacée par son vil trône. Et à sa demande, les icônes de la Mère de Dieu et de notre Sauveur furent enlevées de la Cathédrale de Sioni et placées au centre du pont sur la rivière Mtkvari. Les envahisseurs poussèrent les gens sur le pont, leur ordonnant de le traverser et de cracher sur les saintes icônes. Ceux qui trahissaient la foi chrétienne et se moquaient des icônes eurent leur vie épargnée, tandis que les confesseurs orthodoxes étaient décapités.



Cent mille géorgiens sacrifièrent leurs vies pour vénérer les saintes icônes. Cent mille têtes coupées et des corps sans tête furent emportés par le courant sanglant sur la rivière Mtkvari.

Ô vous, milliers d'étoiles, peuple élu, qui gardez l'Eglise géorgienne avec vos ailes d'or, intercédez sans cesse pour nous devant la Face de Dieu!

Version française Claude Lopez-Ginisty 
d'après Lives of the Georgian Saints de l'Archiprêtre Zakaria Machitadze
 in http://www.pravoslavie.ru/english/



dimanche 11 novembre 2012

"La doctrine de la réintégration des êtres"





Eh bien, la voici enfin mise au jour la nouvelle Apocalypsis revelata¸ cette nouvelle « Apocalypse révélée selon son sens spirituel… » si fébrilement attendue…
… Comment ? Vous dites ? Vous protestez ? Mais en quoi est-il choquant, en quoi est-il désobligeant de comparer cet ouvrage à l’un des traités majeurs de ce grand illuministe chrétien que fut Swedenborg ? Pour moi, c’est au contraire flatteur ! C’est tout simplement à la mesure du grand, du considérable  événement attendu,  si j’en crois son éditeur :
« …en bref ...une nouvelle "respiration " du RER tel qu'il est vécu aujourd'hui ...cela montre au demeurant la "force "du livre comme "arme-de-destruction-massive" des certitudes de certains quant au devenir du RER ! » ; et encore : « Je crois qu'il nous faudra nous fédérer autour d'une personne qui nous fédère et catalyse par ses réflexions nos aspirations les plus intimes ...la métamorphose est à ce prix ! Savoir quitter "la coque ancienne" pour migrer dans un autre appareil...PERIT UT VIVAT ! » (Facebook 4 novembre 2012, 15h43 et 15h57)
Donc je l’ai ouvert, ce livre, non pas,  comme aurait dit Kierkegaard, avec « crainte et tremblement », mais avec une réelle curiosité, attisée qu’elle fut par le concert de louanges anticipés qui ont précédé son apparition… C’est un procédé publicitaire, me dit-on, qu'on appelle « teasing » ; je n’en sais rien, je n’y connais rien. Ce n’est pas cela qui m’aurait incité à me le procurer si je n’en avais pas eu envie.
Je l’ai donc ouvert, et feuilleté. Livre volumineux : 226 pages en tout petits caractères, corps 11 si ma vue est bonne. Livre important par la matière qu'il embrasse. Qu'on en juge : chapitre introductif : Origène et l’illuminisme, avec sept sous-chapitres, dont un sur l’apocatastase ; chapitre 1 : Martinès de Pasqually et la doctrine de la réintégration des êtres,  avec huit sous-chapitres ; chapitre 2 : Louis-Claude de Saint-Martin et le corps de matière ténébreuse, avec neuf sous-chapitres ; chapitre 3 : Le Régime Ecossais Rectifié et la doctrine de la matière, avec huit sous-chapitres ; enfin huit appendices portant sur les sujets annexes aux matières déjà traitées, notamment sur l’ésotérisme chrétien ou encore l’augustinisme et le jansénisme.
Certes, ce livre ne peut se lire que précautionneusement, pas à pas. Indépendamment du style si particulier de l’auteur, qui (toute qualité mise à part) se rapproche plus de Proust que de Pascal (écrivain qu’il aime) en sorte qu’il faut prendre son souffle au début de chaque phrase – les phrases de 18 à 20 lignes (en petits caractères !) abondent – la lecture n’est pas rendue aisée par l’abondance des citations, généralement longues. Longues aussi sont les notes, également farcies de citations ; et j’en ai repéré deux qui occupent chaque fois une page et demie… Ce n’est pas là une critique (comme des esprits malveillants seraient portés à le croire), c’est une constatation.  Non, qu'on ne s’attende pas à une lecture aisée, d’autant que la dialectique de l’auteur est serrée et argumentée.
De l’enseignement de l’Alma Mater, j’ai retenu (entre autres) qu'il fallait toujours aborder un livre par la table des matières (c’est fait), par l’introduction et surtout par la conclusion. C’est en effet  dans la conclusion que l’auteur ramasse l’essentiel de ses thèses. Et c’est le cas ici. Je citerai donc :

