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jeudi 19 décembre 2013

Les Sept Grandes Antiennes, ou les Sept O

Durant la semaine précédant Noël, l'Eglise chante la venue du Messie à partir de textes prophétiques des Saintes Ecritures.

Voici ces célébrations, jour après jour :




Les Sept Grandes Antiennes

(17-23 décembre)


ANNONCE LITURGIQUE (17 décembre)

              Bien-aimés frères, l'Eglise ouvre la série septénaire des noms divins, qui précède la vigile de Noël. Tous les jours, à vêpres, c'est-à-dire maintenant, elle lance par une antienne solennelle un cri vers le Messie. Aujourd'hui, l'Eglise fait entendre son premier appel au Fils de Dieu et Fils de l'homme : O SAGESSE.

LECTURE
(Sagesse 7, 15 à 8-1)

Que Dieu m'accorde de parler comme je voudrais,
et d'avoir des pensées dignes des dons que j'ai reçu, parce que c'est lui-même qui guide la Sagesse
et redresse les sages.
Car nous sommes dans sa main, nous et nos discours, toute notre intelligence et notre habileté ;
c'est lui qui m'a donné la vraie science de toutes choses,
qui m'a fait connaître l'ordonnance du monde et les vertus la le commencement, la fin et le milieu des temps,
la succession des solstices et les mutations des saisons, les cycles de l'année et les positions des astres.
la nature des animaux et les instincts des bêtes.
les pouvoirs des esprits et les pensées des hommes,
les variétés des plantes et les propriétés des racines.
Tout ce qui est caché et tout ce qui est apparent, je le connais :
car c'est la Sagesse, créatrice de toutes choses, qui me l'a enseigné.
Il y a en elle, en effet, un esprit intelligent, saint, unique, multiple, subtil,
mobile, pénétrant, pur,
clair, inoffensif, porté au bien, aigu,
libre, bienfaisant, bienveillant, stable, sûr, exempt d'inquiétude
qui peut tout, qui veille à tout,
qui pénètre tous les esprits,
les intelligents, les purs, les plus subtils.
Plus agile que tout mouvement est la Sagesse.
elle traverse et pénètre tout, grâce à sa pureté.
Elle est un souffle de la puissance de Dieu,
un rayonnement limpide de la gloire du Tout-Puissant, aussi rien de souillé ne peut s'insinuer en elle.
Elle est Lui reflet de la lumière éternelle
un miroir sans tache de l'activité de Dieu
et une image de sa bonté.
Quoique unique, elle peut tout,
immuable en elle-même, elle renouvelle toutes choses.
Elle se répand de génération en génération  dans les âmes saintes
elle en fait des amis de Dieu et des prophètes.
Car Dieu n'aime que celui qui vit avec la Sagesse !
Elle est, en effet, plus belle que le soleil
et surpasse l'ensemble des astres.
Si on la compare à la lumière du jour, on la trouve supérieure,
car à celle-ci succède la nuit,
tandis que jamais, sur la Sagesse, le mal ne prévaut.
Elle porte sa vigueur d'une extrémité du monde à l’autre
et gouverne toutes choses avec bonheur.

GRANDE ANTIENNE DU PREMIER NOM DIVIN

          O Sagesse, Toi qui es sortie de la bouche du Très-Haut, qui atteins d'une extrémité du monde à l'autre, et qui disposes toutes choses avec force et douceur, viens et ne tarde pas, viens nous enseigner la voie de la prudence et l'amour de ta beauté.

***

ANNONCE LITURGIQUE (18 décembre)

              Bien-aimés frères, l'Eglise continue la série septénaire des noms divins, qui précède la vigile de Noël. Tous les jours, à vêpres, c'est-à-dire maintenant, elle lance par une antienne solennelle un cri vers le Messie. Aujourd'hui, l'Eglise fait entendre son deuxième appel au Fils de Dieu et Fils de l'homme : O ADONAÏ.

