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lundi 7 octobre 2013

Baudelaire était-il augustinien ?


Les modernes sectateurs d'un hyper augustinisme, augustinisme exacerbé qui emprunte bien plus à l'"Augustinus" de Jansénius qu'à saint Augustin lui-même, professent et proclament, tels des prophètes hagards, une exécration de la matière, donc de la chair, donc du corps humain, qui va jusqu'à une extrémité telle que, selon eux, cette matière, cette chair, ce corps humain sont voués à l'annihilation, à l'anéantissement : leur fin dernière, c'est le néant. 

Cette doctrine n'est pas si éloignée que cela de celle des cathares. Même s'ils n'enseignent pas comme ces derniers que la création est l'oeuvre du Dieu malin, ils affirment que la matière, la chair, le corps, sont à ce point gangrenés par le mal, à ce point devenus mauvais par nature, que cela revient exactement au même. 

Cette matière que Dieu déclara bonne quand il la créa, elle est devenue mauvaise, malgré Lui. Cette chair dont Il se revêtit, elle est péché. Ce corps qu'Il ressuscita, son sort véritable est la destruction.

Ces gens-là se prétendent bons chrétiens, et même meilleurs chrétiens que les autres, plus "illuminés". Tout de même que les cathares !

Mais qui ne voit qu'ils réduisent à rien, qu'ils nient, en somme, et la création, et l'incarnation, et la résurrection ? c'est-à-dire les fondements mêmes de la foi et de l'espérance chrétiennes ? Qu'ils réduisent à rien, qu'ils nient l'oeuvre salvifique de notre Seigneur Jésus-Christ ? Qu'ils pervertissent le christianisme ?

Je ne réclame pas qu'on rallume des bûchers pour y réduire en cendres les hérétiques. Je les laisse à leurs flammes intérieures, celles de la déraison et de l'orgueil.

Et je leur dédie ce poème de Baudelaire. Il  fait sarcastiquement 
écho à la même haine de la matière vouée à la putréfaction, mais dans un langage autrement résonnant que leur prose insipide !

 

Charles Baudelaire 



L’EXAMEN DE MINUIT

La pendule, sonnant minuit,
Ironiquement nous engage
À nous rappeler quel usage
Nous fîmes du jour qui s’enfuit :
— Aujourd’hui, date fatidique,
Vendredi, treize, nous avons,
Malgré tout ce que nous savons,
Mené le train d’un hérétique.

Nous avons blasphémé Jésus,
Des Dieux le plus incontestable !
Comme un parasite à la table
De quelque monstrueux Crésus,
Nous avons, pour plaire à la brute,
Digne vassale des Démons,
Insulté ce que nous aimons,
Et flatté ce qui nous rebute ;

Contristé, servile bourreau,
Le faible qu’à tort on méprise ;
Salué l’énorme Bêtise,
La Bêtise au front de taureau ;
Baisé la stupide Matière
Avec grande dévotion,
Et de la putréfaction
Béni la blafarde lumière.

Enfin, nous avons, pour noyer
Le vertige dans le délire,
Nous, prêtre orgueilleux de la Lyre,
Dont la gloire est de déployer
L’ivresse des choses funèbres,
Bu sans soif et mangé sans faim !…

— Vite soufflons la lampe, afin
De nous cacher dans les ténèbres !

mercredi 22 mai 2013

(3/6) Quelques réflexions théologiques sur l'homosexualité et le mariage homosexuel


4)    Finale (Genèse 2, 24) : c’est la morale de l’histoire :
« C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »

Notez : première apparition dans le Livre Saint de la « chair » בָשָׂר, BaSaR, σάρξ, sarx – laquelle fera l’objet durant des siècles de tant de gloses…

Plus intéressant à relever, ce que n’ont pas manqué de faire les Pères, le comportement de Dieu : il sépare pour réunir. Il sépare, au sein d’Adam premier, l’homme et la femme, et cela dans quel but ? pour qu’ils s’unissent, non plus indistinctement, comme dans l’Homme originel, mais en surmontant librement et consciemment leur distinction, et cela dans l’union conjugale. Car c’est bien de l’union conjugale qu’il s’agit, comme l’expliquera Jésus en son temps (Matthieu 19, 5 ; Marc 10, 6-7).

Par similitude, les Pères ont considéré que Dieu a séparé de lui, c’est-à-dire créé, l’Homme pour ensuite l’épouser et par là le déifier. D’où la présence prégnante tout au long des Ecritures des épousailles, du banquet de noces.

5) Finale, ai-je dit ? Pas tout à fait. Dieu en effet nourrit un dessein qui n’est point caché puisqu’il l’énonce dès la création de l’Homme anthropos, de l’homme-et-femme. Que fait-il (Genèse 1, 28) : « Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. »

« Soyez féconds, multipliez… » Or même dans le jardin d’Eden où n’existait pas la sexualité, puisqu’elle n’est survenue qu’à la chute, le seul véhicule de la fécondité, c’était, mais selon des modalités spirituelles que nous ne connaissons pas et ne pouvons pas connaître avec nos sens affaiblis,  l’union des contraires, ou, pour parler plus exactement, l’union de ces semblables-dissemblables que sont l’homme et la femme. S’il n’y avait que des dissemblables, il n’y aurait pas d’union possible ; s’il n’y avait que des semblables, il y aurait union possible mais inféconde.

Le dessein de Dieu s’accomplit donc de toute évidence dans le mariage de l’homme et de la femme, leur union conjugale. Et cette union trouve son accomplissement dans la procréation – qui, comme son nom l’indique, est un acte créateur à l’image et dans le prolongement de l’acte créateur premier accompli par Dieu. Aussi, dans la tradition juive, la fécondité est-elle reconnue comme un signe de la faveur divine, et la stérilité comme un signe de défaveur. D’où la détresse d’Anne, la future mère de Samuel, et ses plaintes à Dieu à cause des avanies que lui vaut sa stérilité (1 Samuel 1-20). Et le cas n’est pas unique.

mardi 26 mars 2013

L'homme est un dieu créé


Je relaye ce texte déjà diffusé par le blog relianceuniverselle.com ainsi que, sur FaceBook, par Archambaud de Saint-Amant. Il date de 2008 mais il est plus que jamais d'actualité. C'est, sous la plume du métropolite Hilarion Alfeyev, un des pricipaux hiérarques de l'Eglise orthodoxe de Russie, une mise au point théologique d'une clarté...biblique, et bien réconfortante pour la foi.



Dieu a façonné l'homme avec de la « poussière de la terre », c'est-à-dire avec de la matière.

