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lundi 11 février 2013

Le Pain de Vie


Saint Jean de Cronstadt




Au lieu de l'Arbre de Vie, il y a le Pain de Vie; au lieu du fruit de l'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, il y a ce même Pain donateur de Vie.

Alors il était dit: "Si vous le touchez, vous mourrez" ( Genèse 3:3). Maintenant il est dit: " Si un homme mange de ce Pain, il vivra à jamais." (Jean 6:51-58).

Alors Adam et Eve crurent le Trompeur, et moururent. Maintenant au contraire, nous croyons les paroles du Seigneur. "Ceci est Mon Corps…Ceci est Mon Sang," (Matthieu 26:26-28; Marc 14:22-24).  Nous nous relevons par les moyens mêmes qui nous firent chuter: nous avons chuté par incroyance envers Dieu, par désobéissance, nous nous relevons par l'obéissance de la foi.

Alors nous étions ligués avec le Diable contre Dieu, et en union avec lui, le menteur, pour notre destruction.

Maintenant nous sommes joints de tout notre cœur à la Vérité elle-même, à Dieu notre Sauveur, nous unissant à Lui avec nos cœurs fidèles pour notre vie, notre paix et notre joie.

Ô mystère terrible! Ô longanimité de Dieu! Comment se fait-il que moi qui ne suis que poussière, je communie aux Divins Corps et Sang, et je suis rendu incorruptible! (cf Canon avant la Communion)

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Saint Jean de Crondstadt
MY LIFE IN CHRIST
(version anglaise approuvée par l'auteur)
Holy Trinity Monastery
Jordanville, N.Y.
USA
1984

Et comment se fait-il que de prétendus chrétiens affirment haut et fort que la chair est corruptible ,
La raison en est simple : ils ne communient pas !


mardi 15 janvier 2013

A la pieuse mémoire...

A la pieuse mémoire de…
            Jean, acolyte de la paroisse de l’Exaltation de la Croix à Bordeaux
            Né au ciel le 8 janvier 2013 à l'âge de 82 ans


(extraits de la liturgie de ses funérailles célébrée en la paroisse de Bordeaux le 14 janvier 2013)


Lecture de la première épître du bienheureux apôtre Paul aux Corinthiens.

Ce que je dis, frères, c'est que la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu, et que la corruption n'hérite pas l'incorruptibilité.
Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d'œil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles et nous, nous serons changés. Car il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité.
Lorsque ce corps corruptible aura revêtu l'incorruptibilité, et que ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite :
            La mort a été engloutie dans la victoire.
            O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ?
L'aiguillon de la mort, c'est le péché ; et la puissance du péché, c'est la loi. Mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ !
Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur.

Lecture du saint Evangile selon saint Jean.

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples, ne murmurez pas entre vous. Nul ne peut venir à Moi, si le Père qui M'a envoyé ne l'attire ; et Je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes :
            Ils seront tous enseignés de Dieu.
Ainsi quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement vient à Moi. C'est que nul n'a vu le Père, sinon Celui qui vient de Dieu ; Celui-là a vu le Père.  Amen, amen, Je vous le dis, celui qui croit en Moi a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. C'est ici le pain qui descend du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que Je donnerai, c'est ma chair, que je donnerais pour la vie du monde.

Collecte

Dieu des esprits et de toute chair, qui vainquis la mort, terrassas le diable et donnas la vie au monde, accorde le repos à l'âme de ton serviteur Jean dans un lieu verdoyant, dans un lieu de lumière et de paix, là où il n'y a ni maux, ni tristesse, ni soupirs. Pardonne-lui ses péchés commis en actions, en paroles, en intentions, car il n'y a point d'homme qui vive et ne pèche pas, Toi seul es hors du péché ; ta justice est éternelle et ta parole est véridique, car Tu es la Résurrection, la Vie et le Repos de ton serviteur), ô Christ notre Dieu, et nous Te rendons gloire avec ton Père co-éternel, ton saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et aux siècles des siècles.

Préface

Bien-aimés frères, prions notre Seigneur Jésus-Christ, le Roi de gloire, de délivrer l'âme du serviteur défunt Jean des peines de l'enfer et des marécages sans fond : qu'Il le délivre de la gueule du lion, qu'il ne soit pas englouti par l'abîme, qu'il ne chute pas dans la nuit, mais que saint Michel avec son étendard l'introduise dans la lumière divine et que le Seigneur le fasse passer de la mort à la vie, selon la promesse qu'Il fit à Abraham et à sa postérité. […]

Collecte

Seigneur Jésus-Christ, Dieu tout-puissant, Tu as rappelé ton serviteur Jean de la grande tribulation ; lave sa robe et blanchis son âme par ton Sang très précieux, qu'il Te serve jour et nuit dans ton temple saint ; place-le où il n'y a ni mort, ni pleurs, ni cris, ni afflictions d'aucune sorte, ni faim, ni soif, ni ardeur du soleil, ni souffle brûlant, mais où les âmes s'abreuvent à la source de vie de ta Divinité. Car Tu es le Pasteur essuyant toute larme, le Sauveur du monde, Ami de l'homme, co-éternel au Père et au Paraclet.
A Toi louange, bénédiction, sagesse, honneur, puissance, force et actions de grâces, aux siècles des siècles.

Collecte post-communion

Bien-aimés frères, ayant communié aux redoutables et immortels mystères, demandons au Seigneur la béatitude pour l'âme du défunt. Prions le Seigneur.
Nous Te louons Seigneur, de ce que ta sagesse miséricordieuse, qui amena ton enfant au portail de la naissance sur la terre, l'ait maintenant appelé par la porte de la mort à la connaissance de tes lois, afin que rejetant toute crainte, il croisse de grâce en grâce. Par ton Fils notre Seigneur, qui vit, règne et triomphe avec Toi et l'Esprit-Saint aux siècles des siècles. 

Inhumation

Une fois le cercueil descendu dans la tombe, le célébrant dit :

Tu es terre et tu retourneras dans la terre.

