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jeudi 9 janvier 2014

La philosophie, source d'hérésies

La Philosophie, source d’hérésies


            Ce fut surtout dans les sectes séparées de l’unité de l’Eglise qu’eurent lieu les plus grands désordres : les hérésies furent au christianisme de que les systèmes philosophiques furent au paganisme, avec cette différence que les systèmes philosophiques étaient  les vérités du culte païen, et les hérésies les erreurs de la religion chrétienne.

            Les hérésies sortaient presque toutes des écoles de la sagesse humaine. Les philosophies des Hébreux, des Perses, des Indiens, des Egyptiens, des Grecs, s’étaient concentrées dans l’Asie sous la domination romaine : de ce foyer allumé par l’étincelle évangélique, jaillit une multitude d’hérésies aussi diverses que les hérésiarques étaient dissemblables. On pourrait dresser un catalogue des systèmes philosophiques, et placer à côté de chaque système l’hérésie qui lui correspond.

            Tertullien l’avait reconnu : « La philosophie, dit-il, qui entreprend témérairement de sonder la nature de la Divinité et de ses décrets, a inspiré toutes les hérésies. De la viennent les Eons et je ne sais quelles formes bizarres, et la trinité humaine de Valentin, qui avait été platonicien ; de là le Dieu bon et indolent de Marcion, sorti des stoïciens ; les épicuriens enseignent que l’âme est mortelle. Toutes les écoles de philosophie s’accordent à nier la résurrection des morts. La doctrine qui confond la matière avec Dieu est la doctrine de Zénon. Parte-t-on d’un Dieu de feu, on suit Héraclite. Les philosophes et les hérétiques traitent les mêmes sujets, s’embarrassent dans les mêmes questions : “D’où vient le mal, et pourquoi est-il ? D’où vient l’homme, et comment ?” Et ce que Valentin a proposé depuis peu : ”Quel est le principe de Dieu ?” A l’entendre, c’est la pensée et un avorton. 

            Saint Augustin comptait de son temps quatre-vingt-huit hérésies, en commençant aux simoniens et finissant aux pélagiens, et il avoue qu’il ne les connaissait pas toutes. 

[…]

            Les hérésies du premier siècle furent de trois sortes : les premières appartenaient à des fourbes qui prétendaient être le véritable Messie, ou tout au moins une intelligence divine ayant la vertu des miracles ; les secondes sortirent de ces esprits creux qui recouraient au système des émanations pour expliquer les prodiges des apôtres ; les troisièmes furent les imaginations de certains rêveurs qui voyaient en Jésus-Christ un génie sous la forme d’un homme, ou un homme dirigé par un génie : ils disaient encore que Jésus-Christ avait enseigné deux doctrines, l’une publique, l’autre secrète ; ils mutilaient les livres du Nouveau Testament, composaient de faux évangiles et fabriquaient des lettres des apôtres.

[…]

            L’Eglise faisait tête à toutes ces hérésies ; sa lutte perpétuelle donne la raison de ces conciles, de ces synodes, de ces assemblées de tous noms et de toutes sortes que l’on remarque dès la naissance du christianisme. C’est une chose prodigieuse que l’infatigable activité de la communauté chrétienne : occupée à se défendre contre les édits des empereurs et contre les supplices, elle était encore obligée de combattre ses enfants et ses ennemis domestiques. Il y allait, il est vrai, de l’existence même de la foi : si les hérésies n’avaient été continuellement retranchées du sein de l’Eglise par des canons, dénoncées et stigmatisées dans les écrits, les peuples n’auraient plus su de quelle religion iles étaient. Au milieu des sectes se propageant sans obstacles, se ramifiant à l’infini, le principe chrétien se fût épuisé dans ses dérivations nombreuses, comme un fleuve se perd dans la multitude de ses canaux.

Chateaubriand,  Etudes historiques, Etude cinquième, seconde partie in Œuvres complètes, tome premier, A Paris, chez Firmin Didot frères, 1840 (pp. 191-192 & pp. 195-196)



dimanche 18 août 2013

17/08/2013
Lettre ouverte au Pape François, par Hélios d'Alexandrie

Cette lettre ouverte est dure, presque virulente... Mais nous mettons-nous à la place des chrétiens d'Egypte qui, avec ceux du Proche-Orient, constituent les plus anciennes communautés chrétiennes au monde ? Ils font l'objet d'un pogrom généralisé dans l’indifférence complice des gouvernements occidentaux, y compris celui des Etats-Unis d'Amérique qui invoque Dieu à tout bout de champ !

