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jeudi 13 septembre 2012

Exaltation universelle de la vénérable et vivifiante Croix


Pourquoi le Fils de Dieu s'est-il fait homme ?

(Saint Irénée, Démonstration de la Prédication apostolique, § 31 à 34)

L'Eglise aujourd'hui célèbre une des deux fêtes de la Croix de notre Seigneur : la découverte, en latin l' "invention" en 320 par sainte Hélène de la croix qui avait été ensevelie avec l'ensemble du Golgotha lorsque l'empereur Trajan avait fait niveler Jérusalem et avait fait d'elle une ville païenne sous le nom d'Aelia Capitolina ; et en même temps la dédicace de la basilique Sainte-Croix à Jérusalem en 325. L'autre fête célèbre, le 3 mai, le retour à Jérusalem de la Croix conquise en 614 par le roi perse Chosroës et reconquise en 630 par l'empereur Héraclius.

Il m'a paru judicieux de publier en la présente occasion le passage que saint Irénée consacre à la Croix du Sauveur dans son traité Démonstration de la Prédication apostolique à cause de la dimension cosmique qu'il donne à son exégèse. En effet, tout en inscrivant comme d'ordinaire la Croix dans l'économie du salut, il la replace aussi dans l'économie de la création : c'est parce que la Croix est en quelque sorte la charpente de l'univers créé dans ses quatre dimensions, dimensions qui sont celles que l'apôtre Paul attribue à l'amour (divin), c'est pour cette raison même que le Christ devait être attaché à une croix. Ainsi l'action créatrice du Fils de Dieu et l'action salvatrice du Fils de l'Homme, nouvel Adam, se répondent-elles l'une l'autre par le moyen du même symbole. Et, comme il est dit dans une hymne liturgique, celui qui, comme Créateur porte sa créature, est porté par elle comme sauveur. Et cette Croix, à la fois symbole et réalité ô combien concrète, a les dimensions de l'amour.

Pour une parfaite compréhension du texte et pour en respecter la logique, je l'ai fait partir de l'origine : la création de l'homme et sa faute. Mais j'ai mis en caractères gras le passage, court mais dense, qui se rapporte à la Croix.



icône de Léonide Ouspensky


31 Le Fils a uni l'homme à Dieu, et de cette façon l'homme a reçu la communion avec Dieu. Le Fils s'est fait homme, et le monde entier l'a vu. En effet, nous ne pouvions pas participer à la vie avec Dieu pour toujours, sauf si cette vie venait parmi nous. Cette vie, c'est le Fils de Dieu fait homme, mort et ressuscité de la mort pour nous. Comme la vie qui ne finit pas était invisible, elle n'était d'aucun secours pour nous. C'est pourquoi elle est devenue visible. Il le fallait pour que, à tous points de vue, nous participions à la vie avec Dieu. Dans le premier homme, Adam, nous avons tous été enchaînés à la mort à cause de la désobéissance. Il a donc fallu que, par l'obéissance de celui qui se ferait homme pour nous, nous soyons libérés de la mort pour toujours. La mort a régné sur les humains. Il fallait donc qu'elle soit détruite par un homme, et que les êtres humains soient ainsi libérés de son pouvoir.

Le Verbe du Père s'est donc fait homme pour détruire, par sa vie d'homme, les mauvais désirs humains qui avaient dominé sur l'humanité. De cette façon, le péché n'a plus été en nous. Et c'est pourquoi le Seigneur a reçu un corps d'homme pour combattre pour ses ancêtres et vaincre en Adam celui qui nous avait vaincus en Adam.

32. C'est quand la terre était encore vierge que Dieu a pris de la boue de la terre et qu'il a modelé l'homme. Et cet homme devait être le point de départ de l'humanité. Le Seigneur a voulu récapituler en lui-même cet homme. C'est pourquoi il a reçu un corps formé d'une manière semblable à celui d'Adam, en naissant d'une Vierge par la volonté et la sagesse de Dieu. Ainsi le Seigneur a montré qu'il avait un corps formé d'une manière semblable à celle d'Adam. Il a montré qu'il est cet homme même que les Livres saints décrivent ainsi :  depuis le commencement, il est à l'image et à la ressemblance de Dieu.

