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dimanche 19 mai 2013


La Descente du Saint-Esprit



  
Nous célébrons aujourd’hui la descente du Saint-Esprit sur les apôtres et les disciples, et, à travers eux, sur tous ceux qui écoutent leur parole inspirée (Actes 2, 1-14) :
 « Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d'eux. Et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. Or, il y avait en séjour à Jérusalem des Juifs, hommes pieux, de toutes les nations qui sont sous le ciel. Au bruit qui eut lieu, la multitude accourut, et elle fut confondue parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. Ils étaient tous dans l'étonnement et la surprise, et ils se disaient les uns aux autres: Voici, ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens? Et comment les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, dans notre langue maternelle? Parthes, Mèdes, Élamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont, l'Asie, la Phrygie, la Pamphylie, l'Égypte, le territoire de la Libye voisine de Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, comment les entendons-nous parler dans nos langues des merveilles de Dieu? Ils étaient tous dans l'étonnement, et, ne sachant que penser, ils se disaient les uns aux autres: Que veut dire ceci? Mais d'autres se moquaient, et disaient: Ils sont pleins de vin doux. Alors Pierre, se présentant avec les onze, éleva la voix, et leur parla en ces termes: Hommes Juifs, et vous tous qui séjournez à Jérusalem, sachez ceci, et prêtez l'oreille à mes paroles! [etc.] ».
Il s’agit donc d’une communication personnelle puisque les propos des apôtres, en l’occurrence Pierre, sont comprises par chacun en sa langue maternelle, soit qu’il soit donné aux apôtres de s’exprimer en des multiples langues, soit qu’il soit donné aux auditeurs de les comprendre en leurs langues. C’est une communication du Saint-Esprit, troisième Personne de la Divine Trinité, à chacune des personnes présentes.
Ce phénomène remarquable avait été préfiguré dans l’Ancien Testament au cours de la vie de Moïse (Nombres 11, 16-17 & 24-29) :
«  L'Éternel dit à Moïse: Assemble auprès de moi soixante-dix hommes des anciens d'Israël, de ceux que tu connais comme anciens du peuple et ayant autorité sur lui; amène-les à la tente d'assignation, et qu'ils s'y présentent avec toi. Je descendrai, et là je te parlerai; je prendrai de l'Esprit qui est sur toi, et je le mettrai sur eux, afin qu'ils portent avec toi la charge du peuple, et que tu ne la portes pas à toi seul. […]
Moïse sortit, et rapporta au peuple les paroles de l'Éternel. Il assembla soixante-dix hommes des anciens du peuple, et les plaça autour de la tente. L'Éternel descendit dans la nuée, et parla à Moïse; il prit de l'Esprit qui était sur lui, et le mit sur les soixante-dix anciens. Et dès que l'Esprit reposa sur eux, ils prophétisèrent; mais ils ne continuèrent pas. Il y eut deux hommes, l'un appelé Eldad, et l'autre Médad, qui étaient restés dans le camp, et sur lesquels l'Esprit reposa; car ils étaient parmi les inscrits, quoiqu'ils ne fussent point allés à la tente; et ils prophétisèrent dans le camp. Un jeune garçon courut l'annoncer à Moïse, et dit: Eldad et Médad prophétisent dans le camp. Et Josué, fils de Nun, serviteur de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole et dit: Moïse, mon seigneur, empêche-les! Moïse lui répondit: Es-tu jaloux pour moi? Puisse tout le peuple de l'Éternel être composé de prophètes; et veuille l'Éternel mettre son Esprit sur eux! »
Cette préfiguration présente une similitude complète avec la Pentecôte : communication de l’Esprit de Dieu par l’intermédiaire de Moïse comme plus tard par l’intermédiaire des apôtres.
D’autre part, on sait que les prophètes, inspirés par le même Saint-Esprit, ont annoncé tous les épisodes des débuts du christianisme par l’action du Christ et du même Saint-Esprit. Ainsi Seigneur, parlant par le prophète Ezéchiel, annonce (Ezéchiel 36, 26-27) :
« Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un Esprit nouveau; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon Esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois. »
Qu’est-ce que l’Esprit de Dieu qui  nous est communiqué par l’Eglise au cours du service pentecostal : l’Esprit de vérité et l’Esprit de charité, les deux indissociables car, nous enseigne l’apôtre Paul : « la charité se réjouit de la vérité » (1 Corinthiens 13, 6). Or qu’est-ce que marcher dans la vérité et marcher dans la charité ? Saint Jean le Théologien nous le dévoile  (1 Jean 2, 8-11):
« Toutefois, c'est un commandement nouveau que je vous écris, qui est vrai en lui [Jésus-Christ] et en vous, car les ténèbres se dissipent et la lumière véritable paraît déjà. Celui qui dit qu'il est dans la lumière, et qui hait son frère, est encore dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et aucune occasion de chute n'est en lui. Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres, il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux. »
En bref, il n’y a pas d’autre règle de conduite que l’amour fraternel – et tous les hommes sont nos frères.
Ouvrez-vous à l’Esprit, et il vous donnera ce cœur de chair, débordant d’amour et pour Dieu et pour tous les hommes.