Puis, jetant une fleur sur le cercueil, il dit :

Que le parfum de la grâce du Saint-Esprit, t’enveloppe jusqu’à la consommation des temps.
Allez en paix !
Tous.   Rendons grâce à Dieu.

lundi 30 juillet 2012

Saint Irénée (19) : Epilogue


EPILOGUE

Inconsistance des systèmes hérétiques

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 15, paragraphe 1,
chapitre 16, paragraphe 2, chapitre 19, paragraphe 1,  chapitre 20, paragraphe 2
& chapitre 36, paragraphe 3.

15, 1 [ …]Ainsi donc, le Créateur vivifie dès ici-bas nos corps mortels, comme il est loisible de le voir ; il leur promet, de surcroît, la résurrection et la sortie hors des sépulcres et des tombeaux, et il leur accordera l'incorruptibilité — car, est-il dit, «leurs jours seront comme l'arbre de vie» (Isaïe 65, 22)— : dès lors la preuve est faite que le seul Dieu c'est lui, qui fait ces choses, et que lui-même est le bon Père qui, par pure bonté, accorde la vie aux êtres qui ne la possèdent pas par eux-mêmes.
[…]

16, 2 La vérité de tout cela apparut lorsque le Verbe de Dieu se fit homme, se rendant semblable à l'homme et rendant l'homme semblable à lui, pour que, par la ressemblance avec le Fils, l'homme devienne précieux aux yeux du Père. Dans les temps antérieurs, en effet, on disait bien que l'homme avait été fait à l'image de Dieu, mais cela n'apparaissait pas, car le Verbe était encore invisible, lui à l'image de qui l'homme avait été fait : c'est d'ailleurs pour ce motif que la ressemblance s'était facilement perdue. Mais, lorsque le Verbe de Dieu se fit chair, il confirma l'une et l'autre : il fit apparaître l'image dans toute sa vérité, en devenant lui-même cela même qu'était son image, et il rétablit la ressemblance de façon stable, en rendant l'homme pleinement semblable au Père invisible par le moyen du Verbe dorénavant visible.
[…]

19, 1 Si donc le Seigneur est venu d'une manière manifeste dans son propre domaine ; s'il a été porté par sa propre création, qu'il porte lui-même ; s'il a récapitulé, par son obéissance sur le bois, la désobéissance qui avait été perpétrée par le bois ; si cette séduction dont avait été misérablement victime Eve, vierge en pouvoir de mari, a été dissipée par la bonne nouvelle de vérité magnifiquement annoncée par l'ange à Marie, elle aussi vierge en pouvoir de mari — car, de même que celle-là avait été séduite par le discours d'un ange, de manière à se soustraire à Dieu en transgressant sa parole, de même celle-ci fut instruite de la bonne nouvelle par le discours d'un ange, de manière à porter Dieu en obéissant à sa parole ; et, de même que celle-là avait été séduite de manière à désobéir à Dieu, de même celle-ci se laissa persuader d'obéir à Dieu, afin que, de la vierge Eve, la Vierge Marie devînt l'avocate; et, de même que le genre humain avait été assujetti à la mort par une vierge, il en fut libéré par une Vierge, la désobéissance d'une vierge ayant été contrebalancée par l'obéissance d'une Vierge — ; si donc, encore une fois, le péché du premier homme a reçu guérison par la rectitude de conduite du Premier-né, si la prudence du serpent a été vaincue par la simplicité de la colombe et si par là ont été brisés ces liens qui nous assujettissaient à la mort : ils sont stupides, tous les hérétiques, et ignorants de l'«économie» de Dieu, et bien peu au fait de son œuvre relative à l'homme — aveugles qu'ils sont à l'égard de la vérité —, lorsqu'ils contredisent eux-mêmes leur propre salut, les uns en introduisant un autre Père en dehors du Créateur, les autres en prétendant que le monde et la matière qui le constitue ont été faits par des Anges […]. D'autres méprisent la venue visible du Seigneur, n'admettant pas son incarnation. D'autres encore, méconnaissant l'« économie » de la Vierge, le disent né de Joseph. Certains disent que ni leur âme ni leur corps ne peuvent recevoir la vie éternelle, mais seulement leur « homme intérieur », et ils prétendent identifier celui-ci avec leur intellect, qu'ils jugent seul capable de s'élever jusqu'à la perfection. D'autres admettent que l'âme soit sauvée, mais nient que le corps puisse avoir part au salut venant de Dieu. Tout cela, nous l'avons dit dans notre premier livre, où nous avons fait connaître leurs doctrines à tous, et nous avons ensuite montré l'inconsistance de celles-ci dans notre second livre.
[…]

