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mercredi 5 juin 2013

Le corps selon saint Grégoire Palamas





Le corps n'est pas mauvais en soi
C'est aux hérétiques, frère, qu'il sied de parler ainsi, aux hérétiques qui disent que le corps est une chose maligne, qu'il est une confection du Malin. Quand à nous, nous pensons que le mauvais esprit est dans les pensées corporelles, mais qu'il n'y a pas de mauvais esprit dans le corps, puisque le corps n'est pas une chose mauvaise. (...)
Extrait de : Triade, I,1,1.

Corps spirituels
Avec la victoire de l'esprit, leur corps deviendra tellement subtil qu'il n'apparaitra plus du tout comme matériel et ne s'opposera plus aux énergies intellectuelles. C'est pourquoi, ils jouiront de la lumière divine avec leurs sens corporels eux-mêmes.
Triade, I,3,36.

Le corps peut devenir Esprit
De même la joie spirituelle qui vient de l'esprit dans le corps n'est pas du tout corrompue par la communion au corps, mais transforme le corps et le rend spirituel, parce qu'alors il rejette tous les mauvais appétits de la chair, ne tire plus l'âme vers le bas, mais s'élève avec elle, de sorte que l'homme tout entier devient Esprit, suivant ce qui est écrit : Celui qui est né de l'Esprit est Esprit (Jean, III, 6,8). Et tout cela est évident par expérience.
Extrait de : Triade II,2,8.

lundi 27 août 2012

Introduction à la théologie des IIe et IIIe siècles



















Introduction à la théologie des IIe et IIIe siècles
Volumes 1 & 2

Je viens de recevoir ce double pavé de 1676  pages au total... Pas spécialement le format d'un ouvrage à lire sur la plage !

Oeuvre d'un père jésuite espagnol réputé, mort il y a neuf ans à l'âge de 86 ans, elle avait été annoncée et recommandée en termes élogieux par Jean-Claude Larchet sur le site orthodoxie : tout arrive ! 

Le sujet est particulièrement passionnant : le christianisme primitif  dans toutes ses composantes, celles qui s'agrégèrent pour constituer ce qu'on appelle la Grande Eglise, et les autres non reçues par elle, qu'elles soient simplement déviantes ou franchement hérétiques. Bien évidemment, saint Irénée y occupe une place de choix : presque 200 occurrences ! Car c'est lui qui occupe le medium perfectum.

Une lecture cursive des titre des 49 chapitres et de leur sous-sections montre que 100 ou 200 ans après la vie terrestre du Sauveur étaient déjà posés, analysés et discutés tous les thèmes essentiels de la destinée de l'homme, thèmes toujours d’actualité comme le prouvent les controverses qui surgissent ici ou là sur les réseaux sociaux. Et l'on constate aisément que la discussion n'a guère avancé depuis 1 800 ans, elle aurait même plutôt régressé, de pair avec la baisse du niveau de la culture.

Je reviendrai assurément sur cet ouvrage, somme de toute une vie de labeur et qui fera date, j'en suis convaincu. En attendant, je vous invite à prendre connaissance de la présentation qui en faite par l'éditeur.


traduction de l'espagnol par Joseph M. Lopez de Castro
revue et complétée par Agnès Bastit et Jean-Michel Roessli
avec la collaboration de Bernard Jacob et Pierre Molinié
liminaire de Luis F. Ladaria
avant-propos de Jean-Michel Roessli
Cerf , Paris
collection Patrimoines
collection Introduction à la théologie des IIe et IIIe siècles , numéro 1
Parution :  juin 2012
Résumé
Cette somme englobe la littérature chrétienne des deuxième et troisième siècles, y compris gnostique et apocryphe. Elle s'inscrit dans une vision de la théologie de l'histoire : à chaque étape, les auteurs sont mis en relation dans une discussion qui éclaire les passages scripturaires, objet de cette confrontation. Leur première réception est ainsi éclairée, dessinant un christianisme pluriel.
Quatrième de couverture
Christianisme

Cette introduction est une somme qui englobe toute la littérature chrétienne des IIe et IIIe siècles, de quelque provenance que ce soit, y compris gnostique ou apocryphe. Elle s'inscrit dans une vision de la théologie de l'histoire et adopte donc un plan correspondant aux étapes du plan divin de salut, depuis le Dieu inconnu et son entreprise créatrice jusqu'à l'accomplissement final du cosmos et de l'humanité, en passant par l'action de l'Esprit dans le temps et l'incarnation du Verbe en Jésus. L'enjeu est cosmique, mais surtout anthropologique : il s'agit de comprendre quel salut est apporté par quel Sauveur.