LECTURE
(Exode 3, 1-15)

              Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, prêtres de Madian ; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb.
L'ange du Seigneur lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d'un buisson. Moïse regarda ; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point. Moïse dit : Je veux me détourner pour voir quelle est cette grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume point.
Le Seigneur vit qu'il se détournait pour voir ; et Dieu l'appela du milieu du buisson, et dit : Moïse ! Moïse ! Et il répondit : Me voici ! Dieu dit : N'approche pas d'ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. Et Il ajouta : Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Moïse se cacha le visage, car il craignait de regarder Dieu.
Le Seigneur dit : J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Egypte, et J'ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car Je connais ses douleurs. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays où coulent le lait et le miel, dans les lieux qu'habitent les Cananéens, les Héthiens, les Amoréens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens.
Voici, les cris d'Israël sont venus jusqu'à Moi, et J'ai vu l'oppression que leur font souffrir les Egyptiens. Maintenant, va, Je t'enverrai auprès de Pharaon, et tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les enfants d'Israël.
Moïse dit à Dieu : Qui suis-je, pour aller vers Pharaon, et pour faire sortir d'Egypte les enfants d'Israël ?
Dieu dit : Je serai avec toi ; et ceci sera pour toi le signe que c'est Moi qui t'envoie : quand tu auras fait sortir d'Egypte le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne.
Moïse dit à Dieu : J'irai donc vers les enfants d'Israël, et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m'envoie vers vous.
Mais, s'ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ?
Dieu dit à Moïse : Je suis Celui qui suis. Et Il ajouta : C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël : Celui qui s'appelle « Je suis » m'a envoyé vers vous.
Dieu dit encore à Moïse : Tu parleras ainsi aux enfants d'Israël : Le Seigneur, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, m'envoie vers vous. Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon nom de génération en génération.

GRANDE ANTIENNE DU DEUXIEME NOM DIVIN

              O Adonaï, chef de la maison d’Israël, Toi qui apparu à Moïse dans la flamme du Buisson ardent et qui lui as donné la Loi sur le mont Sinaï, viens et ne tardes pas, viens nous racheter en étendant ton bras.

***

ANNONCE LITURGIQUE (19 décembre)

           Bien-aimés frères, l'Eglise continue la série septénaire des noms divins, qui précède la vigile de Noël. Tous les jours, à vêpres, c'est-à-dire maintenant, elle lance par une antienne solennelle un cri vers le Messie. Aujourd'hui, l'Eglise fait entendre son troisième appel au Fils de Dieu et Fils de l'homme : O REJETON DE JESSE.

LECTURE
(Isaïe 11, 1 à 9)

Ainsi parle le Seigneur :
Un rameau sortira du tronc de Jessé,
Et un rejeton naîtra de ses racines.
L'Esprit du Seigneur reposera sur Lui :
Esprit de sagesse et d'intelligence,
Esprit de conseil et de force,
Esprit de connaissance et de crainte du Seigneur.
Il respirera la crainte du Seigneur ;
Il ne jugera point sur l'apparence,
Il ne prononcera point sur un ouï-dire.
Mais Il jugera les pauvres avec équité,
Et Il prononcera avec droiture sur les malheureux de la terre ;
Il frappera la terre de sa parole comme d'une verge,
Et du souffle de ses lèvres Il fera mourir le méchant.
La justice sera la ceinture de ses flancs,
Et la fidélité la ceinture de ses reins.
Le loup habitera avec l'agneau,
Et la panthère se couchera avec le chevreau ;
Le veau, le lionceau, et le bétail qu'on engraisse, seront ensemble,
Et un petit enfant les conduira.
La vache et l'ourse auront un même pâturage,
Leurs petits un même gîte ;
Et le lion, comme le bœuf, mangera de la paille.
Le nourrisson s'ébattra sur l'antre de la vipère,
Et l'enfant sevré mettra sa main dans la caverne du basilic.
Il ne se fera ni tort ni dommage
Sur toute ma montagne sainte ;
Car la terre sera remplie de la connaissance du Seigneur
Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent.