L'homme est ainsi chair de la chair terrestre, avec laquelle les mains de Dieu l'ont modelé. Dieu a également soufflé en lui un souffle de vie et l'homme est devenu une « âme vivante » (Gn 2,7). Sorti du « limon » de la terre, l'homme reçoit un principe Divin, en gage de son union à la vie Divine: « Ayant façonné Adam à Son image et à Sa ressemblance, par cet insufflement Dieu a déposé en lui la grâce, la connaissance et la lumière du très Saint Esprit ». « Le souffle de vie » peut être interprété comme étant l'Esprit Saint (le « souffle » comme l'« esprit » dans le grec de la Bible sont désignés par un terme identique, pneuma ). Par l'acte même de la création l'homme devient participant à la Divinité et dès lors il tranche de la façon la plus péremptoire sur tous les autres êtres vivants: il n'occupe pas simplement le point le plus élevé dans la hiérarchie du monde animal, mais il fait figure de « demi-dieu » au regard des animaux. Les Saints Pères désignent l'homme comme un « intermédiaire » entre le monde visible et invisible, un « alliage » de ces deux mondes.

  Mais placé au cœur du monde créé, amalgamant en lui les principes spirituel et corporel, il occupait en quelque sorte une position supérieure à celle des anges. Lorsqu'il voulut mettre en relief la grandeur de l'homme, saint Grégoire le Théologien le nomma « un dieu créé ». En façonnant l'homme à Son image et à Sa ressemblance, Dieu crée un être appelé à devenir un dieu. L'homme est potentiellement un dieu-homme.

En se fondant sur la Bible, les saints Pères enseignent que l'âme et le corps ne sont pas des éléments hétérogènes, associés chez un individu pour une durée indéterminée, mais octroyés simultanément et pour toujours dans l'acte même de la création; l'âme est « fiancée » au corps, et lui reste inséparable. C'est seulement dans l'union de l'âme et du corps que se manifeste la personne-hypostase dans toute sa plénitude, ce que ne peut faire ni l'âme, ni le corps pris indépendamment. Seul un être, associant l'un et l'autre, s'appelle personne ». Le lien indissoluble de l'âme et du corps, saint Grégoire de Nysse le nomme « connaissance », « amitié », et « amour », qui survivent même après la mort. « Après sa séparation d'avec le corps il reste dans l'âme des marques [...] de cette association; le riche et Lazare se sont bel et bien reconnus dans l'au-delà. L'âme garde la marque du corps, et à la restauration de toutes choses elle assumera ce corps ». Une telle conception est bien éloignée du dualisme platonicien ou oriental.

Profondément fausse est l'affirmation selon laquelle le christianisme enseignerait soi-disant le dégoût de la chair, cultiverait le mépris du corps. Le dégoût de la chair est un trait propre à certains hérétiques (gnostiques, montanistes, manichéens), et il fut rudement stigmatisé dans l'enseignement théologique des Pères.

Chaque fois que, dans les ouvrages d'ascétique chrétienne, on décrit le combat entre la chair et l'esprit (à commencer par l'apôtre Paul: « la chair a des désirs contraires à ceux de l'esprit, et l'esprit en a de contraires à ceux de la chair », Gal 5,17), la chair en question est la chair pécheresse, pétrie de passions et de vices, et non le corps dans le sens ordinaire. Et lorsque l'on parle de « mater la chair », on a en vue l'anéantissement des tendances pécheresses et des « concupiscences charnelles », et non un mépris pour le corps en tant que tel. L'idéal chrétien ne consiste pas à rabaisser la chair, mais à la purifier et à la libérer des conséquences de la chute, à lui restituer sa pureté originelle et à la rendre digne de son modèle Divin.

vendredi 3 août 2012

L’amour charnel de l’Homme-Dieu


L’amour charnel de l’Homme-Dieu


Saint Bernard de Clairvaux, sermon XX sur le Cantique des Cantiques
paragraphes  6 & 7

6. Remarquez que l’amour du cœur est en quelque façon charnel, il inspire en effet plus d'affection au cœur de l'homme pour la chair de Jésus-Christ, et pour les choses qu'il a faites durant qu'il en était revêtu. Celui qui est plein de cet amour est aisément touché et attendri à tous les discours qui concernent ce sujet. Il n'entend rien plus volontiers, il ne lit rien avec plus d'ardeur, il ne repasse rien plus souvent dans sa mémoire, il n'a point de méditation plus douce et plus agréable. Les sacrifices de ses prières en reçoivent une nouvelle perfection, et ressemblent à des victimes aussi grasses que belles. Toutes les fois qu'il fait oraison, l'image sacrée de l'Homme-Dieu se présente à ses yeux, naissant, suspendu aux mamelles de sa mère, enseignant, mourant, ressuscitant, et montant au ciel ; or toutes ces images ou autres semblables qui se présentent à l'esprit, animent nécessairement l'âme à l'amour des vertus, chassent les vices de la chair, en bannissent les attraits, et calment les désirs. Pour moi, je pense que la principale cause, pour laquelle Dieu, qui est invisible, a voulu se rendre visible par la chair qu'il a prise, et converser comme homme parmi les hommes, était d'attirer d'abord à l'amour salutaire de sa chair adorable les affections des hommes charnels qui ne savent aimer que charnellement, et de les conduire ainsi par degrés à un amour épuré et spirituel. Ceux qui disaient : « Vous voyez que nous avons quitté toutes choses pour vous suivre » (Matthieu 19, 27), n'en étaient-ils pas encore à ce premier degré de l'amour? Ils ne les avaient sans doute quittées que par le seul amour de la présence corporelle de Jésus-Christ, quoiqu'il leur parlât seulement de sa passion salutaire et de sa mort, et qu'ensuite la gloire de son ascension les touchât d'une tristesse très-vive. C'est aussi ce qu'il leur reprochait : « Parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse s'est saisie de votre cœur » (Jean 16, 6). » Ainsi d'abord il les retira de tout autre amour charnel, par la seule grâce de la présence de son corps.