À chaque étape, les auteurs chrétiens, qu'ils soient gnostiques ou « orthodoxes », sont mis en relation et inaugurent sous les yeux du lecteur une discussion féconde qui éclaire les passages scripturaires, objets de cette confrontation. Il en résulte une vision d'ensemble à la fois simple et riche, qui renouvelle en grande partie la représentation reçue du christianisme primitif et de son rapport au texte biblique. Les versets de l'Écriture ainsi commentés apparaissent sous un jour inédit, représentatif de leur toute première réception dans les communautés chrétiennes. Se dessine alors un christianisme pluriel, traversé de tensions, mais non éclaté, car partageant les mêmes problématiques.

lundi 16 juillet 2012

Saint Irénée (X) : « La chair et le sang »


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »

Cette phrase de saint Paul, dans la première épître aux Corinthiens (15, 30) est répétée à l’envi par ceux que j’appelle les sarcophobes, les ennemis de la chair, qui jettent sur elle l’anathème comme si elle était sous le coup d’une culpabilité irrémissible et par conséquent vouée, non au salut, et même pas à l’enfer, mais à l’anéantissement.
Prise à la lettre, cette phrase leur donne apparemment raison. Mais ce qu’oublient ou négligent ces esprits simplistes – ou obsédés par leurs préjugés, comme les hérétiques que combat saint Irénée – c’est que s’il y a un écrivain sacré qui s’accommode mal d’une lecture au premier degré, c’est bien saint Paul. Chez lui, il y a la lettre et il y a l’esprit. C’est cette lecture spirituelle que développe saint Irénée dans cette quatrième section de la première partie du livre V de son traité, dont je donnerai d’amples extraits, vu leur importance sotériologique.

« La chair et le sang »

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 9, paragraphes 1 à 3

9, 1 C'est ce qui a été dit aussi ailleurs par l'Apôtre en ces termes : « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu », (1 Corinthiens 15, 50) texte que tous les hérétiques allèguent dans leur folie et à partir duquel ils s'efforcent de prouver qu'il n'y a pas de salut pour l'ouvrage modelé par Dieu. Car ils ne comprennent pas que trois choses, ainsi que nous l'avons montré, constituent l'homme parfait : la chair, l'âme et l'esprit. L'une d'elles sauve et forme, à savoir l'esprit ; une autre est sauvée et formée, à savoir la chair ; une autre enfin se trouve entre celles-ci, à savoir l'âme, qui tantôt suit l'esprit et prend son envol grâce à lui, tantôt se laisse persuader par la chair et tombe dans des convoitises terrestres. Ceux donc qui n'ont pas l'élément qui sauve et forme en vue de la vie, ceux-là sont et se verront appeler à bon droit «sang et chair», puisqu'ils n'ont pas l'esprit de Dieu en eux. C'est d'ailleurs pourquoi ils sont dits « morts » par le Seigneur — « Laissez, dit-il, les morts ensevelir leurs morts » (Luc 9, 60) —, car ils n'ont pas l'esprit qui vivifie l'homme. 9, 9, 2 Mais ceux qui craignent Dieu, qui croient à l'avènement de son Fils et qui, par la foi, établissent à demeure dans leurs cœurs l'esprit de Dieu, ceux-là seront justement nommés hommes «purs»( Matthieu 5, 8) , «spirituels» (1 Corinthiens 2, 15 & 3, 1) et «vivant pour Dieu» (Romains 6, 11), parce qu'ils ont l'esprit du Père qui purifie l'homme et l'élève à la vie de Dieu.

Faiblesse de la chair et promptitude de l'esprit

Car si, au témoignage du Seigneur, « la chair est faible », de même aussi « l'esprit est prompt » (Matthieu 26, 41), c'est-à-dire capable d'accomplir tout ce qu'il désire. Si donc quelqu'un mélange la promptitude de l'esprit, en manière d'aiguillon, à la faiblesse de la chair, ce qui est puissant l'emportera nécessairement sur ce qui est faible : la faiblesse de la chair sera absorbée par la force de l'esprit, et un tel homme ne sera plus charnel, mais spirituel, à cause de la communion de l'esprit. Ainsi les martyrs rendent-ils témoignage et méprisent-ils la mort, non selon la faiblesse de la chair, mais selon la promptitude de l'esprit. Car la faiblesse de la chair, ainsi absorbée, fait éclater la puissance de l'esprit ; l'esprit, de son côté, en absorbant la faiblesse, reçoit en lui-même la chair en héritage. Et c'est de ces deux choses qu'est fait l'homme vivant : vivant grâce à la participation de l'esprit, homme par la substance de la chair.