33. Par la désobéissance d'une vierge, Ève, l'homme a fait une faute et il est mort. Pareillement, par l'obéissance de la Vierge Marie à la parole de Dieu, l'homme a vraiment retrouvé la vie. Car le Seigneur est venu chercher la brebis qui était perdue, et cette brebis, c'est l'homme. C'est pourquoi il n'y a pas un nouvel homme modelé par Dieu. Mais parce que le Seigneur est né de Marie qui descend d'Adam, il descend du premier homme, Adam, qui a été modelé à la ressemblance de Dieu. En effet, il fallait qu'Adam soit récapitulé dans le Christ. Alors ce qui était mort pourrait être rendu vivant par ce qui ne meurt pas. Il fallait aussi qu'Ève soit récapitulée en Marie. Alors Marie, en défendant Ève, pourrait détruire la désobéissance d'une vierge par l'obéissance d'une Vierge.

Et la faute qui a été commise par le moyen du bois a été détruite par l'obéissance qui s'est accomplie aussi par le moyen du bois. Cette obéissance, c'est l'obéissance du Fils de l'homme à Dieu quand il a été cloué sur le bois de la croix. De cette façon, le Fils a détruit ce qui conduit à faire le mal. Et il a offert ce qui conduit à faire le bien. Car le mal, c'est de désobéir à Dieu, de même que le bien, c'est de lui obéir.

34 Le prophète Isaïe a fait connaître à l'avance les choses à venir. C'est, en effet, le rôle des prophètes de faire connaître les choses à venir. C'est pourquoi le Verbe de Dieu dit par l'intermédiaire du prophète Isaïe : « Je ne désobéis pas et je ne discute pas. J'ai présenté mon dos aux fouets et mes joues aux coups et je n'ai pas détourné mon visage quand ils ont craché dessus (Isaïe 50, 5-6). 

Donc l'obéissance a conduit le Fils jusqu'à la mort, cloué sur le bois de la croix. Ainsi il a détruit la vieille désobéissance qui avait été commise par le moyen du bois.

Et le Fils est le Verbe du Père tout-puissant. Ce Verbe, par lequel le Père a créé le monde, s'étend aussi loin que la création tout entière. Il la soutient dans sa longueur et sa largeur et dans sa hauteur et sa profondeur (cf. Éphésiens 3, 18). En effet, c'est le Verbe du Père qui domine sur l'univers. C'est à cause de cela que le Fils de Dieu a été cloué sur le bois de la croix selon ces quatre dimensions. En effet, il se trouvait déjà comme imprimé en forme de croix dans l'univers. Car il fallait que le Fils de Dieu, en devenant visible, se montre au grand jour comme imprimé en forme de croix dans l'univers. De cette façon, par sa place visible d'homme cloué sur une croix, il a révélé son action sur le monde invisible.

Voici ce qu'on peut comprendre. C'est lui qui illumine les hauteurs, c'est-à-dire les choses qui sont dans les cieux. C'est lui qui soutient les profondeurs, c'est-à-dire les choses qui sont sous la terre. C'est lui aussi qui étend la longueur depuis le levant jusqu'au couchant. C'est encore lui qui dirige comme un pilote la longueur du pôle au midi. C'est lui enfin qui appelle de partout les dispersés pour leur faire connaître le Père.

dimanche 21 août 2011

Aphorismes spirituels (suite 1)

Le premier Adam était androgyne ; l'Homme parfait renouvelé par le Christ redevient androgyne.
Eve séparée d'Adam par la main divine n'était pas une femelle distinguée d'un mâle : c'était l'autre digne de l'amour Philè à qui l'on peut dire : Toi.
La différence sexuelle n'est apparue qu'avec le péché.
La nouvelle Eve, Marie, a permis la restauration du monde originel.
Lorsque les hommes et les femmes s'avancent vers la ressemblance, le royaume de Dieu est proche.

vendredi 22 juillet 2011

Adam & Marie

Du même spirituel :

Le premier Adam est androgyne. L'Homme parfait renouvelé par le Chist redeviendra androgyne.