7. Mais il leur montra ensuite un degré d'amour plus élevé, lorsqu'il leur dit : « C'est l'esprit qui donne la vie, la chair ne sert de rien du tout » (Jean VI, 6). Je crois que celui qui disait : « Quoique nous ayons connu Jésus-Christ selon la chair, nous ne le connaissons pas pour cela » (2 Corinthiens 5, 16), était déjà parvenu à ce degré d'amour. Peut-être le Prophète y était-il aussi monté lorsqu'il disait : « Jésus-Christ notre Seigneur est un esprit présent à nos yeux » (Lamentations de Jérémie 4, 20). Car quant à ce qu'il ajoute : « Nous vivrons parmi les nations sous son ombre » (ibid.),  je crois qu'il parle au nom de ceux qui commencent, pour les exhorter à se reposer au moins à l'ombre, puisqu'ils ne se sentent pas assez forts pour porter l'ardeur du soleil ; et à se nourrir de la douceur de la chair, puisqu'ils ne sont pas encore capables de goûter les choses de l'esprit de Dieu ; car je crois que l'ombre de Jésus-Christ, c'est sa chair ; et c'est de cette ombre que Marie a été environnée, afin qu'elle lui servit comme d'un voile pour tempérer la chaleur et l'éclat de l'esprit. Que celui-là donc se console cependant dans la dévotion envers la chair de Jésus-Christ, qui n'a pas encore son esprit vivifiant, qui du moins ne l'a pas encore de la façon que le possèdent ceux qui disent : « Le Seigneur Jésus-Christ est un esprit présent devant nous ». Et, « encore que nous ayons connu Jésus-Christ selon la chair, nous ne l'avons pas connu véritablement » (2 Corinthiens 5,  16). » Ce n'est pas qu'on puisse aimer Jésus-Christ dans la chair sans le Saint-Esprit, mais on ne l'aime pas avec plénitude. Et toutefois, la mesure de cet amour, c'est que la douceur qui en naît occupe tout le cœur, le retire tout entier à soi de l'amour des créatures sensibles, et l'affranchit des charmes et des attraits de la volupté charnelle, car c'est là aimer de tout son cœur. Autrement, si à la chair de Jésus-Christ mon Seigneur,     je préfère quelqu'autre que ce soit, quelque proche qu'elle me puisse être, on quelque plaisir que j'en puisse recevoir, en sorte que j'en accomplisse moins les choses qu'il m'a enseignées par ses paroles et son exemple quand il demeurait en ce monde, n'est-il pas clair que je ne l'aime pas de tout mon cœur, puisque je l'ai divisé, et que j'en donne une partie à l'amour de sa chair sainte, et réserve l'autre pour la mienne propre ! car il dit lui-même : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n'est pas non plus digne de moi » (Matthieu 10, 37). Donc, pour le dire en deux mots, aimer Jésus-Christ de tout son cœur, c'est préférer l'amour de sa chair sacrée à tout ce qui nous peut flatter dans la nôtre propre, ou dans celle d'autrui. En quoi je comprends aussi la gloire du monde, parce que la gloire du monde est la gloire de la chair, et il est indubitable que ceux qui y mettent leur plaisir sont encore charnels.

dimanche 29 juillet 2012

Saint Irénée (18) ; «Vous avez été réconciliés par son corps de chair » (suite & fin)


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite 8 & fin)

 «Vous avez été réconciliés par son corps de chair » (suite & fin)

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 14, paragraphes 3 & 4

14, 3 Si donc quelqu'un dit que la chair du Seigneur était autre que la nôtre en ce qu'elle n'a pas péché « et qu'il ne s'est pas trouvé de fourberie en sa bouche»(1 Pierre 2, 22), tandis que nous, nous sommes pécheurs, il parle correctement. Mais si cet homme s'imagine que la chair du Seigneur était d'une autre substance que la nôtre, la parole de l'Apôtre relative à la réconciliation perdra tout fondement à ses yeux. Car qui dit réconciliation, dit réconciliation de ce qui s'est trouvé autrefois dans l'inimitié. Or, si le Seigneur a pris chair d'une autre substance, il n'y a pas eu de réconciliation avec Dieu de cela même qui était devenu ennemi de Dieu par la transgression. Mais en fait, par la communion que nous avons avec lui, le Seigneur a réconcilié l'homme avec le Père, nous réconciliant avec lui-même par son corps de chair et nous rachetant par son sang, selon ce que l'Apôtre dit aux Ephésiens : « En lui nous avons la rédemption acquise par son sang, la rémission de nos péchés. »  (Ephésiens 1, 7) Et encore : « Vous qui jadis étiez loin, vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ. »(Ephésiens 2, 13) Et encore : « Dans sa chair il a détruit l'inimitié, la Loi avec ses commandements et ses décrets. »(Ephésiens 2, 14-15 Au reste, dans toute cette épître, l'Apôtre atteste expressément que c'est par la chair de notre Seigneur et par son sang que nous avons été sauvés. 

14, 4 Si donc la chair et le sang sont ce qui nous procure la vie, ce n'est pas à proprement parler de la chair et du sang qu'il a été dit qu'ils ne peuvent hériter du royaume de Dieu, mais des actions charnelles dont nous avons parlé : car ce sont elles qui, en détournant l'homme vers le péché, le privent de la vie. Et c'est pourquoi l'Apôtre dit dans son épître aux Romains : « Que le péché ne règne donc pas dans votre corps mortel, de sorte que vous lui obéissiez. Ne livrez pas vos membres au péché comme des armes d'injustice, mais livrez-vous vous-mêmes à Dieu, comme étant vivants, de morts que vous étiez, et livrez vos membres à Dieu comme des armes de justice. »(Romains 6, 12-13 Ainsi, par ces mêmes membres, par lesquels nous étions esclaves du péché (Romains 6,6) et portions des fruits de mort  (Romains 7, 5), il veut que nous soyons esclaves de la justice (Romains 6, 19) afin de porter des fruits de vie. Souviens-toi donc, ami très cher, que tu as été racheté par la chair de notre Seigneur et acquis par son sang ; « tiens-toi attaché à la tête, de laquelle le corps tout entier » de l'Eglise « reçoit cohésion et accroissement » (Colossiens 2, 19), c'est-à-dire à la venue charnelle du Fils de Dieu ; confesse sa divinité et adhère inébranlablement à son humanité ; utilise aussi les preuves tirées des Ecritures : ainsi renverseras-tu aisément, comme nous l'avons montré, toutes les opinions inventées après coup par les hérétiques.

FINIS OPERIS EPITOMARUM

samedi 28 juillet 2012

Saint Irénée (17) : «Vous avez été réconciliés par son corps de chair »


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite 7)

 «Vous avez été réconciliés par son corps de chair »
Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 14, paragraphes 1 & 2




14, 1 Ce qui prouve bien que ce n'est pas à la substance même de la chair et du sang que Paul s'en prenait, quand il disait qu'ils ne peuvent hériter du royaume de Dieu, c'est le fait que l'Apôtre s'est servi constamment, à propos de notre Seigneur Jésus-Christ, des termes « chair » et « sang ». Il entendait par là, d'une part, mettre en lumière l'humanité de celui-ci — car le Seigneur lui-même se disait Fils de l'homme —, d'autre part, affirmer énergiquement le salut de notre chair — car, si la chair ne devait pas être sauvée, le Verbe de Dieu ne se serait pas fait chair, et, s'il ne devait pas être demandé compte du sang des justes, le Seigneur n'aurait pas eu de sang —.