Image de ce qui est terrestre et image de ce qui est céleste

9, 3 Donc, sans l'esprit de Dieu, la chair est morte, privée de vie, incapable d'hériter du royaume de Dieu ; le sang est étranger à la raison, pareil à une eau que l'on aurait répandue à terre. C'est pourquoi l'Apôtre dit : « Tel a été l'homme terrestre, tels sont aussi les hommes terrestres. »(1 Corinthiens 15, 48) Mais, là où est l'esprit du Père, là est l'homme vivant : le sang, animé par la raison, est gardé par Dieu en vue de la vengeance (Apocalypse 6, 10 &19, 2) ; la chair, possédée en héritage par l'esprit, oublie ce qu'elle est, pour acquérir la qualité de l'esprit et devenir conforme au Verbe de Dieu. C'est pourquoi l'Apôtre dit : « Tout comme nous avons porté l'image de ce qui est terrestre, portons aussi l'image de ce qui est céleste. »(1 Corinthiens 15, 49)  Quel est ce « terrestre » ? L'ouvrage modelé. Et quel est ce « céleste » ? L'esprit. De même donc, veut-il dire, que, privés de l'esprit céleste, nous avons vécu autrefois dans la vétusté de la chair (Ephésiens 2, 3), en désobéissant à Dieu, de même, maintenant que nous avons reçu l'esprit, « marchons dans une nouveauté de vie» (Romains 6, 4), en obéissant à Dieu. Ainsi donc, parce que nous ne pouvons être sauvés sans l'esprit de Dieu, l'Apôtre veut nous exhorter à conserver cet esprit de Dieu par la foi et par une vie chaste, de peur que, faute d'avoir part à ce divin esprit, nous ne perdions le royaume des cieux : voilà pourquoi il proclame que la chair à elle seule, avec le sang, ne peut hériter du royaume de Dieu.




jeudi 12 juillet 2012

Saint Irénée (VII) L'Esprit donné dès ici-bas aux croyants comme arrhes de la résurrection future


L'Esprit donné dès ici-bas aux croyants comme arrhes de la résurrection future

Saint Irénée, Contre les hérésies, Livre V, chapitre 7, paragraphe 2
& chapitre 8, paragraphe 1

« Car présentement, dit l'Apôtre, nous ne connaissons qu'en partie, et nous ne prophétisons qu'en partie, mais alors ce sera face à face. » (1 Corinthiens 13, 9 & 12) C'est ce que Pierre dit lui aussi : « Lorsque vous verrez Celui en qui, sans le voir encore, vous croyez, vous tressaillirez d'une joie inexprimable. » (1 Pierre 1, 8) Car notre face verra la face de Dieu, et elle tressaillira d'une joie inexprimable, puisqu'elle verra Celui qui est sa Joie. Mais présentement, c'est une partie seulement de son Esprit que nous recevons, afin de nous disposer à l'avance et de nous préparer à l'incorruptibilité, en nous accoutumant peu à peu à saisir et à porter Dieu. C'est ce que l'Apôtre nomme « arrhes » — c'est-à-dire une partie seulement dé l'honneur qui nous a été promis par Dieu —, lorsqu'il dit dans l'épître aux Ephésiens : « C'est en lui que vous aussi, après avoir entendu la parole de vérité, l'Évangile de votre salut, c'est en lui qu'après avoir cru vous avez été marqués du sceau de l'Esprit Saint de la promesse, qui est les arrhes de votre héritage. »(Ephésiens 1, 13-14) Si donc ces arrhes, en habitant en nous, nous rendent déjà spirituels et si ce qui est mortel est absorbé par l'immortalité (2 Corinthiens 5, 4)— car «pour vous, dit-il, vous n'êtes pas dans la chair, mais dans l'Esprit, s'il est vrai que l'Esprit de Dieu habite en vous »(Romains 8, 9) —, et si, d'autre part, cela se réalise, non par le rejet de la chair, mais par la communion de l'Esprit — car ceux auxquels il écrivait n'étaient pas des êtres désincarnés, mais des gens qui avaient reçu l'Esprit de Dieu « en qui nous crions : Abba, Père » (Romains 8, 15)— ; si donc, dès à présent, pour avoir reçu ces arrhes, nous crions : «Abba, Père», que sera-ce lorsque, ressuscites, nous le verrons face à face? lorsque tous les membres, à flots débordants, feront jaillir un hymne d'exultation, glorifiant Celui qui les aura ressuscites d'entre les morts et gratifiés de l'éternelle vie? Car, si déjà de simples arrhes, en enveloppant l'homme de toute part en elles-mêmes, le font s'écrier : « Abba, Père », que ne fera pas la grâce entière de l'Esprit, une fois donnée aux hommes par Dieu? Elle nous rendra semblables à lui et accomplira la volonté du Père, car elle parfera l'homme à l'image et à la ressemblance de Dieu.