20, 1 Ceux donc qui délaissent le message de l'Église font grief aux presbytres de leur simplicité, ne voyant pas combien un homme simple, mais religieux, l'emporte sur un sophiste blasphémateur et impudent. Tels sont bien en effet tous les hérétiques : s'imaginant trouver quelque chose de supérieur à la vérité en suivant les doctrines que nous venons de dire, ils s'avancent par des chemins bigarrés, multiformes et incertains, ayant au sujet des mêmes choses tantôt une opinion et tantôt une autre ; ils sont comme des aveugles que guideraient des aveugles et ils tombent à juste titre dans la fosse d'ignorance ouverte sous leurs pas (Matthieu 15, 14), voués qu'ils sont à toujours chercher et à ne jamais trouver la vérité (2 Timothée 3, 7). Il faut donc fuir leurs opinions et nous mettre soigneusement en garde contre elles, afin de ne pas subir de dommage par leur fait ; en revanche, il faut nous réfugier auprès de l'Église, nous allaiter de son sein et nous nourrir des Ecritures du Seigneur. Car l'Église a été plantée comme un paradis dans le monde. « Tu mangeras donc du fruit de tous les arbres du paradis » (Genèse 2, 16) dit l'Esprit de Dieu. Ce qui veut dire : Mange de toute Ecriture du Seigneur, mais ne goûte pas à l'orgueil et n'aie nul contact avec la dissension des hérétiques. Car eux-mêmes avouent posséder la connaissance du bien et du mal (Genèse 2, 17), et ils lancent leurs pensées au-dessus du Dieu qui les a créés. Ils élèvent ainsi leurs pensées au delà de la mesure permise. C'est pourquoi l'Apôtre dit : « N'ayez pas des pensées plus élevées qu'il ne convient, mais que vos pensées soient empreintes de modération » (Romains 12, 30), de peur que, goûtant à leur gnose orgueilleuse, nous ne soyons expulsés du paradis de la vie. Car c'est en celui-ci que le Seigneur introduit ceux qui obéissent à sa prédication, « ayant récapitulé en lui-même toutes choses, celles qui sont aux cieux et celles qui sont sur la terre». (Ephésiens 1, 10) Or celles qui sont aux cieux sont spirituelles, tandis que celles qui sont sur la terre sont cet ouvrage qu'est l'homme. Ce sont donc ces choses mêmes qu'il a récapitulées en lui, unissant l'homme à l'Esprit et faisant habiter l'Esprit dans l'homme, devenant lui-même la tête de l'Esprit et donnant l'Esprit pour qu'il soit la tête de l'homme : car c'est par cet Esprit que nous voyons, entendons et parlons.

CONCLUSION

36, 3 Ainsi donc, de façon précise, Jean a vu par avance la première résurrection (Apocalypse 20, 5-6), qui est celle des justes, et l'héritage de la terre qui doit se réaliser dans le royaume ; de leur côté, en plein accord avec Jean, les prophètes avaient déjà prophétisé sur cette résurrection. C'est exactement cela que le Seigneur a enseigné lui aussi, quand il a promis de boire le mélange nouveau de la coupe avec ses disciples dans le royaume (Matthieu 26, 29) , et encore lorsqu'il a dit : « Des jours viennent où les morts qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l'homme, et ils ressusciteront, ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, et ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de jugement » ( Jean 5, 25, 28-29) : il dit par là que ceux qui auront fait le bien ressusciteront les premiers pour aller vers le repos, et qu'ensuite ressusciteront ceux qui doivent être jugés. C'est ce qu'on trouve déjà dans le livre de la Genèse, d'après lequel la consommation de ce siècle aura lieu le sixième jour, c'est-à-dire la six millième année ; puis ce sera le septième jour, jour du repos, au sujet duquel David dit : « C'est là mon repos, les justes y entreront » (psaume 131, 14 ; 117, 20) : ce septième jour est le septième millénaire, celui du royaume des justes, dans lequel ils s'exerceront à l'incorruptibilité, après qu'aura été renouvelée la création pour ceux qui auront été gardés dans ce but. C'est ce que confesse l'apôtre Paul, lorsqu'il dit que la création sera libérée de l'esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu. (Romains 8, 19-21)

Et en tout cela et à travers tout cela apparaît un seul et même Dieu Père : c'est lui qui a modelé l'homme et promis aux pères l'héritage de la terre ; c'est lui qui le donnera lors de la résurrection des justes et réalisera ses promesses dans le royaume de son Fils ; c'est lui enfin qui accordera, selon sa paternité, ces biens que l'œil n'a pas vus, que l'oreille n'a pas entendus et qui ne sont pas montés au cœur de l'homme  (1 Corinthiens  2, 9). Il n'y a en effet qu'un seul Fils, qui a accompli la volonté du Père, et qu'un seul genre humain, en lequel s'accomplissent les mystères de Dieu. Ces mystères, «les anges aspirent à les contempler»(1 Pierre 1, 12) mais ils ne peuvent scruter la Sagesse de Dieu, par l'action de laquelle l'ouvrage par lui modelé est rendu conforme et concorporel au Fils (Romains 8, 29 et Ephésiens 3, 6) : car Dieu a voulu que sa Progéniture, le Verbe premier-né, descende vers la créature, c'est-à-dire vers l'ouvrage modelé, et soit saisie par elle, et que la créature à son tour saisisse le Verbe et monte vers lui, dépassant ainsi les anges et devenant à l'image et à la ressemblance de Dieu.

FINIS UNIVERSI OPERIS

samedi 28 juillet 2012

Saint Irénée (16) :« Il faut que ce qui est corruptible revête l'incorruptibilité »


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite (6)

 « Il faut que ce qui est corruptible revête l'incorruptibilité »

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 13, paragraphes 3 à 5

13, 3 Car, s'ils prétendent que cette parole a été dite de la chair à proprement parler, et non des œuvres de la chair, ainsi que nous l'avons montré, ils mettent l'Apôtre en contradiction avec lui-même, puisqu'aussitôt après, dans la même épître, il dit en désignant la chair : « Il faut en effet que cet élément corruptible revête l'incorruptibilité et que cet élément mortel revête l'immortalité. Lorsque cet élément mortel aura revêtu l'immortalité, alors s'accomplira la parole de l'Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. ? mort, où est ton aiguillon ? ? mort, où est ta victoire?»(1 Corinthiens 15, 53-55) Ces paroles seront dites à juste titre lorsque cette chair mortelle et corruptible, en butte à la mort, écrasée sous la domination de la mort, montera vers la vie et revêtira l'incorruptibilité et l'immortalité : car c'est alors que sera vraiment vaincue la mort, lorsque cette chair, qui était sa proie, échappera à son pouvoir. Il dit encore aux Philippiens : « Pour nous, notre cité est dans les cieux, d'où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus, qui transfigurera notre corps d'abjection et le rendra conforme à son corps de gloire par l'action de sa puissance. » (Philippiens 3, 20-21) Quel est donc ce corps d'abjection que le Seigneur transfigurera et rendra conforme à son corps de gloire ? De toute évidence, c'est ce corps qui s'identifie à la chair, à cette chair qui manifeste son abjection en tombant dans la terre. Mais la transfiguration par laquelle, de mortelle et corruptible, elle devient immortelle et incorruptible, ne vient pas de sa substance à elle ; cette transfiguration vient de l'action du Seigneur, qui a le pouvoir de procurer l'immortalité à ce qui est mortel et l'incorruptibilité à ce qui est corruptible. C'est pourquoi l'Apôtre dit dans sa seconde épître aux Corinthiens : «... afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie. Or Celui qui nous dispose en vue de cela, c'est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l'Esprit. »( 2 Corinthiens 5, 4-5) C'est évidemment de la chair qu'il parle, car ni l'âme ni l'Esprit ne sont choses mortelles. Ce qui est mortel sera englouti par la vie, lorsque la chair ne sera plus morte, mais vivante, et qu'elle demeurera incorruptible, chantant un hymne au Dieu qui nous aura disposés en vue de cela. Afin donc que nous soyons disposés en vue de cela, il dit à juste titre aux Corinthiens : « Glorifiez Dieu dans votre corps. » (1 Corinthiens 6, 20) Car Dieu procure l'incorruptibilité. 

