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dimanche 19 mai 2013


La Descente du Saint-Esprit



  
Nous célébrons aujourd’hui la descente du Saint-Esprit sur les apôtres et les disciples, et, à travers eux, sur tous ceux qui écoutent leur parole inspirée (Actes 2, 1-14) :
 « Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d'eux. Et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. Or, il y avait en séjour à Jérusalem des Juifs, hommes pieux, de toutes les nations qui sont sous le ciel. Au bruit qui eut lieu, la multitude accourut, et elle fut confondue parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. Ils étaient tous dans l'étonnement et la surprise, et ils se disaient les uns aux autres: Voici, ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens? Et comment les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, dans notre langue maternelle? Parthes, Mèdes, Élamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont, l'Asie, la Phrygie, la Pamphylie, l'Égypte, le territoire de la Libye voisine de Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, comment les entendons-nous parler dans nos langues des merveilles de Dieu? Ils étaient tous dans l'étonnement, et, ne sachant que penser, ils se disaient les uns aux autres: Que veut dire ceci? Mais d'autres se moquaient, et disaient: Ils sont pleins de vin doux. Alors Pierre, se présentant avec les onze, éleva la voix, et leur parla en ces termes: Hommes Juifs, et vous tous qui séjournez à Jérusalem, sachez ceci, et prêtez l'oreille à mes paroles! [etc.] ».
Il s’agit donc d’une communication personnelle puisque les propos des apôtres, en l’occurrence Pierre, sont comprises par chacun en sa langue maternelle, soit qu’il soit donné aux apôtres de s’exprimer en des multiples langues, soit qu’il soit donné aux auditeurs de les comprendre en leurs langues. C’est une communication du Saint-Esprit, troisième Personne de la Divine Trinité, à chacune des personnes présentes.
Ce phénomène remarquable avait été préfiguré dans l’Ancien Testament au cours de la vie de Moïse (Nombres 11, 16-17 & 24-29) :
«  L'Éternel dit à Moïse: Assemble auprès de moi soixante-dix hommes des anciens d'Israël, de ceux que tu connais comme anciens du peuple et ayant autorité sur lui; amène-les à la tente d'assignation, et qu'ils s'y présentent avec toi. Je descendrai, et là je te parlerai; je prendrai de l'Esprit qui est sur toi, et je le mettrai sur eux, afin qu'ils portent avec toi la charge du peuple, et que tu ne la portes pas à toi seul. […]
Moïse sortit, et rapporta au peuple les paroles de l'Éternel. Il assembla soixante-dix hommes des anciens du peuple, et les plaça autour de la tente. L'Éternel descendit dans la nuée, et parla à Moïse; il prit de l'Esprit qui était sur lui, et le mit sur les soixante-dix anciens. Et dès que l'Esprit reposa sur eux, ils prophétisèrent; mais ils ne continuèrent pas. Il y eut deux hommes, l'un appelé Eldad, et l'autre Médad, qui étaient restés dans le camp, et sur lesquels l'Esprit reposa; car ils étaient parmi les inscrits, quoiqu'ils ne fussent point allés à la tente; et ils prophétisèrent dans le camp. Un jeune garçon courut l'annoncer à Moïse, et dit: Eldad et Médad prophétisent dans le camp. Et Josué, fils de Nun, serviteur de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole et dit: Moïse, mon seigneur, empêche-les! Moïse lui répondit: Es-tu jaloux pour moi? Puisse tout le peuple de l'Éternel être composé de prophètes; et veuille l'Éternel mettre son Esprit sur eux! »
Cette préfiguration présente une similitude complète avec la Pentecôte : communication de l’Esprit de Dieu par l’intermédiaire de Moïse comme plus tard par l’intermédiaire des apôtres.
D’autre part, on sait que les prophètes, inspirés par le même Saint-Esprit, ont annoncé tous les épisodes des débuts du christianisme par l’action du Christ et du même Saint-Esprit. Ainsi Seigneur, parlant par le prophète Ezéchiel, annonce (Ezéchiel 36, 26-27) :
« Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un Esprit nouveau; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon Esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois. »
Qu’est-ce que l’Esprit de Dieu qui  nous est communiqué par l’Eglise au cours du service pentecostal : l’Esprit de vérité et l’Esprit de charité, les deux indissociables car, nous enseigne l’apôtre Paul : « la charité se réjouit de la vérité » (1 Corinthiens 13, 6). Or qu’est-ce que marcher dans la vérité et marcher dans la charité ? Saint Jean le Théologien nous le dévoile  (1 Jean 2, 8-11):
« Toutefois, c'est un commandement nouveau que je vous écris, qui est vrai en lui [Jésus-Christ] et en vous, car les ténèbres se dissipent et la lumière véritable paraît déjà. Celui qui dit qu'il est dans la lumière, et qui hait son frère, est encore dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et aucune occasion de chute n'est en lui. Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres, il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux. »
En bref, il n’y a pas d’autre règle de conduite que l’amour fraternel – et tous les hommes sont nos frères.
Ouvrez-vous à l’Esprit, et il vous donnera ce cœur de chair, débordant d’amour et pour Dieu et pour tous les hommes.