Mais en fait, depuis le commencement, le sang des justes élève la voix, comme le montrent les paroles adressées par Dieu à Caïn, après que celui-ci eut tué son frère : « La voix du sang de ton frère crie jusqu'à moi. »(Genèse 4, 10) Et il sera demandé compte de leur sang, comme le prouvent les paroles de Dieu à Noé et à ses compagnons : « Du sang de vos âmes je demanderai compte à toute bête. »(Genèse 9, 5) Et encore : « Quiconque répand le sang d'un homme, son propre sang sera répandu en compensation du sang versé. » (Genèse 9, 6) De même aussi, le Seigneur disait à ceux qui allaient répandre son sang : « II sera demandé compte de tout le sang innocent répandu sur la terre, depuis le sang d'Abel le juste jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le sanctuaire et l'autel : en vérité, je vous le dis, tout cela viendra sur cette génération. » ( Matthieu 23, 35-36) Il laissait entendre par là que l'effusion du sang de tous les justes et de tous les prophètes ayant existé depuis le commencement allait être récapitulée en lui-même et qu'il serait demandé compte de leur sang en sa personne. Or, il ne serait pas demandé compte de ce sang, si celui-ci ne devait être sauvé; et le Seigneur n'aurait pas non plus récapitulé ces choses en lui-même, s'il ne s'était fait lui aussi chair et sang conformément à l'ouvrage modelé aux origines, sauvant ainsi en lui-même à la fin ce qui avait péri au commencement en Adam.

14, 2 Par contre, si le Seigneur s'est incarné à l'aide d'une autre «économie», s'il a pris chair d'une autre substance, il s'ensuit qu'il n'a pas récapitulé l'homme en lui-même : on ne peut même plus le dire chair, puisque la chair, à proprement parler, c'est ce qui succède à l'ouvrage modelé aux origines au moyen du limon. Si le Seigneur avait dû tirer d'une autre substance la matière de sa chair, le Père aurait pris, à l'origine, une autre substance pour en pétrir son ouvrage. Mais en fait, le Verbe sauveur s'est fait cela même qu'était l'homme perdu, effectuant ainsi par lui-même la communion avec lui-même et l'obtention du salut de l'homme. Or ce qui était perdu possédait chair et sang, car c'est en prenant du limon de la terre que Dieu avait modelé l'homme (Genèse 2, 7), et c'est pour cet homme-là qu'avait lieu toute l'« économie » de la venue du Seigneur. Il a donc eu, lui aussi, chair et sang, pour récapituler en lui non quelque autre ouvrage, mais l'ouvrage modelé par le Père à l'origine, et pour rechercher ce qui était perdu (Luc 19, 10) . C'est pourquoi l'Apôtre dit dans son épître aux Colossiens : « Et vous aussi, vous étiez autrefois éloignés de lui et ennemis de sa pensée par vos œuvres mauvaises ; mais maintenant vous avez été réconciliés en son corps de chair par le moyen de sa mort, pour vous présenter devant lui saints, sans tache ni reproche. »(Colossiens 1, 21-22) « Vous avez été, dit-il, réconciliés en son corps de chair » : cela, parce que la chair juste a réconcilié la chair captive du péché et l'a réintroduite dans l'amitié de Dieu.

Saint Irénée (16) :« Il faut que ce qui est corruptible revête l'incorruptibilité »


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite (6)

 « Il faut que ce qui est corruptible revête l'incorruptibilité »

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 13, paragraphes 3 à 5

13, 3 Car, s'ils prétendent que cette parole a été dite de la chair à proprement parler, et non des œuvres de la chair, ainsi que nous l'avons montré, ils mettent l'Apôtre en contradiction avec lui-même, puisqu'aussitôt après, dans la même épître, il dit en désignant la chair : « Il faut en effet que cet élément corruptible revête l'incorruptibilité et que cet élément mortel revête l'immortalité. Lorsque cet élément mortel aura revêtu l'immortalité, alors s'accomplira la parole de l'Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. ? mort, où est ton aiguillon ? ? mort, où est ta victoire?»(1 Corinthiens 15, 53-55) Ces paroles seront dites à juste titre lorsque cette chair mortelle et corruptible, en butte à la mort, écrasée sous la domination de la mort, montera vers la vie et revêtira l'incorruptibilité et l'immortalité : car c'est alors que sera vraiment vaincue la mort, lorsque cette chair, qui était sa proie, échappera à son pouvoir. Il dit encore aux Philippiens : « Pour nous, notre cité est dans les cieux, d'où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus, qui transfigurera notre corps d'abjection et le rendra conforme à son corps de gloire par l'action de sa puissance. » (Philippiens 3, 20-21) Quel est donc ce corps d'abjection que le Seigneur transfigurera et rendra conforme à son corps de gloire ? De toute évidence, c'est ce corps qui s'identifie à la chair, à cette chair qui manifeste son abjection en tombant dans la terre. Mais la transfiguration par laquelle, de mortelle et corruptible, elle devient immortelle et incorruptible, ne vient pas de sa substance à elle ; cette transfiguration vient de l'action du Seigneur, qui a le pouvoir de procurer l'immortalité à ce qui est mortel et l'incorruptibilité à ce qui est corruptible. C'est pourquoi l'Apôtre dit dans sa seconde épître aux Corinthiens : «... afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie. Or Celui qui nous dispose en vue de cela, c'est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l'Esprit. »( 2 Corinthiens 5, 4-5) C'est évidemment de la chair qu'il parle, car ni l'âme ni l'Esprit ne sont choses mortelles. Ce qui est mortel sera englouti par la vie, lorsque la chair ne sera plus morte, mais vivante, et qu'elle demeurera incorruptible, chantant un hymne au Dieu qui nous aura disposés en vue de cela. Afin donc que nous soyons disposés en vue de cela, il dit à juste titre aux Corinthiens : « Glorifiez Dieu dans votre corps. » (1 Corinthiens 6, 20) Car Dieu procure l'incorruptibilité. 

Ce qui prouve que l'Apôtre ne parle pas d'un autre corps, mais du corps de chair, c'est qu'il dit aux Corinthiens avec une précision excluant tout doute et toute ambiguïté : « …portant sans cesse avec nous en notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus-Christ soit, elle aussi, manifestée dans notre corps : car si nous, les vivants, nous sommes livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle… » (2 Corinthiens 4, 10-11) Et que l'Esprit s'enlace à la chair, il le dit dans la même épître : « Vous êtes une lettre du Christ rédigée par nos soins, écrite non avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs. »(2 Corinthiens 3, 3) Si donc, dès à présent, nos cœurs de chair sont capables de recevoir l'Esprit, quoi d'étonnant si, lors de la résurrection, ils contiennent la vie que donnera cet Esprit ? A propos de cette résurrection, l'Apôtre dit dans son épître aux Philippiens : «... lui devenant conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à la résurrection d'entre les morts. » (Philippiens 3, 10-11) Ainsi donc, en quelle autre chair mortelle pourrait-on concevoir que soit manifestée la vie, sinon dans cette substance qui est également mise à mort à cause de la confession de Dieu, ainsi qu'il le dit lui-même : « Si c'est avec des vues humaines que j'ai combattu contre les bêtes à Ephèse, quel profit m'en revient-il, si les morts ne ressuscitent pas ? Car, si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité ; et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vaine, vaine aussi votre foi. Et il se trouve même que nous sommes de faux témoins à l'égard de Dieu, puisque nous avons témoigné qu'il a ressuscité le Christ, alors qu'il ne l'a pas ressuscité. Car, si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité ; et si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine, car vous êtes encore dans vos péchés ; par conséquent aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Si c'est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes plus dignes de pitié que tous les autres hommes. Mais en fait, le Christ est ressuscité d'entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis. Car, puisque c'est par un homme qu'est venue la mort, c'est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. »(1 Corinthiens 15, 32 & 13-21)