Eve séparée d'Adam par la main divine n'était pas une femelle d'auprès d'un mâle, c'était l'AUTREi, digne de l'amour Philè à qui on peut dire : "Toi". La différence sexuelle n'est apparue qu'avec le péché.

La nouvelle Eve, Marie, a permis la restauration du monde originel.

Lorsque les hommes et les femmes s'avancent vers la ressemblance (1), le royaume de Dieu est proche.

1 La ressemblance, non la parité ou le plagiat, qui en sont la parodie (N du transcripteur)

mardi 23 novembre 2010

La quasi perfection du premier Adam et sa chute selon S. Irénée de Lyon

11. Quant à l’homme, c’est de ses propres mains que Dieu le modela, en prenant, de la terre, ce qu’elle avait de plus pur et de plus fin et en mélangeant, dans la mesure qui convenait, sa puissance avec la terre. D’une part, en effet, il revêtit de ses propres traits l’ouvrage ainsi modelé, afin que ce qui apparaîtrait aux regards fût de forme divine : car c’est après avoir été modelé à l’image de Dieu que l’homme fut placé sur la terre. D’autre part, pour que l’homme devînt vivant, « Dieu insuffla sur sa face un souffle de vie », de telle sorte que, à la fois selon le souffle et selon l’ouvrage modelé, l’homme fût semblable à Dieu. Il était donc libre et maître de ses actes, ayant été fait par Dieu dans le but de commander à tous les êtres qui se trouvaient sur la terre. Et cette vaste création préparée par Dieu avant le modelage de l’homme fut donnée à l’homme comme un domaine renfermant toutes choses. Il y avait également dans ce domaine, y exerçant leur activité, les serviteurs du Dieu qui avait créé l’univers, et un intendant, mis à la tête de ses compagnons de service, régissait ce domaine : ces serviteurs étaient des anges, et l’intendant était un archange.
12. Ayant donc fait l’homme maître de la terre et de tout ce qu’elle renfermait, Dieu, secrètement, l’établit aussi comme maître des serviteurs qui s’y trouvaient. Cependant ceux-ci étaient dans leur état adulte, tandis que le maître, à savoir l’homme, était tout petit, car il n’était encore qu’un enfant, et il lui fallait, en grandissante, parvenir à l’état adulte. Par ailleurs, afin que son éducation et sa croissance se fassent dans les délices, il lui fut préparé un séjour meilleur que ce monde, l’emportant sur lui par l’air, la beauté, la lumière, la nourriture, les plantes, les fruits, les eaux et toutes les choses nécessaires à la vie : cet endroit avait nom Paradis. Telles étant la beauté et l’excellence de ce Paradis, le Verbe de Dieu s’y promenait assidûment et s’y entretenait avec l’homme, préfigurant de la sorte ce qui était à venir, à savoir qu’il habiterait avec les hommes, s’entretiendrait avec eux et se rendrait présent à eux pour leur enseigner la justice. Mais l’homme n’était alors qu’un petit enfant, n’ayant point encore le jugement mûr : c’est d’ailleurs pourquoi il fut facilement trompé par le séducteur.