« De ce fait il faut être cohérent.
Soit on tient les deux bouts de la chaîne entièrement, d’un côté ou de l’autre :
1°) En adhérant fidèlement à la foi de l’Eglise dans ses préalables au sujet de la Création – en regardant le monde matériel ainsi qu'un don et le corps charnel de l’homme de même -, comme dans ses conséquences, en espérant logiquement en une régénération de  la chair et sa vocation à l’éternité par purification et spiritualisation de son essence, simplement flétrie et affaiblie non substantiellement mais accidentellement un instant par le péché, lors de la résurrection des morts.
2°) Au contraire en faisant siennes les thèses de Martinès, ce que firent Willermoz et Saint-Martin, en considérant que la création matérielle a été tout d’abord une punition pour les corps révoltés, et la chair une enveloppe ténébreuse ayant transformé substantiellement les fils d’Adam en êtres de matière impure, regardant ainsi l’anéantissement des formes corporelles lors de la réintégration comme une véritable libération et le retour à l’Unité spirituelle originelle.
Ou bien alors, fatalement en ne respectant pas la cohésion interne des doctrines, en oubliant volontairement un bout de leur unité conceptuelle, on tombe dans le piège de l’assemblage disparate, visant à faire tenir, dans un exercice à l’illogisme évident, une origine ténébreuse du composé matériel créé en punition de la révolte des esprits pervers et du crime d’Adam « souillé par une création si impure », avec une destination spirituelle en se fondant sur les Pères de l’Eglise, et en premier lieu saint Irénée dont on peut citer intégralement bien sûr le livre V du Adversus Haereses, mais auquel on pourrait aussi ajouter avantageusement, pour faire bonne mesure, les décisions de tous les conciles œcuméniques si l’on y tient, ce qui ne change rien au problème, car n’aboutissant à nulle autre « chose » qu’à l’édification d’une abstraction conceptuelle non seulement singulièrement bancale, mais surtout absolument intenable, car ne pouvant être admise paradoxalement ni par l’Eglise – qui s’indignera toujours que l’on puisse soutenir le caractère « nécessaire » de la création et rejettera violemment cette idée d’une « matière prison » que Martines partage avec Origène -, ni non plus par aucun Ordre authentique issu de l’héritage martinésien, et l’on pense évidemment en premier lieu au Régime Ecossais Rectifié qui est le seul à pouvoir se prévaloir par Willermoz d’une transmission initiatique effective d’avec l’auteur du Traité sur la réintégration, et dont les Instructions à tous les grades regardent la volonté d’une « spiritualisation de la chair » comme chimérique et appellent l’âme, dès l’état d’Apprenti, à ses dégager des « vapeurs grossières de la matière ». [21 lignes !]
C’est pourquoi cette volonté de chercher à concilier de force martinésisme et foi dogmatique de l’Eglise n’a strictement aucun sens sur le plan ecclésial, pas plus qu’elle n’en a sur le plan initiatique, puisque conduisant à la constitution d’une impasse catégorique, en forme de perspective fondée sur une analyse vouée à une évidente impossibilité. La seule attitude cohérente, si l’on veut se considérer comme participant véritablement des Ordres dont on prétend être membre, c’est d’assumer clairement la pensée des fondateurs, bien sûr l’interroger, la travailler, l’approfondir ce qui est plus que souhaitable, mais avant tout la respecter dans ses affirmations et fondements essentiels, et non chercher à la tordre ou à la transformer par d’inacceptables contorsions théoriques pour la rendre, dans un exercice improbable, « doctrinalement compatible » avec l’enseignement de l’Eglise.