Et si l'Eglise catholique romaine s'y met aussi !

C'est très évangélique d'aimer nos ennemis, comme notre Seigneur nous l'a ordonné. Mais a-t-il sous-entendu qu'il fallait leur livrer ou leur abandonner nos propres frères ?

Heureusement les Eglises orthodoxes ne l'entendent pas ainsi. Mais leur voix est inaudible en Occident. Seules portent la voix, et surtout l'action, de Vladimir Poussine. Quelques soient ses motifs profonds, il fait ce qu'il faut faire. Dieu le protège !


Hélios est un chrétien d'Egypte, probablement pas catholique romain ; mais le père Boulad l'est, qui dit la même chose.

Et si on les écoutait ? 
Votre Sainteté,

Décidément vous avez décidé de plaire, non pas à St-Pierre dont vous êtes le successeur, ni à Jésus-Christ qui à trois reprises lui a dit : « pais mes brebis » mais au « monde », celui dont Jésus a parlé quand il a dit :
        « Dans le monde vous aurez à souffrir, mais gardez courage! J’ai vaincu le monde.»

Il est loin le temps où l’Esprit Saint qui habitait les chrétiens transformait le « monde ». À présent c’est le « monde » qui transforme les chrétiens du plus humble jusqu’au plus élevé, c’est à dire jusqu’à vous. L’Église n’est certes pas populaire, l’Église a mauvaise presse, on peut même dire qu’elle est copieusement dénigrée, non sans raisons, mais lesquelles? Certainement pas parce qu’elle reflète de moins en moins le Christ et qu’elle a pratiquement cessé d’offrir l’Évangile à ceux qui ont faim et soif de vérité. Si ce n’était que pour cela elle se mériterait plutôt les éloges et les félicitations de ceux dont vous souhaitez l’approbation. Non, les censeurs contemporains et les ingénieurs sociaux, n’ont que faire du message évangélique qui les fait fuir, comme la lumière fait fuir les chauves-souris; le fiel qu’ils déversent à profusion sur l’Église n’a qu’un seul but, l’inciter à se transformer en miroir, pour refléter le « monde » qu’ils s’évertuent à remodeler.
Grâce à vous l’Église est en train de vivre une métamorphose, elle cessera d’être conservatrice, elle se conformera aux normes du « monde », et entrera sagement dans le moule, celui d’une « avant-garde » conformiste et stérile, qui se fait une obsession de suivre le courant dominant.
Bien dans l’esprit du temps, l’Église à travers vos déclarations officielles, ne dit pas toute la vérité, seulement celle qui est correct ou politiquement rentable de dire. Vos propos larmoyants sur la « mondialisation de l’indifférence » à la plage de Lampedusa le 8 juillet dernier, font bon marché des souffrances des habitants de cette petite île, jadis paisible, qui sert de porte d’entrée à des centaines de milliers de jeunes musulmans, dont un grand nombre se destine au djihad au cœur même de l’Europe. Quelle était votre intention quand vous avez parlé de « mondialisation de l’indifférence?» Souhaitez-vous que l’Italie, et tant qu’à y être l’Europe entière, affrètent paquebots et traversiers pour recueillir ces clandestins sur les bords même de l’Afrique? Avez-vous la conviction que les européens tardent à se suicider et qu’ils feraient mieux de se dépêcher? À qui cherchez-vous à plaire par vos propos, si ce n’est à ceux qui plaident haut et fort pour une politique de porte grande ouverte à l'immigration, et qui  pratiquent le terrorisme intellectuel contre ceux qui s’inquiètent pour l’avenir de l’Europe?
Il y a à peine quelques jours vous avez déploré les centaines de victimes des affrontements entre les frères musulmans et les forces de l’ordre en Égypte, ce faisant vous avez fait écho à la désinformation des médias en occident, pour qui les assassins sont les victimes et ceux qui protègent leur pays, les bourreaux. Pourtant, grâce à l’information de première main que vous recevez régulièrement, vous étiez au courant des horreurs perpétrées par les frères musulmans contre les chrétiens et les églises en Égypte. Vous avez observé de votre palais pontifical, l’escalade continue de la violence programmée et minutieusement exécutée contre tout ce qui est chrétien. Le 14 août, en quelques heures plus de soixante églises, monastères et couvents ont été incendiées et plus de cent civils chrétiens égorgés ou lynchés par les frères musulmans dans des attaques coordonnées, sans compter les centaines de maisons et de commerces détruits, les viols, les rapts d’enfants et de jeunes filles. Vous l’avez appris assez tôt mais vous avez choisi de ne rien dire.