Ainsi donc, comme nous l'avons déjà dit, ou bien les hérétiques prétendront que, dans tous ces textes, l'Apôtre contredit sa propre assertion selon laquelle « la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu », — ou bien, une fois de plus, ils se verront contraints de donner, de tous ces textes, des interprétations vicieuses et forcées, afin de pouvoir en pervertir et en altérer le sens. Car que pourront-ils dire de sensé, s'ils tentent d'interpréter autrement cette parole : « Il faut en effet que cet élément corruptible revête l'incorruptibilité et que cet élément mortel revête l'immortalité »(1 Corinthiens 15, 53), et cette autre : «... afin que la vie de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle»(2 Corinthiens 4, 11) et toutes les autres paroles par lesquelles l'Apôtre proclame ouvertement la résurrection et l'incorruptibilité de la chair ? Ils vont donc être contraints d'interpréter de travers toute cette multitude de textes, pour n'avoir pas voulu entendre correctement une seule phrase.

vendredi 27 juillet 2012

Saint Irénée (15) : Guérisons et résurrections opérées par le Christ


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite (5)

Guérisons et résurrections opérées par le Christ
(extraits)

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 12, paragraphe 6
et chapitre 13, paragraphe 2

12, 6 Car l'Artisan de toutes choses, le Verbe de Dieu, celui-là même qui a modelé l'homme au commencement, ayant trouvé son ouvrage abîmé par le mal, l'a guéri de toutes les manières possibles, tantôt en restaurant tel ou tel membre particulier à la manière dont il avait été modelé au commencement, tantôt en rendant d'un seul coup à l'homme une parfaite santé et intégrité afin de se le préparer en vue de la résurrection. Et, de vrai, quel motif aurait-il eu de guérir les membres de chair et de les rétablir dans leur forme première, si ce qu'il guérissait ne devait pas être sauvé ? Car, si l'avantage ainsi octroyé par lui n'était que temporaire, il n'accordait pas une bien grande faveur à ceux qu'il guérissait. Ou encore, comment les hérétiques peuvent-ils dire que la chair ne peut recevoir de lui la vie, alors qu'elle a reçu de lui la guérison ? Car la vie s'acquiert par la guérison, et l'incorruptibilité, par la vie. Celui qui donne la guérison donne donc aussi la vie, et celui qui donne la vie procure aussi l'incorruptibilité à l'ouvrage par lui modelé. 
[…]
13, 1 Vains et vraiment infortunés sont donc ceux qui ne veulent pas voir des choses aussi évidentes et aussi claires, mais fuient la lumière de la vérité, s'étant aveuglés eux-mêmes à l'instar du malheureux Œdipe. Il arrive que des lutteurs novices, en se mesurant avec d'autres, saisissent de toutes leurs forces quelque partie du corps de leur adversaire et qu'ils soient jetés à terre par ce membre qu'ils étreignent ; et, tandis qu'ils tombent, ils s'imaginent remporter la victoire, parce qu'ils s'agrippent farouchement à ce membre qu'ils ont saisi d'emblée, alors qu'en réalité leur chute les couvre de ridicule. Ainsi en va-t-il des hérétiques à propos de la phrase : « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu. »» En prenant à Paul ces deux vocables, ils n'ont ni perçu la pensée de l'Apôtre ni cherché à comprendre la portée de ses paroles ; cramponnés à de simples mots sans plus, ils meurent contre ceux-ci, ruinant, autant qu'il est en leur pouvoir, toute l'«économie» de Dieu.

mercredi 18 juillet 2012

Saint Irénée (XII) :Œuvres de la chair et fruits de l’Esprit


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite 2)

Œuvres de la chair et fruits de l’Esprit

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 11, paragraphes 1 & 2


11, 1 Ces œuvres, qu'il nomme charnelles, Paul a fait connaître quelles elles sont, prévoyant les sophismes des incrédules et s'expliquant lui-même afin de ne pas laisser de sujet de recherche à ceux qui scruteraient sa pensée avec incrédulité. Il s'exprime ainsi dans l'épître aux Galates : « Les œuvres de la chair sont manifestes : ce sont l'adultère, la fornication, l'impureté, le libertinage, l'idolâtrie, la magie, les inimitiés, la discorde, la jalousie, les emportements, les cabales, les dissensions, les factions, les envies, les beuveries, les orgies et autres choses semblables : je vous préviens, comme je l'ai déjà fait, que ceux qui commettent de telles actions n'hériteront pas du royaume de Dieu. »(Galates 5, 19-21) Il proclame ainsi de façon plus explicite, pour ceux qui veulent l'entendre, ce que signifie la parole : « La chair et le sang n'hériteront pas du royaume de Dieu » (1 Corinthiens 15, 50): car ceux qui commettent ces actions, se conduisant vraiment selon la chair (Romains 8, 4 ; 2 Corinthiens 10, 2) , ne sauraient vivre pour Dieu (Romains 6, 10). A l'opposé, il ajoute les actions spirituelles qui donnent la vie à l'homme, autrement dit la greffe de l'Esprit, en disant : « Le fruit de l'Esprit, au contraire, c'est la charité, la joie, la paix, la patience, la mansuétude, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance, la chasteté : contre de telles choses il n'y a pas de loi. »(Galates 5, 22-23) De même donc que celui qui aura progressé vers le meilleur et produit le fruit de l'Esprit sera sauvé de toute manière à cause de la communion de l'Esprit, de même celui qui demeure dans les œuvres de la chair que nous avons dites sera réputé vraiment charnel, puisqu'il ne reçoit pas l'Esprit de Dieu, et il ne pourra en conséquence hériter du royaume des cieux.