13. Tandis que l’homme séjournait dans le Paradis, Dieu lui amena tous les animaux et lui ordonna de leur imposer des noms à tous « et tout nom dont Adam appela quelque être vivant, ce fut son nom ». Mais Dieu jugea bon de faire également une aide pour l’homme, car il parla ainsi : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; faisons-lui une aide en rapport avec lui » ; car, parmi tous les animaux, il ne se trouvait pas d’aide égale et semblable à Adam. Dieu lui-même fit donc tomber une extase sur Adam et l’endormit : pour qu’à partir d’une œuvre pût se réaliser une autre œuvre, le sommeil, qui n’existait pas au Paradis, survint sur Adam par la volonté de Dieu. Dieu prit alors une des côtes d’Adam et la remplaça par de la chair ; puis, de la côte qu’il avait prise, il bâtit une femme et l’amena de la sorte à Adam. A sa vue, celui-ci dit : « C’est maintenant l’os de mes os et la chair de ma chair ; elle sera appelée femme, parce que c’est de son mari qu’elle a été prise ».
14. Adam et Eve – car tel était le nom de la femme – « étaient nus et n’en avaient point honte », car il y avait en eux un esprit ingénu et enfantin et il leur était impossible de concevoir aucune de ces pensées que, d’une manière perverse, fait naître dans l’âme le désir des honteuses jouissances. Car ils gardaient alors en son intégrité leur nature, parce que ce qui avait été insufflé dans l’ouvrage modelé était un souffle de vie. Tant qu’il demeurait dans son rang et dans sa force, ce souffle ne pouvait concevoir ce qui est mal. Aussi n’avaient-ils point honte de se baiser et s’enlacer l’un à l’autre chastement à la manière des enfants.
15. Mais, de peur que l’homme ne s’enorgueillît et ne s’élevât, comme s’il n’avait pas de Maître, et que, à cause du pouvoir qui lui avait été donné et de l’assurance qu’il possédait à l’égard de Dieu son Créateur, il n’en vînt à pécher en dépassant la mesure qui lui avait été impartie et qu’en se complaisant ainsi en lui-même il ne conçût des pensées d’orgueil contre Dieu, une loi lui fut donnée par Dieu, afin qu’il sût qu’il avait pour Maître le Seigneur de toutes choses. Dieu lui imposa certaines bornes, de telle sorte que, s’il gardait le commandement de Dieu, il demeurât toujours tel qu’il était, c’est-à-dire immortel, mais que, s’il ne le gardait pas, il devînt mortel, c’est-à-dire voué à se dissoudre dans la terre d’où avait été pris son corps. Ce commandement était le suivant : « Tu prendras ta nourriture de tout arbre qui se trouve dans le Paradis, mais, pour ce qui est du seul arbre de la connaissance du bien et du mal, vous n’en mangerez pas : car, le jour où vous en mangerez, vous mourrez de mort ».
16. Ce commandement, l’homme ne le garda pas, mais il désobéit à Dieu : il fut égaré par l’ange, qui, jaloux de l’homme à cause des nombreux dons que Dieu lui avait accordés, tout ensemble se corrompit lui-même et rendit l’homme pécheur en le persuadant de désobéir au commandement de Dieu. Devenu ainsi l’initiateur du péché par son mensonge, l’ange fut lui-même rejeté pour avoir offensé Dieu et il fit expulser l’homme hors du Paradis. Parce que, de son propre mouvement, il se détacha de Dieu, il fut appelé Satan en hébreu, c’est-à-dire apostat, mais il est également appelé du nom de Diable. Dieu maudit donc le serpent qui avait porté le Diable : cette malédiction atteignit, avec l’animal lui-même, l’ange qui s’y trouvait caché, à savoir Satan ; quant à l’homme, Dieu l’éloigna de sa face et le fit habiter aux alentours du Paradis en ce temps-là, car le Paradis ne peut recevoir de pécheur.