La pyromanie anti-églises est sans aucun doute halal et conforme au coran et à la sunna de Mahomet, pour qui, contrairement à votre prédécesseur, vous exprimez le plus profond respect. Désireux de rebâtir les ponts avec les milliers d’imams qui intoxiquent de leurs propos haineux l’esprit des jeunes en Europe, vous vous êtes soigneusement abstenu de dénoncer le martyr systématique des chrétiens, non seulement en Égypte mais partout dans les pays à majorité islamique, particulièrement en Irak et en Syrie. Vous avez même demandé publiquement aux chrétiens catholiques de s’autocensurer en s’interdisant de dire la vérité sur l’islam et sur le double discours des islamistes.
Nul doute que vos prises de position ont comblé d’aise les élites « intellectuelles », politiques et médiatiques, à preuve ils vous couvrent d’éloges et ne se privent pas de claironner partout que le « changement »  longtemps souhaité est en voie de se produire au sein de l’Église.
Pensant aux martyrs des chrétiens par les musulmans, je me fais un devoir de vous rappeler ces paroles que Jésus a prononcées la veille de sa crucifixion :
        « …L’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu. Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi. Mais je  vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit. »
Et plus loin il a prononcé ces paroles :
       « Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage! J’ai vaincu le monde. »
Saviez-vous que les coptes d’Égypte se répètent constamment ces passages de l’Évangile selon Saint-Jean pour se donner du courage et de la patience?
Pensant aux islamistes à l’égard de qui vous faites preuve de tant d’empressement, je ne peux me priver de vous rappeler ce passage de l’Évangile selon St-Mathieu :
        « Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans sont des loups rapaces. C’est à leurs fruits que vous les  reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur des épines? Ou des figues sur des chardons?... Tout arbre qui ne donne pas un bon fruit on le coupe et on  le jette au feu. »
Les fruits empoisonnés des islamistes on peut les cueillir partout, en Égypte, en Syrie, en Palestine, en Irak, au Nigéria, au Pakistan, en Thaïlande, en Indonésie aux Philippines et de plus en plus en Europe et en Amérique. Peut-être est-il temps que vous commenciez à vous en méfier!
Pensant à votre désir de plaire aux bien-pensants et à ceux qui se font un point d’honneur de mépriser le Christ et le christianisme je vous rappelle cet autre passage de l’Évangile selon St-Mathieu :
        « Le disciple n’est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son patron. Du moment qu’ils ont traité de Belzébul (Satan) le maître de  maison(le christ), que ne diront-ils pas de sa maisonnée! »
Et plus loin il a ajouté ceci :
        « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est dans les cieux; mais celui qui  m’aura renié devant les hommes, à mon tour je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux. »
Vous êtes le premier témoin du Christ, vous êtes également le successeur de Pierre à qui Jésus après sa résurrection a dit par trois fois : « Pais mes brebis! » Auparavant Jésus en parlant de lui-même avait dit :
        «Je suis le bon pasteur; le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. Le mercenaire, qui n’est pas le pasteur et à qui n’appartiennent pas les brebis, voit-il venir le loup, il laisse les brebis et s’enfuit, et le loup s’en empare et les disperse. »
La question que je permets de vous poser est celle-là : « Que ferez-vous face au loup quand il se présentera? »
Et j’aimerais ajouter ceci : « ne trouvez-vous pas que les paroles que Jésus-Christ a prononcées il y a presque deux mille ans sont étonnement d’actualité, qu’elles s’appliquent à vous et aux évènements dramatiques qui se déroulent dans le monde? »
Il me reste à espérer que cette lettre vous parviendra et que vous aurez la patience de la lire. Si vous trouvez mes paroles trop dures ou trop injustes, dites-vous que les chrétiens qu’on terrorise, qu’on torture et qu’on tue en Égypte en Syrie et ailleurs, subissent bien plus de dureté et d’injustice.