grande antienne DU troiseme NOM DIviN

O  Rejeton de Jessé, étendard des peuples, devant lequel les rois garderont le silence, et que les nations invoqueront ; viens et ne tarde pas, viens nous libérer, ne tarde plus.
***

ANNONCE LITURGIQUE (20 décembre)

              Bien-aimés frères, l'Eglise continue la série septénaire des noms divins, qui précède la vigile de Noël. Tous les jours, à vêpres, c'est-à-dire maintenant, elle lance par une antienne solennelle un cri vers le Messie. Aujourd'hui, l'Eglise fait entendre son quatrième appel au Fils de Dieu et Fils de l'homme : O CLE DE DAVID.

LECTURE
(Isaïe 22, 20 à 23)

Ainsi parle le Seigneur :
En ce jour-là, J'appellerai mon serviteur Eliakim « celui que Dieu établit », fils de Hilkiya.
Je le revêtirai de ta tunique, Je le ceindrai de ta ceinture, Et Je remettrai ton pouvoir entre ses mains ;
Il sera un père pour les habitants de Jérusalem
Et pour la maison de Juda.
Je mettrai sur son épaule la clé de la maison de David : Quand il ouvrira, nul ne fermera ;
Quand il fermera, nul n'ouvrira.
Je l'enfoncerai comme un clou dans un lieu sûr,
Et il sera un siège de gloire pour la maison de son père.

grande antienne DU quatrieme NOM DIviN

O Clef de David et Sceptre de la maison d'Israël, qui ouvres sans que personne puisse fermer, et fermes sans que personne puisse ouvrir, viens et ne tarde pas, viens libérer le captif plongé dans les ténèbres et l'ombre de la mort.

***

ANNONCE LITURGIQUE (21 décembre)

              Bien-aimés frères, l'Eglise continue la série septénaire des noms divins, qui précède la vigile de Noël. Tous les jours, à vêpres, c'est-à-dire maintenant, elle lance par une antienne solennelle un cri vers le Messie. Aujourd'hui, l'Eglise fait entendre son cinquième appel au Fils de Dieu et Fils de l'homme : O ORIENT.

LECTURE
(Isaïe 60, 1 à 3)

Lève-toi, sois éclairée, car ta lumière arrive,
Et la gloire du Seigneur se lève sur toi.
Voici, les ténèbres couvrent la terre,
Et l'obscurité les peuples ;
Mais sur toi le Seigneur se lève,
Sur toi sa gloire apparaît.
               Des nations marchent à ta lumière
Et des rois à la clarté de tes rayons.

GRANDE ANTIENNE DU CINQUIEMENOM DIVIN

              O Orient, splendeur de la lumière éternelle et Soleil de justice, viens et ne tarde pas, viens éclairer ceux qui sont dans les ténèbres et l'ombre de la mort.

***

ANNONCE LITURGIQUE (22 décembre)

Bien-aimés frères, l'Eglise continue la série septénaire des noms divins, qui précède la vigile de Noël. Tous les jours, à vêpres, c'est-à-dire maintenant, elle lance par une antienne solennelle un cri vers le Messie. Aujourd'hui, l'Eglise fait entendre son sixième appel au Fils de Dieu et Fils de l'homme : O ROI DES NATIONS.

LECTURE
(Jérémie 10, 6-7)

Nul n'est semblable à toi, ô Seigneur !
Tu es grand, et ton nom est grand par ta puissance.
Qui ne Te craindrait, roi des nations ?
C'est à Toi que la crainte est due ;
Car, parmi tous les sages des nations et dans tous leurs royaumes,
Nul n'est semblable à Toi.

GRANDE ANTIENNE DU SIXIEME NOM DIVIN
              
              O Roi des nations, leur désiré, pierre angulaire réunissant les deux peuples, viens et ne tarde pas, viens sauver l'homme que Tu formas du limon.