En la fête de la Pentecôte
19 mai 2013






lundi 31 décembre 2012

A l'intention des injustes et des séducteurs : paroles d'actualité...


8  Mes petits enfants, c’est ici la dernière heure; et comme vous avez entendu dire que l’Antechrist doit venir, il y a dès maintenant plusieurs antechrists: ce qui nous fait connaître que nous sommes dans la dernière heure.
19  Ils sont sortis d’avec nous, mais ils n’étaient pas d’avec nous: car s’ils eussent été d’avec nous, ils seraient demeurés avec nous; mais ils en sont sortis, afin qu’ils fussent reconnus, parce que tous ne sont pas d’avec nous.
20  Quant à vous, vous avec reçu l’onction du Saint, et vous connaissez toutes choses.
21  Je ne vous ai pas écrit comme à des personnes qui ne connussent pas la vérité, mais comme à ceux qui la connaissent, et qui savent que nul mensonge ne vient de la vérité.
….
26  Voilà ce que j’ai cru devoir vous écrire touchant ceux qui vous séduisent.
27  Mais pour vous autres, l’onction que vous avez reçue du Fils de Dieu demeure en vous, et vous n’avez pas besoin que personne vous enseigne; mais comme cette même onction vous enseigne toutes choses, et qu’elle est la vérité exempte de tout mensonge, vous n’avez qu’à demeurer dans ce qu’elle vous enseigne.
28  Maintenant donc, mes petits enfants, demeurez dans cette onction, afin que lorsque le Fils de Dieu paraîtra dans son avènement, nous ayons de la confiance devant lui, et que nous ne soyons pas confondus par sa présence.
29  Si vous savez que Dieu est juste, sachez que tout homme qui vit selon la justice, est né de lui.

(Bible dite de Sacy ou de Port-Royal, édition de 1759)

1ères Vêpres de la Saint Sylvestre

samedi 10 novembre 2012

Contre les faux docteurs, conteurs de fables


Quelle époque l'apôtre fustige-t-il ? La sienne ? ou bien la nôtre ? 



2e épître de l’apôtre Paul à Timothée

Chapitre 2

23. Τὰς δὲ μωρὰς καὶ ἀπαιδεύτους ζητήσεις παραιτοῦ, εἰδὼς ὅτι γεννῶσιν μάχας.
Repousse les discussions folles et inutiles, sachant qu'elles font naître des querelles.

24 Δοῦλον δὲ κυρίου οὐ δεῖ μάχεσθαι, ἀλλ’ἤπιον εἶναι πρὸς πάντας, διδακτικόν, ἀνεξίκακον,
Or, il ne faut pas qu'un serviteur du Seigneur ait des querelles ; il doit, au contraire, avoir de la condescendance pour tous, être propre à enseigner, doué de patience ;

25 ἐν πρᾳότητι  παιδεύοντα τοὺς ἀντιδιατιθεμένους: μήποτε δῷ αὐτοῖς ὁ θεὸς μετάνοιαν εἰς ἐπίγνωσιν ἀληθείας,
il doit redresser avec douceur les adversaires, dans l'espérance que Dieu leur donnera la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité,

26 καὶ ἀνανήψωσιν ἐκ τῆς τοῦ διαβόλου παγίδος, ἐζωγρημένοι ὑπ’ αὐτοῦ εἰς τὸ ἐκείνου θέλημα.
et que, revenus à leur bon sens, ils se dégageront des pièges du diable, qui s'est emparé d'eux pour les soumettre à sa volonté.