mardi 10 juillet 2012

Saint Irénée (V) La résurrection corporelle du Christ, gage de notre résurrection corporelle


La résurrection corporelle du Christ, gage de notre résurrection corporelle
Saint Irénée, Contre les hérésies, Livre V, chapitre 6, paragraphe 2
& chapitre 7, paragraphe 1

6, 2 (suite) Que nos corps doivent ressusciter, non en vertu de leur substance, mais par la puissance de Dieu, l'Apôtre le dit aux Corinthiens : « Le corps n'est pas pour l'impudicité, mais il est pour le Seigneur, comme le Seigneur est pour le corps, et Dieu qui a ressuscité le Seigneur nous ressuscitera, nous aussi, par sa puissance. »(1 Corinthiens 3, 17) 7, 1 De même donc que le Christ est ressuscité dans la substance de sa chair et a montré à ses disciples les marques des clous ainsi que l'ouverture de son côté — autant de preuves que c'était bien sa chair qui était ressuscitée d'entre les morts —, de même, dit l'Apôtre, « Dieu nous ressuscitera, nous aussi, par sa puissance ». (1 Corinthiens 6, 14)

Il dit derechef aux Romains : « Si l'Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ d'entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels. » (Romains 8, 11) Quels sont-ils donc, ces « corps mortels » ? Seraient-ce les âmes ? Mais les âmes sont incorporelles, en regard des corps mortels. Car Dieu « insuffla dans la face » de l'homme « un souffle de vie, et l'homme devint âme vivante» (Genèse 2, 7) : or ce souffle de vie est incorporel. On ne peut non plus dire l'âme mortelle, puisqu'elle est souffle de vie. Aussi David dit-il : « Et mon âme vivra pour lui » (psaume 21, 31), persuadé qu'il est que la substance de cette âme est immortelle. On ne peut non plus prétendre que le « corps mortel » dont il s'agit serait l'esprit. Dès lors, que reste-t-il à dire, sinon que le « corps mortel » est l'ouvrage modelé par Dieu, autrement dit la chair, et que c'est bien de celle-ci que l'Apôtre déclare que Dieu la vivifiera ? Car c'est elle qui meurt et se décompose, et non l'âme ou l'esprit. Mourir, en effet, c'est perdre la manière d'être propre au vivant, devenir sans souffle, sans vie, sans mouvement, et se dissoudre dans les éléments dont on a reçu le principe de son existence. Or ceci ne peut arriver ni à l'âme, puisqu'elle est souffle de vie, ni à l'esprit, puisqu'il n'est pas composé, mais simple, qu'il ne peut se dissoudre et qu'il est lui-même la vie de ceux qui participent à lui. La preuve est donc faite que c'est bien la chair qui subit la mort : une fois l'âme sortie, la chair devient sans souffle et sans vie et se dissout peu à peu dans la terre d'où elle a été tirée. C'est donc bien elle qui est mortelle. C'est également d'elle que l'Apôtre dit : « Il vivifiera aussi vos corps mortels.» (Romains, loc. cit.)

lundi 9 juillet 2012

Saint Irénée (IV) La chair ne saurait sombrer définitivement dans la mort


La chair, «temple de Dieu» et «membre du Christ»,
ne saurait sombrer définitivement dans la mort.

Saint Irénée, Contre les hérésies, Livre V, chapitre 6, paragraphe 2


6, 2 De là vient qu'il appelle temple de Dieu l'ouvrage modelé : « Ne savez-vous pas, dit-il, que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est saint, et c'est ce que vous êtes vous-mêmes » (1 Corinthiens 3, 16-17) : de toute évidence, il appelle le corps un temple en lequel habite l'Esprit. Le Seigneur disait lui aussi à propos du corps : «Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » (Jean 2, 21) « Or, note l'Ecriture, il disait cela de son corps. » (Jean 2, 21) De plus, l'Apôtre sait que nos corps sont non seulement le temple, mais les membres du Christ, car il dit aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ? Prendrai-je donc les membres du Christ pour en faire les membres d'une prostituée ? » (1 Corinthiens 6, 15). Ce n'est pas de quelque autre « homme pneumatique » qu'il dit cela, car celui-ci ne pourrait s'unir à une courtisane, mais c'est de notre propre corps, autrement dit de notre chair, qu'il parle : le corps persévère-t-il dans la sainteté et la pureté, il est membre du Christ ; s'unit-il au contraire à une courtisane, il devient membre de cette courtisane. Et c'est pourquoi l'Apôtre dit : « Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira »(1 Corinthiens 3, 17) Dès lors, prétendre que le temple de Dieu, en lequel habite l'Esprit du Père, et les membres du Christ n'ont point part au salut, mais vont à la perdition, comment ne serait-ce pas le comble du blasphème?