Démonstrationde la prédication apostolique § 11 à 16

jeudi 11 novembre 2010

La perfection du premier Adam selon S. Séraphim de Sarov


Sur la condition du premier Adam, l’Homme paradisiaque, beaucoup d’approximations et d’incertitudes sont proférées, tant nos facultés intellectuelles sont inaptes à appréhender réellement ce qu’elle fut. En effet, ce n’est qu’en apparence que notre intellect est illimité. Il le paraît relativement à nos facultés corporelles ; néanmoins il est tributaire de conditionnements tels le temps et l’espace, qui sont hérités de la chute. Non que le temps ni l’espace n’existassent point dans l’existence paradisiaque, mais ce n’étaient ni notre espace géographiquement borné ni notre temps chronologiquement mesuré. C’étaient un méta-espace et un méta-temps (ce dernier probablement analogue au « temps des anges ») dont on peut seulement dire qu’ils étaient, sans plus, puisqu’ils nous sont, au sens propre, inconcevables.  
La raison est donc impuissante à nous dire là-dessus quoi que ce soit d’assuré. La raison, oui ; mais la sagesse venue de Dieu, l’illumination du Saint-Esprit ? Le Saint-Esprit, selon la promesse du Christ, « [nous] enseignera toutes choses » (Jn, 14, 26).
Ecoutons donc ceux dont l’esprit illuminé par l’Esprit a eu la révélation des mystères cachés aux intelligents. Ceux-là sont les saints, dont la parole n’est pas verbiage mais est inspirée en-haut.
Ecoutons ce que le Saint-Esprit nous révèle à travers les propos de saint Séraphim de Sarov.

Entretien avec Motovilov

« Le Seigneur Dieu a créé Adam de la glaise du sol dans l’état dont parle l’apôtre Paul quand il affirme : ‘‘Que votre esprit, votre âme et votre corps soient parfaits à l’avènement du Seigneur Jésus-Christ’’ (1 Th 5, 23).
« Toutes ces trois parties de notre être furent créées de la glaise du sol. Adam ne fut pas créé mort, mais créature animale agissante, semblable aux autres créatures vivant sur terre et animées par Dieu. Mais voilà qui est important. Si Dieu n’avait pas insufflé ensuite dans la face d’Adam ce souffle de vie, c’est-à-dire la grâce du Saint-Esprit procédant du Père et reposant sur le Fils et envoyé dans le monde à cause de lui, tout parfait qu’il était et supérieur aux autres créatures, Adam serait resté privé de l’Esprit déifiant et serait semblable à toutes les créatures ayant chair, âme et esprit conformément à leur espèce, mais privées à l’intérieur de l’Esprit-Saint qui apparente à Dieu. A partir du moment où Dieu lui donna un souffle de vie, Adam devint, d’après Moïse, une âme vivante¸c’est-à-dire en tout semblable à Dieu, éternellement immortel. Adam avait été créé invulnérable. Aucun des éléments n’avait pouvoir sur lui. L’eau ne pouvait pas le noyer, le feu ne pouvait pas le brûler, la terre ne pouvait pas l’engloutir et l’air ne pouvait pas lui nuire. Tout lui était soumis comme au préféré de Dieu, comme au propriétaire et roi des créatures. Il était la perfection même, la couronne des œuvres de Dieu et admiré comme tel.
« Le souffle de vie qu’Adam reçut du Créateur le remplit de sagesse au point que jamais il n’y eut sur terre et que probablement jamais il n’y aura un homme aussi rempli de connaissance et de savoir que lui. Quand Dieu lui ordonna de donner des noms à toutes les créatures, il les nomma selon les qualités, les forces et les propriétés de chacune conférées par Dieu.
« Ce don de la grâce divine supranaturelle, venant du souffle de vie qu’il avait reçu, permettait à Adam de voir Dieu se promener dans le paradis et de comprendre ses paroles, ainsi que la conversation des saints anges et le langage de toutes les créatures, des oiseaux, des reptiles vivant sur la terre, tout ce qui est nous dissimulé, à nous, pécheurs, depuis la chute mais qui, avant la chute, était tout à fait clair pour Adam.
« La même sagesse, la même force et le même pouvoir, ainsi que toute autre sainte et bonne qualité, avaient été conférés par Dieu à Eve, au moment de sa création, non de la glaise du sol, mais de la côte d’Adam dans l’Eden des délices, au paradis éclos au milieu de la terre.
« Afin qu’Adam et Eve puissent toujours commodément entretenir en eux leurs propriétés immortelles, parfaites et divines venant du souffle de vie, Dieu planta au milieu du paradis l’arbre de vie, dans les fruits duquel il enferma toute la substance et la plénitude des dons de son divin souffle. Si Adam et Eve n’avaient pas péché, ils auraient pu, eux et leurs descendants, en mangeant des fruits de cet arbre, entretenir en eux la force vivifiante de la grâce divine, ainsi qu’une plénitude immortelle, éternellement renouvelée, des forces corporelles, psychiques et spirituelles, un non-vieillissement perpétuel, un état de béatitude qu’actuellement notre imagination a de la peine à se représenter.
« Mais ayant goûté au fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal avant l’heure et contrairement aux commandements de Dieu, ils connurent la différence entre le bien et le mal et devinrent la proie des désastres qui s’abattirent sur eux après qu’ils eurent enfreint le commandement divin. Ils perdirent le don précieux de la grâce du Saint-Esprit et, jusqu’à la venue sur terre de Jésus-Christ, Dieu-Homme, ‘‘ l’Esprit n’était pas dans le monde, car Jésus n’était pas encore glorifié’’ (Jn 7, 39). »
[…]
« Lorsque notre Seigneur Jésus-Christ acheva son œuvre de salut, ressuscité des morts il souffla sur les apôtres, renouvelant le souffle de vie dont jouissait Adam et leur redonnant la même grâce qu’Adam avait perdue […] »