«Les injustes n'hériteront pas du royaume de Dieu »

L'Apôtre lui-même en témoigne encore, lorsqu'il dit aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront pas du royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les rapaces n'hériteront du royaume de Dieu. Voilà ce que certains d'entre vous ont été ; mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et dans l'Esprit de notre Dieu. » (1 Corinthiens 6, 9-11) Il montre ainsi très clairement ce qui perd l'homme, à savoir de persévérer à vivre selon la chair (Romains 8, 13), et, à l'opposé, ce qui sauve l'homme, à savoir — ce sont ses propres termes — « le nom de notre Seigneur Jésus-Christ et l'Esprit de notre Dieu». 11, 2 De la sorte, pour avoir ici même énuméré les œuvres de la chair, qui se font en dehors de l'Esprit et qui donnent la mort, il pourra, en conséquence de ce qu'il vient de dire, s'écrier à la fin de son épître en manière de résumé : « De même que nous avons porté l'image de ce qui est terrestre, portons aussi l'image de ce qui est céleste. Car je vous le déclare, frères : la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu » (1 Corinthiens 15, 49-50). La phrase « De même que nous avons porté l'image de ce qui est terrestre... » a le même sens que celle-ci : « Voilà ce que certains d'entre vous ont été; mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et dans l'Esprit de notre Dieu». Quand donc avons-nous porté l'image de ce qui est terrestre ? Lorsque les œuvres de la chair que nous avons dites s'accomplissaient en nous. Et quand avons-nous porté l'image de ce qui est céleste ? Lorsque, dit-il, « vous vous êtes lavés », en croyant « au nom du Seigneur » et en recevant son Esprit. Or, en nous lavant de la sorte, nous nous sommes débarrassés, non de la substance de notre corps ni de l'image qu'est l'œuvre modelée, mais de notre ancienne vie de vanité. Dans ces membres donc en lesquels nous périssions du fait que nous accomplissions les œuvres de la corruption, dans ces mêmes membres nous sommes vivifiés dès lors que nous accomplissons les œuvres de l'Esprit.

Saint Irénée (XI) : la chair possédée en héritage par l'Esprit



VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite 1)

La chair possédée en héritage par l'Esprit
Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 9, paragraphe 4
& chapitre 10, paragraphe 2

9, 4 A vrai dire, en effet, la chair n'hérite point, mais est possédée en héritage, selon ce que dit le Seigneur : « Bienheureux les doux, parce qu'ils posséderont la terre en héritage » (Matthieu 5, 5) : ainsi sera donc possédée en héritage, dans le royaume, la terre dont provient la substance de notre chair. C'est pourquoi il veut que le temple soit pur, pour que l'Esprit de Dieu puisse s'y complaire, comme l'époux dans son épouse. De même donc que l'épouse ne peut épouser, mais peut être épousée, quand l'époux vient la prendre, de même la chair comme telle et à elle seule ne peut hériter du royaume de Dieu, mais elle peut être reçue en héritage, dans le royaume, par l'Esprit. Car c'est le vivant qui hérite des biens du mort, et autre chose est hériter, autre chose être possédé en héritage : l'héritier est le maître, il commande, il dispose de son héritage à son gré ; l'héritage, au contraire, est soumis à l'héritier, il lui obéit, il est sous sa domination. Quel est donc le vivant ? L'Esprit de Dieu. Et quels sont les biens du mort ? Les membres de l'homme qui se dissolvent dans la terre. Ce sont eux qui sont reçus en héritage par l'Esprit,  en étant transférés par lui dans le royaume des cieux. C'est d'ailleurs pour cela que le Christ est mort, afin que le Testament de l'Evangile, étant ouvert et lu au monde entier, rende d'abord libres les esclaves du Christ,   puis les  constitue héritiers  de ses  biens,  par là même que l'Esprit les recevrait en héritage, comme nous venons de le montrer : car c'est le vivant qui hérite et c'est la chair qui est possédée en héritage. De peur donc que nous ne perdions la vie en perdant l'Esprit qui nous possède en héritage, et afin de nous exhorter à cette communion de l'Esprit, l'Apôtre dit à bon droit les paroles déjà citées : « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu. »(1 Corinthiens 15, 50) C'est comme s'il disait : « Ne vous y trompez pas ! Si le Verbe de Dieu n'habite pas en vous et si l'Esprit du Père ne vient pas  en vous,   et  si vous  menez une vie vaine et quelconque, alors, comme n'étant rien d'autre que chair et sang, vous ne pourrez hériter du royaume de Dieu. »
[…]
10, 2 De même de même l'homme qui est enté par la foi et reçoit l'Esprit de Dieu ne perd pas la substance de sa chair, mais change la qualité de ce fruit que sont ses œuvres et reçoit un autre nom qui signifie sa transformation en mieux, car il n'est plus et ne se voit plus appeler chair et sang, mais homme spirituel. Par contre, si l'olivier sauvage ne reçoit pas la greffe, il demeure sans utilité pour son propriétaire en raison de sa nature sauvage et, en tant qu'arbre stérile, «il est coupé et jeté au feu» (Matthieu 7, 19) : de même l'homme qui ne reçoit pas la greffe de l'Esprit qui s'opère par la foi demeure cela même qu'il était auparavant, à savoir chair et sang, et ne peut en conséquence hériter du royaume de Dieu.

« Vous n'êtes pas dans la chair, mais dans l'Esprit»

C'est donc avec raison que l'Apôtre dit : « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu » (1 Corinthiens 15, 50) , et encore : « Ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu » ( Romains 8, 8): par là, il ne rejette pas la substance de la chair, mais il attire l'infusion de l'Esprit — et c'est pourquoi il dit : « II faut que cet élément mortel revête l'immortalité, et que cet élément corruptible revête l'incorruptibilité » ( 1 Corinthiens 15, 53) —. Il dit encore : « Quant à vous, vous n'êtes pas dans la chair, mais dans l'Esprit, s'il est vrai que l'Esprit de Dieu habite en vous. »(Romains 8, 9) Et il montre cela plus clairement encore, en disant : « Le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l'Esprit est vie à cause de la justice. Et si l'Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ d'entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels à cause de son Esprit qui habite en vous. » (Romains  8, 10-11) Il dit encore dans cette même épître aux Romains : « Si, en effet, vous vivez selon la chair, vous mourrez... » (Romains 8, 13) Par là, il n'entendait pas repousser loin d'eux la vie dans la chair — lui-même était dans la chair, lorsqu'il leur écrivait —, mais retrancher les convoitises de la chair, qui donnent la mort à l'homme. Et c'est pourquoi il ajoute : «... mais si, par l'Esprit, vous faites mourir les œuvres de la chair, vous vivrez : car tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. »(Romains 8, 13-14)



lundi 16 juillet 2012

Saint Irénée (X) : « La chair et le sang »


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »

Cette phrase de saint Paul, dans la première épître aux Corinthiens (15, 30) est répétée à l’envi par ceux que j’appelle les sarcophobes, les ennemis de la chair, qui jettent sur elle l’anathème comme si elle était sous le coup d’une culpabilité irrémissible et par conséquent vouée, non au salut, et même pas à l’enfer, mais à l’anéantissement.
Prise à la lettre, cette phrase leur donne apparemment raison. Mais ce qu’oublient ou négligent ces esprits simplistes – ou obsédés par leurs préjugés, comme les hérétiques que combat saint Irénée – c’est que s’il y a un écrivain sacré qui s’accommode mal d’une lecture au premier degré, c’est bien saint Paul. Chez lui, il y a la lettre et il y a l’esprit. C’est cette lecture spirituelle que développe saint Irénée dans cette quatrième section de la première partie du livre V de son traité, dont je donnerai d’amples extraits, vu leur importance sotériologique.