Saint Irénée (III) : Que votre être intégral soit conservé sans reproche pour la venue du Seigneur Jésus ! »


« Que votre être intégral — à savoir votre esprit, votre âme et votre corps —
soit conservé sans reproche pour la venue du Seigneur Jésus ! »
Saint Irénée, Contre les hérésies, Livre V, chapitre 6, paragraphe 1



6, 1 Au contraire, Dieu sera glorifié dans l'ouvrage par lui modelé, lorsqu'il l'aura rendu conforme et semblable à son Fils (Romains 8, 29 ; Philippiens 3, 21). Car, par les Mains du Père, c'est-à-dire par le Fils et l'Esprit, c'est l'homme, et non une partie de l'homme, qui devient à l'image et à la ressemblance de Dieu. Or l'âme et l'esprit peuvent être une partie de l'homme, mais nullement l'homme : l'homme parfait, c'est le mélange et l'union de l'âme qui a reçu l'Esprit du Père et qui a été mélangée à la chair modelée selon l'image de Dieu. Et c'est pourquoi l'Apôtre dit : « Nous parlons sagesse parmi les parfaits. » (1 Corinthiens 2, 6). Sous ce nom de « parfaits », il désigne ceux qui ont reçu l'Esprit de Dieu et qui parlent toutes les langues grâce à cet Esprit, comme lui-même les parlait, et comme nous entendons aussi nombre de frères dans l'Église, qui possèdent des charismes prophétiques, parlent toutes sortes de langues grâce à l'Esprit, manifestent les secrets des hommes pour leur profit et exposent les mystères de Dieu. Ces hommes-là, l'Apôtre les nomme également « spirituels » : spirituels, ils le sont par une participation de l'esprit, mais non par une évacuation et une suppression de la chair. En effet, si l'on écarte la substance de la chair, c'est-à-dire de l'ouvrage modelé, pour ne considérer que ce qui est proprement esprit, une telle chose n'est plus l'homme spirituel, mais l'« esprit de l'homme» ou l'« Esprit de Dieu ». En revanche, lorsque cet esprit, en se mélangeant à l'âme, s'est uni à l'ouvrage modelé, grâce à cette effusion de l'Esprit se trouve réalisé l'homme spirituel et parfait, et c'est celui-là même qui a été fait à l'image et à la ressemblance de Dieu. Quand au contraire l'esprit fait défaut à l'âme, un tel homme, restant en toute vérité psychique et charnel, sera imparfait, possédant bien l'image de Dieu dans l'ouvrage modelé, mais n'ayant pas reçu la ressemblance par le moyen de l'esprit. De même donc que cet homme est imparfait, de même aussi, si l'on écarte l'image et si l'on rejette l'ouvrage modelé, on ne peut plus avoir affaire à l'homme, mais, ainsi que nous l'avons dit, à une partie de l'homme ou à quelque chose d'autre que l'homme. Car la chair modelée, à elle seule, n'est pas l'homme parfait : elle n'est que le corps de l'homme, donc une partie de l'homme. L'âme, à elle seule, n'est pas davantage l'homme : elle n'est que l'âme de l'homme, donc une partie de l'homme. L'esprit non plus n'est pas l'homme : on lui donne le nom d'esprit, non celui d'homme. C'est le mélange et l'union de toutes ces choses qui constitue l'homme parfait. Et c'est pourquoi l'Apôtre, s'expliquant lui-même, a clairement défini l'homme parfait et spirituel, bénéficiaire du salut, lorsqu'il dit dans sa première épître aux Thessaloniciens : « Que le Dieu de paix vous sanctifie en sorte que vous soyez pleinement achevés, et que votre être intégral — à savoir votre esprit, votre âme et votre corps — soit conservé sans reproche pour l'avènement du Seigneur Jésus. » (1 Thessaloniciens 5, 23). Quel motif avait-il donc de demander pour ces trois choses, à savoir l'âme, le corps et l'esprit, une intégrale conservation pour l'avènement du Seigneur, s'il n'avait su que toutes les trois doivent être restaurées et réunies et qu'il n'y a pour elles qu'un seul et même salut ? C'est pour cela qu'il dit « pleinement achevés » ceux qui présentent sans reproche ces trois choses au Seigneur. Sont donc parfaits ceux qui, tout à la fois, possèdent l'Esprit de Dieu demeurant toujours avec eux et se maintiennent sans reproche quant à leurs âmes et quant à leurs corps, c'est-à-dire conservent la foi envers Dieu et gardent la justice envers le prochain.