Extrait de :
Séraphim de Sarov, Sa vie par Irina Goraïnov, Entretien avec Motovilov & Instructions spirituelles, traduit du russe  par Irina Goraïnov (Ed. Abbaye de Bellefontaine , coll. Spiritualité orientale n° 11, 1ère éd. 1973, rééd. 2004), pp. 158 à 160).

PS Je venais d'insérer ce billet lorsque j'ai constaté que l'excellent site "Les Amis de Martines de Pasqually" a fait paraître hier un autre extrait du même entretien. Heureux concours de circonstance !


mercredi 20 octobre 2010

Marie dans la théologie du salut selon S. Irénée


[d'après E. TONIOLO, S. Ireneo: la teologia della salvezza, in Riparazione mariana, LXI (1976) 5, 12-13]

La théologie de l'histoire signifie que Dieu a un but lorsqu'il créé le monde. Saint Irénée explique que l'histoire a un sens. De plus, après le péché, Dieu a un plan de rédemption, l'histoire devient une histoire de salut.
 
Le Plan de la création. L’accomplissement du projet de Dieu quand il créa le monde.
Cette dimension donne le sens de l’existence : la vie existe pour un but, un projet divin. Ce but est l’Incarnation : Dieu fait homme pour que les hommes participent de la vie divine. Or, l’Incarnation advient par Marie.
 
Le Plan de la rédemption. Le salut après le péché.
Cette dimension donne l’espérance dans le combat spirituel. Le Christ reprend Adam ; la croix reprend l’arbre de la chute, Marie reprend Ève. C’est une
« régénération ». C’est aussi une « récapitulation » où tout retrouve son sens et son orientation, dans le Christ.
 
Nous voyons donc que Marie se situe au sommet de la « théologie de l’Histoire »*
 
Marie terre vierge
« Si Adam fut créé par la terre vierge, non encore travaillée, donc par la vertu et la puissance de Dieu (cf. Gn 2, 4b-7), le nouvel Adam aussi doit avoir ses origines d’une terre vierge, par la même puissance et la vertu de Dieu. Marie est cette terre vierge dont Christ se fait "premier-né".»
(IRENEE DE LYON, Contre les hérésies, III 18,7)
 
Marie mère du nouvel Adam
Marie transmet au Christ toute la réalité humaine d’Adam, pour qu’il soit le nouvel Adam, le Fils de l’homme, le « résumé » de tous les hommes depuis le premier.
(Cf. IRENEE DE LYON, Démonstration de la Prédication apostolique § 32)
 
Adam, tenté par Satan, désobéit et chuta, le Christ tenté aussi par Satan, resta fidèle, pour que là où le péché avait abondé surabondât la grâce. Or, la présence et la fonction de Marie dans la réalisation du Salut a été nécessaire et décisive.
 