Reste, ce qui est admissible et sans aucun doute préférable si la contradiction devient trop pénible, la solution de rejoindre l’Eglise et d’y vivre pleinement sa foi de manière non schizophrénique. Nous pensons toutefois qu’une autre voie est envisageable, consistant à admettre la différence doctrinale, la reconnaître honnêtement, et à se considérer comme « cas particuliers » postulant la non-incompatibilité entre la foi et l’anthropologie platonicienne au sein de l’épouse du Christ. Si l’idée d’universalité signifie quelque chose – et les divergences entre courants (augustiniens, thomistes, scotistes, etc.) très opposés, y compris sur l’économie du salut, au sein de la catholicité, en est [sic] un très bon exemple – alors pourquoi l’illuminisme mystique, qui en revient souvent à soutenir les thèses d’Origène après christianisation de Martinès opérée par Willermoz et Saint-Martin lors des Leçons de Lyon (1774-1776), n’aurait-il pas la possibilité d’une humble place, avec sa singularité, à l’intérieur de la maison du Père ? Nous avons la conviction qu'une réponse non fermée a priori peut être apportée à cette question, n’adhérant pas à l’idée que la métaphysique grecque soit totalement contradictoire d’avec le christianisme, ce que nous ne cessons de soutenir depuis longtemps déjà. » (pages 202 à 204)
J’ai cité mot à mot sans y rien changer ce qui est à mon sens le cœur de la thèse de l’auteur, que je répète pour que tout soit bien clair : incompatibilité foncière entre la doctrine de l’illuminisme chrétien abrité dans le willermozisme et l’enseignement dogmatique de l’Eglise du Christ, de quelque confession qu’elle soit. L’auteur en tire ailleurs une conséquence beaucoup plus radicale que celle qui est énoncée ci-dessus :
« Par ailleurs, il convient de noter sur le plan maçonnique l’aspect doctrinal défini et précis du Régime rectifié ce qui est une caractéristique unique dans tout le champ rituel de la franc-maçonnerie, et confère au système willermozien une originalité à nulle autre pareille en le distinguant entièrement des autres Rites, ce qui n’est pas sans provoquer, souvent, de nombreuses incompréhensions. Mais si l’on se dit maçon rectifié et qu’on souhaite le rester – ce qui n’est imposé à personne et relève du libre arbitre de chacun – il faut adhérer à cette doctrine et  la respecter, non chercher à la transformer en voulant la rendre conforme à l’enseignement dogmatique des confessions chrétiennes, fusse-t-il [sic] pour un catholique, et nous mesurons ce qu’une telle affirmation peut avoir d’étonnant, mais il en va ainsi sur le plan initiatique, l’enseignement magistériel de l’Eglise. 
C’est là un devoir supérieur de nature impérieuse, que certains prêtent sous serment au niveau ultime de l’Ordre. De ce fait la pensée de Willermoz, puisqu'il le voulut et fit en sorte que cela soit, n’est pas négociable, adaptable ou modifiable. Elle est un héritage, dont le régime rectifié possède, et lui seul, le dépôt et le devoir de conservation de la sainte doctrine de Moïse ‘’parvenue d’âge en âge par l’Initiation jusqu'à nous’’. » (page 27)
Voilà qui est catégorique et qui ne laisse place à aucune des échappatoires que le texte précédent paraissait ménager.
Pour cerner, non pas complètement mais d’un peu plus près, la pensée de l’auteur, je m’en voudrais, étant donné ce que je suis et où j’écris, d’omettre ces très significatives remarques énoncées en note (page 207, note 128) :
"Gerberon, dans son Histoire du jansénisme (t. I, p. 185), fit savoir : ‘’ Vous avez oublié que vous êtes enfant de l’Eglise latine, et l’Eglise latine ne renvoie pas ses enfants aux Pères grecs, mais à saint Augustin pour savoir ce qu'ils doivent croire et penser des mystères de la grâce. » (dictionnaire de théologie catholique, t. VIII, col. 469). Ce rappel n’est pas sans évoquer l’avertissement solennel de Thomas Bradwardine qui déclarait : « Les Pères grecs sont des fauteurs de Pélagianisme ». (cf. Critique de la bibliothèque des auteurs ecclésiastiques de Dupin, 1730)."
J’en ai terminé pour aujourd’hui. On aura remarqué que je me suis bien gardé d’émettre quelque remarque que ce soit. Je me réserve pour des temps plus opportuns, quand j’aurai analysé à fond l’ouvrage. Il est appelé sans nul doute à un certain retentissement. Sans mêler ma voix aux trompettes de la renommée, j’ai tenu à en donner un aperçu objectif à ceux qui me font le plaisir de fréquenter ce site.

11 novembre 2012
Fête de saint Martin de Tours, apôtre des Gaules