dimanche 1 avril 2012

"Les Pères de l’Église et la chair"





Pascal-Grégoire Delage (éd.), « Les Pères de l’Église et la chair. Entre incarnation et diabolisation, les premiers chrétiens au risque du corps. Actes du Actes du Ve  Colloque de La Rochelle 9, 10 et 11 septembre 2011 », CaritasPatrum, Royan, 2012, 454 p.

L’Association CaritasPatrum anime, sous la direction du père Pascal-Grégoire Delage et d'Annie Wellens (dont les chroniquesdéjantées et pleines d'humour valent le détour), un site internet très vivant sur les Pères de l’Église. Elle organise aussi tous les deux ans à La Rochelle des colloques à leur sujet, et vient de publier les actes du colloque tenu en 2011 sur le thème de la chair. Ce mot ambigu, qui désigne tantôt le corps et tantôt ce qui s’oppose à l’esprit, occupe une place importante dans les épîtres de saint Paul et dans les œuvres des Pères de l’Église. Les vingt-cinq communications reproduites dans ce volume abordent différents problèmes posés par le sens du mot, et un certain nombre de réflexions développées par les Pères de l’Église du Ier au IVe siècle sur ce thème important de la pensée chrétienne affrontée, tant à l’extérieur d’elle-même qu’en son sein, à un corps tantôt dévalué, tantôt surévalué, et tantôt réévalué. Les exposés sont riches et variés, mais on constate un léger déséquilibre en faveur des Pères latins et au détriment des Pères grecs pourtant très prolixes sur le sujet.

Nous donnons ci-dessous la liste des communications, regroupées par thèmes et selon l’ordre où elle sont été présentées.Problématiques bibliques et premiers jalons.

- Yves-Marie BLANCHARD,  La dialectique chair /esprit dans l’Evangile selon saint Jean.

- Marc COUMONT, La vie selon la chair, la vie selon l’Esprit, approches pauliniennes.
- Bernard POUDERON,  « Né de la chair de Marie » (Valentin – Justin – Tertullien).
- Marie-Laure CHAIEB, La faiblesse de la chair  selon Irénée de Lyon, de l’opiniâtreté à assumer la corporéité dans la relation à Dieu
- Magdalena DIAZ-ARAUJO, Le « péché de la chair » dans la « Vie grecque d’Adam et Eve ». La relation entre la chair et le mauvais penchant dans une tradition judéo-hellénistique.
Approfondissement doctrinal et nouvelles pratiques  
- Gilles DORIVAL, Origène, théologien de la chair.
- Jérôme ALEXANDRE, Tertullien: la chair paradoxale.    
- Marie-Françoise  BASLEZ, Les représentations du corps dans les récits de martyre, penser le corps ressuscité.
- Emmanuel SOLER, Incarnation, corps saints et purification des corps dans la prédication chrysostomienne.
- Benoît JEANJEAN, A propos des « œuvres de la chair »,  l’interprétation et l’utilisation de Ga 5, 19-21 chez les Pères latins.
- Delphine VIELLARD, Les citations patristiques sur la relation entre le mariage  et l’union charnelle 
dans la « Question 27.2 du Décret de Gratien ».
Entre répulsion et apprivoisement
- Michel COZIC, Lettre d’Eutrope à la riche chrétienne Cerasia ébranlée jusque dans son âme par la maladie.
- Aline CANELLIS, Jeûne et éloge de la gourmandise dans le « De Helia et Ieiunio » d’Ambroise de Milan.
- Françoise THELAMON, Ascèse alimentaire et vie angélique: l’idéal de perfection des moines d’Egypte au IVe siècle.
- Pascal-Grégoire DELAGE, De la chair éprouvée des saintes femmes.
- Sophie MALICK-PRUNIER, « Horace et le psautier », images plurielles du corps féminin dans l’hymne 
à Eulalie de Prudence, Perist. 3.
La chair comme lieu de salut
- Marcel METZGER, Sexualité et mariage dans les « Constitutions apostoliques »: la voie moyenne.
- Benoît GAIN, La défense du mariage en Asie Mineure et en Syrie au IVe siècle.
- Dominique LHUILLIER-MARTINETTI, Le mariage et l’inflexion chrétienne : l’âge de la nubilité dans les écrits d’Ambroise de Milan
- Pierre DESCOTES, Nihil est animae sua carne propinquius: le rapport entre la chair et l’âme selon saint Augustin.
- François-Xavier BERNARD, Le corps malade et les pratiques médicales chez Augustin.
Actualisation et perspectives
-  Jean-Claude LARCHET, La valorisation du corps dans la théologie, l’anthropologie et la spiritualité patristiques
- Véronique MARGRON, Une éthique théologique en faveur du corps de chair.
- Annie WELLENS, Du  discernement  œnologique  chez  les  Pères  de  l’Eglise, boire ou se bien conduire, faut-il choisir ?
- Béatrice CASEAU, Conclusions.
L ‘ouvrage sera diffusé à partir du mois de juin par les Éditions du Cerf. Avant cette date il peut être commandé au siège de l’association CaritasPatrum. Voirici les modalités.