Votre frère dans le Christ,


Hélios d’Alexandrie
Rédigé le 17/08/2013 dans Chronique d'Hélios d'Alexandrie | Lien permanent

repris de www.postedeveille.ca



mardi 2 octobre 2012

L'Eglise du Saint-Esprit





Un ouvrage fondamental enfin réédité.


Résumé
Le théologien russe présente sa vision d'une ecclésiologie eucharistique et sa conviction concernant le caractère charismatique de la vie ecclésiale, les dons de l'Esprit étant donnés non pour eux-mêmes mais en vue d'un ministère pour constituer le Corps du Christ.
Quatrième de couverture
C'est au cours de la sombre année 1940-1941 que Nicolas Afanassieff commence L'Église du Saint-Esprit, « cet hymne à la gloire de l'Église qui seule peut unir par l'Amour au milieu d'une humanité déchirée par la haine ». Ce livre, il l'a porté jusqu'à sa mort en 1966, sans pour autant parvenir à lui donner sa forme définitive. C'est sa femme, assistée d'un de ses plus fidèles disciples, qui en acheva la publication. L'ouvrage est le fruit non seulement d'une longue réflexion, mais aussi d'une vie de prière, de méditation et de service de l'Église. « On pense généralement, confiait-il à sa femme, que j'écris grâce à mon esprit logique et abstrait et grâce à mon érudition. Certes, ce sont là des choses utiles. Mais je commence à écrire par le sang et les larmes de mon coeur. »

On retrouve dans ce livre tous les thèmes que le grand théologien russe a développés, tant dans son enseignement à l'Institut Saint-Serge que dans ses articles : sa vision d'une « ecclésiologie eucharistique », qu'il avait d'ailleurs esquissée dans une contribution très remarquée à l'ouvrage collectif La Primauté de Pierre dans l'Église orthodoxe (1960) ; son sens de la primauté de l'Amour ; enfin, et surtout, sa conviction touchant le caractère charismatique de la vie ecclésiale. Pour lui, l'Église commence dans l'Esprit. Elle vit par Lui et en Lui. Les dons de l'Esprit ne sont pas accordés pour eux-mêmes mais en vue d'un ministère dans l'Église, pour constituer le Corps du Christ. Il n'est, en effet, pas un principe d'anarchie, mais d'organisation pour l'Église.

La traduction de cette somme ecclésiologique, préfacée par Olivier Rousseau o.p., l'un des pionniers du mouvement oecuménique, répond à l'un des voeux bien souvent formulés par le père Congar : que la voix de l'orthodoxie se fasse davantage entendre dans la recherche théologique contemporaine. Il n'est donc pas surprenant que la large vision charismatique de l'Église qui nous est ici présentée se trouve en profonde résonance avec les mouvements de renouveau spirituel qui se font jour actuellement dans les Églises chrétiennes.

30,40 € à La Procure

lundi 30 juillet 2012

Saint Irénée (19) : Epilogue


EPILOGUE

Inconsistance des systèmes hérétiques

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 15, paragraphe 1,
chapitre 16, paragraphe 2, chapitre 19, paragraphe 1,  chapitre 20, paragraphe 2
& chapitre 36, paragraphe 3.

15, 1 [ …]Ainsi donc, le Créateur vivifie dès ici-bas nos corps mortels, comme il est loisible de le voir ; il leur promet, de surcroît, la résurrection et la sortie hors des sépulcres et des tombeaux, et il leur accordera l'incorruptibilité — car, est-il dit, «leurs jours seront comme l'arbre de vie» (Isaïe 65, 22)— : dès lors la preuve est faite que le seul Dieu c'est lui, qui fait ces choses, et que lui-même est le bon Père qui, par pure bonté, accorde la vie aux êtres qui ne la possèdent pas par eux-mêmes.
[…]

16, 2 La vérité de tout cela apparut lorsque le Verbe de Dieu se fit homme, se rendant semblable à l'homme et rendant l'homme semblable à lui, pour que, par la ressemblance avec le Fils, l'homme devienne précieux aux yeux du Père. Dans les temps antérieurs, en effet, on disait bien que l'homme avait été fait à l'image de Dieu, mais cela n'apparaissait pas, car le Verbe était encore invisible, lui à l'image de qui l'homme avait été fait : c'est d'ailleurs pour ce motif que la ressemblance s'était facilement perdue. Mais, lorsque le Verbe de Dieu se fit chair, il confirma l'une et l'autre : il fit apparaître l'image dans toute sa vérité, en devenant lui-même cela même qu'était son image, et il rétablit la ressemblance de façon stable, en rendant l'homme pleinement semblable au Père invisible par le moyen du Verbe dorénavant visible.
[…]