Chapitre 3

1 Τοῦτο δὲ γίνωσκε, ὅτι ἐν ἐσχάταις ἡμέραις ἐνστήσονται καιροὶ χαλεποί.
Sache que, dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles.

2 Ἔσονται γὰρ οἱ ἄνθρωποι φίλαυτοι, φιλάργυροι, ἀλαζόνες, ὑπερήφανοι, βλάσφημοι, γονεῦσιν ἀπειθεῖς, ἀχάριστοι, ἀνόσιοι,
Car les hommes seront égoïstes, amis de l'argent, fanfarons, hautains, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, irréligieux,

3 ἄστοργοι, ἄσπονδοι, διάβολοι, ἀκρατεῖς, ἀνήμεροι, ἀφιλάγαθοι,
insensibles, déloyaux, calomniateurs, intempérants, cruels, ennemis des gens de bien,

4 προδόται, προπετεῖς, τετυφωμένοι, φιλήδονοι μᾶλλον ἢ φιλόθεοι,
traîtres, emportés, enflés d'orgueil, aimant le plaisir plus que Dieu,

5 ἔχοντες μόρφωσιν εὐσεβείας, τὴν δὲ δύναμιν αὐτῆς ἠρνημένοι: καὶ τούτους ἀποτρέπου.
ayant l'apparence de la piété, mais reniant ce qui en fait la force. Éloigne-toi de ces hommes-là.
6 Ἐκ τούτων γάρ εἰσιν οἱ ἐνδύνοντες εἰς τὰς οἰκίας, καὶ αἰχμαλωτεύοντες γυναικάρια σεσωρευμένα ἁμαρτίαις, ἀγόμενα ἐπιθυμίαις ποικίλαις,
Il en est parmi eux qui s'introduisent dans les maisons, et qui captivent des femmes d'un esprit faible et borné, chargées de péchés, agitées par des passions de toute espèce,

7 πάντοτε μανθάνοντα, καὶ μηδέποτε εἰς ἐπίγνωσιν ἀληθείας ἐλθεῖν δυνάμενα.
apprenant toujours et ne pouvant jamais arriver à la connaissance de la vérité.

8Ὃν τρόπον δὲ Ἰαννῆς καὶ Ἰαμβρῆς ἀντέστησαν Μωϋσῇ, οὕτως καὶ οὗτοι ἀνθίστανται τῇ ἀληθείᾳ, ἄνθρωποι κατεφθαρμένοι τὸν νοῦν, ἀδόκιμοι περὶ τὴν πίστιν.
De même que Jannès et Jambrès s'opposèrent à Moïse, de même ces hommes s'opposent à la vérité, étant corrompus d'entendement, réprouvés en ce qui concerne la foi.

9 Ἀλλ’ οὐ προκόψουσιν ἐπὶ πλεῖον: ἡ γὰρ ἄνοια αὐτῶν ἔκδηλος ἔσται πᾶσιν, ὡς καὶ ἡ ἐκείνων ἐγένετο.
Mais ils ne feront pas de plus grands progrès ; car leur folie sera manifeste pour tous, comme le fut celle de ces deux hommes.

***

16 Πᾶσα γραφὴ θεόπνευστος καὶ ὠφέλιμος πρὸς διδασκαλίαν, πρὸς ἔλεγχον, πρὸς ἐπανόρθωσιν, πρὸς παιδείαν τὴν ἐν δικαιοσύνῃ:
Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice,

17 ἵνα ἄρτιος ᾖ ὁ τοῦ θεοῦ ἄνθρωπος, πρὸς πᾶν ἔργον ἀγαθὸν ἐξηρτισμένος.
afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre.

Chapitre 4

1 Διαμαρτύρομαι οὖν ἐγὼ ἐνώπιον τοῦ θεοῦ, καὶ τοῦ κυρίου Ἰησοῦ χριστοῦ, τοῦ μέλλοντος κρίνειν ζῶντας καὶ νεκρούς, κατὰ τὴν ἐπιφάνειαν αὐτοῦ καὶ τὴν βασιλείαν αὐτοῦ,
Je t'en conjure devant Dieu et devant le Seigneur Jésus Christ, qui doit juger les vivants et les morts, et au nom de son apparition et de son royaume,

2 κήρυξον τὸν λόγον, ἐπίστηθι εὐκαίρως, ἀκαίρως, ἔλεγξον, ἐπιτίμησον, παρακάλεσον, ἐν πάσῃ μακροθυμίᾳ καὶ διδαχῇ.
prêche la parole, insiste en toute occasion, favorable ou non, reprends, censure, exhorte, avec toute douceur et en instruisant.