Mon ami A Valle Sancta me pardonnera (c'est chrétien !!!) de pour une fois lui brûler l'herbe sous le pied...

Ce sujet est extraordinairement important car, principalement en Occident, des générations et des générations de catholiques romains ont été torturés moralement, il n'y a pas d'autre mot, par une ascèse dévoyée et mortifère issue d'une exégèse partielle et partiale  des textes de saint Paul, exégèse qui a considéré la chair comme uniquement pécheresse, alors que, comme il est dit dans la présentation ci-dessus, le terme chair, "sarx", a deux acceptions.   

On ne peut que se réjouir de voir la pensée théologique occidentale (car c'est surtout elle qui est en scène) revenir à des appréciations plus justes et plus équilibrées sur les thèses augustiniennes. 

jeudi 5 janvier 2012

La prière, selon saint Théophane le Reclus

J'ai trouvé dans la revue "Le Chemin" (n° 54, 2002) publiée par la communauté Saint Thiébault à Gorze (Moselle)  [ www.centre-bethanie.org/] une conférence remarquable de l'évêque Kallistos (Timothy) Ware intitulée "Symbolique et beauté dans la prière". Elle est trop longue pour être reproduite ici intégralement, ce qui est bien dommage, mais j'en ai extrait quelques passages parmi les plus significatifs.

Comme je suppose que le nom de saint Théophane le Reclus est ignoré de bon nombre de mes lecteurs (même orthodoxes, hélas !), quelques mots sur ce grand spirituel :

Saint Théophane le Reclus est surtout connu pour ses ouvrages de vie spirituelle. Il naquit le 10 janvier 1815 dans le village de Chernavsk, d'un père prêtre; Après avoir étudié dans les séminaires de plusieurs grandes villes, dont Kiev, il fut tonsuré moine le 15 février 1841, puis ordonné diacre et enfin prêtre la même année.

Il partit par la suite en Palestine où il devint prêtre dans la mission russe. Il y passa sept ans et acquit à cette occasion une parfaite connaissance du grec. Il fut ensuite pendant quelque temps aumônier de l'église de l'ambassade russe à Constantinople. De retour en Russie, il devint recteur de l'Académie théologique de Saint-Petersbourg. Enfin, le 1er juin 1859, il fut consacré évêque de Tambov (à l'ouest de la Russie), avant d'être transféré à Vladimir (l'ancienne capitale de la Russie duXIIe au XIVe siècle) en 1863. En 1866, l’évêque Théophane demanda à être relevé de la charge de son diocèse pour se retirer dans la prière et la solitude,ce qui lui fut accordé.

Il se retira alors dans un monastère le Vychenskaïa Poustygne. Il y passe ses journées dans une retraite profonde, ce qui lui valut le surnom de "reclus". C'est également au cours de sa vie d'ermite qu'il écrivit ses nombreux livres spirituels. Il avait dans sa cellule une grande bibliothèque avec des livres en slavon et russe, mais aussi en anglais,français, grec, allemand. Il a joué un rôle important dans la traduction de la Philocalie en russe.

Durant les onze dernières années de sa vie, il célébra la messe tous les jours dans sa petite chapelle, tout seul, en silence, concélébrant avec les anges. [P. Smimov. Vie et Doctrine de Sa Grandeur Mgr. Théophane (en russe). Moscou, 1905, p. 123]


La fin de sa vie fut marquée par la maladie. Il souffrait de rhumatismes, de névralgies, d'arythmies cardiaques et il devint aveugle de l'œil droit en 1888.