19, 1 Si donc le Seigneur est venu d'une manière manifeste dans son propre domaine ; s'il a été porté par sa propre création, qu'il porte lui-même ; s'il a récapitulé, par son obéissance sur le bois, la désobéissance qui avait été perpétrée par le bois ; si cette séduction dont avait été misérablement victime Eve, vierge en pouvoir de mari, a été dissipée par la bonne nouvelle de vérité magnifiquement annoncée par l'ange à Marie, elle aussi vierge en pouvoir de mari — car, de même que celle-là avait été séduite par le discours d'un ange, de manière à se soustraire à Dieu en transgressant sa parole, de même celle-ci fut instruite de la bonne nouvelle par le discours d'un ange, de manière à porter Dieu en obéissant à sa parole ; et, de même que celle-là avait été séduite de manière à désobéir à Dieu, de même celle-ci se laissa persuader d'obéir à Dieu, afin que, de la vierge Eve, la Vierge Marie devînt l'avocate; et, de même que le genre humain avait été assujetti à la mort par une vierge, il en fut libéré par une Vierge, la désobéissance d'une vierge ayant été contrebalancée par l'obéissance d'une Vierge — ; si donc, encore une fois, le péché du premier homme a reçu guérison par la rectitude de conduite du Premier-né, si la prudence du serpent a été vaincue par la simplicité de la colombe et si par là ont été brisés ces liens qui nous assujettissaient à la mort : ils sont stupides, tous les hérétiques, et ignorants de l'«économie» de Dieu, et bien peu au fait de son œuvre relative à l'homme — aveugles qu'ils sont à l'égard de la vérité —, lorsqu'ils contredisent eux-mêmes leur propre salut, les uns en introduisant un autre Père en dehors du Créateur, les autres en prétendant que le monde et la matière qui le constitue ont été faits par des Anges […]. D'autres méprisent la venue visible du Seigneur, n'admettant pas son incarnation. D'autres encore, méconnaissant l'« économie » de la Vierge, le disent né de Joseph. Certains disent que ni leur âme ni leur corps ne peuvent recevoir la vie éternelle, mais seulement leur « homme intérieur », et ils prétendent identifier celui-ci avec leur intellect, qu'ils jugent seul capable de s'élever jusqu'à la perfection. D'autres admettent que l'âme soit sauvée, mais nient que le corps puisse avoir part au salut venant de Dieu. Tout cela, nous l'avons dit dans notre premier livre, où nous avons fait connaître leurs doctrines à tous, et nous avons ensuite montré l'inconsistance de celles-ci dans notre second livre.
[…]

20, 1 Ceux donc qui délaissent le message de l'Église font grief aux presbytres de leur simplicité, ne voyant pas combien un homme simple, mais religieux, l'emporte sur un sophiste blasphémateur et impudent. Tels sont bien en effet tous les hérétiques : s'imaginant trouver quelque chose de supérieur à la vérité en suivant les doctrines que nous venons de dire, ils s'avancent par des chemins bigarrés, multiformes et incertains, ayant au sujet des mêmes choses tantôt une opinion et tantôt une autre ; ils sont comme des aveugles que guideraient des aveugles et ils tombent à juste titre dans la fosse d'ignorance ouverte sous leurs pas (Matthieu 15, 14), voués qu'ils sont à toujours chercher et à ne jamais trouver la vérité (2 Timothée 3, 7). Il faut donc fuir leurs opinions et nous mettre soigneusement en garde contre elles, afin de ne pas subir de dommage par leur fait ; en revanche, il faut nous réfugier auprès de l'Église, nous allaiter de son sein et nous nourrir des Ecritures du Seigneur. Car l'Église a été plantée comme un paradis dans le monde. « Tu mangeras donc du fruit de tous les arbres du paradis » (Genèse 2, 16) dit l'Esprit de Dieu. Ce qui veut dire : Mange de toute Ecriture du Seigneur, mais ne goûte pas à l'orgueil et n'aie nul contact avec la dissension des hérétiques. Car eux-mêmes avouent posséder la connaissance du bien et du mal (Genèse 2, 17), et ils lancent leurs pensées au-dessus du Dieu qui les a créés. Ils élèvent ainsi leurs pensées au delà de la mesure permise. C'est pourquoi l'Apôtre dit : « N'ayez pas des pensées plus élevées qu'il ne convient, mais que vos pensées soient empreintes de modération » (Romains 12, 30), de peur que, goûtant à leur gnose orgueilleuse, nous ne soyons expulsés du paradis de la vie. Car c'est en celui-ci que le Seigneur introduit ceux qui obéissent à sa prédication, « ayant récapitulé en lui-même toutes choses, celles qui sont aux cieux et celles qui sont sur la terre». (Ephésiens 1, 10) Or celles qui sont aux cieux sont spirituelles, tandis que celles qui sont sur la terre sont cet ouvrage qu'est l'homme. Ce sont donc ces choses mêmes qu'il a récapitulées en lui, unissant l'homme à l'Esprit et faisant habiter l'Esprit dans l'homme, devenant lui-même la tête de l'Esprit et donnant l'Esprit pour qu'il soit la tête de l'homme : car c'est par cet Esprit que nous voyons, entendons et parlons.