3 Ἔσται γὰρ καιρὸς ὅτε τῆς ὑγιαινούσης διδασκαλίας οὐκ ἀνέξονται, ἀλλὰ κατὰ τὰς ἐπιθυμίας τὰς ἰδίας ἑαυτοῖς ἐπισωρεύσουσιν διδασκάλους, κνηθόμενοι τὴν ἀκοήν:
Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine ; mais, ayant la démangeaison d'entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs,

4 καὶ ἀπὸ μὲν τῆς ἀληθείας τὴν ἀκοὴν ἀποστρέψουσιν, ἐπὶ δὲ τοὺς μύθους ἐκτραπήσονται.
détourneront l'oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables.

5 Σὺ δὲ νῆφε ἐν πᾶσιν, κακοπάθησον, ἔργον ποίησον εὐαγγελιστοῦ, τὴν διακονίαν σου πληροφόρησον.
Mais toi, sois sobre en toutes choses, supporte les souffrances, fais l'œuvre d'un évangéliste, remplis bien ton ministère.

dimanche 17 juin 2012

La franc-maçonnerie, à quoi bon ?


Un ami, maçon blanchi sous le harnois, m’a transmis l’allocution suivante qui fut prononcée il y a environ dix ans par un grand orateur provincial. Le message qu’elle contient m’a paru être encore maintenant porteur de vérités bonnes à entendre.

Il y a un peu plus de deux siècles, notre célèbre frère Joseph de Maistre s'interrogeait ainsi : « Quelle est l'origine de ces mystères qui ne couvrent rien, de ces types qui ne représentent rien ? Quoi ! des hommes de tous les pays s'assemblent (peut-être depuis des siècles) pour se ranger par deux lignes, jurer de ne jamais révéler un secret qui n'existe pas, porter la main droite à l'épaule gauche,la ramener vers la droite, et se mettre à table ? Ne peut-on extravaguer, manger et boire avec excès, sans parler d'Hiram, du Temple de Salomon et de l'étoile flamboyante, etc, etc. » 

Questions dérangeantes, questions décapantes ? Questions inévitables ! Mes frères., je plains ceux d'entre nous qui ne se les sont jamais posées ! Je plains ceux qui ne se sont jamais demandé : la franc-maçonnerie, à quoi bon ?

Oserai-je aller plus loin, mes frères ? Oui, je l'oserai. Quel est le jeune maître maçon, ou même le jeune maçon tout court, capable d'un peu d'observation, qui n'ait été fréquemment témoin de spectacles de nature à doucher son enthousiasme de néophyte ? Qui n'ait découvert que la fraternité peut prendre, et pas seulement aux agapes, les traits d'une camaraderie bruyamment et grassement joviale, pas si différente, somme toute, de celle des copains de lycée ou de régiment. Qu'en tenue même, cette recherche de la vérité que nous nous vantons de mener en commun peut fort bien consister dans l'affirmation péremptoire de MA propre vérité et le refus dédaigneux de celle d'autrui, lequel réplique de même ; d'où d'aigres disputes où l'amour fraternel est passablement malmené. Que la règle hautement proclamée de l'égalité n'exclut nullement le souci vaniteux de se pousser en avant au détriment des voisins dans cette course aux honneurs et cette foire aux vanités que dépeint si bien le nom de « cordonnite » Que le principe d'autorité inhérent à un Ordre hiérarchique peut caricaturalement dégénérer en autoritarisme arbitraire, en passion effrénée du pouvoir et de la domination. Que la charité et la bienfaisance donnent usuellement matière à de beaux discours et à d'éloquents panégyriques mais beaucoup plus rarement à des actes concrets et quotidiens, à commencer par les plus humbles : l'attention vigilante portée à notre prochain immédiat -c’est-à-dire les frères de notre propre loge…

Il lui arrive même, à ce jeune frère dont je parle - et je doute que beaucoup échappent à ce sort - de faire l'expérience la plus douloureuse, la plus cruelle qui soit : celle de la trahison fraternelle, celle des « faux frères »...