Il naquit au ciel le 6 janvier 1894 vers quatre heures de l'après-midi. Il a été canonisé en 1988 par l'Église russe et il est fêté le 6 et le 10 janvier


L’ouvrage de l’évêque Théophane le plus remarquable en matière de spiritualité est probablment son livre : "Qu’est-ce que la vie spirituelle et comment s’y disposer ?" [Moscou, 5e éd. 1904] C’est un recueil de lettres de direction spirituelle adressées à une pieuse personne désireuse d’atteindre la perfection.

Le site http://orthodoxologie.blogspot.com/ publie chaque jour un commentaire quotidien de l'Ecriture par saint Théophane le Reclus.

Et maintenant, place aux extraits de l'étude de l'évêque Kallistos.


La chose principale, dit saint Théophane le Reclus, est de se tenir devant Dieu avec l’esprit dans le cœur et de continuer à se tenir devant Lui, sans cesse, jour et nuit, jusqu’à la fin de la vie. (Cité dans Higoumène Chariton, L’Art de la prière, Bellefontaine, 1976, p. 81.)


Dans cette définition concise mais profonde, saint Théophane souligne trois choses :

– premièrement, la base de la louange qui est de se tenir devant Dieu ;

– deuxièmement, les facultés qu’emploie la personne qui rend grâce : avec l’esprit dans le cœur ;

– troisièmement, le moment approprié pour la louange : sans cesse jour et nuit, jusqu’à la fin de la vie.

[...] Lorsqu’il prie, le fidèle ressent à la fois la miséricorde et le jugement de Dieu, à la fois sa bonté et sa sévérité. [...] Comme saint Macaire insiste dans ses Homélies : Ceux qui ont goûté le don de l’Esprit sont conscients de deux choses à la fois : d’un côté, la joie et la consolation ; et de l’autre, la crainte, le tremblement et la tristesse. Ces deux sentiments simultanés devraient caractériser notre prière si nous voulons nous tenir de manière juste dans la Divine présence.

[...]  Parler comme le fait saint Théophane de se tenir devant Dieu avec l’esprit dans le cœur, signifie que nous devons L’adorer avec la totalité de notre personne humaine. Les facultés rationnelles ne sont pas du tout rejetées, parce que nous sommes des créatures rationnelles – ce que saint Clément d’Alexandrie nomme "un troupeau raisonnable" – et à cause de cela notre prière devrait être logika latreia, prière raisonnable (Rm 12, 1). De même, nous ne devons pas exclure nos émotions et nos affects de notre prière, parce qu’eux aussi font partie de notre personnalité. Nos prières devraient être animées d’éros, désir intense et fervent pour le Divin, afin que notre prière devienne véritablement une expression d’extase érotique, pour employer une phrase de saint Maxime le Confesseur. Mais, logos et éros, raison, émotions et affects doivent être combinés avec les autres pôles de notre personne, et ils doivent tous être intégrés en une unité vivante, au niveau de notre être profond, de notre cœur.

[...] Dans cet acte total d’adoration, alors, nous devons nous tenir devant Dieu avec notre personne tout entière : certainement avec l’esprit conscient, mais aussi avec les aspects de notre être intérieur qui vont jusqu’à l’inconscient ; avec nos sentiments instinctifs, avec notre sens esthétique et également avec cette faculté de compréhension intuitive et de conscience spirituelle directe qui, comme nous l’avons dit, surpasse de loin la raison discursive. Tout cela doit jouer son rôle dans notre prière ; et notre constitution physique et matérielle aussi, c’est-à-dire notre corps. La chair aussi est transformée, écrit saint Grégaire Palamas ; elle est exaltée avec l’âme et communie avec elle au Divin, et devient de même la possession et le lieu d’habitation de Dieu.


[...] Pour un chrétien orthodoxe, il est de la plus haute importance que l’acte de rendre grâce exprime la joie et la beauté du Royaume des Cieux. Sans cette dimension de beauté, notre action de grâce ne réussira jamais à être une prière dans le plein sens du terme, prière du cœur tout autant que prière du rationnel. Cette joie et cette beauté du Royaume ne peuvent pas être convenablement exposées par des arguments abstraits et des explications logiques ; cela doit être expérimenté et non discuté. Et c’est par-dessus tout par des actions symboliques et rituelles – en brûlant de l’encens, en allumant un lampion ou un cierge devant une icône – que cette expérience vivante est rendue possible. Ces gestes simples expriment, bien mieux que n’importe quel mot, notre attitude envers Dieu, notre amour et notre adoration ; sans de telles actions notre action de grâce serait tristement appauvrie.

(à suivre)