***

ANNONCE LITURGIQUE (22 décembre)

              Bien-aimés frères, l'Eglise continue la série septénaire des noms divins, qui précède la vigile de Noël. Tous les jours, à vêpres, c'est-à-dire maintenant, elle lance par une antienne solennelle un cri vers le Messie. Aujourd'hui, l'Eglise fait entendre son septième appel au Fils de Dieu et Fils de l'homme : O EMMANUEL.

LECTURE
(Isaïe 8, 5 à 8)

Le Seigneur me parla encore, et me dit :
Parce que ce peuple a méprisé les eaux de Siloé qui coulent doucement
Et qu'il s'est réjoui au sujet de Retsin et du fils de Remalia,
Voici, le Seigneur va faire monter contre eux
Les puissantes et grandes eaux du fleuve
(Le roi d'Assyrie et toute sa gloire) ;
Il s'élèvera partout au-dessus de son lit,
Et il se répandra sur toutes ses rives ;
Il pénétrera dans Juda, il débordera et inondera,
Il atteindra jusqu'au cou.
Le déploiement de ses ailes
Remplira l'étendue de ton pays, ô Emmanuel !

grande antienne DU septieme NOM DIviN

O Emmanuel, notre Roi et notre Législateur, Attente des nations et leur Sauveur, viens et ne tarde pas, viens nous sauver, notre Seigneur et notre Dieu.



mardi 19 juin 2012

Quelques propos sur les anges









DIEU n’est pas seul !

N’est-il pas paradoxal de affirmer cela, alors que, nous, chrétiens, quand nous confessons notre foi dans Credo, le « Symbole de la foi », nous proclamons : « Je crois en un seul Dieu… » ? Oui : un seul Dieu, mais pas un Dieu seul !

Dieu n’est pas seul.

a) Il ne l’est pas en soi, il ne l’est pas personnellement : Il est Trinité de Personnes, Il est Tri-Unique.

b) En outre, Il est toujours accompagné et environné d’anges. Les anges sont la cour divine, la « céleste cour ». Ils sont « le plérôme du monde spirituel » (Jean Daniélou). Le pl»rwma, le plérôme, c’est ce qui est rempli à ras bord : c’est la plénitude sans faille, sans vide, du monde de l’esprit. L’esprit en effet est plein, et il n’y a pas place pour autre chose ; la matière au contraire est vide, elle est faite d’une succession de vides.

Une façon de décrire cette plénitude, ce plérôme, c’est la formule bien connue : « tout est plein d’anges ». On trouve dans les psaumes, les prophètes et, à leur suite, dans la liturgie chrétienne, cette autre formule, que nous reverrons : « Pleni sunt caeli et terra gloria tua ».


*
*    *


Les anges sont, disions-nous, la cour de Dieu.

Que sont les courtisans ?

Ils sont :             
-         adulateurs ;
-         soumis.

Que sont, a contrario, les anges ?
-         adorateurs ;
-         obéissants.
-          
Ou encore :
-         liturges ;
-         serviteurs.

A – Les anges sont serviteurs :
« Il fait des souffles ses anges, des flammes de feu ses serviteurs » (psaume 104).

1.     Ils sont humbles et obéissants.

Ils ne sont pas « musulmans », c’est-à-dire soumis. Ils sont humbles par « crainte de Dieu », laquelle est tout autre chose que la peur ou la terreur : c’est le sentiment contemplatif de l’immensité de la majesté divine, qui engendre, non la terreur, mais l’amour jubilant.

Ils sont donc obéissants par amour. Ils n’ont pas une mentalité d’esclaves, mais de fils. Dans la Septante, l’équivalence est fréquente entre « anges de Dieu » et « fils de Dieu » : cf. les psaumes et, par exemple, le début du Livre de Job.