Ce qui prouve que l'Apôtre ne parle pas d'un autre corps, mais du corps de chair, c'est qu'il dit aux Corinthiens avec une précision excluant tout doute et toute ambiguïté : « …portant sans cesse avec nous en notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus-Christ soit, elle aussi, manifestée dans notre corps : car si nous, les vivants, nous sommes livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle… » (2 Corinthiens 4, 10-11) Et que l'Esprit s'enlace à la chair, il le dit dans la même épître : « Vous êtes une lettre du Christ rédigée par nos soins, écrite non avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs. »(2 Corinthiens 3, 3) Si donc, dès à présent, nos cœurs de chair sont capables de recevoir l'Esprit, quoi d'étonnant si, lors de la résurrection, ils contiennent la vie que donnera cet Esprit ? A propos de cette résurrection, l'Apôtre dit dans son épître aux Philippiens : «... lui devenant conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à la résurrection d'entre les morts. » (Philippiens 3, 10-11) Ainsi donc, en quelle autre chair mortelle pourrait-on concevoir que soit manifestée la vie, sinon dans cette substance qui est également mise à mort à cause de la confession de Dieu, ainsi qu'il le dit lui-même : « Si c'est avec des vues humaines que j'ai combattu contre les bêtes à Ephèse, quel profit m'en revient-il, si les morts ne ressuscitent pas ? Car, si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité ; et si le Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vaine, vaine aussi votre foi. Et il se trouve même que nous sommes de faux témoins à l'égard de Dieu, puisque nous avons témoigné qu'il a ressuscité le Christ, alors qu'il ne l'a pas ressuscité. Car, si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité ; et si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi est vaine, car vous êtes encore dans vos péchés ; par conséquent aussi ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Si c'est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes plus dignes de pitié que tous les autres hommes. Mais en fait, le Christ est ressuscité d'entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis. Car, puisque c'est par un homme qu'est venue la mort, c'est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. »(1 Corinthiens 15, 32 & 13-21)

Ainsi donc, comme nous l'avons déjà dit, ou bien les hérétiques prétendront que, dans tous ces textes, l'Apôtre contredit sa propre assertion selon laquelle « la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu », — ou bien, une fois de plus, ils se verront contraints de donner, de tous ces textes, des interprétations vicieuses et forcées, afin de pouvoir en pervertir et en altérer le sens. Car que pourront-ils dire de sensé, s'ils tentent d'interpréter autrement cette parole : « Il faut en effet que cet élément corruptible revête l'incorruptibilité et que cet élément mortel revête l'immortalité »(1 Corinthiens 15, 53), et cette autre : «... afin que la vie de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle»(2 Corinthiens 4, 11) et toutes les autres paroles par lesquelles l'Apôtre proclame ouvertement la résurrection et l'incorruptibilité de la chair ? Ils vont donc être contraints d'interpréter de travers toute cette multitude de textes, pour n'avoir pas voulu entendre correctement une seule phrase.

vendredi 27 juillet 2012

Saint Irénée (15) : Guérisons et résurrections opérées par le Christ


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite (5)

Guérisons et résurrections opérées par le Christ
(extraits)

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 12, paragraphe 6
et chapitre 13, paragraphe 2

12, 6 Car l'Artisan de toutes choses, le Verbe de Dieu, celui-là même qui a modelé l'homme au commencement, ayant trouvé son ouvrage abîmé par le mal, l'a guéri de toutes les manières possibles, tantôt en restaurant tel ou tel membre particulier à la manière dont il avait été modelé au commencement, tantôt en rendant d'un seul coup à l'homme une parfaite santé et intégrité afin de se le préparer en vue de la résurrection. Et, de vrai, quel motif aurait-il eu de guérir les membres de chair et de les rétablir dans leur forme première, si ce qu'il guérissait ne devait pas être sauvé ? Car, si l'avantage ainsi octroyé par lui n'était que temporaire, il n'accordait pas une bien grande faveur à ceux qu'il guérissait. Ou encore, comment les hérétiques peuvent-ils dire que la chair ne peut recevoir de lui la vie, alors qu'elle a reçu de lui la guérison ? Car la vie s'acquiert par la guérison, et l'incorruptibilité, par la vie. Celui qui donne la guérison donne donc aussi la vie, et celui qui donne la vie procure aussi l'incorruptibilité à l'ouvrage par lui modelé. 
[…]
13, 1 Vains et vraiment infortunés sont donc ceux qui ne veulent pas voir des choses aussi évidentes et aussi claires, mais fuient la lumière de la vérité, s'étant aveuglés eux-mêmes à l'instar du malheureux Œdipe. Il arrive que des lutteurs novices, en se mesurant avec d'autres, saisissent de toutes leurs forces quelque partie du corps de leur adversaire et qu'ils soient jetés à terre par ce membre qu'ils étreignent ; et, tandis qu'ils tombent, ils s'imaginent remporter la victoire, parce qu'ils s'agrippent farouchement à ce membre qu'ils ont saisi d'emblée, alors qu'en réalité leur chute les couvre de ridicule. Ainsi en va-t-il des hérétiques à propos de la phrase : « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu. »» En prenant à Paul ces deux vocables, ils n'ont ni perçu la pensée de l'Apôtre ni cherché à comprendre la portée de ses paroles ; cramponnés à de simples mots sans plus, ils meurent contre ceux-ci, ruinant, autant qu'il est en leur pouvoir, toute l'«économie» de Dieu.