Des mille et une scènes du théâtre maçonnique qu'il découvre alors, souvent à ses dépens, j'en passe et des meilleures ; Jean Tourniac en fit jadis, dans une planche sarcastique, un portrait à la Daumier ou à la Hogarth, pour ne citer que deux dessinateurs qui « croquèrent » les francs-maçons dans leurs ridicules.

Oui, mes frères, quelle comédie humaine pour la plume d'un Balzac portant tablier ! Quel tableau des travers de l'homme, de ses défauts, voire de ses vices, nous tous tant que nous sommes, présentons-nous à nous-mêmes - car nous en sommes à la fois spectateurs et acteurs.

Et alors mon jeune frère, désappointé, déçu, scandalisé même, de s'écrier avec dépit : la franc-maçonnerie, à quoi bon ? A quoi bon, oui, dépenser tant de temps, tant de peine, tant d'argent - pour cela ?

Mes frères, pourquoi vous le cacherai-je ? Ce jeune frère désillusionné que je vous dépeins, ce fut moi, jadis. Et le maçon que je suis se retournant vers ce maçon que je fus - et que peut-être sont aussi certains parmi ceux qui m'écoutent aujourd'hui - lui tiendra le langage qu'un ancien me tint alors, ancien que son expérience maçonnique avait enrichi d'une sagesse et d'une sérénité acquises malgré les épreuves ou plutôt à cause d'elles. Ce langage était à peu près le suivant :

Mon frère, tout ce que tu dis est vrai, c'est un constat d'évidence, et pourtant tu n'es pas dans le vrai. Tu n'es ni juste ni équitable.

D'abord, ton constat est incomplet, donc partial. Obnubilé par tes fâcheuses découvertes, tu oublies un peu vite tous ces frères si nombreux, remarquables mais qui ne se font pas remarquer, parce qu'ils estiment n'accomplir que leur devoir et qui, par conséquent, ne se mettent pas en avant et se trouvent tout gênés lorsqu'on leur adresse des compliments ; tous ces Frères, dis-je, qui prodiguent au service de l'Ordre et de leurs frères un dévouement infatigable, une charité sans bornes, une science inépuisable, une sagesse lumineuse ; qui se trouvent toujours là au moment opportun pour aider leurs frères, les instruire, les stimuler, les réconforter, les consoler au besoin - les écouter et leur parler avec un tact et une discrétion exemplaires. Autant de frères, d'hommes remarquables, je répète, que, sans la franc-maçonnerie, tu n'aurais jamais eu l'occasion, la chance, de rencontrer de ta vie.

A quoi bon, la franc-maçonnerie ? Eh bien, pour commencer, à être, comme l'écrivit le pasteur James Anderson à l'article 1er des Constitutions qui portent son nom : « Le Centre de l'Union et le moyen de nouer une amitié vraie parmi des personnes qui auraient dû pour toujours rester distantes les unes des autres ». Cela, mon frère, est une expérience que tu as probablement faite déjà et que, dans la négative, tu feras forcément.

Dans ton désir légitime de remise en question, tu es passé, mon frère, d'un extrême à l'autre, de l'illusion de l'optimisme à l'illusion du pessimisme. La lucidité, cette qualité maçonnique par excellence, dont la franc-maçonnerie nous enseigne la nécessité et la pratique, consiste à voir les hommes tels qu'ils sont : ni tout bons, ni tout mauvais. Et quand je dis les hommes, je parle d'autrui, mais aussi de chacun de nous. Nous partageons avec tous les hommes, nos frères, une commune nature : ces travers, ces défauts, ces vices qui nous frappent chez les autres se trouvent aussi, à des degrés variables, en nous-mêmes ; et il en va de même pour les qualités et les vertus.

C'est là une des grandes leçon de la franc-maçonnerie. Celle-ci nous apprend à nous connaître nous-mêmes ; et se connaître soi-même et connaître les autres, c'est tout un. Un des moments les plus saisissants de la cérémonie de réception au grade de compagnon, au rite écossais rectifié, est celui où le candidat se trouve mis face à lui-même et où on lui enjoint : « Voyez-vous donc tel que vous êtes ». Et, dans la cérémonie d'installation selon la pratique du rite Emulation, il est un conseil dont on ne soulignera jamais assez la pertinence et, si on le suit à la lettre, l'efficacité : c'est ce passage de l'exhortation aux surveillants où on leur recommande « d'imiter avec soin ce que vous rencontrerez de louable chez les autres et de corriger en vous ce qui vous paraîtra défectueux chez autrui » Cela, mon frère, c'est une perle de grand prix.