2.     Ils sont lumineux et illuminants, à cause de leur humilité.

N’ayant pas en eux la moindre ombre d’égoïsme, ils s’effacent devant Celui qu’ils aiment. Raison pourquoi, dans l’iconographie, saint Jean Baptiste le Précurseur est souvent représenté sous forme d’ange, à cause de sa caractéristique spirituelle : il s’efface (« il faut qu’Il croisse et que je diminue »).

D’où vient qu’ils sont translucides : transparents à la Lumière divine. Plus encore, ils sont photophores : ils portent et rayonnent la Lumière divine.


3.     Ils sont puissants parce que remplis de la Puissance divine
-  qu’ils portent,
-  qu’ils exécutent,
-  qu’ils communiquent.

4.     Ils sont remplis de la Sainteté, qui est la caractéristique propre de Dieu  (« Un seul est Saint »).

5.     Ces trois :
- Lumière,
- Puissance,
- Sainteté,
sont une même réalité, désignée par un nom : Gloire (כבד KaBoD).

Les anges sont donc porteurs de la Gloire divine :
-         « ils sont le rayonnement de la Gloire divine » (Daniélou) ;
-         « ils sont la gloire créée de la Gloire incréée » (Boulgakov).
Autrement dit : Ils sont le rayonnement créé de cette Gloire incréée :

Or la Gloire est la Présence divine dans sa manifestation tangible, concrète, expérimentable. Les anges sont donc porteurs, vecteurs, véhicules des énergies divines incréées, ces énergies qui sont puissances, ou vertus au sens premier (les vertus n’ayant pris un sens moral que par dévitalisation et affadissement).

6.         Les anges sont par là porteurs des caractéristiques divines,
même s’ils ne les possèdent pas en propre.

C’est pourquoi ils sont à bon droit appelés divins, car ils sont déiformes et ils se communiquent l’un à l’autre et aux hommes la déiformité (St Denys l’Aréopagite), c’est-à-dire la déification.

C’est aussi la double raison pour laquelle le Logos est « l’Ange du Grand Conseil » :
a) les anges portent la figure de Dieu,
b) et le Verbe-Logos a une figure d’ange.

7.     Enfin ils sont à la fois totalement stables et totalement dynamiques.
L’échelle de Jacob, constitué par les hiérarchies célestes, du ciel à la terre et de la terre au ciel, est une « échelle mobile ».


Elle l’est :
- en elle-même : elle est les anges qui montent et descendent, tout en restant chacun à sa place dans son ordre ;
- dans son usage, que nous verrons.

B - Les anges sont également serviteurs dans un sens plus particulier :
ils sont liturges ; ils accomplissent un service ministériel : la liturgie.

En tant que serviteurs de la liturgie, ils sont diacres. Di£konoi veut dire « serviteurs » ; raison pourquoi l’iconographie traditionnelle revêt les anges d’ornements diaconaux.

Ils sont les co-célébrants de la liturgie divine sous ses divers aspects :
a)    la liturgie céleste, dans le monde spirituel créé,
liturgie qui ne s’interrompt jamais ;

b)    la liturgie cosmique, dans le monde matériel créé,
liturgie qui ne s’interrompt jamais non plus, car les éléments du monde : animaux, végétaux, minéraux même, louent incessamment leur Créateur ;
c)     la liturgie ecclésiale, dans cette société divino-humaine, incréée-créée, qu’est l’Eglise,
liturgie qui, à cause de notre faiblesse, s’interrompt parfois.

Ainsi, les anges :
-         concélèbrent avec les hommes la liturgie ecclésiale ;
-         concélèbrent avec les hommes (là où il y en a) et aussi avec les animaux, végétaux, minéraux… la liturgie cosmique ;
-         ont admis des hommes à concélébrer leur propre liturgie céleste, depuis qu’il y a des hommes aux cieux (et même lorsqu’ils sont encore physiquement sur cette terre !), et ces hommes, ce sont les saints ;
-         concélèbrent aussi avec chaque homme (c’est un des rôles de son ange gardien, « ange bon compagnon »)sa propre liturgie intérieure.