« La chair et le sang »

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 9, paragraphes 1 à 3

9, 1 C'est ce qui a été dit aussi ailleurs par l'Apôtre en ces termes : « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu », (1 Corinthiens 15, 50) texte que tous les hérétiques allèguent dans leur folie et à partir duquel ils s'efforcent de prouver qu'il n'y a pas de salut pour l'ouvrage modelé par Dieu. Car ils ne comprennent pas que trois choses, ainsi que nous l'avons montré, constituent l'homme parfait : la chair, l'âme et l'esprit. L'une d'elles sauve et forme, à savoir l'esprit ; une autre est sauvée et formée, à savoir la chair ; une autre enfin se trouve entre celles-ci, à savoir l'âme, qui tantôt suit l'esprit et prend son envol grâce à lui, tantôt se laisse persuader par la chair et tombe dans des convoitises terrestres. Ceux donc qui n'ont pas l'élément qui sauve et forme en vue de la vie, ceux-là sont et se verront appeler à bon droit «sang et chair», puisqu'ils n'ont pas l'esprit de Dieu en eux. C'est d'ailleurs pourquoi ils sont dits « morts » par le Seigneur — « Laissez, dit-il, les morts ensevelir leurs morts » (Luc 9, 60) —, car ils n'ont pas l'esprit qui vivifie l'homme. 9, 9, 2 Mais ceux qui craignent Dieu, qui croient à l'avènement de son Fils et qui, par la foi, établissent à demeure dans leurs cœurs l'esprit de Dieu, ceux-là seront justement nommés hommes «purs»( Matthieu 5, 8) , «spirituels» (1 Corinthiens 2, 15 & 3, 1) et «vivant pour Dieu» (Romains 6, 11), parce qu'ils ont l'esprit du Père qui purifie l'homme et l'élève à la vie de Dieu.

Faiblesse de la chair et promptitude de l'esprit

Car si, au témoignage du Seigneur, « la chair est faible », de même aussi « l'esprit est prompt » (Matthieu 26, 41), c'est-à-dire capable d'accomplir tout ce qu'il désire. Si donc quelqu'un mélange la promptitude de l'esprit, en manière d'aiguillon, à la faiblesse de la chair, ce qui est puissant l'emportera nécessairement sur ce qui est faible : la faiblesse de la chair sera absorbée par la force de l'esprit, et un tel homme ne sera plus charnel, mais spirituel, à cause de la communion de l'esprit. Ainsi les martyrs rendent-ils témoignage et méprisent-ils la mort, non selon la faiblesse de la chair, mais selon la promptitude de l'esprit. Car la faiblesse de la chair, ainsi absorbée, fait éclater la puissance de l'esprit ; l'esprit, de son côté, en absorbant la faiblesse, reçoit en lui-même la chair en héritage. Et c'est de ces deux choses qu'est fait l'homme vivant : vivant grâce à la participation de l'esprit, homme par la substance de la chair.

Image de ce qui est terrestre et image de ce qui est céleste

9, 3 Donc, sans l'esprit de Dieu, la chair est morte, privée de vie, incapable d'hériter du royaume de Dieu ; le sang est étranger à la raison, pareil à une eau que l'on aurait répandue à terre. C'est pourquoi l'Apôtre dit : « Tel a été l'homme terrestre, tels sont aussi les hommes terrestres. »(1 Corinthiens 15, 48) Mais, là où est l'esprit du Père, là est l'homme vivant : le sang, animé par la raison, est gardé par Dieu en vue de la vengeance (Apocalypse 6, 10 &19, 2) ; la chair, possédée en héritage par l'esprit, oublie ce qu'elle est, pour acquérir la qualité de l'esprit et devenir conforme au Verbe de Dieu. C'est pourquoi l'Apôtre dit : « Tout comme nous avons porté l'image de ce qui est terrestre, portons aussi l'image de ce qui est céleste. »(1 Corinthiens 15, 49)  Quel est ce « terrestre » ? L'ouvrage modelé. Et quel est ce « céleste » ? L'esprit. De même donc, veut-il dire, que, privés de l'esprit céleste, nous avons vécu autrefois dans la vétusté de la chair (Ephésiens 2, 3), en désobéissant à Dieu, de même, maintenant que nous avons reçu l'esprit, « marchons dans une nouveauté de vie» (Romains 6, 4), en obéissant à Dieu. Ainsi donc, parce que nous ne pouvons être sauvés sans l'esprit de Dieu, l'Apôtre veut nous exhorter à conserver cet esprit de Dieu par la foi et par une vie chaste, de peur que, faute d'avoir part à ce divin esprit, nous ne perdions le royaume des cieux : voilà pourquoi il proclame que la chair à elle seule, avec le sang, ne peut hériter du royaume de Dieu.




dimanche 15 juillet 2012

Saint Irénée (IX) :Nos corps qui participent à l’eucharistie ne sont plus corruptibles


Nos corps qui participent à l’eucharistie ne sont plus corruptibles

Saint Irénée, Contre les hérésies, Livre IV, chapitre 19, chapitre 18, paragraphe 5

18, 5 Comment encore peuvent-ils dire que la chair s'en va à la corruption et n'a point part à la vie, alors qu'elle est nourrie du corps du Seigneur et de son sang ? Qu'ils changent donc leur façon de penser, ou qu'ils s'abstiennent d'offrir ce que nous venons de dire ! Pour nous, notre façon de penser s'accorde avec l'eucharistie, et l'eucharistie en retour confirme notre façon de penser. Car nous lui offrons ce qui est sien, proclamant d'une façon harmonieuse la communion et l'union de la chair et de l'Esprit : car de même que le pain qui vient de la terre, après avoir reçu l'invocation de Dieu, n'est plus du pain ordinaire, mais eucharistie, constituée de deux choses, l'une terrestre et l'autre céleste, de même nos corps qui participent à l'eucharistie ne sont plus corruptibles, puisqu'ils ont l'espérance de la résurrection. 

samedi 14 juillet 2012

Saint Paul : Contre les doctrines purement humaines


Contre les doctrines purement humaines
Saint Paul Epître aux Colossiens 2, 6 à 23




(Π) Ὡς οὖν παρελάβετε τὸν χριστὸν Ἰησοῦν τὸν κύριον, ἐν αὐτῷ περιπατεῖτε,
Ainsi donc, comme vous avez reçu le Seigneur Jésus Christ, marchez en lui,

ἐρριζωμένοι καὶ ἐποικοδομούμενοι ἐν αὐτῷ, καὶ βεβαιούμενοι ἐν τῇ πίστει, καθὼς ἐδιδάχθητε, περισσεύοντες ἐν αὐτῇ ἐν εὐχαριστίᾳ.
étant enracinés et fondés en lui, et affermis par la foi, d'après les instructions qui vous ont été données, et abondez en actions de grâces.