jeudi 26 juillet 2012

Saint Irénée (14) :«Faites mourir vos membres terrestres... »


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite 4)

«Faites mourir vos membres terrestres... »

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 12, paragraphes 3 & 4

12, 3 (suite) Comme le dit l'Apôtre dans son épître aux Colossiens : «Faites donc mourir vos membres terrestres..» (Colossiens 3, 5) Quels sont-ils, ces membres ? Lui-même les énumère : «... la fornication, l'impureté, les passions, la convoitise mauvaise et l'avarice qui est une idolâtrie ». (Ibid.) Voilà ce dont l'Apôtre prêche le rejet, et c'est à propos de ceux qui commettent de tels actes qu'il affirme qu'ils ne peuvent, comme n'étant que « chair et sang », hériter du royaume des cieux  (Galates 5, 21 ; 1 Corinthiens 15, 50) : car leur âme, pour avoir incliné vers ce qui est inférieur et être descendue vers les convoitises terrestres, est désignée par ces noms mêmes de « chair » et de « sang ». 

Et c'est tout cela que l'Apôtre nous commande une nouvelle fois de rejeter, lorsqu'il dit dans la même épître : «Ayant dépouillé le vieil homme avec ses pratiques...» (Colossiens 3, 9) Ce disant, il n'entend nullement répudier l'antique ouvrage modelé : sans quoi nous devrions nous tuer et rompre tout lien avec la vie d'ici-bas ! 12, 4 Au reste, l'Apôtre lui-même nous écrit tandis qu'il est cet homme qui a été modelé dans le sein maternel et qui est sorti de celui-ci (Galates  1, 15), et il affirme, dans son épître aux Philippiens, que «vivre dans la chair est le fruit d'une œuvre»(Philippiens 1, 22). Or le fruit de l'œuvre de l'Esprit, c'est le salut de la chair : car quel pourrait être le fruit visible de l'Esprit invisible, sinon de rendre la chair mûre et capable de recevoir l'incorruptibilité ? Si donc <« vivre dans la chair est le fruit d'une œuvre », l'Apôtre ne méprise assurément pas la substance de la chair lorsqu'il dit : « Ayant dépouillé le vieil homme avec ses pratiques...» (Colossiens 3, 9), mais il entend signifier le rejet de notre ancienne manière de vivre, vieillie et corrompue (Ephésiens 4, 22). Et c'est pourquoi il poursuit : «... et ayant revêtu l'homme nouveau, qui se renouvelle dans la connaissance selon l'image de Celui qui l'a créé. »(Colossiens 3, 10) En disant « qui se renouvelle dans la connaissance», il indique que cet homme-là même qui se trouvait antérieurement dans l'ignorance, c'est-à-dire qui ignorait Dieu, se renouvelle par la connaissance de celui-ci : car c'est la connaissance de Dieu qui renouvelle l'homme. Et en disant « selon l'image de Celui qui l'a créé », il signifie la récapitulation de cet homme qui, au commencement, avait été fait à l'image de Dieu.

mercredi 25 juillet 2012

Saint Irénée (13) : « Souffle de vie » et «Esprit vivifiant»


VÉRITABLE SENS DE LA PHRASE :
« LA CHAIR ET LE SANG NE PEUVENT HÉRITER DU ROYAUME DE DIEU »
(suite 3)

« Souffle de vie » et «Esprit vivifiant»

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre V, chapitre 12, paragraphes 1 à 3

12, 1 Car, comme la chair est capable de corruption, elle l'est aussi d'incorruptibilité, et, comme elle est capable de mort, elle l'est aussi de vie. Ces choses se cèdent mutuellement la place, et l'une et l'autre ne sauraient demeurer au même endroit, mais l'une est expulsée par l'autre et, du fait que l'une est présente, l'autre est détruite. Si donc la mort, en s'emparant de l'homme, a expulsé de lui la vie et a fait de lui un mort, à bien plus forte raison la vie, en s'emparant de l'homme, expulsera la mort et rendra l'homme vivant pour Dieu. Car, si la mort a fait mourir l'homme, pourquoi la vie, en survenant, ne le ferait-elle pas revivre ? Comme le dit le prophète Isaïe : « Dans sa puissance, la mort a dévoré » ; et encore : « Dieu essuiera toute larme de tout visage. » (Isaïe, 25, 8)

Or la première vie a été expulsée parce qu'elle avait été donnée par le moyen d'un simple souffle et non par le moyen de l'Esprit. 12, 2 Car autre chose est le « souffle de vie » (Genèse 2, 7), qui fait l'homme psychique, et autre chose l'«Esprit vivifiant»,(1 Corinthiens 15, 45) qui le rend spirituel. Et c'est pourquoi Isaïe dit : « Ainsi parle le Seigneur, qui a fait le ciel et l'a fixé, qui a affermi la terre et ce qu'elle renferme, qui a donné le souffle au peuple qui l'habite et l'Esprit à ceux qui la foulent aux pieds » (Isaïe 42, 5) : il affirme par là que le souffle a été donné indistinctement à tout le peuple qui habite la terre, tandis que l'Esprit l'a été exclusivement à ceux qui foulent aux pieds les convoitises terrestres. C'est pourquoi le même Isaïe, reprenant la distinction que nous venons de dire, dit encore : « Car l'Esprit sortira d'auprès de moi, et tout souffle c'est moi qui l'ai fait » (Isaïe 57, 16) : il range de la sorte l'Esprit dans une sphère à part, aux côtés de Dieu, qui, dans les derniers temps, l'a répandu' sur le genre humain par la filiation adoptive ; mais il situe le souffle dans la sphère commune, parmi les créatures, et il le déclare chose faite. Or ce qui a été fait est autre que Celui qui l'a fait. Le souffle est donc chose temporaire, tandis que l'Esprit est éternel. Le souffle connaît un instant de vigueur, il demeure un moment, puis il s'en va, laissant privé de souffle l'être en lequel il se trouvait auparavant ; l'Esprit, au contraire, après avoir enveloppé l'homme du dedans et du dehors, demeure toujours avec lui et, dès lors, jamais ne l'abandonnera. 