CONCLUSION

36, 3 Ainsi donc, de façon précise, Jean a vu par avance la première résurrection (Apocalypse 20, 5-6), qui est celle des justes, et l'héritage de la terre qui doit se réaliser dans le royaume ; de leur côté, en plein accord avec Jean, les prophètes avaient déjà prophétisé sur cette résurrection. C'est exactement cela que le Seigneur a enseigné lui aussi, quand il a promis de boire le mélange nouveau de la coupe avec ses disciples dans le royaume (Matthieu 26, 29) , et encore lorsqu'il a dit : « Des jours viennent où les morts qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l'homme, et ils ressusciteront, ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, et ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de jugement » ( Jean 5, 25, 28-29) : il dit par là que ceux qui auront fait le bien ressusciteront les premiers pour aller vers le repos, et qu'ensuite ressusciteront ceux qui doivent être jugés. C'est ce qu'on trouve déjà dans le livre de la Genèse, d'après lequel la consommation de ce siècle aura lieu le sixième jour, c'est-à-dire la six millième année ; puis ce sera le septième jour, jour du repos, au sujet duquel David dit : « C'est là mon repos, les justes y entreront » (psaume 131, 14 ; 117, 20) : ce septième jour est le septième millénaire, celui du royaume des justes, dans lequel ils s'exerceront à l'incorruptibilité, après qu'aura été renouvelée la création pour ceux qui auront été gardés dans ce but. C'est ce que confesse l'apôtre Paul, lorsqu'il dit que la création sera libérée de l'esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu. (Romains 8, 19-21)

Et en tout cela et à travers tout cela apparaît un seul et même Dieu Père : c'est lui qui a modelé l'homme et promis aux pères l'héritage de la terre ; c'est lui qui le donnera lors de la résurrection des justes et réalisera ses promesses dans le royaume de son Fils ; c'est lui enfin qui accordera, selon sa paternité, ces biens que l'œil n'a pas vus, que l'oreille n'a pas entendus et qui ne sont pas montés au cœur de l'homme  (1 Corinthiens  2, 9). Il n'y a en effet qu'un seul Fils, qui a accompli la volonté du Père, et qu'un seul genre humain, en lequel s'accomplissent les mystères de Dieu. Ces mystères, «les anges aspirent à les contempler»(1 Pierre 1, 12) mais ils ne peuvent scruter la Sagesse de Dieu, par l'action de laquelle l'ouvrage par lui modelé est rendu conforme et concorporel au Fils (Romains 8, 29 et Ephésiens 3, 6) : car Dieu a voulu que sa Progéniture, le Verbe premier-né, descende vers la créature, c'est-à-dire vers l'ouvrage modelé, et soit saisie par elle, et que la créature à son tour saisisse le Verbe et monte vers lui, dépassant ainsi les anges et devenant à l'image et à la ressemblance de Dieu.