(Π) Βλέπετε μή τις ὑμᾶς ἔσται ὁ συλαγωγῶν διὰ τῆς φιλοσοφίας καὶ κενῆς ἀπάτης, κατὰ τὴν παράδοσιν τῶν ἀνθρώπων, κατὰ τὰ στοιχεῖα τοῦ κόσμου, καὶ οὐ κατὰ χριστόν:
Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par une vaine tromperie, s'appuyant sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde, et non sur le Christ.

ὅτι ἐν αὐτῷ κατοικεῖ πᾶν τὸ πλήρωμα τῆς θεότητος σωματικῶς,
Car en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité.

καί ἐστε ἐν αὐτῷ πεπληρωμένοι, ὅς ἐστιν ἡ κεφαλὴ πάσης ἀρχῆς καὶ ἐξουσίας:
Vous avez tout pleinement en lui, qui est le chef de toute domination et de toute autorité.

ἐν ᾧ καὶ περιετμήθητε περιτομῇ ἀχειροποιήτῳ, ἐν τῇ ἀπεκδύσει τοῦ σώματος τῶν ἁμαρτιῶν τῆς σαρκός, ἐν τῇ περιτομῇ τοῦ χριστοῦ,
Et c'est en lui que vous avez été circoncis d'une circoncision que la main n'a pas faite, mais de la circoncision du Christ, qui consiste dans le dépouillement du corps [des péchés] de la chair :

συνταφέντες αὐτῷ ἐν τῷ βαπτίσματι,  ἐν ᾧ καὶ συνηγέρθητε διὰ τῆς πίστεως τῆς ἐνεργείας τοῦ θεοῦ, τοῦ ἐγείραντος αὐτὸν ἐκ τῶν νεκρῶν.
ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscités en lui et avec lui, par la foi en la puissance de Dieu, qui l'a ressuscité des morts.

Καὶ ὑμᾶς, νεκροὺς ὄντας ἐν τοῖς παραπτώμασιν καὶ τῇ ἀκροβυστίᾳ τῆς σαρκὸς ὑμῶν, συνεζῳοποίησεν ὑμᾶς σὺν αὐτῷ, χαρισάμενος ἡμῖν πάντα τὰ παραπτώματα,
Vous qui étiez morts par vos offenses et par l'incirconcision de votre chair, il vous a rendus à la vie avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos offenses ;

ἐξαλείψας τὸ καθ’ ἡμῶν χειρόγραφον τοῖς δόγμασιν, ὃ ἦν ὑπεναντίον ἡμῖν: καὶ αὐτὸ ἦρκεν ἐκ τοῦ μέσου, προσηλώσας αὐτὸ τῷ σταυρῷ:
il a effacé l'acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et il l'a détruit en le clouant à la croix ;

ἀπεκδυσάμενος τὰς ἀρχὰς καὶ τὰς ἐξουσίας, ἐδειγμάτισεν ἐν παρρησίᾳ, θριαμβεύσας αὐτοὺς ἐν αὐτῷ.
il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d'elles par la croix.

 (Π) Μὴ οὖν τις ὑμᾶς κρινέτω ἐν βρώσει ἢ ἐν πόσει, ἢ ἐν μέρει ἑορτῆς ἢ νουμηνίας  ἢ σαββάτων:
Que personne donc ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou au sujet d'une fête, d'une nouvelle lune, ou des sabbats :

ἅ ἐστιν σκιὰ τῶν μελλόντων, τὸ δὲ σῶμα χριστοῦ. 
c'était l'ombre des choses à venir, mais le corps est en Christ.

Μηδεὶς ὑμᾶς καταβραβευέτω θέλων ἐν ταπεινοφροσύνῃ καὶ θρησκείᾳ τῶν ἀγγέλων, ἃ μὴ ἑώρακεν ἐμβατεύων, εἰκῇ φυσιούμενος ὑπὸ τοῦ νοὸς τῆς σαρκὸς αὐτοῦ,
Qu'aucun homme, sous une apparence d'humilité et par un culte des anges, ne vous ravisse à son gré le prix de la course, tandis qu'il s'abandonne à ses visions et qu'il est enflé d'un vain orgueil par ses pensées charnelles,

καὶ οὐ κρατῶν τὴν κεφαλήν, ἐξ οὗ πᾶν τὸ σῶμα, διὰ τῶν ἁφῶν καὶ συνδέσμων ἐπιχορηγούμενον καὶ συμβιβαζόμενον, αὔξει τὴν αὔξησιν τοῦ θεοῦ.
sans s'attacher au chef, dont tout le corps, assisté et solidement assemblé par des jointures et des liens, tire l'accroissement que Dieu donne.

(Π) Εἰ ἀπεθάνετε σὺν χριστῷ, ἀπὸ τῶν στοιχείων τοῦ κόσμου, τί ὡς ζῶντες ἐν κόσμῳ δογματίζεσθε,
Si vous êtes morts avec le Christ aux rudiments du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous impose-t-on ces préceptes :

Μὴ ἅψῃ, μηδὲ γεύσῃ, μηδὲ θίγῃς –
Ne prends pas ! ne goûte pas ! ne touche pas !

ἅ ἐστιν πάντα εἰς φθορὰν τῇ ἀποχρήσει – κατὰ τὰ ἐντάλματα καὶ διδασκαλίας τῶν ἀνθρώπων;
préceptes qui tous deviennent pernicieux par l'abus, et qui ne sont fondés que sur les ordonnances et les doctrines des hommes ?

Ἅτινά ἐστιν λόγον μὲν ἔχοντα σοφίας ἐν ἐθελοθρησκείᾳ καὶ ταπεινοφροσύνῃ καὶ ἀφειδίᾳ σώματος, οὐκ ἐν τιμῇ τινὶ πρὸς πλησμονὴν τῆς σαρκός.
Ils ont, à la vérité, une apparence de sagesse, en ce qu'ils indiquent un culte volontaire, de l'humilité, et le mépris du corps, mais ils sont sans aucun mérite et contribuent à la satisfaction de la chair.

Demain, la suite de saint Irénée, avec de nouveaux textes tout aussi percutants que les précédents.