Marie "avocate"
Irénée utilise des expressions fortes:
« Car il fallait qu’Adam fût récapitulé dans le Christ, afin que ce qui était mortel fût englouti par l’immortalité, et il fallait qu’Ève le fût aussi en Marie, afin qu’une Vierge, en se faisant l’avocate d’une vierge, détruisît la désobéissance d’une vierge par l’obéissance d’une Vierge. »
(IRENEE DE LYON, Démonstration de la Prédication apostolique § 33)
 
Quand à l’Annonciation Marie parle avec l’ange Gabriel et se montre obéissante, elle défend le genre humain, solidaire, elle est «avocate» d’Eve.
(cf. IRENEE DE LYON, Contre les hérésies III,19,1)
 
Marie défait les noeuds, Marie "cause du salut"
Marie, en accueillant le Salut, est définie "cause de salut" pour ceux à qui Ève avait causé la mort. Marie sait défaire les nœuds de la désobéissance et de la mort.
« Car, de même qu’Ève, ayant pour époux Adam, et cependant encore vierge – car ils étaient nus tous les deux dans le paradis et n’en avaient point honte (Gn 2,25), parce que, créés peu auparavant, ils n’avaient pas de notion de la procréation : il leur fallait d’abord grandir, et seulement ensuite se multiplier (Gn 1,28) – de même donc qu’Ève, en désobéissant, devint cause de mort pour elle-même et pour tout le genre humain, de même Marie, ayant pour époux celui qui lui avait été destiné par avance, et cependant Vierge, devint, en obéissant, cause de salut (cf. He 5,9) pour elle-même et pour tout le genre humain.
C’est pour cette raison que la Loi donne à celle qui est fiancée à un homme, bien qu’elle soit encore vierge, le nom d’épouse de celui qui l’a prise pour fiancée (Dt 22,23-24), signifiant de la sorte le retournement qui s’opère de Marie à Ève.
Car ce qui a été lié ne peut être délié que si l’on refait en sens inverse les boucles du nœud. »
(IRENEE DE LYON, Contre les hérésies, III,22,4)
 
Dans son sein virginal, Marie engendre le Christ et régénère tous les hommes
Comme vraie mère, Marie garantit que Dieu a tout assumé de nous jusqu’à devenir "Fils de l’homme", donc nous sommes entièrement assumés et entièrement sauvés. Comme Vierge divinement féconde, Marie garantit que c’est Dieu qui est né d’elle, et qu’ensuite il sauve vraiment : avec sa puissance divine.
(cf. IRENEE DE LYON, Contre les hérésies V, 19,1)
 
Marie, de son sein virginal, a engendré le Christ, la Tête du corps, à un moment spécial de l’histoire. Dans le Christ, Marie a régénéré pour Dieu tous les membres de l’humanité, autrement dit, son sein maternel reste la source permanente de la régénération des hommes en Dieu.
« Ils ont prêché l’Emmanuel né de la Vierge (Cf. Is 7,14) : par là ils faisaient […] que lui, le Pur, ouvrirait d’une manière pure le sein pur qui régénère les hommes en Dieu et qu’il a lui-même fait pur ; que, s’étant fait cela même que nous sommes, il n’en serait pas moins le "Dieu fort" (Is 9,6), celui qui possède une connaissance inexprimable (Is 53,11) »
(IRENEE DE LYON, Contre les hérésies IV 33, 11)
 
 
Source : http://www.mariedenazareth.com/


Suite de Raimon Panikkar bientôt