La liturgie céleste, nous en connaissons quelques éléments, mais essentiels, par les prophètes Ezéchiel et Isaïe (cf. St Denys l’Aréopagite, Hiérarchies Célestes  202 A-B [1]). C’est une liturgie de louange, centrée sur la Gloire dont il été question plus haut, savoir la Présence réelle de Dieu :

Ezéchiel (III, 2) : « Bénie soit la Gloire du Seigneur au lieu de son séjour ».
Isaïe (VI,3) : « Saint, Saint, Saint, le Seigneur (Dieu) Sabaoth (= des Armées angéliques), sa Gloire remplit toute la terre » - c’est le Trisagion (« trois fois Saint ») de la liturgie céleste et ecclésiale.

Les psaumes y font très directement écho, qui disent :
« Caeli enarrant Gloriam Dei » (psaume 19 : « les cieux racontent la Gloire de Dieu ») ; « Béni soit à jamais son Nom glorieux, que toute la terre soit remplie de sa Gloire » (ps. 72) ; « Elève-toi au-dessus des cieux, ô Dieu, que ta Gloire brille sur toute la terre » (ps. 57) ; « sa Gloire est au-dessus des cieux » (ps. 113), etc.

La liturgie ecclésiale combine le tout :
« Saint, Saint, Saint (ou : Agios, Sanctus, Saint) le Seigneur Dieu Sabaoth, les cieux et la terre sont remplis de sa Gloire » - («  Sanctus, Sanctus, Sanctus Dominus Deus Sabaoth, pleni sunt caeli et terra Gloria sua »).

Sabaoth, ce sont les « armées » célestes, le plérôme angélique.

Pleni, remplis : nous retrouvons la notion de plénitude. « Tout est plein d’anges ».  La Gloire de Dieu emplit « le ciel et la terre », c’est-à-dire les mondes spirituel et matériel : elle emplit TOUT.

C – La présence de la Gloire, la Gloire qui est Présence, appelle la glorification. Glorifier Dieu, rendre gloire à Dieu, c’est « rendre à Dieu la gloire qui est sienne et dont Il nous a remplis » (Daniélou)

Remplis de la Gloire de Dieu (par laquelle ils sont devenus, chacun à sa mesure, divins ) les anges ne cessent de la Lui rendre par une louange incessante.
« Rendez au Seigneur, fils de Dieu, rendez au Seigneur gloire et honneur » (psaume 29).

I.        Les anges sont des contemplateurs et des adorateurs.

a.            Les plus proches de la fournaise trinitaire (Séraphins, Chérubins, Trônes) contemplent la Face de Dieu, et cette contemplation les rend éblouissants (cf. la face de Moïse) ;

b.           Les inférieurs contemplent leurs supérieurs lumineux, et ainsi de suite tout au long de l’échelle hiérarchique : c’est une cascade de lumières.


c.             Cette contemplation les remplit d’amour et de jubilation, d’où jaillissent adoration et action de grâces.

II.     Chez les anges, contemplation et action sont inséparables.

Ils sont les ministres, les coopérateurs du Dieu tout-puissant :

a.            dans le bel ordonnancement du monde, qui est œuvre de beauté - à quoi renvoie son nom κόσμος, cosmos, qui veut dire « ordonné bellement »  (d’où l’exclamation dont le Créateur ponctue les différentes étapes de la Genèse  טוֹב -כִּי KeToV, c’est-à-dire « que beau ! ») ;
b.           dans l’accomplissement des destinées de l’homme, qui est œuvre de vérité.

Dans ces deux tâches, « ils sont les instruments des œuvres divines » (Daniélou) ; « ils réalisent et révèlent les pensées divines » (Mgr Jean de Saint-Denis).

Ils le font de deux façons :
a.            ils ont une fonction de sauvegarde et de gouvernement ;
b.           ils sont médiateurs et révélateurs : en un mot messagers.