Mais j'irai plus loin. La franc-maçonnerie nous enseigne l'utilité des épreuves, c'est-à-dire que d'un mal, non seulement il peut, mais il doit sortir un bien. Et cela, elle nous l'enseigne, non en paroles, mais effectivement et concrètement par ses rites. J'en veux un seul exemple - sur lequel on comprendra qu'en la circonstance présente je sois moins explicite qu'en m'adressant à ce jeune frère dont j'ai fait mon interlocuteur : sans cette trahison de faux frères qui te fait gémir, ton accession à la maîtrise n'eût pas été possible. Ce qui vient de t'arriver, c'est de vivre existentiellement ce que tu avais vécu rituellement. Cela, c'est quelque chose que tous ceux d'entre nous qui sont chrétiens savent bien : la rédemption par le Christ exige au préalable la trahison de Judas.

Enfin, il faut, mon frère, que tu comprennes bien une chose. Les maçons ne sont pas meilleurs que les autres hommes ; mais ils ne sont pas pires. L'initié n'est pas, n'est jamais un homme supérieur. En quoi se différencie-t-il des autres hommes, que nous appelons profanes ? En ce qu'il possède - condition préalable sine qua non d'un bon recrutement - un vrai désir et une ferme détermination de se perfectionner et de s'améliorer soi-même, et qu'il passe aux actes avec lucidité et courage.

La franc-maçonnerie n'est pas une société parfaite ni une société de parfaits, c'est une école de perfectionnement. De ce perfectionnement, elle fournit les outils et elle en enseigne le mode d'emploi ; à chacun de nous, ensuite, de les mettre en œuvre, ce qui exige de la peine et du temps, de la patience, de la persévérance, du discernement, et beaucoup de constance. Si les difficultés et les obstacles découragent cet ouvrier de soi-même au lieu de le stimuler, c'est que sa vocation n'est pas bien ferme.

Je terminerai par un dernier et important avis. La franc-maçonnerie n'est pas faite pour fabriquer des surhommes. Les héros, les saints, ce n'est pas son affaire. Son affaire, c'est de réaliser des hommes authentiques, ou plutôt que nous nous réalisions nous-mêmes hommes authentiques. De là la pratique, non pas morale, mais instrumentale, des vertus ; car, comme je l'avais rappelé en une précédente circonstance, les vertus, étymologiquement, sont ce qui font qu'un homme est un homme. Pratiquer les vertus, c'est construire mon humanité. C'est retrancher ce qui, en moi, est contraire à l'humanité vraie, est in-humain ; et c'est aussi combler en moi les manques qui font que mon humanité n'est pas accomplie. Tout cela peut se résumer en un seul mot : le don de soi. Par le don de soi sont renversées les murailles de l'égoïsme, qui en renfermant l'homme sur lui-même le condamnent à la stérilité et à l'échec : il devient soit un surhomme, soit un sous-homme, c'est-à-dire dans tous les cas un homme inauthentique et inaccompli.

Ce don de soi qui est dépassement de l'ego prend, pour nous. maçons, deux formes. L'amour fraternel, qui a pour principe la charité et pour résultat la bienfaisance, aux applications innombrables. Et l'amour de la vérité, l'amour de Dieu, illustré par le fait que, toujours et partout, le maçon travaille à la Gloire du G.A.D.L.U. qui est Dieu. Telles sont les deux dimensions de la condition humaine à la restauration de laquelle, nous, maçons, œuvrons et que je rappelais l'an passé : la Fraternité et la Vérité.

Telles sont les considérations que je ne cesse de tenir, sans me lasser, à tous les frères en qui si souvent je retrouve le jeune maçon troublé que je fus, et que j'ai cru bon de vous adresser à votre tour, pour la dernière fois que je prends la parole à cette place.

Alors, la franc-maçonnerie, à quoi bon ? Comme la langue d'Esope, elle peut être la meilleure ou la pire des choses. Il dépend de nous, mes frères, de nous exclusivement, mais totalement, qu’elle soit pour le summum bonum. le souverain bien : devenir, en plénitude, des hommes.