En la fête de la Pentecôte
19 mai 2013






mercredi 31 octobre 2012

La tolérance est-elle une vertu ?


N’en déplaise à la vulgate maçonnique, si la tolérance est une vertu, j’entends montrer que cette vertu est passive et contrainte, qu’elle n’est pas pérenne, et par conséquent que ce n’est pas une vertu. Je le ferai en m’appuyant sur les réalités concrètes et non au moyen de ratiocinations déployées dans le vide.

Sans m’appesantir (mais sans néanmoins me priver du plaisir de la citer) sur la fameuse boutade de Claudel : la tolérance, il y a des maisons pour ça ! (d’ailleurs il n’y en a plus), je dirai que le langage ordinaire nous fournit déjà une indication utile. Tolérer ne signifie nullement accepter, accueillir, apprécier ; cela signifie supporter de plus ou moins bon gré, plus ou moins sous la contrainte. Rapportons-nous à la physiologie et prenons le cas d’un organe du corps humain, l’estomac par exemple : on dira que l’estomac a bien (ou mal) toléré telle nourriture, tel médicament, tel acte médical comme l’introduction d’une sonde. L’aspect passif et /ou contraint de la tolérance est ici patent. Et cette tolérance est de plus limitée dans sa durée et dans ses proportions. Le mode d’existence d’un organe quel qu’il soit est de préserver intacte son identité,  d’empêcher qu’elle soit altérée, qu’elle devienne autre, ce qui risque de se produire s’il y a intromission d’un élément ou d’un corps étranger. En ce cas se déclenchent des mécanismes de défense : c’est le processus de l’immunité. Et la tolérance va nécessairement prendre fin de deux façons possibles, et deux seulement : ou l’assimilation (par digestion, etc.) ou l’expulsion par rejet. Ainsi, si l’on veut qu’un corps étranger reste à demeure par le moyen d’une greffe (d’organe ou de matériel : cœur artificiel, etc.) il faut annihiler ces défenses naturelles pour instaurer une tolérance forcée (d’où un risque réel d’échecs). Ce qui vaut pour tous les organes vaut aussi pour cet ensemble d’organes, lui-même grand organe, qu’est le corps humain. Si par malheur ce corps étranger ne peut être ôté ou expulsé (par exemple un éclat d’obus, ou tout autre intrus), alors le tissu commence à se désagréger tout autour : c’est la gangrène. Et si l’on n’intervient pas pour amputer, pour séparer du corps le membre qui lui devient étranger, indésirable et dangereux, c’est alors le corps tout entier qui se désorganise, qui tombe en lambeaux : tel fut ce qui advint au malheureux roi Louis XVIII avant même sa mort…

On voit aisément que tout ce qui vient d’être dit est transposable terme à terme à cet organe particulier qu’est la société humaine. Toute société humaine quelle qu’elle soit fonctionne en cas d’intromission d’éléments étrangers selon le processus de tolérance-assimilation ou tolérance-rejet, pour la bonne et simple raison que c’est un processus naturel et que la société humaine est certes un corps social mais aussi un corps naturel, gouverné par les lois de la nature. Et de même qu’il existe dans la nature physiologique un seuil de tolérance à partir duquel se déclenchent les mécanismes de défense, de même en existe-t-il un dans la nature sociologique, comme l’a démontré Alfred Sauvy, qui l’a évalué à quelque 10 % de la population d’un groupe social  déterminé se comportant comme un organisme ; au-delà de ce seuil l’assimilation devient impossible et alors se déclenche quasi inévitablement le mécanisme de rejet.