FINIS UNIVERSI OPERIS

dimanche 12 février 2012

Dieu n'est pas un procureur mais un médecin


Les saintes Écritures, les oeuvres des Pères de l'Église antique, et les textes liturgiques de l'Église, tous attestent que l'Église antique n'enseignait pas que l'Incarnation du Christ était destinée à être une propiation de la justice divine, c'est-à-dire à l'apaiser. Au contraire, le Christ est venu comme un médecin, avec l'intention d'apporter la guérison à l'humanité déchue. L'Incarnation du Christ a amené toute la nature humaine à sa divine Nature, pour une guérison. Sa médecine spirituelle apporte la guérison, enlève la souillure du péché qui avait introduit la mort dans le cosmos, et rend tout à la plénitude.

Cette condescendance de Dieu, assumant notre chair humaine, et nous adjoignant sa divinité, ne saurait se voir en termes légalistes, mais doit être comprise d'un point de vue médical. Nous sommes malades. Notre péché n'est pas une question de loi, mais de maladie. Dans notre état déchu, nous avons quitté la communion avec Dieu, et la mort du Christ sur la croix n'a pas été accomplie parce que le Père aurait exigé du sang, mais parce qu'Il désire nous guérir, et restaurer la vie pour ses créatures qui avions hérité la mort de notre ancêtre déchu, Adam. Le fait que le Christ aie assumé notre nature humaine a rendu le traitement curatif possible.

Le Seigneur Jésus a fondé son Église pour être l'hôpital de l'âme, et c'est entre ses murs que nous recevons le remède qui nous mène à la guérison dont nous avons besoin. Dieu ne désire pas la souffrance, ni même notre sang, mais uniquement que nous soyons restaurés à l'image qu'Il avait voulue pour nous. Ce Père aimant n'est pas un procureur, mais notre médecin.

hiéromoine Tryphon
Monastère du Sauveur Tout-Miséricordieux, Eglise Orthodoxe Russe Hors Frontières




dimanche 5 février 2012

Une déception...

Christ, Seigneur et Fils de Dieu, Libre réponse à l’ouvrage de Frédéric Lenoir, Paris, Lethielleux, 2010, par le P. Bernard Sesboüé, s. j.

Cet ouvrage de Frédéric Lenoir, directeur du « Monde des religions », est intitulé Comment Jésus est devenu Dieu (Paris, Fayard, 2010) et son titre, délibérément provocant, résume bien la double thèse de l’auteur : les apôtres et disciples directs de Jésus-Christ n’ont nullement cru qu’il était Dieu lui-même, ce sont les conciles aux ordres des empereurs, à commencer par celui de Nicée présidé par Constantin en personne, qui l’ont divinisé a posteriori. Le livre, bien documenté et intelligemment présenté, est fait pour emporter rationnellement la conviction ; et de fait, aux yeux de la raison, l’incarnation de Dieu (et pas seulement d’un dieu) est une impossibilité, un non-sens : l’objection n’est pas très nouvelle, Celse, au IIe siècle, raisonnait déjà de la sorte. Tandis qu’une divinisation a posteriori ne serait pas plus choquante, car n’entraînant pas davantage de conséquences, que l’apothéose décernée après leur mort aux empereurs romains.

On voit bien à quel point cette thèse est perfide, au sens précis du terme, c’est-à-dire ennemie de la foi. Car, si elle vraie, toute l’économie du salut s’effondre, et en particulier la réparation de la chute et la déification des hommes n’ont plus de réalité.
 
D’où l’intérêt que présentait a priori pour moi, comme pour tout autre chrétien, la réfutation, ou plutôt la « réponse » du P. Sesboüé, jésuite, théologien catholique réputé et auteur de très nombreux ouvrages. Hélas, je ne puis dissimuler ma déception…
 
Certes, le P. Sesboüé contredit la thèse de Frédéric Lenoir, en prouvant, textes en main, que les apôtres dès après la résurrection ont cru à la divinité personnelle de Jésus, et que les empereurs ne sont pas directement intervenus dans la formulation des définitions dogmatiques des conciles, mais bien plutôt dans leur acceptation, pour mettre fin aux désordres et aux affrontements que les hérésies provoquaient dans la société. Tout cela, à la lecture de son ouvrage, est acquis. Mais…car il y a un « mais ».
 