« Mais, dit l'Apôtre à l'adresse des hommes que nous sommes, ce qui apparaît d'abord, ce n'est pas le spirituel, mais d'abord le psychique, puis le spirituel» (1 Corinthiens 15, 46) Rien de plus juste, car il fallait que l'homme fût d'abord modelé, qu'après avoir été modelé il reçût une âme, et qu'ensuite seulement il reçût la communion de l'Esprit. C'est pourquoi aussi « le premier Adam a été fait âme vivante, mais le second Adam a été fait Esprit vivifiant »(1 Corinthiens 15, 45). De même donc que celui qui avait été fait âme vivante, en inclinant vers le mal, a perdu la vie, ainsi ce même homme, en revenant au bien et en recevant l'Esprit vivifiant, retrouvera la vie. 

12, 3 Car ce n'est pas une chose qui était morte et une autre qui est rendue à la vie, de même que ce n'est pas une chose qui était perdue et une autre qui est retrouvée, mais, cette brebis même qui était perdue, c'est elle que le Seigneur est venu chercher.(Matthieu 18, 11) Qu'est-ce donc qui était mort ? De toute évidence, la substance de la chair, qui avait perdu le souffle de vie et était devenue sans souffle et morte. C'est elle que le Seigneur est venu rendre à la vie, afin que, comme nous mourons tous en Adam parce que psychiques, nous vivions tous dans le Christ parce que spirituels (1 Corinthiens 15, 22), après avoir rejeté, non l'ouvrage modelé par Dieu, mais les convoitises de la chair, et avoir reçu l'Esprit Saint.



jeudi 12 juillet 2012

Saint Irénée (VII) L'Esprit donné dès ici-bas aux croyants comme arrhes de la résurrection future


L'Esprit donné dès ici-bas aux croyants comme arrhes de la résurrection future

Saint Irénée, Contre les hérésies, Livre V, chapitre 7, paragraphe 2
& chapitre 8, paragraphe 1

« Car présentement, dit l'Apôtre, nous ne connaissons qu'en partie, et nous ne prophétisons qu'en partie, mais alors ce sera face à face. » (1 Corinthiens 13, 9 & 12) C'est ce que Pierre dit lui aussi : « Lorsque vous verrez Celui en qui, sans le voir encore, vous croyez, vous tressaillirez d'une joie inexprimable. » (1 Pierre 1, 8) Car notre face verra la face de Dieu, et elle tressaillira d'une joie inexprimable, puisqu'elle verra Celui qui est sa Joie. Mais présentement, c'est une partie seulement de son Esprit que nous recevons, afin de nous disposer à l'avance et de nous préparer à l'incorruptibilité, en nous accoutumant peu à peu à saisir et à porter Dieu. C'est ce que l'Apôtre nomme « arrhes » — c'est-à-dire une partie seulement dé l'honneur qui nous a été promis par Dieu —, lorsqu'il dit dans l'épître aux Ephésiens : « C'est en lui que vous aussi, après avoir entendu la parole de vérité, l'Évangile de votre salut, c'est en lui qu'après avoir cru vous avez été marqués du sceau de l'Esprit Saint de la promesse, qui est les arrhes de votre héritage. »(Ephésiens 1, 13-14) Si donc ces arrhes, en habitant en nous, nous rendent déjà spirituels et si ce qui est mortel est absorbé par l'immortalité (2 Corinthiens 5, 4)— car «pour vous, dit-il, vous n'êtes pas dans la chair, mais dans l'Esprit, s'il est vrai que l'Esprit de Dieu habite en vous »(Romains 8, 9) —, et si, d'autre part, cela se réalise, non par le rejet de la chair, mais par la communion de l'Esprit — car ceux auxquels il écrivait n'étaient pas des êtres désincarnés, mais des gens qui avaient reçu l'Esprit de Dieu « en qui nous crions : Abba, Père » (Romains 8, 15)— ; si donc, dès à présent, pour avoir reçu ces arrhes, nous crions : «Abba, Père», que sera-ce lorsque, ressuscites, nous le verrons face à face? lorsque tous les membres, à flots débordants, feront jaillir un hymne d'exultation, glorifiant Celui qui les aura ressuscites d'entre les morts et gratifiés de l'éternelle vie? Car, si déjà de simples arrhes, en enveloppant l'homme de toute part en elles-mêmes, le font s'écrier : « Abba, Père », que ne fera pas la grâce entière de l'Esprit, une fois donnée aux hommes par Dieu? Elle nous rendra semblables à lui et accomplira la volonté du Père, car elle parfera l'homme à l'image et à la ressemblance de Dieu.

mercredi 11 juillet 2012

Saint Irénée (VI) La chair ressuscitera incorruptible, glorieuse, spirituelle


La chair ressuscitera incorruptible, glorieuse, spirituelle
Saint Irénée, Contre les hérésies, Livre V, chapitre 7, paragraphes 1 & 2