On m’objectera peut-être que cette conception organiciste  est issue des écrivains contre-révolutionnaires, en particulier Bonald. Peut-être bien. Mais fondée qu’elle est sur une constatation empiriques des réalités, elle a toutes chances de leur être beaucoup plus adéquate que la rationalité pure, qui se comporte le plus souvent en lit de Procuste.

En effet, toutes les sociétés dans toutes les civilisations et en tous temps ont toujours possédé des constitutions organiques. L’individu, l’homme isolé, y est inconcevable, car il n’existe pas. Ce qui existe, c’est l’homme en condition, existant et explicable par la multitude d’appartenances qui sont les siennes et le rattachent, le relient (la religion est une de ces appartenance) à des organes ou organismes ancrés dans la vie réelle, laquelle ne peut se dérouler indépendamment d’eux, et qui ne sont point conçus et mis en œuvre  dans l’abstraction théorique, comme la plupart de ceux que secrète de nos jours l’inventivité administrative. Dans l’ancienne France, l’homme n’existe pas indépendamment de toute une série de réseaux qui le relient à ces organes vivants que sont sa famille, non pas la famille mononucléaire de notre époque mais la famille étendue dans le temps (la lignée) et dans l’espace (la parenté) ; son métier, lui aussi organisé en corps ou corporations ; sa paroisse, dépendant de ce grand corps, le premier de l’Etat, qu’est l’Eglise, elle-même subdivisée en une multitudes des corps subalternes ; sa commune, elle aussi composée de divers corps ou organes ; l’Etat enfin, c’est-à-dire le roi et le royaume, avec là aussi tous les corps qui concourent à l’administration. Et cette multiplicité, on pourrait dire cette prodigalité organique établit entre toutes ses composantes des liens étroits de solidarité que ne distendent pas les conflits qui se produisent inévitablement mais sans jamais mettre en question cette physiologie de la société. Rien n’est plus étranger à cette société-là que la « lutte des classes ».

Ajoutons, ce qui n’est pas anodin, que tous ces corps possèdent des us et coutumes, des lois écrites et non écrites qui leurs sont propres (ce sont là les « privilèges », privae leges, lois particulières), qu’aucune puissance ne peut abroger sans le consentement de ceux que ces privilèges régissent (lequel n’est jamais donné). Tel fut le cas, mais l’exemple n’est pas unique, du duché de Bretagne lors de sa réunion à la couronne de France par François Ier. Tout cela apporte de sérieuses limitations au pouvoir prétendument absolu du roi, fût-il Louis XIV, pouvoir qui dans la réalité est notablement moindre que celui d’un président de la Ve république !

Qu’y avait-il alors besoin de tolérance ? Dans cette configuration, il n’y avait pas place pour elle.

On m’objectera la question religieuse. Il faut y regarder de plus près, car elle donne matière à bien des idées fausses, à bien des contre-sens qui font malheureusement florès en particulier dans l’enseignement public ; quant à la presse, n’en parlons même pas…

La notion de tolérance en matière de religion était totalement inconnue non seulement dans l’ancienne France mais aussi dans tous les pays d’Europe et d’Amérique de l’époque moderne. Elle était inconnue car elle était tout simplement inconcevable. En effet, la religion étant pour ainsi parler la base et la colonne de la société, en France comme ailleurs, le principe organique d’unicité rendait nécessaire l’existence d’une foi unique. C’est pourquoi ceux qui se soustrayaient à cette foi unique étaient considérés et punis comme ennemis de la société. Cela avait été le cas des chrétiens dans l’Empire romain avant Constantin, ç’avait été le cas des cathares ou albigeois en France méridionale aux XIIe et XIIIe siècles, c’était depuis le XVIe siècle le cas des protestants en pays catholiques et des catholiques en pays protestants.

Telle était la règle. Les réalités obligèrent à lui apporter des amodiations. Ainsi en Allemagne, l’empereur Charles-Quint, conscient de l’impossibilité où il était de réduire les protestants à quia par la force en quinze ans de conflit, se résigna, bien plus réaliste qu’on ne l’a dit et en tout cas que son fils et successeur Philippe II, à conclure en 1555 la paix d’Augsbourg. Fut-ce une paix de tolérance, une paix de liberté religieuse ? en aucune façon ! nul n’en voulait. Elle organisa une  juxtaposition d’intolérances. En vertu du principe cujus regio ejus religio, tous les sujets d’un prince souverain, sans exception, étaient tenus d’embrasser la religion dudit prince.