D’abord, il est bien dommage que le P. Sesboüé entonne à son tour la vieille antienne de Constantin devenu arien et baptisé sur son lit de mort par un évêque arien, Eusèbe de Nicomédie. Le professeur Pierre Maraval a fait justice de cette légende en particulier dans sa belle biographie Constantin le Grand, empereur romain, empereur chrétien (306-337), (Paris, Tallandier, coll. "Biographies", 2011) : il y montre que l’empereur était mû avant tout, non par des convictions dogmatiques ( il n’était pas un « empereur théologien », au contraire de Justinien au VIe siècle ) mais par la nécessité de maintenir l’ordre dans l’Empire ; et il rappelle ce qu’il avait précédemment montré, à savoir qu’Eusèbe de Nicomédie, certes lié à Arius, avait fini par souscrire aux articles de Nicée : il était bien trop opportuniste pour avoir des convictions ancrées…
 
Cette inexactitude est cependant secondaire. Ce qui me contrarie vraiment, ce sont les concessions excessives à mon gré que le P. Sesboüé juge bon de faire à celui qu’il appelle son « partenaire ». Par exemple, il considère que la foi des disciples en la divinité du Christ leur est venue après sa résurrection et que certains passages des évangiles ont été remaniés en ce sens. Aucun théologien orthodoxe ne saurait admettre pareille assertion qu’aucun Père de l’Eglise non plus n’aurait admise. Ainsi, l’admirable confession de foi de Simon-Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matthieu 16, 16) serait, écrit le P. Sesboüé, « sans doute…une rétroprojection de la titulature de l’Eglise primitive sur la personne de Jésus d’avant Pâques » (p. 37).
 
Comment ne pas voir que c’est donner à l’adversaire (que, moi, je qualifie tel) un argument presque imparable : ainsi cette confession de foi qui est, dirai-je en paraphrasant saint Paul, la colonne et la base de la vérité, serait un ajout a posteriori ! C’est la thèse même de Lenoir, seule diffère l’époque de l’ajout !
 
Tous les théologiens orthodoxes, à la suite des Pères, considèrent cette proclamation comme le fondement même de l’Eglise du Christ, ce que les propres paroles de Jésus confirment : « Tu es bienheureux, Simon, fils de Jonas, parce que ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. » L’orthodoxie unanime professe que cette confession de foi révélée par le Père céleste et prononcée par Simon-Pierre est la pierre de fondation de l’Eglise, et nullement la personne de l’apôtre, lequel n’a donc aucune préséance sur les autres. Mais quoi qu’il en soit de cette importante question, si la profession de foi de Pierre a été actualisée après coup, quid de la proclamation solennelle (« et moi, je te dis… ») du Christ ? Est-elle aussi arrangée, trafiquée ? Alors la base de l’Eglise s’effondre, et l’Eglise elle-même aussi. Elle n’est plus qu’un édifice humain, « trop humain ». Et, pour paraphraser encore l’apôtre Paul, « vaine est notre foi, vaine notre prédication, et nous sommes des menteurs devant la face de Dieu ».

Faire des concessions au cours d’une disputatio peut être un moyen dialectique utile, mais pas au détriment de la thèse que l’on défend. C’est malheureusement le cas ici.
 
C’est pourquoi je dois renvoyer quittes les deux contradicteurs, et cela me cause un vif déplaisir.





mardi 9 août 2011

L'Eglise selon le P. Boulgakov

Une vision sophianique de l’Eglise selon le père Serge Boulgakov



« Selon l’expression du Pasteur d’Hermas, Dieu a créé le monde pour l’Eglise. Cela revient à dire qu’elle est à la fois le fondement et le but du monde, sa cause finale et son entéléchie. Par l’Incarnation et par la Pentecôte, le monde l’homme est destiné dès sa création à être déifié. Qu’elle soit virtuelle ou actuelle, cette déification est la réalisation suprême du monde et elle est effectuée par l’Eglise. Celle-ci est comme une échelle qui joint le ciel à la terre et qui communique la vie divine à la création. Il s’ensuit que, pour autant qu’elle est fondée en Dieu, l’Eglise est la Sagesse divine. De même par sa vie terrestre et historique, elle est la Sagesse créée. En bref les deux aspects de la Sophie s’y combinent et s’y trouvent entièrement unis, sans séparation et sans confusion. La Sagesse divine transparaît dans la Sagesse de créature. »

Serge Boulgakov La Sagesse de Dieu, Paris, L’Age d’Homme, 1983, pp.87-88.