A.         Ils président aux « éléments du monde » : ils sont les lois du monde, les lois naturelles.
Ces lois, établies par Dieu Créateur, sont portées, maintenues et mises en œuvre par les anges.

Axiome : tout ce qui existe dans le monde créé, matériel ou immatériel, a son ange.

Cela veut dire que non seulement tous les éléments de la matière, mais aussi les idées (celles selon Platon et les autres aussi), les pensées, les sentiments, bons ou mauvais, les passions, nobles ou ignobles, tout est véhiculé et distingué par des anges, bons ou mauvais, des esprits de Dieu ou des démons (cf. le psaume de saint Bède le Vénérable : « les sept démons…s’opposent aux sept esprits de Dieu »).

« Tout est plein d’anges » ! Newton, l’inventeur de la mécanique céleste, expliquait l’« attraction » (qu’on ne parvient encore maintenant qu’à constater et mesurer, sans plus) par l’amour mutuel que se portent les anges véhicules des astres…

Autre axiome : les anges sont les principes d’identité de tous les existants.

B.          Ils le sont aussi des communautés humaines.
Ils sont les « archontes des nations » (Origène), comme aussi des Eglises (cf. les anges des sept Eglises dans l’Apocalypse), des villes, des familles, des loges, de l’Ordre de Josué…

Ils président, ils sauvegardent, ils protègent, ils secourent.

C.          Chaque homme a son ange « bon compagnon » qui lui est expressément affecté par Dieu, et qui a partie liée avec lui dans sa destinée spirituelle. Il est, dit Boulgakov, son « moi céleste ».

D.         Autre fonction :
a.            Non seulement ils mettent en œuvre les lois naturelles, mais ils les révèlent. Le fait que des découvertes scientifiques aient lieu simultanément en des lieux distants sans relation entre eux n’a pas d’autre explication : pour des motifs qui nous échappent, les anges ont fait concurremment en plusieurs endroits des révélations identiques.
b.           Ils révèlent aussi la Loi : saint Paul dit expressément que la Loi a été révélée sur le mont Sinaï à Moïse par un ministère angélique (Galates 3/19 ; cf. aussi Actes 7/36 et 53).

En revanche le Christ révèle Lui-même la Loi nouvelle.

c.             Ils révèlent enfin aux hommes non seulement les commandements divins mais aussi les desseins divins : c’est la fonction des anges qui apparaissent, en songe ou non, aux patriarches et aux prophètes – et qui quelquefois sont indiscernables de Dieu lui-même pour la raison qu’ils sont « divins ».

Tout cela relève de la fonction inhérente à leur mission de messagers : leur fonction révélatrice.

E.               Cette fonction fait elle-même partie de leur fonction plus générale de médiateurs. Leur raison d’être, en effet, ou plutôt une de leurs raisons d’être, par rapport aux hommes, est d’être médiateurs entre Dieu et eux.

Ici, il faut apporter une distinction importante :

a.                Sous l’Ancienne Loi, toute médiation et révélation de Dieu aux hommes se fait par les anges.
b.               Depuis l’Incarnation, Dieu est entré en contact direct avec l’homme et l’homme avec Dieu en la personne du Christ.
c.                 Toutefois, le Christ n’a en rien « aboli » ni rendu obsolète les fonctions et les missions des anges. Lui-même, en tant qu’homme, s’est soumis aux anges (cf. St Denys, Hiérarchie céleste IV C [2]), de même qu’Il s’est soumis aux éléments du monde que gouvernent les anges :
 α le dessein suprême de Dieu pour l’homme : l’Incarnation, a été annoncé par l’Ange ;
 β  des anges accompagnent le Christ tout au long de sa vie publique, depuis le début (le Christ tenté au désert) jusqu’à la fin (l’agonie à Gethsémani).
d.               L’accomplissement du dessein divin, la déification, se fait par l’entremise des anges : ils communiquent et transmettent les énergies divines du Saint-Esprit, la grâce déifiante,  par  condescendance, le long de la seule et unique hiérarchie à la fois céleste et humaine qu’est l’échelle de Jacob. « Transmission » ou « tradition » se disent Παράδοσις, Paradosis, qui signifie proprement transmission de dons. Cette Tradition est transmission de grâce en grâce et de lumière en lumière, elle est transmission des actions successives de « purification », d’« illumination »  et de « perfection-union » qui permettent l’élévation jusqu’aux cieux.