Ce qui était  applicable en Allemagne, conglomérat de plusieurs centaines de principautés, ne l’était nullement en France, pays unitaire. D’où les guerres de religion, qui durèrent trente-six ans, et ruinèrent entièrement le pays. Quid alors de l’édit de Nantes, signé le 13 avril 1598 et promulgué ensuite non sans rencontrer de nombreuses résistances ? Est-ce un édit de tolérance, comme on l’a dit trop légèrement ? En aucun cas : c’est un édit de pacification entre belligérants dont aucun n’avait pu écraser l’autre, édit exigeant l’oubli de part et d’autre pour ramener la pays dans le royaume, et imposé par un roi qui fut peut-être le plus pragmatique de tous les souverains de France. Edit qui suscita la colère des excités des deux camps, dont beaucoup appelèrent à l’assassinat du roi (le régicide étant devenu licite chez les théologiens extrémistes des deux partis) ; et selon des recherches récentes, il ne serait pas à exclure que le meurtre en 1610 fût en relation avec ce bouillonnement de haines religieuses.

Quoiqu’il en soit, la tolérance n’avait aucune part dans l’édit de Nantes. Il organisait, a-t-on pu dire, la « coexistence de deux intolérances », et cela au sein d’un seul et unique royaume – grande différence avec l’Allemagne. Coexistence d’ailleurs inégale car les protestants (pourtant anciens coreligionnaires d’Henri IV) n’avaient toujours pas droit à un état-civil, n’étaient pas admissibles aux principaux emplois (il y eut des exceptions éclatantes, dont Sully) et si le culte était autorisé, c’était en des localités ou châteaux limitativement énumérés et à l’exclusion de Paris et les lieux de résidence de la cour.

Dans l’esprit du temps qui vient d’être décrit, c’était une situation bâtarde et provisoire qui ne devait durer que jusqu’à la conversion finale de tous les protestants. La France était le seul pays d’Europe, hormis le cas particulier de l’Allemagne, qui admît le dualisme religieux, et cette situation était perçue par tous comme une anomalie anti-naturelle. C’est pourquoi lorsqu’en 1685 Louis XIV abrogea l’édit de son grand-père, ce fut un applaudissement général dans toutes les classes de la société – à l’exception évidemment des intéressés. Ce qui apparaît à nos yeux comme une faute politique majeure du règne était au contraire salué comme un retour à la règle et à la norme : point de disparité dans un corps social où le religieux et le politique étaient indissociables bien que distincts, point de corps étranger.

On mesure mal aujourd’hui la distance abyssale qui sépare de cette conception multiséculaire de la société, celle qui prévalut et prévaut toujours depuis la révolution de 1789. Il n’est que de lire l’intitulé de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le voilà l’individu,  l’homme libéré de tous ses conditionnements : l’homme en soi, l’homme sans qualités,  un être de raison, un être irréel. Ce vieux réactionnaire que fut Taine s’en moquait en disant  que cet homme de la Déclaration était comme né orphelin et mort célibataire…   « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » Pétition de principe ! Les deux qualités sont antinomiques, comme l’a fait remarquer Soljenitsine, et le jeu de contrariété voire d’antagonisme entre liberté et égalité a scandé et continue de scander toute l’histoire politique et sociale de la France.

Mais enfin, la tolérance est-elle proclamée ? Nullement. Des droits positifs sont affirmés, dont la liberté d’opinion et la liberté d’expression, mais dans les limites prescrites par la loi, expression de la volonté populaire. Quel besoin de la tolérance, puisqu’il n’y pas lieu qu’elle s’exerce !  Et en effet elle ne s’exerça pas, puisque les prêtres et évêques dits réfractaires ou non jureurs, ceux qui refusèrent de prêter serment à la constitution civile du clergé du 12 juillet 1790 furent traqués, pourchassés, emprisonnés, déportés, mis à mort…Leur refus de jurer portait atteinte à l’unité de la société : même cas de figure que pour les premiers chrétiens dans l’empire romain. Eh oui, la France révolutionnaire obéissait, en dépit des déclarations de principe, aux règles naturelles de défense d’un organisme agressé et qui s’en défend par l’intolérance. Ensuite vinrent tous les éléments réputés étrangers à l’organisme révolutionnaires : le roi, la reine, les aristocrates, les agioteurs, les contre-révolutionnaires, et tous les « ennemis du peuple », jusques et y compris Robespierre lui-même. Bref, la révolution française porta, au nom du peuple, l’intolérance à son comble, et son exemple fut un peu plus d'un siècle plus tard imité et amplifié.