7, 1 (suite) C'est pourquoi il dit à son sujet dans la première aux Corinthiens : « Ainsi en va-t-il pour la résurrection des morts : semée dans la corruption, la chair ressuscitera dans l'incorruptibilité. » (1 Corinthiens 15, 42) Car, dit-il, « ce que tu sèmes, toi, n'est vivifié que s'il meurt d'abord». (1 Corinthiens 15, 36) Or qu'est-ce qui, à l'instar du grain de froment, est semé et pourrit dans la terre, sinon les corps qu'on dépose dans cette terre même où l'on jette aussi la semence ? Et c'est pourquoi l'Apôtre dit : « Semée dans l'ignominie, elle ressuscitera dans la gloire. » (1 Corinthiens 15, 43) Quoi de plus ignominieux qu'une chair morte ? En revanche, quoi de plus glorieux que cette même chair une fois ressuscitée et ayant reçu l'incorruptibilité en partage ? « Semée dans la faiblesse, elle ressuscitera dans la puissance. » (1 Corinthiens 15, 43) La faiblesse dont il s'agit est celle de la chair, qui, étant terre, s'en va à la terre; mais la puissance est celle de Dieu, qui la ressuscite d'entre les morts. « Semée corps psychique, elle ressuscitera corps spirituel. » (1 Corinthiens 15, 44)  Sans aucun doute possible, l'Apôtre nous apprend par là que ce n'est ni de l'âme ni de l'esprit qu'il parle, mais des corps morts. Tels sont bien en effet les corps «psychiques», c'est-à-dire participant à une âme : lorsqu'ils la perdent, ils meurent ; puis, ressuscitant par l'Esprit, ils deviennent des corps spirituels, afin de posséder, par l'Esprit, une vie qui demeure à jamais.

dimanche 8 juillet 2012

Saint Irénée (II) : Dieu peut vivifier la chair...


Dieu peut vivifier la chair, et la chair peut être vivifiée par Dieu
Saint Irénée, Contre les hérésies, Livre V, chapitre 3, paragraphes 2 & 3





3, 2 Ils méprisent donc la puissance de Dieu et ne voient pas la vérité, ceux qui arrêtent leurs regards sur la faiblesse de la chair et ne considèrent pas la puissance de Celui qui la ressuscite d'entre les morts (Hébreux 11, 19). Car, s'il ne vivifiait pas ce qui est mortel et s'il n'élevait pas à l'incorruptibilité ce qui est corruptible (1 Corinthiens 15, 33), Dieu cesserait d'être puissant. Mais, qu'il ait la puissance de réaliser tout cela, notre origine doit nous le faire comprendre, puisque c'est en prenant du limon de la terre que Dieu a modelé l'homme (Genèse 2, 7). Pourtant, lui donner l'être, le créer animal vivant et doué de raison, quand rien n'existait, ni os, ni nerfs, ni aucun des autres éléments qui constituent l'organisme humain, c'était bien autrement difficile et incroyable que de le reconstituer après que, une fois venu à l'existence, il se serait dissous dans la terre, pour les motifs que nous avons dits précédemment, et qu'il serait retourné à ces éléments d'où il avait été tiré au commencement, alors qu'il n'existait pas encore. Car Celui qui a fait au commencement, quand il l'a voulu, ce qui n'était pas, saura à plus forte raison, s'il le veut, rétablir dans la vie qu'il donne ce qui a existé déjà. 

D'autre part, la chair se trouvera capable de recevoir et de contenir la puissance de Dieu, puisqu'au commencement elle a reçu l'art de Dieu et qu'ainsi une partie d'elle-même est devenue l'œil qui voit, une autre l'oreille qui entend, une autre la main qui palpe et qui travaille, une autre les nerfs qui sont tendus de toute part et qui maintiennent ensemble les membres, une autre les artères et les veines par où passent le sang et le souffle respiratoire, une autre les différents viscères, une autre le sang qui est le lien de l'âme et du corps — et que sais-je encore ? — car il est impossible d'énumérer tous les éléments constitutifs de l'organisme humain, qui n'a pas été fait sans la profonde sagesse de Dieu. Or ce qui participe à l'art et à la sagesse de Dieu participe aussi à sa puissance. 3, 3 La chair n'est donc pas exclue de l'art, de la sagesse et de la puissance de Dieu, mais la puissance de Dieu, qui procure la vie, se déploie dans la faiblesse (2 Corinthiens 12, 9), c'est-à-dire dans la chair. 

Au reste, qu'ils nous disent donc, ceux qui prétendent que la chair est incapable de recevoir la vie que Dieu donne, s'ils affirment cela tout en étant actuellement vivants et tout en ayant part à la vie, ou s'ils reconnaissent n'avoir absolument rien de la vie et être présentement des morts. Mais, s'ils sont morts, comment peuvent-ils se mouvoir, parler et accomplir toutes les autres actions qui sont le fait, non des morts, mais des vivants ? Et s'ils vivent présentement, si tout leur corps a part à la vie, comment osent-ils dire que la chair est incapable d'avoir part à la vie, alors qu'ils reconnaissent avoir présentement la vie ? C'est comme si, tout en tenant en mains une éponge pleine d'eau ou une torche allumée, on prétendait que l'éponge est incapable d'avoir part à l'eau, ou la torche à la lumière ! De cette même manière, ces gens assurent qu'ils vivent, se glorifient de porter la vie en leurs membres ; puis, se mettant en contradiction avec eux-mêmes, ils prétendent que leurs membres sont incapables de recevoir la vie. Si cette vie temporelle, bien moins vigoureuse que l'éternelle vie, est néanmoins assez puissante pour rendre vivants nos membres mortels, pourquoi la vie éternelle, qui est plus efficace, ne vivifierait-elle pas la chair déjà exercée et accoutumée à porter la vie ? 

Ainsi donc, que la chair soit capable de recevoir la vie, cela se prouve par cette vie même dont elle vit déjà présentement : elle vit aussi longtemps que Dieu veut qu'elle vive. Et que, d'autre part, Dieu soit capable de lui donner cette vie, c'est évident : dès lors que Dieu nous donne la vie, nous vivons. Si donc Dieu est capable de donner la vie à l'ouvrage par lui modelé et si la chair est capable de recevoir cette vie, qu'est-ce qui empêche encore la chair d'avoir part à l'incorruptibilité, qui n'est autre chose qu'une vie longue, voire sans fin, octroyée par Dieu ?