Précisons :
e.                Si cette communication est « tradition », c’est parce que Dieu Créateur respecte sa propre création et ses lois ;
f.                  La communication peut parfaitement être, et est parfois, directe, sans intermédiaire : de Dieu à l’homme.
g.                N’oublions jamais, enfin, que :
« Jésus est le principe et la fin de toute hiérarchie » (St Denys l’Aréopagite, Hiérarchie ecclésiastique I 373 C)

*
*     *

Pour ce qui nous concerne :

A.              Célébrons consciemment nos liturgies
-         cosmique
-         ecclésiale
-         intérieure

avec les anges,

Et participons aussi à leur liturgie céleste.

Dans toutes, ils sont nos co-célébrants.
Ils adorent avec nous, ne les adorons pas (voir dans l’Apocalypse la parole de l’Ange à Jean qui veut se prosterner devant lui : « Moi aussi je suis serviteur, je suis ton compagnon de service ». Ap 19/9 et 22/9).

B.               En effet :
« L’idolâtrie provient de ce qu’avec la chute, l’homme a perdu le contact direct avec Dieu mais a conservé le contact avec les anges » (Mgr Germain de Saint-Denis).

Ce contact direct a été rétabli par le Christ, ne faisons pas comme si le Verbe ne s’était pas incarné, comme si le Réparateur n’avait pas œuvré.

C.              Ne séparons donc jamais les anges                 de Jésus,
         les serviteurs               de leur Seigneur,
         la cour                          de son Roi.

Soyons leurs « compagnons de service »,

                   au service d’El Shaddaï, le Pantocrator,  le Tout-Puissant,                                   qui est aussi Emmanuel, « Dieu avec nous ».




[1] « C’est pourquoi la Parole de Dieu a transmis aux habitants de la terre certains hymnes que chante cette première hiérarchie (i.e. les Séraphins) et dans lesquels se manifeste saintement l’éminence de l’illumination, la plus haute de toute, qui lui appartient. Les uns, en effet, traduisant cette illumination en termes sensibles, dans une clameur qui ressemble au mugissement des grandes eaux, s’écrient : Bénie soit la gloire du Seigneur au lieu de son séjour ! ; les autres annoncent cette très célèbre et auguste Parole divine : Saint, saint, saint est le Seigneur Sabaot, sa gloire remplit toute la terre. »
[2] « Car je constate que Jésus lui-même, cause suressentielle des essences supra-célestes, venu jusqu’à notre niveau sans perdre son immutabilité, ne s’écarte pas non plus de la belle ordonnance,instituée et choisie par lui  selon les convenances humaines, mais se soumet docilement aux desseins de Dieu son Père que lui transmettent des Anges – que, par leur entremise, sont également annoncés à Joseph la retraite d’Egypte en Judée, - et que c’est par la médiation d’un Ange que nous le voyons se soumettre aux saintes décisions paternelles. Car je passe sous silence, puisque tu sais ce qui nous aété exposé par nos traditions sacerdotales, ce qui concerne cet Ange qui réconforta Jésus ou le fait que Jésus lui-même, en raison de l’œuvre bienfaisante qu’il accomplit pour notre salut, ayant pris place, lui aussi, dans l’ordre révélateur, fut appelé Ange du grand conseil. Et,en effet, comme il le dit lui-même,usant des termes qui désignent un messager, tout ce qu’il entendit du Père, il nous l’annonça ».