Au total, la tolérance n’eut jamais le dessus sous aucun régime ; et pourquoi ? parce qu’elle n’est pas naturelle. C’est à tout prendre un pis-aller en attendant mieux… ou pire.

Or il y a bien mieux à offrir, et ce sont les enseignements du Christ qui l’offrent, ce mieux (il faut bien que je prêche pour mon clocher !) Et c’est l’amour fraternel. Etant bien entendu que l’amour fraternel ne doit pas se limiter à la famille, à la fratrie ; non plus qu’à cette famille élargie qu’est la fraternité maçonnique ; mais il doit englober tous les hommes, qui sont tous frères parce que tous fils du même Dieu, même s’ils ne le savent pas et même s’ils ne le croient pas. Et comme parmi les frères on compte aussi des frères ennemis, le Christ ajoute à cela l’amour des ennemis.

L’amour des ennemis, par exemple l’amour des islamistes… diable ! (et je ne prononce pas ce nom à la légère)… mais c’est terriblement difficile, presque impossible. C’est justement pour cela que c’est une vertu ; car une vertu facile, c’est un leurre. C’est la plus héroïque et la plus parfaite des vertus, car c’est elle qui peut, quand à grand ahan on la pratique,  construire, édifier un homme parfait. Et qu’est-ce qu’un homme parfait ? c’est un homme déifié, conformément au dessein éternel de Dieu. Un  homme devenu participant de la nature divine, comme dit l’apôtre Pierre dans sa première épître, un homme devenu par grâce ce que Dieu est par nature.  L’amour des ennemis est un instrument efficace entre tous de la déification. C’est un instrument  redoutable car plus qu’aucun autre il met à mort l’égo. L’amour des ennemis est un amour divin, c’est celui qu’a manifesté le Christ cloué sur la croix ; et c’est cet amour qui déifie car il rend semblable au Christ comme le fut Etienne lors de sa lapidation.

L’apôtre Paul, pédagogue plus qu’aucun, dit en substance ceci (je transpose) : le Seigneur vous a donné ce commandement, auquel il faut se conformer, mais qui est presque hors d’atteinte. Et moi je vous conseille d’aller progressivement : pour commencer, supportez-vous les uns les autres … la voilà la tolérance ! 


La charité

 Mais il ajoute un mot, un simple mot qui change tout : « dans l’amour », en latin in charitate,     en grec en agapè (Ephésiens 4, 2). La tolérance, pour devenir une vertu, doit changer de  nature, elle doit être remplie et pour ainsi dire transfigurée par l’amour.

 L’amour, ou la charité (c’est le même mot) est le moteur universel. C’est un brasier ardent.   Mais, comme tout foyer, il  besoin d’être alimenté. Et par quoi ? par la foi et l’espérance. On trouve là la trilogie paulinienne des vertus dites théologales parce qu’elles viennent de Dieu et mènent à Dieu.

Cessons donc d’invoquer cette misérable tolérance, louons et proclamons l’amour fraternel !

…Néanmoins, j’espère que vous aurez toléré mon bavardage !...


30 octobre 2012


P.S. La tolérance peut même parfois être le masque de pensées parfaitement intolérables. Voltaire était orfèvre en la matière, témoin cette lettre à lui adressée par Mme du Deffand (14 mars 1764) :
" Je répète sans cesse ce que vous m'avez dit dans une de vos lettres, qu'il faut mépriser les hommes et qu'il faut les tolérer. Ils sont contents de la tolérance et ne s'aperçoivent point du mépris."
in Xavier Martin, Voltaire méconnu. Aspects cachés de l'humanisme des lumières (1750-1800). Ed. Dominique Martin Morin.