Saint Irénée (I) : L'Incarnation réduit à néant tous les négateurs de la résurrection de la chair


L'Incarnation réduit à néant tous les négateurs de la résurrection de la chair
Saint Irénée, Contre les hérésies, Livre V, chapitre 2, paragraphes 2 & 3



2,2 Vains, de toute manière, ceux qui rejettent toute l'« économie » de Dieu, nient le salut de la chair, méprisent sa régénération, en déclarant qu'elle n'est pas capable de recevoir l'incorruptibilité. S'il n'y a pas de salut pour la chair, alors le Seigneur ne nous a pas non plus rachetés par son sang, la coupe de l'eucharistie n'est pas une communion à son sang et le pain que nous rompons n'est pas une communion à son corps. Car le sang ne peut jaillir que de veines, de chairs et de tout le reste de la substance humaine, et c'est pour être vraiment devenu tout cela que le Verbe de Dieu nous a rachetés par son sang, comme le dit son Apôtre : « En lui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés. » (Ephésiens 1,7) Et parce que nous sommes ses membres (1 Corinthiens 10, 16) et sommes nourris par le moyen  de la création —création que lui-même nous procure, en faisant lever son soleil et tomber la pluie selon sa volonté —, la coupe, tirée de la création, il l'a déclarée son propre sang, par lequel se fortifie notre sang (Luc 22, 20 ; 1 Corinthiens 11, 25), et le pain, tiré de la création, il l'a proclamé son propre corps (Luc 22, 19), par lequel se fortifient nos corps.

2, 3 Si donc la coupe qui a été mélangée et le pain qui a été confectionné reçoivent la parole de Dieu et deviennent l'eucharistie, c'est-à-dire le sang et le corps du Christ, et si par ceux-ci se fortifie et s'affermit la substance de notre chair, comment ces gens peuvent-ils prétendre que la chair est incapable de recevoir le don de Dieu consistant dans la vie éternelle, alors qu'elle est nourrie du sang et du corps du Christ et qu'elle est membre de celui-ci, comme le dit le bienheureux Apôtre dans son épître aux Ephésiens : « Nous sommes les membres de son corps, formés de sa chair et de ses os » (Ephésiens 5, 30) ? Ce n'est pas de je ne sais quel « homme pneumatique » et invisible qu'il dit cela, « car l'esprit n'a ni os ni chair »(Luc 24, 39), mais il parle de l'organisme authentiquement humain, composé de chairs, de nerfs et d'os : car c'est cet organisme même qui est nourri de la coupe qui est le sang du Christ et fortifié par le pain qui est son corps. Et de même que le bois de la vigne, après avoir été couché dans la terre, porte du fruit en son temps, et que « le grain de froment, après être tombé en terre » (Jean 12, 24) et s'y être dissous, resurgit multiplié par l'Esprit de Dieu qui soutient toutes choses — ensuite, moyennant le savoir-faire, ils viennent en l'usage des hommes, puis, en recevant la parole de Dieu, ils deviennent l'eucharistie, c'est-à-dire le corps et le sang du Christ —, de même nos corps qui sont nourris par cette eucharistie, après avoir été couchés dans la terre et s'y être dissous, ressusciteront en leur temps, lorsque le Verbe de Dieu les gratifiera de la résurrection « pour la gloire de Dieu le Père » (Philippiens2, 11) : car il procurera l'immortalité à ce qui est mortel et gratifiera d'incorruptibilité ce qui est corruptible (1 Corinthiens  15, 53),  parce que la puissance de Dieu se déploie dans la faiblesse (2 Corinthiens 12, 9). Dans ces conditions, nous nous garderons bien, comme si c'était de nous-mêmes que nous avions la vie, de nous enfler d'orgueil et de nous élever contre Dieu en acceptant des pensées d'ingratitude ; au contraire, sachant par expérience que c'est de sa grandeur à lui, et non de notre propre nature, que nous tenons de pouvoir demeurer à jamais, nous ne nous écarterons pas de la vraie pensée sur Dieu ni ne méconnaîtrons notre nature ; nous saurons quelle puissance Dieu possède et quels bienfaits l'homme reçoit de lui, et nous ne nous méprendrons jamais sur la vraie conception qu'il nous faut avoir des êtres existants, je veux dire de Dieu et de l'homme. Au reste, comme nous le disions antérieurement, si Dieu a permis notre dissolution dans la terre, n'est-ce pas précisément afin que, instruits de toute manière, nous soyons dorénavant scrupuleusement attentifs en toutes choses, ne méconnaissant ni Dieu ni nous-mêmes.

Je commence aujourd'hui la publication d'une série de textes du Père dans la foi de l'Eglise des Gaules, saint Irénée de Lyon. Ils sont extraits de son grand et précieux ouvrage intitulé en latin Contre les hérésies et en grec Contre la gnose au nom menteur.

Ce combat est toujours d'actualité. Un des principaux champs de bataille est la question de la "chair". En réaction excessive, absolutisée, à la sublimation des passions charnelles qui caractérise notre époque et la fait tristement ressembler à la Rome de la décadence, des esprits enclins à l'ascétisme jettent l'anathème sur cette pauvre chair qui n'en peut mais  - car ce n'est pas elle qui pèche mais l'esprit qui est en elle - la condamnent à la damnation et à l'anéantissement final. C'était la thèse des jansénistes que d'aucuns relaient aujourd'hui. Et elle a clairement des relents de gnosticisme.

Telle n'est pas la position de la Tradition apostolique dont saint Irénée est un des plus brillants champions. Cette position est comme en tout sujet équilibrée, à l'abri de tout "excès" :   l'hubris, démesure, a toujours été considéré par les Pères comme une tentation dont il fallait se garder.

C'est cette position traditionnelle qui est explicitée dans ce texte et ceux qui suivront.